Solidarité Guatemala 196

download Solidarité Guatemala 196

of 12

  • date post

    24-Mar-2016
  • Category

    Documents

  • view

    219
  • download

    0

Embed Size (px)

description

Édito: Guatemala, le pays où la droite est reine Actualités: Procès pour Génocide / “Nettoyage social” Activités: Projet vidéo du Collectif Guatemala

Transcript of Solidarité Guatemala 196

  • depuis les accords de paix de 19964. Mais sil y a consensus sur le modle appliquer et les secteurs dvelopper (tourisme, mgaprojets dinfrastruc-tures, palme africaine, ptrole, mines, commerce...), le secteur priv guatmaltque nen constitue pas moins un groupe htrogne o il existe des disputes pour la rpartition des richesses. En ce sens, la candidate du parti au pouvoir (UNE), Mme Sandra Torrs, reprsentait un danger pour loligarchie traditionnelle puisque le gouver-nement de son ex-mari, M. Alvaro Colom, avait favoris lmergence de nouveaux entrepreneurs, notamment dans les secteurs des transports, de la construction et des fertilisants Bnficiant dun rel soutien populaire dans les zones rurales, o elle dirigeait les programmes de cohsion sociale, Mme Torrs a t frappe dune interdiction de se prsenter aux lections la suite dune intense campagne mdiatique5. Le 8 octobre 2010, lors du programme tlvisuel Libre Encuentro, M. Dioniso Guttierez, lun des patrons les plus puissants du Guatemala, nhsita pas accuser le couple prsidentiel dtre lorigine des menaces de mort quil recevait. Cet exemple nest pas sans rappeler laffaire Rodrigo Rosenberg, cet entrepreneur guatmal-tque assassin le 10 mai 2009 aprs avoir enre-gistr une vido dans laquelle il expliquait que sil devait lui arriver malheur, il faudrait en tenir responsables M. Colom et sa femme. Finalement, une enqute de la Commission Internationale Contre lImpunit (CICIG), charge daider au dmantlement des pouvoirs illicites, prouva que Rosenberg avait orchestr sa propre mort dans le but de dstabiliser le gouvernement. Pour le journaliste Andrs Cabanas, cet pisode rvle un modle no-autoritariste travers lequel les lites guatmaltques intgrent la violence leur bote outils politique : Celle-ci se voit lgitime si le projet hgmonique de loligarchie est menac. Lenqute autour du suicide de Rosenberg a galement dmontr lexistence de liens entre le secteur conomique et le crime organis. Depuis la fin du conflit arm, le pays est devenu lun des principaux lieux de transit de la drogue vers le Mexique et les Etats-Unis. Le Guatemala hbergerait sept cartels particulirement actifs dans les dpartements du Pten, dAlta Verapaz,

    la n 196 octobre-novembre 2011

    Sommaire

    dito p. 1

    Guatemala, le pays o la droite est reine par Grgory Lassalle

    Actualits p. 4

    Procs pour Gnocide : la justice avance, les dfenseurs de limpunit lui opposent des obstacles par Marine pezet

    Nettoyage social : un phnomne li la violence de la guerre civile par Amandine Grandjean et Vanessa Gngora

    Activits p. 8

    Projet vido du Collectif Guatemala : retour sur les circuits de diffusion communautaires et le festival de documentaires organis Guatemala Ciudad par Amandine Grandjean

    Brves p. 9

    Bloc Notes p. 11

    Collectif Guatemala p. 12

    Collectif Guatemala 21 ter, rue Voltaire

    75011 Paris - France Tel/Fax : + 33

    (0)1.43.73.49.60 collectifguatemala@gmail.com

    http://collectif-guatemala.chez-alice.fr/

    Permanence : Du lundi au vendredi 10h-18h

    Directrice de publication : Isabelle Tauty Chamale ISSN 1277 51 69

    Ont particip ce numro : Amandine Grandjean, Vanessa Gongora, Marine Pezet, Grgory Lassalle, Isabelle Tauty, Louise Levayer.

