Ethique Des Affaires

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1 ETHIQUE DES AFFAIRES : ENTRE ACTION DE BIENFAISANCE ET ACTION COMMERCIALE Jean NKAHAM Docteur en Sciences de Gestion Université Nancy 2 Cahier de Recherche n°2008-11 CEREFIGE Université Nancy 2 13 rue Maréchal Ney 54000 Nancy France Téléphone : 03 54 50 35 80 Fax : 03 54 50 35 81 [email protected] www.univ-nancy2.fr/CEREFIGE n° ISSN 1760 – 4893

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ETHIQUE DES AFFAIRES : ENTRE ACTION DE BIENFAISANCE ET ACTION COMMERCIALEJean NKAHAM Docteur en Sciences de Gestion

Universit Nancy 2 Cahier de Recherche n2008-11

CEREFIGE Universit Nancy 2 13 rue Marchal Ney 54000 Nancy France Tlphone : 03 54 50 35 80 Fax : 03 54 50 35 [email protected]

www.univ-nancy2.fr/CEREFIGEn ISSN 1760 4893

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Ethique des affaires : entre action de bienfaisance et action commercialeNKAHAM Jean Docteur en sciences de gestion (9/11/2007) 39 rue de Laxou 54000 Nancy Port. : 06.66.95.52.76 Email : [email protected] Mots cls : Ethique des affaires, action de bienfaisance, action commerciale, entrepreneurs, valeur ajoute. Business ethics, action of beneficence (charity), commercial action, businessman, added value.

Rsum Ethique et affaires, action de bienfaisance et action commerciale, des concepts dont lassociation parat antinomique. Lobjet de lthique est la morale, son but laborer des rgles de conduite en socit. Dans les affaires et en entreprise, cest la recherche du profit maximum, la comptitivit,... sans tat dme, ni de morale et de charit. Les actions commerciales sont opposes aux actions de bienfaisance. Un discours thique qui chercherait concilier les deux, serait un effet de mode ou une hypocrisie. Cet article dmontre le contraire. Partant de trois entrepreneurs et leur gestion qui intgre lthique avec succs, et sappuyant sur quelques auteurs, larticle montre que lthique donne aux affaires et lentreprise de perdurer, et leur procure de la valeur ajoute en conciliant actions de bienveillance et actions commerciales.

Ethics and business, action of beneficence and commercial action, concepts the association of which appears paradoxical (antonymous). The object of ethics is morality, its purpose is to work out rules of behaviour (conduct) in society. In business and in firm, it is the research of maximum benefit, competitiveness,... without state soul, nor morality and charity. Commercial actions are set against actions of beneficence. Any ethical speech which would try to reconcile both would be an effect of fashion or an hypocrisy. This article demonstrates the opposite. Scrutinising the case of three businessmen and their management which inserts ethics successfully and leaning on some authors, it shows that ethics gives in business and in firm to continue, bring them added value by reconciling actions of beneficence or charity and commercial actions.

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Ethique des affaires : entre action de bienfaisance et action commercialeI N T R O D U C T I O N

Ce titre sort de lordinaire. Tel quil est formul avec la prposition entre qui, place devant un complment lexplique, et avec la conjonction et qui lie action de bienfaisance et action commerciale , lhypothse se veut claire ds le dpart. Elle pose dans cet article action de bienfaisance et action commerciale comme deux versants de lthique des affaires. Les affaires nont pas une vocation morale, mais de profit. Lassociation de lthique et des affaires drange les entrepreneurs, mme si elle les interpelle. Ce sujet tel quil est pos, laisse penser cependant que action de bienfaisance et action commerciale , voire les affaires, ne pas antinomiques. Cette pense est partage avec des rserves, bien quun nombre croissant des entreprises aujourdhui, soutiennent des uvres caritatives, des recherches en vue damliorer la condition humaine, la sant Lthique dans les affaires semble se traduire dans la qualit des relations avec les parties prenantes, dans le souci de la transparence et la vrit dans les oprations. La question majeure serait plutt : quelle cohrence existe-t-il entre action de bienfaisance (en vue du bien de lhomme) et action commerciale (en vue du gain) ? Lagent conomique comme intermdiaire dans la socit est appel concilier ses intrts et lquilibre personnel de chaque homme. Pour introduire lanalyse de ce sujet, on partira de la position de trois hommes daffaires, managers dans trois entreprises diffrentes, de trois secteurs diffrents avec trois stratgies diffrentes qui ont tous introduit lthique au cur de leurs activits. Lthique (dit Elisabeth Ducollet) doit imprgner toute lactivit, (), une thique qui sinvente tous les jours, parfois au point de transgresser les rgles ! (). Cette dernire est indispensable dans un environnement o lon est toujours dans lobligation de progresser. Labsence de lthique, cest la mort du social 1 (Audoyer, 2002). Pour elle lthique nest pas statique puisquelle sinvente

tous les jours , elle doit bousculer les habitudes et les rgles tablies transgresser les rgles ; sa mort cest aussi la mort du social labsence de lthique, cest la mort du social . Michel Bon pense que dans les affaires, lthique doit stendre autant sur les employeurs, que sur les employs : une entreprise thique avec des employeurs et des salaris qui ne le seraient pas (dit-il) ne pourrait tre quune construction phmre 2 (Ballot et al, 2005). Un patron a un devoir double : crer des richesses (ici lefficacit doit dire le dernier mot), et faire progresser ses collaborateurs . Dans la progression des collaborateurs, il y a des rgles suivre, et Michel Bon croit les trouver dans les rgles thiques, en ce sens quelles sont des rgles de bonne gestion que le patron va mettre en pratique (Audoyer, 2002). Un autre homme daffaire : Bernard Collomb3 pense que les valeurs thiques ont une porte universelle et se matrialisent dans des principes daction quil faut conjuguer avec lefficacit conomique (Audoyer, 2002). Pour Collomb, il est clair- Elisabeth Ducollet est PDG du groupe Thuasne, dans un entretient avec Audoyer, J-P. 2002. Patrons et chrtiens. Edition de lEmmanuel. Paris. P. 63. 2 - Michel Bon, prface de Ballot, A. et al. 2005. Lthique individuelle, un nouveau dfi pour lentreprise. Lharmattan. Paris. P. 14. 3 - Bernard Collomb est le PDG du groupe Lafarge, dans un entretient avec Audoyer, J-P. 2002. Patrons et chrtiens. Edition de lEmmanuel. Paris. P. 33.1

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quune socit qui se globalise, qui amliore la communication entre les hommes ne dbouche pas sur l horreur conomique , mais une cration dun monde nouveau. Il ne sagit pas pour lui de renoncer aux changements qui simposent : licenciement, fermeture dentreprise, et cela ne signifie pas que quand tout va bien on est gentil avec les gens, on sen occupe, et quand a va mal on devient brutal (dit-il) , mais il sagit de passer au crible de la raison thique ce quil a faire. Lhomme daffaire est appel anticiper. Du point de vue de lthique des affaires, le mal ne se situe pas, au licenciement ou la fermeture des entreprises, il se situe plutt dans le manque danticipation. Le mal cest le mpris des agents licencis ou des gens qui travaillent dans lentreprise qui ferme. Ce mpris se traduit par le fait que lon nanticipe pas, que lonna pas rflchi davance pour essayer dviter les problmes, que lon informe pas les gens, ou que lon leur cache ce qui va se passer, que lon nest pas sincre, ni honnte dans le dialogue et finalement que lon ne soccupe pas des hommes quand ils sont frapps et victimes du changement conomique (Audoyer, 2002).

Cette position nest pas partage par tous. Ricur pense que lthique des affaires ne peut tre quune subtilit de lidologie productiviste lorsquelle est couple la demande dadhsion des valeurs dentreprise dfinies par la direction. Pour Ballot en 2005, Le discours thique sur lentreprise ou lthique dentreprise me laisse sceptique. Et en particulier cette ide que lthique amliore le climat de lentreprise, permet de gagner en productivit et amliore la qualit du produit . En effet, lthique des affaires nest pas un acquis. Beaucoup pensent que lthique des affaires est un moyen pour faire adhrer les employs la cause de lentreprise : Lthique des affairesest () un moyen dobtenir du personnel un dvouement, une discipline, daboutir une technique dintgration salariale. Lthique correspond dans ce cadre une nouvelle forme de culture dentreprise visant modeler les comportements (Ballet, Bry, 2001), ou que lthique des affaires est un instrument de manipulation des employs dans le systme de valeurs le plus compatible avec la comptitivit de lentreprise (Mercier, 2004).

