Cunningham L'Activité Signifiante de La Nature

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    Lactivit signifiante de la nature Henri-Paul CunninghamLaval thologique et philosophique, vol. 52, n 2, 1996, p. 365-380.

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    URI: http://id.erudit.org/iderudit/400997ar

    DOI: 10.7202/400997ar

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  • Laval thologique et philosophique, 52, 2 (juin 1996) : 365-380

    L'ACTIVIT SIGNIFIANTE DE LA NATURE

    Henri-Paul CUNNINGHAM

    Toute nature, comme si elle tait doue de rai-son, ne fait rien pour rien mais tout en vue d'une fin [..J1.

    I. POSITION DU PROBLME

    D ans le remarquable ouvrage intitul le No-finalisme qu'il publia en 1952, Raymond Ruyer dcrit la notion d'activit sense et les six notions qui y sont contenues : la libert, l'existence, l'activit-travail, la finalit, l'invention, la valeur. Dans les explications de la quatrime notion, celle de finalit, nous dcouvrons l'af-firmation suivante :

    Sens et fin sont des mots presque interchangeables. Mais les mots fins et fina-lit se sont linguistiquement spcialiss davantage. Aussi, l'argument de Whitehead : Il est absurde d'avoir pour fin de prouver qu'il n'y pas de finalit , ne parat pas aussi dci-sif que celui dont nous sommes partis : Il est absurde de prtendre, de signifier, que rien n'a de sens , bien que les deux arguments soient naturellement quivalents 2. Prsente ainsi sans rfrence prcise, cette traduction d'une thse de Whitehead

    m'a tout de suite intrigu : Qu'est-ce que l'argument de Whitehead ? De quel ou-vrage est extraite cette thse traduite par Ruyer ? Existe-t-il une traduction franaise de cet ouvrage ? Dans quel contexte cet argument s'inscrit-il ? Quelles sont sa porte et sa validit ? Que faut-il entendre par l'expression : arguments naturellement

    1. ARISTOTE ; cf. JAMBLIQUE, Protreptique, 5, 2-3. La traduction est de nous. Voir Vianny DCARIE, L'objet de la mtaphysique selon Aristote, Montral, Institut d'tudes mdivales ; Paris, Vrin, 19722, p. 14 : Ce passage marque le dbut des extraits d'Aristote, ainsi que l'avait indiqu Bywater le, approuv par Hirzel, dans Herms 10, (1876), 83 et suiv., et Pistelli, note ad locum de son dition ; Rose, Walzer et Ross ne l'incluent pas dans leurs ditions et Jaeger n'en tient aucun compte ; Nuyens, 128 et Festugire, R.H.T. II, 171, n. 3, en admettent l'authenticit aristotlicienne, que confirmerait trs facilement une comparaison avec d'autres fragments ; cf. en outre Mtaphysique, VIII, 2, 1046 b 4 ; thique Nicomaque, X, 2, 1172 b9-10.

    2. Raymond RUYER, No-finalisme, Paris, Presses Universitaires de France, 1955, p. 11.

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  • HENRI-PAUL CUNNINGHAM

    quivalents ? Qu'est-ce que la philosophie alternative de la science, dans laquelle l'organisme prend la place de la matire 3 ? Quelle est sa relation avec une philoso-phie de la nature prise au sens que les inventeurs grecs ont donn cette discipline ?

    Je remercie donc les organisateurs de ce colloque de me fournir aujourd'hui l'oc-casion de rapporter quelques pisodes de la modeste aventure whiteheadienne que cette lecture suscita immdiatement. Ce bref retour s'effectuera en trois temps. Le premier portera sur la philosophie de Whitehead comme pratique de la philosophie de l'analogie ; le second, sur ce que Whitehead appelle : Un exemple colossal de dogmatisme anti-empirique [...]4 dans la comprhension de l'activit signifiante de la nature ; le troisime, sur la raison immanente et sur l'argument proprement dit de Whitehead.

    II. LA PRATIQUE D'UNE PHILOSOPHIE DE L'ANALOGIE

    Dans The Function of Reason, opuscule que Whitehead publia en 1929 et dans lequel se trouve, dans la traduction de Philippe Devaux publie chez Payot en 1969, le passage cit par Ruyer, Whitehead note que l'amalgame d'une bonne connais-sance de la mthode et de l'troitesse d'esprit a produit certains des plus grands dsastres qui ont frapp l'humanit 5. Ce faisant, il met l'accent sur l'indis-sociable prsence en toute intelligence bien construite, d'un sens critique fond sur l'apprciation de la beaut, de la distinction intellectuelle et du devoir6 , et greffe ainsi la raison humaine son point de dpart suprme, la raison d'tant, ratio entis, et aux raisons convertibles avec cette raison d'tant, savoir la raison d'un et la raison de multiple, ratio uni et ratio multitudinis, la raison de vrit, la raison de beaut et de bont, ratio veri, ratio pulchri et boni. Comme Whitehead le dira toute sa vie, c'est cette recherche fondamentale du beau, du vrai, du bien exprimant au mieux cette soif d'tre, de mieux-tre et de paix profonde de l'homme qui donne sens la civilisation et la culture .

