Credoc: seconde vie des objets

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Dans cette étude du credoc, chapitre dédié à l a fin de vie du téléphone portable en France

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  • 1. LES SECONDES VIES DES OBJETS:LES PRATIQUES DACQUISITION ETDE DLAISSEMENT DES PRODUITSDE CONSOMMATIONIsabelle Van de WallePascale HbelNicolas Siounandanjanvier 2012www.credoc.fr N 290

2. Les secondes vies des objetsSYNTHESECe cahier de recherche traite des pratiques dacquisition et de dlaissement des produits deconsommation, en excluant les services et les produits alimentaires. Inscrit dans une rflexion surles modes de vie et de consommation durables favorisant la rduction des ressources utilises etdes dchets gnrs, il sintresse plus particulirement aux possibilits de dveloppement despratiques favorables la seconde vie des objets : achat doccasion, achat plusieurs, location,mais galement revente, recyclage, prt, don Outre une estimation de lampleur du phnomne,lobjectif est didentifier les facteurs qui favorisent la seconde vie des biens de consommation.Notre travail est ainsi fond sur deux interrogations : quelle est lampleur des pratiquesdacquisition et de dlaissement des objets qui tendent donner une seconde vie aux biens deconsommation ? Quels sont les dterminants et, en particulier, les dterminants socio-dmographiques, de ces pratiques ?La crise a des effets conomiques et sociaux importants en termes de dgradation du niveau devie, de prcarisation des franges de la population les plus fragiles, mais galement dinterrogationsur notre modle de production et de consommation. Nous faisons lhypothse que la crise favoriseles pratiques dacquisition et de dlaissement jouant dans le sens de modes de vie et deconsommation durables. Ces pratiques nouvelles ou renouveles ont, par hypothse, des ressortsvaris qui se combinent de faon complexe. Elles relvent daspirations cologiques et citoyennesau sens large, de la modification de loffre commerciale (renouvellement des brocantes, videgreniers, dveloppement des possibilits dachat et de vente en ligne) et/ou de contraintesconomiques, lies pour partie au ralentissement du pouvoir dachat, la pauvret et laprcarit. Les pratiques dacquisition et de dlaissement favorables la seconde vie des objetsconcernent par hypothse des populations aux profils divers : militants des classes moyennesdiplmes tentant de mettre en pratique leurs aspirations cologistes et citoyennes, mais aussimnages des catgories les plus modestes ou tout simplement voyant la crise restreindre leurpouvoir dachat.Ralise chaque anne auprs dun chantillon reprsentatif de 1 000 individus gs de 18 ans etplus, lenqute Consommation du CRDOC de juin 2011 a intgr un volet de questionsspcifiques sur les pratiques dacquisition et de dlaissement des biens de consommation. Outredes questions sur les reprsentations, le questionnaire aborde les pratiques dacquisition (achatneuf, occasion, change, prt, don, ) et de dlaissement (revente, don, emprunt, recyclage, )de plusieurs produits de consommation : vlo, livre, DVD, ordinateur, article de sport, objet dedcoration intrieure, matriel de bricolage ou de jardinage, vtement pour enfants. Il permet detravailler de faon plus approfondie sur trois objets rpondant des besoins et des aspirationssociales et gnrationnelles diffrencies : lautomobile, le tlphone portable et le vtement.Le cahier de recherche se dcline en deux chapitres. Le premier, intitul les vies des objets ,aprs avoir prcis la notion de seconde vie des objets et cern ses diffrentes dimensions,propose une approche compare de plusieurs produits de consommation et montre combien lespratiques dacquisition et de dlaissement varient selon les produits concerns. Le second chapitre,intitul des gens et des choses sintresse davantage aux pratiquants quaux objets. Il tente1 3. Les secondes vies des objetsdidentifier les caractristiques des consommateurs adoptant des comportements dacquisition etde dlaissement favorables la seconde vie des objets.La notion de seconde vie fait rfrence au fait, quune fois produit, un objet peut au cours de sa vietre simultanment utilis par plusieurs personnes, tre successivement utilis et/ou possd parplusieurs personnes, avoir des usages ou des fonctions diffrents, notamment dans le cadre dunrecyclage. La notion de seconde vie ou encore de multiplicit des usages ici propose soppose lide dune utilisation unique de lobjet au cours de son cycle de vie, lorsque lacquisition dunproduit neuf est suivie dune utilisation par un seul propritaire usager jusqu son dlaissementsans rutilisation possible. La limite de la notion ainsi construite est que non seulement elle ninclutpas les pratiques de rparation, mais quelle ntablit pas, dans une perspective de durabilit, delien avec la dure de vie des objets. Or un objet utilis dans le respect de consignes de scurit parun seul utilisateur et rgulirement rvis et rpar peut avoir une dure de vie bien plus longuequun objet identique utilis simultanment et successivement par plusieurs utilisateurs.Lenqute montre que lautomobile, le