Malgr ces controverses autour de lthique des affaires, lattitude des trois managers ci-dessus laisse penser quun management en cohrence avec lthique dveloppe les affaires, accrot les profits, et cre des conditions favorables pour lpanouissement de lhomme. Percevoir les affaires sous le seul angle conomique ou de la comptitivit comporte des risques, et met en danger lquilibre humain. Peut-on au vue des perceptions ngatives que certains ont de lthique des affaires, penser quen conciliant action de bienfaisance et action commerciale , lthique pourrait-elle offrir des atouts aux affaires ? Les croyances dans ce domaine inclineraient plus vers la ngative. Pourtant, la position des managers ci-dessus dmontre le contraire. Lthique en combinant action de bienfaisance et action commerciale , apporterait beaucoup de la plus value aux affaires. Ce qui incite mener une rflexion pour voir dans quelle mesure lthique peut arriver combiner action de bienfaisance et action commerciale pour crer de la valeur, dans le respect des rgles de la gestion. Une telle rflexion offrira de nouvelles perspectives la croissance des affaires. Il est difficile de concilier thique et affaires. Associe aux affaires, lthique comprend deux versants opposs : le versant de bienfaisance (lthique sert et aide les personnes ncessiteuses. Elle fait respecter la dignit de tout homme dans les affaires), et le versant du calcul conomique (lthique rentabilise les actions en faveur des ncessiteux, en crant des valeurs commerciales qui profitent aux affaires). Cet article sarticulera sur deux piliers. Le premier pilier traitera de lthique lthique des affaires : comment lthique qui au dpart ne concernait que lhomme, sest tendue aux affaires. Le second sattellera analyser le pourquoi de lthique dans les affaires, et tentera de montrer comment elle arrive combiner action de bienfaisance et action commerciale pour crer un peu plus de valeur et accrotre le profit. 4

La rflexion que mne cet article a un intrt double : tout dabord clairer les entrepreneurs sur la prminence de lthique dans les affaires de nos jours. A ce sujet, Jean Loup Dherse et Dom Hugues pose une question pertinente : Lthique ou le chao ? 4. Les affaires ne peuvent plus se passer de lthique sans crer un malaise social. Ensuite sur un plan purement thorique et conceptuel, de caractriser la dimension thique dans les affaires. 1. Ethique et affaires Toutes les socits sont formes de personnes venant dhorizons divers, et sont appeles vivre ensemble dans la libert et le respect mutuel. Afin de ne pas affecter son identit, sa cohrence, ses coutumes, toute socit pour conserver son harmonie a besoin de lthique (ensemble de rgles, de valeurs qui constituent sa tradition, sa manire de vivre). Cest sans doute ce que veut affirmer Lacoste5. Lthique serait le garant dune socit et de sa continuit. Ce concept thique est cependant trs ambigu. Il nest pas facile cerner, et devient mme trs complexe quand il sapplique aux affaires ou lentreprise. Ce qui peut tre intressant ici, est dessayer (de lui donner un sens. Il convient de cerner le concept, le pntrer pour le saisir dans son essence, et lappliquer ensuite aux affaires pour comprendre son nouveau contenu. Dans cette rflexion, lthique des affaires se confond avec lthique de lentreprise. Le choix est dlibr, tant donn que les affaires sappuient sur les entreprises qui sont les agents de la vie conomique 6. Affaires et entreprises se confondent puisque les acteurs principaux des affaires sont les entreprises 7. Avant daller en profondeur dans lthique des affaires qui fait lobjet de cet article, il convirent tout dabord de clarifier le concept thique. 1.1. De lthique lthique des affaires Il ny a pas trs longtemps dans lenseignement, il tait question de morale et rarement dthique. Aujourdhui la morale est dsute, et lthique mis en confiance. Le premier sens, le sens le plus courant fait de lthique le synonyme de la morale. Cest par suite de glissement que lthique est devenue la science du comportement et porte sur tout jugement moral. Le Petit Larousse dfinit lthique comme ce qui concerne les principes de la morale. Jugement moral. . Partie de la philosophie qui tudie les fondements de la morale ou ensemble des rgles de conduite , lthique est avant tout une science de lhomme et fait partie des sciences humaines. Son objet de rflexion est lhomme dans le vivre ensemble en socit, dans lharmonie et le respect de la libert de chacun et de son identit. Lthique se prsente comme un ensemble de principes qui simposent la conscience de chaque homme, comme tre raisonnable qui vit dans une socit rgle par des conventions. La dmarche thique est personnelle et- Lthique ou le chao ? Est le titre du livre de Jean Loup Dherse et Dom Hugues Miguet paru aux ditions de la Renaissance Paris en 1998. 5 Parlant de lthique, Lacoste affirme : toute socit maintient son identit, sa cohrence, sa continuit laide dun ensemble de rgles, de valeurs et de coutumes qui constituent sa tradition morale (). Les tres humains sont les tres sociaux qui dpendent les uns des autres et qui ne cherchent pas seulement leurs intrts personnels. Cela est ncessaire parce que, ce sont aussi des tres gostes qui ont tendance faire passer leur intrt avant celui dautrui (Cf. Dictionnaire de critique thologique. 1998. PUF. Paris.) 6 Le Tourneau, P. 2001. Lthique des affaires et du management au XXme sicle. Essai. Dalloz-Dunod. Malesherbes. P. 18. 7 Ibid. P. 194

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collective, parce que lhomme nest pas un tre isol. Il est appel respecter un certain nombre de rgles dans la socit. A lorigine, lthique portait uniquement sur lhomme. Aujourdhui, elle sest tendue ses activits. Elle est devenue mme un centre dintrt pour les affaires. Ici, deux questions se posent tout naturellement : 1 Quelle est la quintessence de lthique ? 2 Comment lthique sest-elle dporte sur les activits de lhomme, et notamment sur les affaires et lentreprise ? Ces questions trouveront une rponse dans les lignes qui vont suivre : la premire au point 1.2. Le concept thique, et la seconde au point 1.3. Lthique des affaires. Mais on peut dj retenir que la rflexion thique porte sur les activits humaines dont les affaires, remonte des pays anglo-saxons, notamment des Etats-Unis. 1.2. Le concept thique. Il nest pas facile de cerner le concept thique. Du grec etik , avec un autre mot latin mores moral, ils constituent un couple de synonyme qui lorigine a le mme sens. Si les deux concepts sont concurrents8, ils ont pratiquement la mme signification tous deux dsignent une considration rgulatrice des comportements 9. Le Tourneau pour lillustrer, montre que pour parler de la mme chose, les catholiques utilisent le terme moral au contraire des protestants qui utilisent le terme thique10. Lusage a fini par diffrencier les deux concepts qui lorigine avaient la mme signification. Cependant, les frontires restent flous, et il nest pas tonnant que les deux mots soient utiliss de faon quivalente. Nanmoins, quand on parle de lthique, on se situe sous langle de la science qui traite des principes de la morale. La morale est un ensemble de normes, des rgles de conduite propres une socit donne 11. Quelques dfinitions aident cerner le concept thique. Le grand Larousse propose deux. Pour lui, lthique fait partie de la philosophie et son objet est la morale : partie de la philosophie qui a pour objet les problmes relevant de la morale thorique ou fondamentale 12. Sa seconde dfinition fait de lthique un systme particulier des rgles de conduite 13. Vous ne pouvez pas croire () combien une thique errone empche le libre dveloppement 14. Lencyclopdie universelle lui sappuie sur deux articulations pour dfinir lthique. Lthique est selon elle ltude thorique des principes qui guident laction humaine dans les contextes o le choix est possible 15. Elle dfinit lthique aussi comme un ensemble des principes gouvernant laction des individus pour autant quils agissent en fonction de leur appartenance un groupe social dtermin et que cette appartenance impose des rgles de conduite 16. Le trsor de la langue franaise quant lui dfinit lthique comme la science qui traite des principes rgulateurs de laction de la

Le Tourneau, P. 2001. Lthique des affaires et du management au XXme sicle. Essai. Dalloz-Dunod. Malesherbes. P. 3. 9 Louart, P. 1999. Ethique, in Encyclopdie de la gestion et du management. Dalloz. Paris. P. 368. 10 Ibid. P. 3. 11 Le Petit Larousse compact. 2001. 12 Grand Larousse de la langue franaise. 1973. 13 Ibid. 14 Ibid. 15 Jacob, A. 1990. Encyclopdie philosophique universelle, les notions philosophiques. Dictionnaire 1. PUF. Vendme. 16 Ibid.

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conduite morale 17. Il lillustre en citant Durkheim : On a fait rentrer la civilisation dans la morale. Mais il faut que le domaine thique soit aussi indtermin ; il comprend toutes les rgles dactions qui simposent imprativement la conduite et auxquelles est rattache une sanction, mais ne va pas plus loin 18. Pour Lalande lthique est la science qui a pour objet le jugement dapprciation en tant quil sapplique la distinction du bien et du mal 19. Dans lhistoire selon lui, lthique tait applique soit comme conscience, soit comme art pour diriger la conduite 20 : lthique politique a deux objets principaux : la culture de la nature de lintelligence, linstitution du peuple 21. Durozoi et Roussel abordent lthique sous langle de la distinction entre le bien et le mal. Pour eux, cest la philosophie qui a pour objet les jugements dapprciation parce quelle sapplique la distinction du bien et du mal 22. Leur dfinition rejoint celle de Lalande, mais contrairement ce dernier, ils prcisent par la suite que lthique est lie la mtaphysique, et par consquent diffrente de la morale applique. Morgaux apporte ces dfinitions une connotation nouvelle, et fait de lthique la philosophie qui a pour objet les problmes fondamentaux de la morale 23. Lthique correspond systmatiquement la morale thorique , et est lie une recherche mtaphysique, par quoi elle se distingue de la morale pratique ou applique 24. Cette dfinition de Morgaux rejoint celle de Durozoi et Roussel sur lthique comme recherche mtaphysique, tout en apportant un lment nouveau. Morgaux peroit lthique comme conception ou doctrine cohrente de la conduite de la vie 25. Cette srie de dfinition doit se clturer ici avec celle de Arnoux et Weil qui se penchent sur lthique pratique. Pour eux, lthique dsigne plus particulirement la situation des principes dans les actes particuliers de la vie , et son but est de dterminer le principe premier partir de quoi valuer toute action possible 26. Que conclure aprs ces diffrentes dfinitions ? Loin de se contredire, ces dfinitions se compltent. On peut y dgager quatre points fondamentaux : lthique est une philosophie, lthique est une science, lthique est une thorie, et enfin lthique est un guide. - Lthique comme philosophie a pour objet de rflexion la morale, et son but est dlaborer des rgles de conduite pour rguler les actions des individus dans la socit. Rflexion rationnelle, elle se veut autonome et habilit juger toutes les valeurs mme religieuses. Cette autonomie a pour but : liminer larbitraire de lidologie religieuse et rendre justice la libert, la dignit et la responsabilit morale de lhomme. Lesprit humain prenait la place de Dieu, et le sens inn du devoir remplaait lobissance divine 27. Kant marquait lautonomie de lthique en ces termes : mme

Trsor de la langue franaise, dictionnaire du XIXme et XXme sicles. 1980. Volume 8. CNRS. Presse de Berger. Paris. 18 Durkheim. 1893. Division du travail. Cit par trsor de la langue franaise, dictionnaire du XIXme et XXme sicle. 1980. Volume 8. Epicycle Fuyard. CNRS. Presse de Berger. Paris. 19 Lalande, A. 1956. Vocabulaire technique et critique de la philosophie. PUF. Paris. 20 Ibid. 21 Op. Cit. P. 55. 22 Durozoi, G., Roussel, A. 1987. Dictionnaire de philosophie. Les rfrences. Nathan. Poitiers. 23 Morgaux, L-M. 1980. Vocabulaire de philosophie et des sciences humaines. Armand colin. Paris. 24 Ibid. 25 Ibid. 26 Arnoux, S., Weil, Y. 1995. Dictionnaire des auteurs des thmes de la philosophie. Hachette ducation. Collection 19. 6me dition. Baume-les-Dames. 27 Lacoste, J-Y. 1998. Dictionnaire critique de thologie. PUF. Paris.

