Le cercle et le doublet : Note sur Sartre et Foucault .1966, et n° 46,1968 ; et pour SARTRE, les

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    Note

    Le cercle et le doublet: Note sur Sartre et Foucault Philip KneePhilosophiques, vol. 17, n 1, 1990, p. 113-126.

    Pour citer cette note, utiliser l'information suivante :

    URI: http://id.erudit.org/iderudit/027106ar

    DOI: 10.7202/027106ar

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  • PHILOSOPHIQUES, Vol. XVII, N u m r o 1, Pr intemps 1990

    NOTE DE RECHERCHE

    LE CERCLE ET LE DOUBLET : NOTE SUR SARTRE ET FOUCAULT

    par Philip Knee

    RSUM. Ce texte esquisse deux voies possibles pour un dialogue entre Sartre et Foucault : la lecture des ambivalences de la pense sartrienne sur le sujet, la morale, la politique, travers la caractrisation de l'pistm moderne dans Les mots et les choses ; et, inversement, l'approche critique de la conception foucaldienne du savoir et du pouvoir partir de l'anthropologie de la Critique de la raison dialectique.

    ABSTRACT. This paper suggests two possible directions for a dialogue between Sartre and Foucault : a reading of the Sartrean ambivalences on the subject, morality and politics in the light of the characterization of the modern pistm in The Order of Things ; and, inversely, a critical approach of the Foucaldian conception of power and knowledge through the anthropology of the Critique of Dialectical Reason.

    Nous voulons proposer quelques pistes pour rflchir sur le rapport entre Sartre et Foucault, car cette mise en relation n'a pas que l'intrt historique de mettre aux prises deux penseurs en apparence trs diffrents et qui se sont attaqus durementl ; elle recle aussi quelques-uns des grands enjeux de l'thique contem-poraine et mrite ce titre d'tre mene avec soin. Ceci impliquerait toutefois un travail considrable de reprise des textes que nous

    1. Voir en particulier, pour FOUCAULT, les entrevues dans La Quinzaine littraire, n 5, 1966, et n 46,1968 ; et pour SARTRE, les entrevues dans La Quinzaine Littraire, n 14, 1966, et surtout dans L'Arc, n 30, 1966 (traduite dans Telos, n 9, 1971). M. POSTER esquisse une mise en perspective historique des deux trajets, dans son Foucault, Marxism and History, Polity Press, Cambridge, 1984, ch. I.

  • 1 1 4 PHILOSOPHIQUES

    n'engagerons pas ici. Nous nous limiterons dans cette note mettre en vidence deux points qu'il conviendra de dvelopper ailleurs : d'abord il nous parat possible, par la fameuse caractri-sation de l'pistm moderne comme analytique de la finitude avec ses doublets, dans Les mots et les choses2, d'clairer certaines difficults bien connues de la pense sartrienne ; ensuite, en inversant la lecture, d'envisager l'anthropologie dialectique de Sartre3 comme une alternative positive la position de Foucault sur le pouvoir et le savoir, et de cette manire d'ouvrir peut-tre quelques voies de dialogue.

    * * *

    On ne peut manquer d'tre tent de lire les grandes ambiva-lences de la pense de Sartre, ses interrogations inacheves, la lumire des doublets foucaldiens de l'empirique et du transcendantal, du cogito et de l'impens ; d'autant plus que le noyau thorique partir duquel se dploient les positions sartriennes, c'est d'abord sa dfinition particulire de la conscience comme sujet, ce sujet dont Foucault fait son principal adversaire philosophique. En inscrivant sa dmarche dans la tradition du cogito cartsien et de la phnom-nologie, L'tre et le nant rejette, entre autres, l'inconscient freudien et le matrialisme marxiste 4 au nom d'une ralit humaine identifie au mouvement mme de la conscience. Mais en mme temps, ds la critique de l'Ego de Husserl et ds l'introduction de l'ontologie fonde sur l'intentionnalit et le prrflexif, Sartre n'en rejette pas moins tout Je substantiel : la conscience n'est que pure extriorit, dpassement d'elle-mme, et la libert souveraine s'identifie au nant. Loin d'tre un sujet fondateur, le sujet sartrien est clat en une multiplicit d'actes de conscience discon-tinus, et n'est identifiable qu' travers les objets concrets du monde. Cette ambigut de la conscience se trouve parfaitement

    2. Les mots et les choses (MC), Gallimard, 1966, ch. IX. Voir aussi Nietzsche, Freud,

    Marx , dans Nietzsche, Cahiers de Royaumont, d. de minuit, 1967.

    3. Essentiellement dans Questions de mthode et Critique de la raison dialectique,

    Gallimard, I960 ; puis dans L'idiot de la famille, Gallimard, 1971-72. Voir aussi les

    importants textes runis dans Situations IX, Gallimard, 1972 : L'crivain et sa

    langue , L'anthropologie , et Sartre par Sartre , sur son rapport au structuralisme.