tlphone portable et le vtement sont associs despratiques dacquisition et de dlaissement bien diffrencies : la voiture apparat comme un produitque lon achte et que lon vend doccasion ; le tlphone portable est achet neuf et trs souventstock aprs usage ; le vtement est lui aussi achet neuf, mais dont lon sen spareprioritairement en le donnant. Lautomobile apparat comme le produit dont le score moyendusage multiple est le plus lev. Cette supriorit sexplique par limportance son march deloccasion, mais galement par linterdiction de labandon dun vhicule sur la voie publique.Achets neufs dans 9 cas sur 10, les vtements bnficient pour leur dlaissement, outre lesrseaux familiaux et de connaissances, dun rseau structur dassociations qui les rcolent et lesredistribuent : au final, 60 % des vtements ntant plus utiliss sont donns. Dernier class, letlphone portable ptit de son faible volume, de la rapidit du renouvellement de loffre et de lafaible communication concernant son possible recyclage. Ainsi aprs utilisation, 6 % des Franais lejettent dans une poubelle domestique et 37 % le stockent, autant de pratiques contraires lamultiplicit de ses usages.Lenqute confirme lextrme diversit des pratiques dacquisition et dlaissement pour les autresproduits tudis. Comme lautomobile, les vlos et les livres se prsentent comme des produits deconsommation caractriss par de frquentes secondes vies : compars aux autres produitsobservs, ils sont dans les pratiques dacquisition la fois davantage emprunts et achetsdoccasion ; les vlos sont plus que dautres objets revendus, les livres, plus souvent donns outroqus. Les vtements, pour leur part, sont certes trs souvent achets neufs, mais ils sontgalement trs frquemment donns, notamment pour les vtements denfants qui ne sontquexceptionnellement jets. A contrario, certains produits sont caractriss par une propensiondes consommateurs la fois en faveur de lachat neuf et de labandon ou du stockage sansrecyclage : il sagit du tlphone portable, mais galement de lordinateur et du matriel debricolage et de jardinage, dans une moindre mesure des articles de sport et de dcoration.Afin didentifier les dterminants sociologiques des pratiques dans le second chapitre, nous avonstent, partir doutils statistiques, de dterminer les corrlations entre groupes sociaux etpratiques dacquisition et de dlaissement des objets. Pour cela, nous avons utilis les 2 4. Les secondes vies des objetsmthodologies de modlisation (modle linaire) pour hirarchiser les effets des modes de vie etcaractristiques socio-conomiques sur les pratiques de seconde vie, toutes choses gales parailleurs. Nous avons construit un indice dintensit de pratique de seconde vie pour chaque objettudi. Cet indice est expliqu par des variables sociodmographiques (ge, sexe, lieu dersidence, niveau de revenus), mais aussi par les reprsentations et, en particulier, la sensibilitenvironnementale.Lenqute permet de valider les hypothses de dpart :- la seconde vie des objets se dveloppe pour des raisons conomiques et sous leffet de lacrise, notamment pour le vtement pour enfants et le livre ;- elle sexplique galement par la diffusion de la norme cologique au sein de la socitfranaise, notamment pour le vtement pour adulte et larticle de sport.Lhypothse dun facteur gnrationnel dans le dveloppement de la seconde vie devra tre validepar des enqutes volutives. Dores et dj, lenqute montre que les plus jeunes sont plusadeptes de la seconde vie pour plusieurs produits de consommation : les vtements pour enfants,lautomobile, les articles de bricolage et de jardinage, le DVD. Par contre, leffet est inverse sur lelivre : les plus gs frquentent plus souvent les bibliothques. Un rsultat convergent pourplusieurs objets tudis est linfluence de la densit urbaine sur lintensit de la seconde vie. Leseffets dune offre plus importante de bibliothques et de magasins de location, si ce nestdoccasion, expliquent linfluence de cette variable. Dans le cas des objets de bricolage et dejardinage, la densit rsidentielle contribue des tailles de logements plus petits et labsence dejardins limitant lacquisition individuelle de ces produits. A linverse, lun des freins audveloppement de la seconde vie des objets rside dans lintrt port par les consommateurs linnovation ou la mode, dans le cas notamment des vtements pour adulte, mais aussi desarticles de sport, des objets de bricolage et de jardinage.La recherche base sur une enqute par questionnaire permet ainsi didentifier un certain nombredlments explicatifs du dveloppement des pratiques de multi-usages des objets. Le faible niveaude ressources financires et/ou le sentiment de ne bnficier daucune aisance financire,ladhsion la norme cologique, le fait dhabiter en milieu urbain, mais galement la jeunesse, sice nest la gnration, favorisent ladoption de pratiques dusage favorables la seconde vie desobjets et a priori plus durables . Ce reprage des facteurs explicatifs tabli, lapprofondissementde lanalyse ncessiterait lengagement dune approche qualitative permettant une comprhensionde la complexit des pratiques dacquisition