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le saint Evangile doit tre compar avec notre idal de perfection morale avant quon ne le reconnaisse pour tel 28. - Lthique comme science, tudie les faits pour tirer les conclusions qui servent la vie. Son objet est lapprciation du bien et du mal, et partir dune rflexion, laborer des thories qui rgulent la vie en socit et guide le choix humain et son action. - Lthique est forme des thories, qui ne sont autre chose que des connaissances nes de la spculation intellectuelle. Ces thories visent un idal, et sont formalises dans un ensemble de propositions scientifiques dmontrables. - Lthique comme guide a un but : diriger laction de lindividu et de la socit en vue du bien de tous. Il apparat clairement des dfinitions suscites, que lthique a une grande affinit avec la morale, et concerne les murs. Sa rflexion porte sur une manire de vivre en socit. Elle gouverne laction des individus qui appartiennent une socit donne, et qui par cette appartenance les contraint29. Les dfinitions ci-dessus donnent chacune un sens prcis de lthique. Par rapport cette rflexion, on retiendra celle de Jacob et celle de Arnoux et Weil. Ces deux dfinitions sont plus intressantes. Elles sont plus proches de la ralit thique aujourdhui. Concrtes et moins spculatives, elles donnent la caractristique de lthique la fois personnelle et sociale. Lthique a beaucoup volu. Elle tait perue diffremment dans lantiquit o elle plonge ses racines. Pour Platon, lthique tait la recherche du bien suprme, entendu comme la plus noble des formes transcendantales immuables et ternelles . Aristote se penchera plutt sur lthique comme recherche des moyens pour atteindre le dsir de lhomme, qui est le bonheur (eudaimonia). Les hellnistes en remplaant lindividu par le citoyen, et les valeurs dappartenance une socit particulire , par des valeurs soit individuelles, soit universelles , vont apporter des ides nouvelles lthique. On distingue deux courants chez les hellnistes : les picurien qui font de lthique la recherche du plaisir et de la satisfaction, et les stociens pour qui lthique est la rationalit universelle qui rgle le comportement humain : agir en accord avec la raison, tait agir en action avec la nature ultime 30. Foulqui tentera plus tard de concilier Platon et Aristote dans sa dfinition qui fait de lthique la partie de la philosophie qui cherche dterminer la fin de la vie humaine et les moyens pour atteindre cette fin 31. La fin humaine serait le bien suprme dont parlait Platon, et Aristote offrirait les moyens pour latteindre. Pour Foulqui, lthique traiterait aussi les problmes de la philosophie relevant de la morale fondamentale quel est le bien suprme, la nature et la valeur de la conscience morale, fondement des obligations 32. Ces dfinitions avaient rtrci le champ thique qui se veut plus large. Une autre dfinition les rassemble quelques nuances prs, et donnerait de cerner le contenu de lthique. Cette dfinition est de Mourral et Millet. Elle fait la diffrence entre lthique comme adjectif et thique comme substantif. Elle prcise que ladjectif thique concerne les murs envisages le plus souvent du point de vue du bien et du mal . Sa question est que dois-je faire pour bien vivre ? . Le substantif thique quant lui estKant. E. Cit par Lacoste, J-Y. 1998. In dictionnaire de critique de thologie. PUF. Paris Jacob, A. 1990. Encyclopdie philosophique universelle, les notions philosophiques. Dictionnaire 1. PUF. Vendme. 30 Lacoste, J-Y. 1998. Dictionnaire critique de thologie. PUF. Paris. 31 Foulqui, P. 1982. Dictionnaire de la langue philosophique. PUF. Mayenne. 32 Ibid.29 28

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la partie de la philosophie qui traite de la morale, de ce que lhomme doit faire et de ce quil va viter pour vivre en homme et rpondre sa fidlit 33. Au cours de lhistoire, lthique a t considre comme science des murs descriptible et nonprescriptible . Sous linfluence de la philosophie allemande, elle est place plus haut que la morale, elle est plus spculative, plus thorique, plus ouverte la remise en question et aux discussions. La meilleure dfinition quon peut lui attribuer est une thique critique des jugements humains prononcs du point de vue du bien et du mal et leurs fondements rationnels 34.

Une autre dfinition plus explicite et qui va dans le mme sens, vient complter celle de Mourral et Millet. Elle est de Comte-Sponville, et dit que lthique est un discoursnormatif mme un impratif, qui rsulte du bon et du mauvais considrs comme valeurs simplement relatives. Elle est faite de connaissances et de choix : cest lensemble rflchi et hirarchis de nos dsirs. Une thique rpond la question comment vivre ? . Elle est toujours particulire un individu ou un groupe cest un art de vivre : elle tend le plus souvent vers le bonheur et culmine par la sagesse () nul ne peut se passer de lthique, puisque la morale ne rpond que trs incompltement la question comment vivre ? (). Ainsi lthique est un travail, un processus, un cheminement : cest un chemin rflchi de vivre, en tant quil tend vers la vie bonne () ou la moins mauvaise possible, et la seule sagesse en vrit 35.

Lanalyse des diffrentes dfinitions ci-dessus donne une ide du contenu du concept thique. Mourral et Millet le rassemble dans une longue dfinition, que vient complter celle de Comte-Sponville plus explicite. Au risque de les trahir, on peut dire que :Ltique a trait aux murs, quelle est un jugement dapprciation qui sapplique au bien et au mal, quelle est un ensemble de rgles de conduite qui disent lhomme ce quil doit faire et ce quil doit viter pour son bien tre en socit et le bien tre de autres, bref le que dois-je faire pour bien vivre ? 36, le comment vivre ? 37 .

Dans certains cas, lthique est une dontologie, cest--dire des ordres formels qui dterminent le comportement des personnes qui exercent une mme activit : un ensemble des rgles et des devoirs qui rgissent une profession, la conduite de ceux qui exercent, les rapports entre ceux-ci et leurs clients ou le public 38. Il convient cependant de remarquer quil existe une diffrence entre lthique, la morale et la dontologie, mme si les trois concepts sont lis lun lautre. On les confond souvent, alors quils sont diffrents. La dontologie est un ensemble de devoirs et de rgles qui rgissent la conduite dans une activit professionnelle, et donne le comportement tenir dans les diffrentes situations auxquelles on peut tre confront. Exemple : le refus dun cadeau de grande valeur de la part dun fournisseur, linterdiction dutiliser le matriel de lentreprise dautres fins, le respect du secret des dossiers Lthique quant elle intervient l o la loi, les directives, la rglementation nont rien prvu, et quil faut recourir la conscience pour agir. La prsente rflexion partage sans rserve laffirmation dun minent professeur selon laquelle, une action peut tre lgale sans tre thique un chef dentreprise ne contrevient pas la loi quand il empoche des millions de dollarsen salaire et en prime en mme temps quil effectue des mises pieds et ses actionnaires subissent des pertes importantes, mais est-ce moral ? Sil renonait une partie de sa rmunration, il ferait preuve dthique. (Pauchant, 2004).

Pour finir, la morale se penche plutt sur les actions. Elle dit ce qui est bien et ce qui est mal. La morale est de lordre de lobligation, alors que lthique est de lordre de la rflexion sur les valeurs. La morale commande, lthique recommande, et la dontologie relve des valeurs thiques. Du point de vue de lthique, la dontologie est33 34 35 36 37 38

Mourral, I., Millet, L. 1993. Petite encyclopdie philosophique. Editions universitaires. Bruxelles. Ibid. Comte-Sponville, A. 2001. Dictionnaire philosophique. PUF. Mayenne. Mourral, I., Millet, L. 1993. Petite encyclopdie philosophique. Editions universitaire. Bruxelles. Comte-Sponville, A. 2001. Dictionnaire philosophique. PUF. Mayenne. Le Petit Larousse compact. 2001.