    Si un philosophe veut vraiment avoir une apprciation un tant soit peu globale de l'tant en sa globalit L'objet de la science n'est pas de tout connatre [...] mais de comprendre l'ensemble7 , il importe que son regard ne soit pas contract par des spcialits8, mais soit ajust son objet suprme comme son objet premier. Ces

    3. La Science et le monde moderne, traduction par Paul Couturiau, ditions Du Rocher, 1994 (1926), p. 224 ; Cambridge, The University Press, 1938 (1926), p. 241.

    4. La Fonction de la raison et autres Essais, traduction et prface par Philippe Devaux, professeur l'Universit de Lige, Payot, 1969, p. 111.

    5. Ibid., p. 108. La mise mort de Giordano Bruno, la condamnation de Galile, l'affaire Lyssenko, l'holo-causte des Juifs, le gnocide rwandais sont des illustrations de cette vrit.

    6. Aventures d'Ides, traduction par Jean-Marie Breuvart et Alix Parmentier, Paris, Cerf, 1993, p. 54. 7. Raymond ARON, Dimensions de la conscience historique, Pion, 1964, p. 59. 8. Mtaphysique, T, 2, 1004 a34-b26, traduction par Tricot : Ajoutons que le philosophe doit tre capable

    de spculer sur toutes choses. Si, en effet, ce n'est pas l'office du philosophe, qui est-ce qui examinera si Socrate est identique Socrate assis, si une seule chose n'a qu'un contraire, ce qu'est le contraire, en com-bien de sens il est pris ?[...] En voici une preuve : les dialecticiens et les sophistes, qui revtent le masque du philosophe (car la Sophistique a seulement l'apparence de la Philosophie, et ces aussi le cas de la Dia-

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  • L'ACTIVIT SIGNIFIANTE DE LA NATURE

    deux plans du regard apprciateur ne peuvent s'articuler entre eux de faon adquate que grce une mise contribution de la modalit smantique de l'analogie. Dissocier la rationalit humaine d'un tel habitus intellectuel, serait encourager le manque d'expansion de la sagesse9 et refuser de combattre la famine spirituelle dont le monde occidental souffre aujourd'hui en consquence de la vision morale limite des trois gnrations prcdentes10 .

    Le nom de beaut , lisons-nous dans Aventures d'Ides, possde une signifi-cation totale qui se divise en trois significations diffrentes relies au mme mot par une extension de mtaphore11, by stretch of metaphor12 . La beaut intellec-tuelle videmment est dite belle, la beaut morale et la beaut sensible aussi. Les trois sont dites belles selon des manires essentiellement diverses, mais qui rf-rent principalement une notion premire selon une similitude de proportions13. Si la pense humaine est parvenue de plus amples possibilits , c'est en s'efforant d'exprimer les lments analogiques dans la composition de la nature 14. Il importe donc d'entre de jeu, de prendre conscience, avec Paul Ricur, de l'existence capi-tale de la classe intercalaire des paronymes15 et de noter que l'emploi d'un mme mot dans des contextes smantiques diffrents, mais comparables, en raison d'une simili-tude de rapports existant entre ces sens et un sens premier, conditionne la compr-hension whiteheadienne de la mission finale de la philosophie : savoir rechercher

    lectique), disputent de tout sans exception, et ce qui est commun tout, c'est l'tre ; or s'ils disputent de ces matires, c'est videmment parce qu'elles rentrent dans le domaine propre de la Philosophie.

    9. La Science et le monde moderne, p. 228. Le sicle de Descartes est le premier des trois sicles auxquels Whitehead se rfre ici explicitement, ibid., p. 226. Le XVIIIe sicle, qui profita des effets positifs de la mthode scientifique dans des rgions limites de l'Europe, reprsente le deuxime tandis que le XIXe sicle, qui rvla le caractre fatal des mauvais effets des doctrines cartsiennes, correspond au troi-sime.

    10. Ibid., p. 226. 11. Aventures d'Ides, p. 54. 12. Adventures of Ideas, Cambridge, The University Press, 1929, PB 1958, p. 13 ; cf. Aventures d'Ides,

    p. 295 : Mais tous les hommes connaissent des clairs de pntration qui dpassent les significations dj stabilises par l'tymologie et la grammaire. D'o le rle de la littrature, celui des sciences particulires et celui de la philosophie, qui, chacune sa manire, se proccupent de trouver, des significations inexpri-mes, des expressions linguistiques.

    13.Cf. ARISTOTE, thique Eudme, VII, 2, 1236 a 19-21, traduction par Dcarie : [.. .] et nous appelons "mdical" ou une me ou un corps ou un instrument ou un acte mai