    4. L'tre et le nant (EN), Gallimard, 1943, p. 88-93, et p. 669-

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    concentre dans la thorie de la mauvaise foi, o par son incapacit raliser, comme dit Sartre, une coordination valable de ses deux aspects de transcendance et de facticit3, la conscience est d'emble mine par un soupon qui l'habite. Cette conscience sans contenu ni centre est si fluide qu'elle n'existe qu'en cherchant sans cesse se donner consistance par un mensonge soi. Et l'on en connat toutes les consquences dans les rapports autrui.

    partir de la guerre, Sartre va pour ainsi dire raliser les donnes de cette ambivalence structurelle dans un immense dbat avec le marxisme (en passant de la conscience la praxis), puis de manire plus implicite avec la psychanalyse (en passant de la conscience au vcu) et avec les thories du langage ; c'est--dire avec des sciences du sujet souponn, min, clat. Mises en cause d'abord au nom de la conscience translucide, celles-ci sont ensuite constamment sollicites pour rendre compte de l'enracinement de cette conscience, et pour donner corps la libert par la description de sa situation, de son alination, de sa reprise d'elle-mme. Et mme dans ses analyses les plus structurales , quand Sartre tudie le langage de Flaubert dans les annes soixante, l'ambivalence ne se dment pas, car la multiplicit des facettes du conditionnement se totalisent en un projet o la praxis demeure irrductiblement libre. On a souvent suggr que, philosophiquement, Merleau-Ponty a mieux compris Marx et Freud et mieux pris en charge le dcentrement en jeu dans les sciences humaines en dlaissant toute philosophie de la conscience 6 ; alors que la consciencialisme ttu de Sartre l'a fait osciller entre les adhsions, les rejets et les emprunts. Ce qui est sr, c'est que mme en tirant Marx et Freud du ct de l'autonomie de la conscience contre sa chosification, Sartre s'est pos lui-mme en matre du soupon ; mais c'est d'un soupon limit ou honteux, car alors mme que le dcentrement se manifeste en de vastes enqutes objectives, l'horizon demeure toujours celui d'un retour du sujet lui-mme.

    Sartre n'est pas le penseur du cogito ; ni vraiment, comme on l'a aussi suggr, celui de sa dchance. Il illustrerait plutt le

    5. EN, p. 95. 6. L'excellent livre de B. SlCHRE, par exemple, montre bien en quoi Merleau-Ponty situe

    sa dmarche au bord du marxisme et de la psychanalyse : Merleau-Ponty ou le corps de la philosophie, Grasset, 1982.

  • 116 PHILOSOPHIQUES

    redoublement du cogito et de l'impens par lequel Foucault caract-rise l'impasse des anthropologies contemporaines, car par son sujet problmatis Sartre se place dans un entre-deux philosophique o il ne cesse de rechercher penser l'impens, rendre compte de l'Autre en soi. En ce sens, il est clairement mis en cause dans la critique par Foucault de la tentative de la phnomnologie7 de dpasser l'oscillation de l'pistm moderne par son appel l'exprience vcue : tentative vaine, puisque le doublet de l'homme comme objet et comme sujet de la connaissance est indpassable, et que la phnomnologie est irrmdiablement prise entre une pure conscience transcendantale (sans historicit) et une pure conscience historique (en qute de ses origines), et que ses essais de conciliation avec le marxisme, loin de dpasser cette impasse, en tmoignent plutt.8

    On peut envisager dans le mme sens la grande qute morale de Sartre, son problme moral toujours repris mais jamais articul si ce n'est en un engagement qui est toujours-dj-action avant toute thorisation possible ce qui est bien le statut auquel renvoie le diagnostic de Foucault sur l'impossibilit d'une morale de la modernit.9 La morale de l'authenticit de Sartre, mise en place mais non articule dans L'tre et le nant, procde du souci d'amnager moralement la mort de Dieu , de donner sens l'exigence morale dans le cadre d'un rejet de tout talon. La valeur, tirant son tre de son exigence et non son exigence de son tre 10, ne repose donc que sur le mouvement de la libert cratrice. De ce fait, cette exigence sans fondement rationnel tant renvoye elle-mme, le seul critre moral (dfini par la thorie de la mauvaise foi) sera un critre formel de cohrence avec soi et de reprise de soi, appel authenticit et rflexion purifiante u . On comprend dans ces conditions les difficults de Sartre dans l'aprs-guerre. D'abord un humanisme embarrass tente malgr tout d'asseoir des critres universels, puis la morale se cherche un contenu concret sur les terrains de la

    7. Voir MC, p. 336-7 ; et le dialogu