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intressante, parce quelle sert de passerelle lthique des affaires. Peut-on conclure ici le concept thique ? Avec le temps, une autre thique dite applique sest dveloppe ct de lthique philosophique. Lthique des affaires lorigine de cette rflexion fait partie de cette autre thique, et conclure le concept thique sans laborder ne serait pas judicieux. Bien que ce nouveau concept : thique applique dont lthique des affaires fait partie soit difficile cerner, il convient davoir une ide sur ce quelle est, avant de continuer les investigations pour montrer le pourquoi de lthique en affaire, et comment en conciliant action de bienfaisance et action commerciale en elle, lthique cr de la valeur en affaires. 1.3. Lthique des affaires Dans un ouvrage intitul : Lthique des affaires et du management au XXme sicle , Le Tourneau reprend des propos qui surprennent et inquitent. Ce splendide truisme de Coolidge (Prsident des Etats-Unis de 1923 1928), qui se passe de commentaire. les affaires son les affaires (business is business , et des thses dun professeur rput de la Harvard Business School qui nhsite pas affirmer que lhomme daffaire doit se battre. Et avant tout sans morale (selon Dunay, enseigner lthique des affaires ) journal Le Monde, 27 septembre 1994. Cest le monde des donnes brut, implacables, des faits (dont chacun sait quils sont ttus) ; Les valeurs conomiques se fichent de la morale 39

De pareils propos en ces moments o les colloques, les congrs, les enseignements, les publications sur lthique des affaires se multiplient, soulvent des questionnements. Questionnements que lon peut rsumer dans cette interrogation de Mellon : le discours thique sur le monde de lentreprise ne serait-il quune vague, apte justifier tout et nimporte quoi ? 40. Cette interrogation pose la ralit de lthique dans les affaires et dans les entreprises. Lthique a-t-elle vraiment une place dans les affaires ? Ne serait-elle pas plutt un vernis de conscience ? comme laffirme Alan Berclay, un ancien employ de Amazon.com dsabus par sa hirarchie41. Le Tourneau dans louvrage voqu plus haut, tente dapporter une rponse. Voici en effet ce quil dit : il semble ncessaire que toute la vie sociale et conomique soit guide par une thique : elle est partout comptente, mme l o sa prsence est plus surprenante. Sans morale, il ny a plus de vin de Bordeaux, ni style. La morale est le got de ce qui est pur et dfie le temps (J. Chardonne in lamour, cest beaucoup plus que lamour) (Le Tourneau, 2001).

En quoi consiste lthique des affaires ? Non seulement le concept est flou, son objet nest pas prcis, et il y a un risque de moralisation et de rcupration. Dun ct, il y a des donneurs de leons qui non conscients des difficults quotidiennes auxquelles sont affronts les hommes daffaires ou les managers face aux dcisions, dclarent tord ou raison, quaucun pot-de-vin nest justifiable, et quun licenciement est amoral Et de lautre ct, il y a les hommes daffaires et les managers qui peuvent rcuprer lthique pour justifier certaine de leurs pratiques et dcisions, faisant ainsi de lthique un instrument au service dun idal ou des intrts personnels. Cette mfiance est lgitime, pourtant des enjeux se cacheraient derrire ces incertitudes. Cest une des raisons pour lesquelles il faut cerner le concept thique des affaires, prciser son objet,39

Le Tourneau, P. 2001. Lthique des affaires et du management au XXme sicle. Essai. DallozDunod. Malesherbes. P. 5. 40 Mellon, C. 1990. Editorial de lentreprise, la vague thique. Projet. Hiver. N 224. P. 4. 41 Cf. Journal les chos. 2001. Jusquo peut aller les choix thiques imposs aux salaris . 4 septembre.

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et dcouvrir ce qui est valorisant dans sa dmarche, pour sa mise en exergue dans les affaires et en entreprise. Deux dfinitions serviront de chef pour apprhender le concept de lthique des affaires. La premire est de Kerhuel. Elle fait de lthique des affaires une analyse des modes dapplication des normes morales des individus aux dcisions concrtes prises dans lentreprise, quil sagisse des dcisions des acteurs individuels ou celles de lentreprise considres globalement 42. La seconde est dun auteur anglo-saxon. Elle dfinit ainsi lthique : La business ethics est une thique applique. Elle est lapplication de notre comprhensionde ce qui est bon et juste cet ensemble dinstitutions, de technologies, de transactions, dactivits et defforts que nous appelons business

Ces deux dfinitions font entrevoir que lthique des affaires comporte en son sein plusieurs dmarches. Ces deux dfinitions prsentent des visions diffrentes de lthique. La premire de culture francophone, sarticule sur lanalyse des dcisions prendre dans lentreprise. Le dcideur ici sappuie sur des normes ou des principes qui guident son jugement quant aux dcisions prendre. Cet exercice est difficile dabord parce que chaque homme porte en lui des convictions personnelles, et ensuite parce quil va falloir concilier ces convictions avec les normes mises en place pour juger. Cela place le dcideur dans une situation dlicate, surtout que de ses dcisions dpend lavenir de lentreprise. L, il est appel faire preuve dintgrit, avoir recours ses qualits de novateur, et mme faire appel aux expriences antrieurs. Cette dfinition de culture francophone fait une distinction entre les dcisions des acteurs individuels et celles de lentreprise comme personne morale. Elle porte en elle-mme une grande faiblesse, celle de rduire lthique la procdure de dcision qui sans doute limite les scandales conomiques, mais sans toute fois constituer une question permanente de la vie des affaires et de lentreprise43. Une des grandes proccupations de lthique des affaires, cest comment concilier dans un rapport efficace et lgitime lentreprise et ses partenaires, sans oublier lenvironnement qui est de plus en plus exigeant et incertain. Lthique des affaires doit sharmoniser avec lindividu, lentreprise, la socit et lenvironnement. La seconde dfinition part, de la comprhension que lon se donne de ce qui est bon et juste, et qui nest pas appliqu dans lentreprise ou dans ses activits. Cette dfinition est trs proche des tenants de la Corporate Social Responsiveness (attention de lentreprise aux demandes sociales) du business ethics aux Etats-Unis, qui pensent quil revient aux responsables de lentreprise la capacit de rpondre aux attentes de la socit. Ces responsables doivent satisfaire ces demandes, une fois quelles sont identifies. Pour les partisans de cette pense, ils revient aux responsables de lentreprise de satisfaire la socit, en tenant compte selon eux de ce qui est bon et juste. Lentreprise engage sa responsabilit partir de ce quelle juge bon et juste. Cette approche ne fait pas lunanimit. Elle a une faiblesse, celle de faire de lentreprise la conscience de la socit. Lentreprise peut ici, se servir de lthique comme un instrument pour dfendre ses intrts. Cette pense est vivement combattue par les tenants de la Corporate Social Responsability (responsabilit sociale de lentreprise). Pour eux, lentreprise a des obligations envers la socit, et doit lui rendre compte. Il ne revient pas aux dirigeants de lentreprise de dfinir la responsabilit sociale. Ils ne doivent pas imposer leur rfrence la socit. Ils ne sont pas forms pour, et cela seraitKerhuel, A. 1990. De part et dautre de latlantique. Projet. N 224. Hiver. P. 15. Perrot, E. Economiste, membre du Ceras, dveloppe longuement ce point de vue dans un article une interrogation sans fin, dans le chapitre de lanalyse conomique est ncessaire dans lentreprise . Cf. Projet. Hiver 1990-1991. N 224. P. 4.43 42

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un abus pour eux de se procurer cette tche. Pour les tenants de la Corporate Social Responsability, un contrat implicite semble conclu entre les dirigeants et les groupes de pression. Les premiers auraient la charge de dfinir une certaine thique , les second la responsabilit dexercer une vigilance 44. Chacune des deux dfinitions est critiquable, mais elles ont cependant le mrite de mettre en lumire, lexistence de plusieurs proccupations qui sont la base de lthique des affaires. Ces proccupations sont varies suivant les terroirs et les contextes gographiques, mme si aujourdhui des facteurs comme linterdpendance conomique, et la conscience des problmes de lentreprise sont communs de part et dautre. Il reste cependant que la toile de fond qui tait lorigine de la business ethics aux Etats-Unis, tait la crise de la lgitimit de lentreprise, alors quen Europe lthique des affaires a emprunt une autre voie cause de lessoufflement des grandes esprances sociales et conomiques 45, qui a dtourn lattention de la macro conomie pour se focaliser sur lentreprise . Les deux dfinitions voques ne disent cependant pas, ce quest lthique des affaires et quelle est son origine. La seconde dfinition pose quelques jalons quand elle dit que la business ethics est une thique applique . Lthique applique (applied ethics) vient des philosophes anglo-saxons qui, lorigine veulent distinguer entre thorie thique appele encore mtathique de lthique concrte (substantive ethics) qui concerne les cas particuliers. Comme Jacob le fait remarquer, au XXme sicle, la rflexion thique a connu un renouveau important. Ce renouveau a plusieurs sources : dabord le dveloppement de la philosophie danalyse, lanalyse du langage moral et lintrt pour les systmes logiques non classique. Ce renouveau concerne laspect purement thorique de lthique et de la morale 46. Cest le dbut de la rflexion sur lthique applique (ou thique pratique). Contrairement lthique classique, son objet de rflexion est un cas palpable : le point essentiel, cest le cas concret, car cest son sujet quilfaut prendre une dcision. En quelque sorte, lthique applique rejoint ce quon nommait la casuistique. Mais elle possde un autre sens Il y a cependant dans le mouvement de lthique applique quelque chose de radicalement nouveau dans lhistoire de la philosophie morale : celle qui requiert un principe dempiricit 47

Cest au cours des annes 1960, avec la naissance des mouvements dopinion et lexplosion de nouveaux champs dinterrogation thique, qui apparaissent aux Etats Unis dans le cadre de la rflexion sur lthique applique, que plusieurs ples diffrents (biothique, thique professionnelle, thique environnementale, thique des affaires) vont se stabiliser, et acqurir progressivement leur lettre de noblesse au cours des annes 197048. Lthique des affaires est une branche de lthique applique, ne de lvolution de lthique et des questions du contenu moral, discut partir des perspectives disciplinaires. Elle vise prcisment guider le comportement personnel des dirigeants dentreprise et au-del, de toute personne engage lun ou lautre titre, dans lactivit conomique (Canto-Sperber, 1996). Entre autres questions, elle traite de la dignit du travailleur dans lentreprise, du statut des firmes multinationales Lthique des affaires (business ethics) est suffisamment prolifique aux Etats-Unis pour avoir donn naissance depuis 1980, deux revues spcialises (journal of businessKerhuel, A. 1990. De part et dautre de latlantique. Projet. Hiver. N 224. P. 18. Ibid. P. 18. 46 Jacob, A. 1990. Encyclopdie philosophique universelle, les notions philosophiques. Dictionnaire 1. PUF. Vendme. 47 Arnoux, S. Weil, Y. 1995. Dictionnaire des auteurs de thme de la philosophie. Collection 19. 6me dition. Hachette ducation. Baume-les-Dames. 48 Canto-Sperben, M. en 1996 dans le dictionnaire thique et de la philosophie la page 354, fait un long dveloppement sur le sujet, quil convient de lire pour avoir une ide claire de ces questions.45 44

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ethics et business and professionnal ethics journal) (Canto-Sperber, 1996). Lthique des affaires connat cependant quelques petits problmes dapplication : non seulement il nest pas facile dharmoniser lthique et la maximisation du profit vis par lentreprise mme long terme, mais en plus il y aura beaucoup perdre si ses recommandations scartent trop des intrts des investisseurs. Il faut reconnatre que, dans la mesure o thique et profit divergent sensiblement, les injonctions de lthique des affaires sont autodestructrices . Quil sagisse du recrutement sans discrimination, de lenvironnement et autres au nom de lthique, toute entreprise qui scarterait significativement du comportement le plus profitable, sexposerait linvasion des concurrents moins scrupuleux lrosion de ses parts de march, et ultimement la faillite 49. Lanalyse des deux dfinitions donnent de conclure que la business ethics est une branche de lapplied ethics, ne dun rflexion des philosophes anglo-saxons, et sest stabilise dans les annes 1970 aux Etats-Unis comme une discipline part entire. Le concept thique des affaires qui sest impose dans la langue franaise est une traduction littrale de lexpression amricaine business ethics. Le concept affaires recouvre plusieurs choses la fois : le commerce, la bourse, les transactions, la banque Lutilisation de lthique de lentreprise la place de lthique des affaires, semble plus approprie. Cette rflexion privilgie cette expression de lthique de lentreprise, et au mieux lthique en entreprise. Lthique en entreprise renvoie la fois lentreprise, ses diffrentes transactions, tous ceux qui y exercentOn peut la dfinir comme la dmarche thique qui a pour champ de rflexion lentreprise et ses diffrentes transactions. Une dmarche qui prend en compte deux personnes : lindividu comme sujet moral, et lentreprise comme personne morale, avec ses diffrentes transactions dans les affaires.

2. Pourquoi lthique dans les affaires et comment arrive-t-elle concilier action de bienfaisance et action commerciale , pour crer la plus value ? La conciliation de lthique avec les affaires ou lthique et lentreprise relve de la conscience morale. Comment lide est-elle venue de vouloir concilier ces deux termes qui paraissent antinomiques ? Les affaires et lentreprise auraient-elles dj une conscience morale ? Le commun des mortels pense quil est difficile que lthique puisse cohabiter avec les affaires ou avec lentreprise. Lide quon a des affaires et de lentreprise est la recherche du profit maximum, la comptitivit, lincitation la consommation (ce qui du reste est vrai). Des chercheurs cependant dmontrent que lthique aujourdhui est un instrument efficace dans la gestion des affaires et de lentreprise, et les discours sur le sujet aussi nombreux quils soient ne sont pas des effets de mode comme on peut le croire. Les propos de ces chercheurs restent dubitatifs face ceux de Thibault qui dit : Bien quintgre dans les discours, lthique ne dispense en aucune manire les entrepreneurs dadopter des comportements scandaleux dans le but unique de servir leurs intrts 50. La recherche du profit apparat surtout comme lafin qui justifie les moyens : une organisation dont tout les but est de prosprer ne doit-elle pas appliquer la loi de la jungle moins daccepter de disparatre ? La pression commerciale et les exigences de rsultat ne doivent-ils pas seuls dterminer les rgles de conduite des collaborateurs ? (Loodregt, 2004).Ravat

semble corroborer quand elle crit que des entreprises se servent de lthique deCit par Canto-Sperber, M. 1996. In Dictionnaire thique et de la philosophie. PUF. Vendme. Thibault, G. 2006. De lthique professionnelle pour soigner lme de nos socits : remde ncessaire ou nouvelle tarte la crme ? Prix rgional District 1700. P. 7.50 49

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faade, sans substance relle, pour redorer leur blason terni par un scandale ou simplement pour amliorer leur image de marque . On retombe dans le truisme de Coolidge business is business , o tous les moyens sont bons pour amasser autant de profit possible. Lthique naurait pas de place en affaire ou en entreprise. Comme laffirme Friedmann les entreprises nont dautres responsabilits que celle de gagner de largent et quand anime par un lan de bienveillance, elles tentent dassurer des responsabilits supplmentaires, il en rsulte souvent plus de mal que de bien 51. Fort de toutes ces investigations, linterrogation sur la ncessit de lthique en affaires ou en entreprise se pose avec acuit. Lthique serait-elle une dcoration quon ajoute dans les dcisions daffaires pour les rendre lgales ? Tout laisse croire que lthique sopposerait la rentabilit. 2.1. Limportance de lthique en affaire et dans les entreprises Le monde des affaires et de lentreprise, est une rude bataille entre concurrents. Dans cette lutte, seuls les plus forts restent sur le march et les autres disparaissent. Ce qui accrdite la thse provocante de Friedmann selon laquelle : la responsabilit sociale de lentreprise est daugmenter ses profits 52. Dans cette bataille entre concurrent, lthique naurait pas de place. Serait-ce donc un vu pieux de vouloir lui en donner une ? Il est important de savoir que de nos jours, tout entreprise senrichit dun capital immatriel constitu de rapport destime et de confiance qui engendre son dveloppement. Pour gagner lestime et la confiance de ses partenaires, lentreprise a besoin dun minimum de valeurs que seul lthique peut les lui procurer. On peut arguer que ce nest pas lthique qui fait marcher les affaires, mais lthique est loin dtre contraire aux affaires. La morale est gagnante long terme, prcisment dans la mesure o elle est confrontation aux finalits et non observance dun impratif catgorique coup de la ralit des choses 53 . Lthique est un gain long terme pour lentreprise : Contrairement ce que lon croit trop souvent, les finalits morales ne pas antinomiques avec les affaires. Jai connu un marchand de chaussettes sur la butte de Montmartre qui mettait un point dhonneur servir les intrts rels de ses clients, quitte ne rien vendre sil estimait ne pas disposer en magasin du produit correspondant leur attente. A sa grande surprise, son affaire nen devint que plus prospre, car il avait gagn la confiance de ses clients. Ce qui est vrai pour le marchant de chaussettes peut ltre aussi pour une multinationale ou pour un service public de sant ou de lducation. A partir du moment o le client voit quil est cout et quon lui fait payer le produit un juste prix, il devient fidle 54.

Loosdregt met une assertion en thique des affaires, que ce travail prend son compte. Il pense quil faut des rgles pour permettre aux affaires dvoluer. Sil ny a pas une certaine rglementation, toute transaction sera impossible avec tout le vol et la piraterie qui font obstacles au dveloppement conomique. Loosdregt prend en exemple les pays qui dcollent difficilement, et dont les entreprises ne prosprent pas cause de la corruption. Les vritables rgles du march sont morales. Cest sous cet angle de la morale quon peut analyser les conditions qui tablissent la concurrence parfaite, savoir labsence dentente, dabus de position dominante, la rpression de la corruption55. Ces rgles qui rglementent le commerce protgent la socit toute entire.Friedmann. Cit par Ballet, J., De bry, F. 2002. Lentreprise et lthique. Du Seuil. Paris. P. 33. Friedmann, M. 1970. The social responsability of business its to Increase its profits. New York Times magasine. September. 12. 1970. PP. 32-33. 53 Sureau, S. 1990. Quand lentreprise dcouvre lthique. Projet. Hiver 1990-1991. N 224. P. 14. 54 Ibid. 55 Loosdregt, H.B, 2004, dveloppe longuement cette pense dans son ouvrage : Prvenir les risques thiques de votre entreprise. Guide pratique lusage des dirigeants. Insep consulting editions. P. 23.52 51

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Cette conception tait celle des fondateurs du capitalisme comme Adam Smith (17231790), professeur luniversit dEdimbourg, elle sencrait dans la vision utilitariste (Loosdregt, 2004). La premire rgle de lthique dans les affaires commence par le respect des rgles de jeu du march, et dans lentreprise par le respect des partenaires et de lenvironnement dans lequel elle volue. Mme si le profit est pour lentreprise ce que loxygne est pour lhomme, il nest certes pas lobjectif final quil faut atteindre par tous les moyens56, do une certaine thique. Depuis plus dune dcade, les questions thiques dans les affaires et en entreprise sont devenues lune des grandes proccupations des entrepreneurs. Cest chaque entreprise qui affiche lthique, ce qui ntait pas le cas il ny a pas longtemps. Pourquoi cet engouement subite pour lthique, et quapporte-t-elle de plus aux affaires ou lentreprise ? Cet engouement nest ni spontan, ni naf, mme si dans le concret. Tous les choix sont traverss chaque instant par la question thique. Ces entreprises se positionnent simplement dans une nouvelle logique managriale, qui elle-mme nest pas dpourvue dun certain opportunisme. Comme laffirme Giard et Prouvost : limplantation dun code thique nest pas le fruit du hasard 57. Cest certainement dans le mme sens, que vont Harrar et Vernocke quand, par rapport lengouement des entreprises lthique et leurs actions caritatives qui ne sont pas exempts de valeur ajoute, posent la question suivante : Toute cette agitation ne serait elle pas, avant tout, un habile outil de marketing ? La kyrielle de scandales de ces dernires annes a particulirement dtrior limage des entreprises. Les scandales financiers qui ont entran la faillite dEnron septime entreprise amricaine, fleuron de la nouvelle conomie, qui avait dissimul une dette de un deux milliards de dollar, et avait gonfl facilement la valeur de ses actions (Thibault, 2006) ; de nombreux autres scandales : Athur Anderson, Xrox, Ahold, Tyco, des patrons qui empochent des millions de dollar en vendant leurs actions avant que lentreprise ne sombre , le naufrage de lErika, les entreprises qui ralisent des bnfices records et en mme temps dlocalisent sans aucune justification conomique, les comportements prdateurs, les entreprises qui financent des rgimes totalitaires ont suscit une sensibilit thique des consommateurs et des investisseurs, qui obligent effectuer plus de transparence : cette perte de confiance des citoyens, du public, de la population suite ces rvlations malheureuses constitue le moteur le plus important de cette invocation (), quoi de mieux que le recours au sceau de la vertu pour tenter de rtablir la confiance des gens dans leurs institutions)58. Des groupes de pression font surface. Les mdias, les consommateurs, les investisseurs, personne ne veut plus tre complice des entorses causes par les entreprises aux droits de lhomme (travail des enfants, exploitation des hommes, destruction de lenvironnement ). Tous rclament les preuves de transparence sur les conditions de fabrication59. La rprobation de certains actes des entreprises par les consommateurs, les a conduit utiliser leur pouvoir de ngociation, et en cas de drive ils nhsitent plus de ramener les manager De Pre, ancien PDG de Hermann Miller, la socit leader mondial de fabrication des meubles. Giard, D., Prouvost, M. 2000 La gestion des risques dans les entreprises au Qubec : le rle du conseil dadministration. In Halsi, T (Cood). Le management aujourdhui, une perspective nord Amricaine. Economica. P. 418. 58 Gaill, G. 2002. Le recours lthique : une solution miracle tous les problmes ? Chronique de la chaire MCD. En ligne http://www.chaire-mcd.ca/pdf/chronique/02-07-16-caill.pdf. 59 Nkaham, J. 2007. Thse de doctorat en Sciences de Gestion. Ethique des affaires et valeurs chrtiennes catholiques de dveloppement. Une approche exploratoire des PME camerounaises. La Doctrine sociale de lEglise peut-elle contribuer llaboration dune stratgie dentreprise ? Soutenue le 19/11/2007. Nancy2. P. 66.57 56

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lordre par larme du boycott. Porter dmontre dans lavantage concurrentiel ce pouvoir de ngociation du consommateur, suffisant pour obliger lentreprise tenir compte de son avis. Le dsir davantage de moralit dans lentreprise est aujourdhui vident chez tous les consommateurs. Un sondage Ipsos du 28 avril 2004 montre que 73% des consommateurs europens pensent quen changeant leur comportement dachat, ils peuvent influencer la prise en compte des rgles thiques dans les entreprises 60. Des entreprises comme Total, Michelin, Nike, Shell se sont vues attaques par lopinion publique, parfois boycottes par les consommateurs 61. Ces entreprises ont t obliges de mettre sur pied une politique de gestion et de dveloppement thiquement louable. Les investisseurs aussi exigent de connatre la situation qualitative et stratgique de lentreprise, avant dengager leur argent, et de nombreuses organisations spcialises sont prtes leur fournir les renseignements dont ils ont besoin, ainsi que des indices permettant de noter les entreprises sur la base de leur qualit et de leur thique : Les entreprises thiques, plus stables et durables peuvent donc dsormais valoriser leur force stratgique au prs des investisseurs potentiels plus exigeants, et lemporter face des entreprises moins transparentes (Ravat, 2006). Les entreprises ont donc davantage gagner en appliquant les principes thiques dans la gestion de leurs affaires. Aujourdhui, les stakeholders autant que les shareholders exigent lentreprise des garanties sur lengagement thique, certes, des entreprises, mais surtout de leurs dirigeants, pour instaurer une relation de confiance . Une entreprise qui se passe aujourdhui de lthique est appele disparatre du march. Lthique sinscrit dans un nouveau concept managrial. Bien quelle soit issue dune attitude diffrer les dcisions en attendant que les vnements se prcisent, rien nempche a priori quelle fasse lobjet dune certaine exploitation commerciale, tant que celle-ci reste intgre et honnte (Thibault, 2006). La question nest plus limportance de lthique dans les affaires et pour les entreprises, mais comment lintgrer dans leur gestion. Les entreprises sont appeles sadapter lvolution des mentalits si elles veulent rester dans la comptition du march. Elles sont dans lobligation de faire cohabiter un certain nombre de besoins aux attentes des consommateurs en tenant compte de lenvironnement. Lthique Dans les affaires comme en entreprise, comble un vide cr par le dclin de la morale traditionnelle et la fin des idologies de progrs. Lthique est une nouvelle philosophie pragmatique, qui donne un sens la vie des individus dans un systme o il ny a plus de repres, et permet de redonner une cohsion moderne aux affaires, en luttant contre lindividualisme. Lthique limite lexploitation de lhomme par lhomme par les abus du march (Nkaham, 2007). Le grand regret quon peut avoir, cest que ce soit avec le dvoilement des scandales et des vnements nfastes lenvironnement, que les entreprises aient t obliges dintgrer lthique dans leur gestion, pour rpondre la rprobation de lopinion publique. Lthique a t donc au dpart pour un bon nombre dentreprises, plutt un instrument pour rehausser leur intgrit, ou pour se crdibiliser. Ce qui fait que lopinion publique na peru de lthique dans les affaires ou en entreprise quune hypocrisie qui permet celles-ci de redorer leur blason, ou comme un instrument pour rsoudre un problme ponctuel, une crise. La proccupation de lthique chez les hommes daffaires, sest impose au dpart de faon ractive dans le but de grer desRavat, J. 2006. Lthique pourquoi pas ? Du principe la pratique. Prix rgional District 1730. Ecole de hautes tudes commerciales de Nice. P. 3. 61 Thibault, G. 2006. De lthique professionnelle pour soigner lme de nos socits : remde ncessaire ou tarte la crme ? Prix rgional District 1700. Ecole nationale suprieure dagronomie de Toulouse. P. 5.60

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crises. Cette manire daborder lthique ne lui a pas fait bonne presse, surtout quand cest lentrepreneur qui est lorigine de linitiative. Lexemple est le scepticisme, le climat de suspicion quont ses collaborateurs qui ne dsirent pas se faire manipuler. Lthique est plutt prventive. Elle ne rpond pas seulement une mesure durgence, et doit tre planifie sur le long terme. Lthique tourne le regard vers lavenir, et saccompagne dun savoir-faire prvisionnel, mme partiel, afin denvisager les effets moyen et long terme des actions managriales. (). Lthique satisfait une exigence croissante de la socit (Thibault, 2006). Lthique doit se situer en amont et en aval de toutes les activits de lentreprise, en passant par la gestion interne. En amont avec lapprovisionnement, les investisseurs, En aval, la distribution, le consommateur, lEtat En interne, la transparence, les relations avec les employs, lattention lenvironnement Lapplication actuelle de lthique dans la communication, le travail sur limage de marque, mais aussi les ralisations concrtes dans ses activits, montrent que beaucoup dentreprise ont peru lintrt qui existe intgrer lthique dans leur gestion. Il faut cesser de voir lthique sous langle de la raction face aux abus des entreprises, ou comme un instrument de la gestion de crise, et dcouvrir la nouvelle face de lthique dans les affaires ou en entreprise : celle de concilier actions de bienfaisance et action commerciale pour plus de valeur ajoute certes, mais dans le respect de lhomme et le respect de lenvironnement. 2.2. actions de bienfaisance et actions commerciales au cur de lthique des affaires Au-del de certaines contestation de lthique dans les affaires et en entreprise, la revue de littrature et lobservation sur le terrain, permettent de comprendre que lthique est plutt profitable pour les affaires et lentreprise. Lthique augmente les profits long terme. Diffrentes approches pragmatiques le prouvent. Plusieurs auteurs ont une vue ngative quant lthique dans les affaires et en entreprise, alors que lthique peut tre dcrite comme une poursuite mthodique dun intrt bien compris62. Nills dveloppe laffirmation du profit que lthique apporte aux affaires et lentreprise dans un ensemble concret de considration63, que ce travail prend son compte. Nills explique cette affirmation par quatre motifs :1 Lthique engendre la rduction des cots de transaction par la fidlisation des partenaires et par des relations bases sur la confiance. Ce phnomne a t particulirement soulign par les tudes sur lthique dans lachat industriel (Cova et Salle, 1992), o la confiance durable entre lacheteur et le fournisseur peut cependant tre un signe dune opacit des critres de dcision (Wormser, 1996). Il correspond une vrit aussi vieille que le monde des marchands : la confiance produit de la valeur ajoute (Diener, 1993). 2 - Lthique accrot le niveau de rflexion et la moralit des salaris et par ce biais, rduit les cots destins limiter les comportements dviants (fuite des informations, dtournement des fonds, etc.) ou de passagers clandestins (Orsoni, 1989). 3 Lthique est globalement le corollaire de la responsabilisation des salaris, elle-mme lie lexigence de qualit chez les clients (Srieyx, 1990 ; Orgozozo, 1991 ; Landier, 1991). 4 Enfin du point de vue marketing, lthique est aborde comme vecteur de fidlisation. A une poque o lon constate un certain puisement de la publicit classique, il apparat ncessaire de trouver de nouveaux vecteurs de communication, plus en accord avec lattente des consommateurs. Ces attentes sont

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Toulouse, J.M. 2003. Lthique des affaires fait ses classes. Journal La croix du 17/11/2003. P. 8. Nkaham, J. reprend cette affirmation de Nills quil dveloppe largement dans sa thse : Ethique des affaires et valeurs chrtiennes catholiques de dveloppement. Une approche exploratoire des PME camerounaises. La Doctrine sociale de lEglise peut-elle contribuer llaboration dune stratgie dentreprise ? Soutenue le 19/11/2007. Nancy2. P. 120.

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marques par le souci thique au sens large (proccupations environnementales, conditions de travail dans les pays de fabrication, authenticit de la communication 64.

2.3. Les actions de bienfaisance au service des affaires et de lentreprise. Lutilit de lthique dans les affaires et en entreprise nest plus dmontrer. Dans la pratique des affaires ou de lentreprise, il existe deux manires complmentaires quon peut exploiter pour tirer de lthique un maximum de bnfice : la gestion externe et interne des affaires et de lentreprise et louverture des affaires ou de lentreprise aux uvres dutilit publique comme les recherches pathologiques (le cancer, le sida, les maladies rares), les uvres caritatives. On argumenter que le domaine des recherches et de la charit nest pas du ressort des affaires ou de lentreprise qui a dj du mal grer ses propres activits, mais la ralit est toute autre. Aujourdhui, on ne compte plus les entreprises qui participent leffort des recherches ou qui sont impliques dans des fondations charitables. 2.3.1. La gestion proprement dite des affaires et de lentreprise Cest une gestion qui se situe lintrieur et lextrieur de lentreprise. Elle commence en amont avec lapprovisionnement, les relations avec les investisseurs.., jusquen aval avec la distribution, les relations avec les consommateurs, la protection de lenvironnement de la pollution, en passant par la gestion interne qui prend en compte la transparence et les relations avec les travailleurs. Cette gestion thique est dj en ellemme une action de bienfaisance dans la mesure o elle prend en compte toutes les couches sociales, et est centre sur le respect des droits de lhomme et le respect de lenvironnement. En amont quant lapprovisionnement, lentreprise est tenue une relation de confiance envers ses fournisseurs. Pour perdurer, une entreprise doit assurer sa position sur le long terme et la maintenir. Porter prcise dans lavantage concurrentiel quune entreprise doit accueillir un avantage comptitif et tre capable de le maintenir dans le temps. Or, le modle des cinq forces montrent que les fournisseurs comme les consommateurs ont de linfluence sur les dcisions stratgiques dune entreprise puisque celle-ci dpend de leur approvisionnement. Donc, en amont des affaires ou de lentreprise, il existe des partenaires stratgiques incontournables : les fournisseurs. Lthique ici veille la conscience de lentreprise (entrepreneur) au rapport de confiance avec les fournisseurs, et le respect de ceux-ci. Dautres partenaires trs importants en amont sont les investisseurs. Les investisseurs ont besoin de garanties ; ils ne veulent plus investir leur devise dans une entreprise qui na aucune conscience morale. Lentreprise doit rpondre aux attentes des investisseurs. Lthique intgre dans la gestion permet lentreprise dtre transparente et dtre capable dapporter aux investisseurs, ce quils attendent delle. Ce qui suppose faire des choix. Certaines entreprises font le choix de promouvoir des fonds socialement responsables65 pour dfendre les valeurs, telles que le respect de

Nills. 2001. Troisime forum du CNME. Gouvernances et cration de valeur (s) : rflexion autour de la moyenne entreprise 65 Les fonds socialement responsables sont ns aux Etats-Unis. Au dpart, ce sont des congrgations religieuses qui pour dfendre leurs valeurs, avaient opt pour des choix dinvestissement caractre moral. Cet investissement thique existait dj dans les annes 1920, et excluait toute activit lie lalcool, au tabac, la pornographie, lavortement, aux armements etc. De nos jours aux Etats-Unis sur dix dollars investis, deux viennent des fonds socialement responsables. Ces fonds ont augment entre 1997 1999 de 82% (De Filippis, V., Losson, C., 2000). Depuis plus de deux dcennies, on trouve en

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lhomme et le respect de lenvironnement, qui sont des actions de bienfaisance pour la socit. Pour cela, il faut une prise de conscience thique des dirigeants ds le dpart, et les investisseurs exigent deux aussi des garanties. Si les investisseurs dEnron avaient pris toutes ces prcautions avant et avaient exig aux dirigeants ds le dpart des garanties de transparence dans la gestion, les dettes nauraient pas t dissimules, les comptes non plus nauraient pas t grossis, et les actions sur le march boursier nauraient pas t si leves, et par voie de consquence, les 29 dirigeants nauraient pas pris le soin de vendre leurs options dachat pour empocher des millions de dollar avant denfoncer lentreprise dans la faillite en 2001, privant ainsi 14000 employs de leurs fonds de pension, et provoquant un dsastre environnemental et social en Inde. Ceci illustre la stratgie immorale dune entreprise, fonde sur le seul profit des dirigeants, aux dpens de la dignit des autres 66. En interne, la gestion thique de lentreprise exige une transparence qui ne permet pas lentreprise de dissimuler ses dettes, de fausser son bilan, de grossir la valeur de ses actions, car les consquences peuvent se rvler nfastes pour lentreprise qui tombe en faillite et laisse en touche de nombreux employs, autant de famille dans la souffrance, sans compter les investisseurs qui perdent leur argent. La gestion interne thique donne celle-ci de respecter le droit de ses employs, vite le travail des enfants et les discriminations, vite lentreprise de faire des bnfices records tout en licenciant ou en dlocalisant sans aucune justification conomique. La gestion thique vite lentreprise les comportements prdateurs qui nuisent son fonctionnement et aux employs. Elle fait aussi viter la corruption, et permet de connatre la provenance des fonds pour ne pas blanchir largent sale , en provenance des contrebandes. Une telle gestion aussi dvoile les intentions des dirigeants qui, veulent empocher des millions en vendant leurs actions tout en coulant lentreprise. Cette gestion thique interne, permet aussi de veiller sur lenvironnement qui se dgrade de plus en plus par les effets de serre. Au premier niveau, la responsabilit de la gestion thique interne de lentreprise consiste tre veill une pense long terme, avoir conscience des risques environnementaux et se rendre compte de la responsabilit qua une entreprise vis--vis de ses employs et de tous les acteurs que ses dcisions affectent (Ravat, 2006). En aval, il y a les consommateurs, lenvironnement protger, les autres partenaires que sont les ONG, lEtat, les collectivits territoriales Lentreprise a des relations avec toutes ces personnes extrieures ses activits. Les consommateurs sont sensibles tout ce qui affecte leur droit, et ce qui touche lenvironnement. LEtat, les collectivits locales, et surtout les ONG sont des forces de pression, prtes mener des actions pour contrecarrer les actions nfastes de lentreprise sur lenvironnement et sur ltre humain. Les ONG ternissent limage des entreprises qui se comportent mal, et leurs fait perdre beaucoup dargent. Lexemple le plus patent est celui de Shell en 1995. Shell sest vu oblig de renoncer au sabordage de la plate-forme Brent Spar qui la suite dune mauvaise apprciation de Greenpeace, avait men une campagne mdiatique contre elle. Ce qui lui avait fait perdre de trs grosses sommes. Pour la seule Allemagne, elle perdait quotidiennement lquivalent de six millions deuros. Le consommateur lui a le pouvoir de ngocier et dobliger lentreprise tenir compte de son avis. Deux exemples pour illustrer. A la suite du naufrage de lErika, et de lexplosion dAZF, surFrance lquivalent de linvestissement thique sous le nom de fonds thique . Ces fonds thiques sont rattachs des valeurs comme le respect de la personne humaine et le respect de lenvironnement. 66 Les informations dans la citation sont recueillies dun entretien que le professeur Thierry Pauchant a accord au quotidien canadien : coup de cur, en juin 2004.

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la pression de lopinion publique, Total-Fina-Elf a augment ses contrles en amont ; 1500 personnes travaillent dsormais exclusivement pour la scurit et le dveloppement durable du groupe . Lautre exemple est celui de Nike dont lexploitation des enfants dans les chanes de production a t dnonce en 1998. Ces produits ont t boycotts et pour limiter la dgradation de son image de marque et relancer ses produits, Nike avait pris des engagements pour empcher le travail des enfants, amliorer la sant et les conditions des salaris, et sest soumis aux contrles extrieurs. Dun ct il y a lEtat et les organisations internationales qui ne ferment pas les yeux sur les erreurs thiques orchestres par les entreprises. On peut prendre le cas de lEurope : En 2003, 7 entreprises de graphisme ont t condamnes une amende de 61 millions deuros pour manquement lthique, des banques autrichiennes 125 millions deuros, 4 entreprises de pltre 475 millions deuros, 4 entreprises de fabrication de ciment 1 milliard deuros, 8 entreprises de fabrication de vitamine 0,8 milliards deuros67. Lthique en affaires et dans lentreprise prend en compte diffrents rseaux pour prvenir une ventuelle surprise. Les cots thiques sont onreux pour lentreprise, et dommageable pour sa russite. Cependant lintgration de lthique dans la gestion de lentreprise nest pas sans risque. On peut envisager les risques sous deux aspects : dune part les risques lis lentreprise et qui englobent lentrepreneur et les parties prenantes, et dautre part les risques qui proviennent dinfluences extrieures lentreprise et difficiles matriser les risques thiques ne sont quune partie de tous les risquesqui guettent une entreprise, mais ils mritent une considration particulire : la plupart dentre eux peuvent avoir de graves consquences, et ils sont prsents en permanence. Ce sont des risques qui doivent tre traits de manire prioritaire. Le management de la fonction thique consiste prcisment mettre en place des dispositifs les matriser le mieux possible (Loosdregt, 2004). Aujourdhui, les

entreprises prennent toutes les dispositions pour tre plus thique, quitte investir dans les actions extra entreprises qui procurent lhomme sa dignit, ou qui luttent pour la sauvegarde de lenvironnement. 2.3.2. Les affaires ou lentreprise et les actions de bienfaisance Lthique des affaires na pas une vocation obliger, ni mme punir ; son rle est de faire prendre conscience aux acteurs du rle quils ont jouer dans la socit, et dune manire correcte. Beaucoup dentreprises en ont pris conscience de nos jours, et sengagent dans des uvres humanitaires, ou les uvres dutilit publique comme les recherches. On a rarement vu les entreprises comme en ce moment sengager autant dans les actions non lucratives. Nombreuses sont les entreprises qui signent des chartresdengagement, se lancent dans les actions humanitaires, crent des fondations au profit duvres charitables, ou envoient de largent au bout du monde pour aider lors des grandes catastrophes. Cest par lexemple le cas du groupe Danone, trs actif dans le domaine de lthique : le groupe soutient plusieurs projets daide lenfance dfavorise dans les pays en dveloppement (Ravat, 2006). On peut

appeler cela faire de lhumanitaire en faisant les affaires. Lentreprise travers ce soutien vend son image, mme si au dpart ce ntait pas son intention. Danone ne sest pas arrt aux pays en dveloppement. Le groupe a particip une aide durgence aux Etats-Unis et Toulouse en 2001, ce qui nest pas sans intrt pour son image. On peutCes informations tires de Loosdregt, H. B. 2004. Prvenir les risque thiques de votre entreprise. Insep consulting en page 32, est largement dvelopp dans la thse de Nkaham,J. thique de affaires et valeurs chrtiennes catholiques de dveloppement. Une approche exploratoire des PME camerounaises. La Doctrine sociale de lEglise peut-elle contribuer une stratgie dentreprise ? Soutenue le 19/11/2007. Nancy2. P 88.67

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en faisant les affaires faire de la charit. Le caritatif dans les paient ; ils servent souvent de communication. Harrar et Vernocke font un constat pertinent : les dmarches citoyennes et humanitaires relvent de toute vidence, du marketing social, limportant consistantplus faire savoir qu faire Franck Riboud (jusqu ces derniers temps) et J.M. Messier taient passs matres dans lexercice. Le socialement et humainement correct devient un excellent moyen pour se distinguer de la concurrence (Harrar, Vernocke, 2002). On peut argumenter que lintrt pour le

civisme et laction caritative nest pas exempt de valeur ajoute, et que cet engouement serait un habile outil de marketing. Mais il ne faut pas oublier que lentreprise fait partie dans un environnement social. Lengagement social, cologique ou humanitaire de lentreprise devrait tre peru, comme faisant suite aux diffrents mouvements de la socit pour amliorer la vie des gens, ainsi que lenvironnement qui se dgrade de plus en plus. Beaucoup de pays et beaucoup dassociation sont dj engags dans la cause humanitaire et la dfense de lenvironnement. Lentreprise nest pas une le isole dans la socit. Lentreprise est imbrique dans un rseau de multiple relations sociales, et long terme sa rentabilit dpend de la sant de cette socit (Spierker, 1997). Il devient comme une obligation pour lentreprise installe en socit, de contribuer llaboration du bien de cette dernire, si elle-mme veut perdurer. Harrar et Vernocke sinterrogent : Pourquoi lentreprise se situerait-elle en dehors des proccupations du grand public ? Pourquoi ne trouverait-elle pas sa place dans de grandes causes, substituts consensuels des idologies ? 68. Cette interrogation est aussi celle de Thibault en 2006 qui se demande pourquoi lentreprise ne trouverait-elle pas sa place dans les grandes causes et ne viendrait-elle pas compenser les dficiences grandissantes de notre monde ? . Il serait certainement injuste, voire inexact dattribuer aux entreprises quant leurs engagements dans les activits humaines et citoyennes, la seule recherche de gain. Lentreprise ne se ferait pas le plaisir dexploiter les misres et les souffrances humaines, ainsi que la dgradation de lenvironnement aux fins de profit. Percevoir lentreprise sur le seul critre de profit, serait une fausse voie, une confusion. Il ny a aucun doute que les initiatives prises par les entreprises simpliquer dans les actions caritatives, sont aujourdhui une image marketing, et certaines entreprises en font leur instrument de communication des entreprises, donc nhsitent pas investir dans une bonne uvre, en sassurant que des journaux rapportent ce coup dclat, et le bnfice est suprieur au cot (Ravat, 2006). Cependant, un tel engagement dans les causes humaines et environnementales quon naurait pas imagin il y a trente ans, sinscrit dans le cadre du processus socio-conomique, processus quaucun acteur conomique ne matrise encore. Cet article fait comprendre quune vritable thique dans les affaires ou en entreprise ne peut pas se passer des actions de bienfaisance , aussi bien en son sein qu lextrieur. Dans la chartre thique dune filiale dun grand groupe ptrolier, on peut lire : Les collaborateurs doivent comprendre que la socit se soucie avant tout de la manire dont lesrsultats sont obtenus, et non seulement du fait quils sont obtenus. et aussi la socit continue soutenir, et compte sur sa hirarchie pour soutenir, tout collaborateur qui laisse chapp une opportunit ou avantage qui serait obtenu en transgressant les standards thiques 69. Un bel exemple

dentreprise qui a intgr en son sein la gestion thique. On peut faire les affaires en respectant les rgles thiques. Pour autant peut-on conclure que la cohabitation entre actions de bienfaisance et actions commerciales est parfaite ?Harrar, F., Vernocke, E. 2002. Le militantisme de lentreprise, une hypocrisie ? In Boyer et al. Limpossible thique des entreprises. Editions dOrganisation. Paris. P. 189. 69 Cette partie de la chartre thique de la filiale du grand groupe ptrolier est tire de Bougon, B. 1995. Ethique en thorie et en pratique. Rapport du sminaire vie des affaires. Organis par lassociation des amis de lcole Paris management. P. 5. Le nom de cette filiale, ni mme celui du groupe ne figure pas dans le rapport.68

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C O N C L U S I O N Lthique est un idal atteindre, et que lon doit toujours garder comme objectif atteindre, bien quil faille souvent se reprendre. On peut affirmer sans dtour que le socialement correct a gagn lentreprise sous des formes diffrentes et varies. Mais on ne peut pas affirmer sans se tromper que toutes les entreprises appliquent toujours lthique dans le bon sens ; certaines parmi elles se servent de lthique pour redorer leur blason. Cette raison et plusieurs autres incitent les gens douter de la bonne foi des entreprises dintgrer lthique dans leur gestion ; il en est de mme de leurs engagements dans les uvres humanitaires et sociales. Des entreprises qui ont incorporer lthique dans leur gestion les bafouent elle-mme pour laisser la priorit leurs affaires. Un auteur fait ce constat : Cest un fait, la caution humanitaire et le soutient auxONG ont la cte auprs des entreprises et elles se pressent dans leur bureau pour proposer des contributions, des partenariats Mais sur le terrain Prenons lexemple de total en Birmanie. Lentreprise a apport son soutien politique et financier au rgime militaire en vigueur l bas pour protger la zone de son gazoduc ! Elle sest rendue complice des violations des droits de lhomme qui y sont perptres. Clairement, cest la recherche du profit au dessus de toute forme de responsabilit thique. Nonobstant, la firme dispose bien dune chartre thique et communique abondamment sur ses valeurs morales (Thibault, 2006). Des entreprises utilisent galement lthique ou les bonnes uvres de manire hypocrite pour sauvegarder leurs affaires : Il existe des cas o lhypocrisie est vraiment patente, dmontrant une intention relle plutt sournoise. Des industries dagrochimie en Inde ont lanc des oprations de soutien aux paysans victimes du tremblement de terre en janvier 2001, comme reconstruction des hpitaux et des coles afin dempcher les paysans de fuir la rgion, exemple parmi tant dautres de lentreprise qui se substitue lEtat. Cette action nest pas dpourvue de tout intrt, puisque les agriculteurs de la rgion sont des clients potentiels dengrais. En empchant lexode de la population, elles maintiennent leur dbouch dans la rgion (Harrar, Vernocke, 2002). On peut aussi sinterroger sur le cas de lintroduction dans les coles primaires

toujours en Inde, des mallettes pdagogiques sponsorise par une grande marque de cigarette dconseillant aux jeunes de fumer : une organisation internationale avait t approche par une grande firme de tabac pour lui proposer un partenariat pour aider les associations dans les pays dvelopps. A condition que lorganisation arrte une campagne antitabac en Asie 70. Ces quelques cas cependant ne font pas la somme des entreprises, et en aucun cas ne peuvent faire perdre lthique la valeur quelle apporte aux affaires et lentreprise. Cet article vient de montrer la place importante que tient lthique dans la gestion des affaires et de lentreprise. Des milliers dentreprises en sont convaincues, et dveloppent aujourdhui des approches thiques comme le commerce quitable sans oublier lachat quitable, les certifications Agriculture Biologique ou les soutiens aux ONG. Toutes ces actions vont de paire avec et les actes commerciaux. Les entreprises thiques sont devenues des entreprises viables. La non application de lthique peut coter cher lentreprise comme le montre le point 2.3.1. o des entreprises sont lourdement sanctionnes par lUnion Europenne. Autant pour la survie de lentreprise, mettre sur pied un systme honnte et durable. Si les choix humanitaires et sociaux de lentrepriseapparaissent comme dicts par le profit, ils sont aussi la consquence de linsertion grandissante de lentreprise dans son environnement. Le monde productif subit davantage les pressions. Les mdias, lopinion publique, les ONG sont autant dlments susceptibles de favoriser comme de paralyser laction des entreprises, tant dans le domaine du militantisme que dans celui de lthique qui le sous-tend (Harrar, Vernocke, 2002). Il faut admettre en guise de conclusion, que face aux diffrentes

pressions quelles connaissent, les affaires ou les entreprises ne peuvent plus se passer de lthique. Lthique est loin dtre contraire au profit. Lthique dveloppe le profit70

Currah, K. 2000. How corporation above theirs sins, Guardian. 28 august.

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sur le long terme travers limage quelle donne aux affaires et lentreprise par la bonne gestion quelle procure celles-ci. Si les affaires et lentreprise font appel au profit, elles font aussi appel la morale, la confiance, la loyaut et au bon sens du devoir pour russir. Comme laffirme Armatya Sen originaire de Bengalie et prix Nobel de lconomie en 1999 En tant plus vertueux, on peut tre plus efficace car les comportements humains ont besoin de valeurs morales sans nuire lefficacit conomique . En ce sens, en affaires ou en entreprise, les actions de bienfaisance ne peuvent que procurer du profit aux actions commerciales grce lthique.

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