    O n estime parfois que la multipli-cation de candidats issus du mme bord politique fragilise leur camp. Pas au Guatemala. Le deuxime tour de llection prsidentielle, qui sest tenu le 6 novembre, a vu saffronter deux candidats de droite : le gnral Otto Prez Molina, du Parti Patriote (PP), et M. Manuel Baldizn, du parti Lider (Libert dmocratique rnove). Lors du premier tour, le 11 septembre, le duo arriv en tte avec respectivement 31,8% et 20% des suffrages a devanc un trio lui disputant la radicalit conservatrice : le libral pro-militariste Eduardo Suger, du parti Compromis, Rnovation et Ordre (CREO), lentrepreneur Mario Amilcar Estrada, de lUnion du Changement Nationaliste (UCN), et le pasteur vanglique Haroldo Caballeros, du parti Vision et Valeurs (Viva). Porte par le Front Large, issu dune alliance entre lUnion Rvolutionnaire Nationale Guatmaltque (URNG)1, et le parti indigniste Winaq2, lunique candidate de gauche lancien prix Nobel de la paix Rigoberta Mench na re-cueilli que 2,8% des voix. Ni le renouvellement de lAssemble, ni celui des mairies, le mme jour, nont invers la tendance. Sur 158 dputs, deux se revendiquent de gauche. Ce nest le cas que de cinq maires, sur 333. Dans un contexte dexacerbation de la violence (17 homicides par jour en moyenne) et de gn-ralisation de limpunit (le taux de rsolution des crimes ne dpasse pas 6%), le processus lectoral sest caractris par une surenchre dans les promesses de fermet sur les questions de scurit3. Les candidats arrivs en tte sont dailleurs ceux qui proposaient les solutions les plus radicales : rtablissement de la peine de mort, militarisation du pays, intervention dentreprises prives, tolrance zro Pourtant, ce vote, que certains pourraient interprter comme une rponse la violence, lgitime paradoxalement des partis financs par les acteurs lorigine de celle-ci : le secteur priv et le crime organis. Selon le chercheur Fernando Solis, sur dix candidats, sept sont des entrepreneurs ou des reprsentants du secteur priv . Tous proposent de maintenir la recette nolibrale instaure

    1

    Guatem Solidarit Lettre des adhrents du Collectif Guatemala Bimestriel

    Solidarit Guatemala n 19 6 oc t - no v 20 11

    Guatemala, le pays o la droite est reine par Grgory Lassalle

  • Edito

    2 Solidarit Guatemala n 19 6 oc t - n o v 20 11

    violer les droits environnementaux du pays, finance larme dans sa zone dexploitation ; dUnion Fenosa, entreprise espagnole de distribution dlectricit qui serait lorigine de nombreux assassinats de syndicalistes dans le sud du San Marcos ; ou encore dHolcim, entreprise suisse de ciment qui ferme les yeux sur les stratgies de rpression et de criminalisation de son partenaire local, Cementos Progreso. Cest dans ce contexte dexacerbation de la violence que le discours de fermet du gnral Prez Molina semble avoir convaincu llectorat. Chef de lintelligence militaire en 1992, de ltat-major de larme en 1994 et membre de la commission de paix du gouvernement en 1996, M. Prez Molina joue de son statut dancien militaire pour incarner une solution rpressive ce quil dnonce comme une simple dlinquance . Un cble diplomatique diffus par WikiLeaks (et publi par le journal en ligne Plaza Pblica), rvle que M. Prez Molina aurait reu, lors des lections de 2007, des financements de la part des familles Castillo, Novella, Herrera

    et Gutirrez, toutes membres de loligarchie nationale9. Si, en ce qui concerne les lections qui viennent de se tenir, les bailleurs de fonds du PP prfraient la discrtion ( afin de ne pas tre victimes dextorsions ), M. Prez Molina faisait figure de candidat prfr de loligarchie10 . Discret sur ses sources de financement, M. Prez Molina lest galement au sujet de sa participation aux campagnes militaires

    menes, en 1982, dans la zone de lIxil, lune des plus touches par la rpression selon la Commission dclaircissement historique (CEH) des Nations unies. Deux documents, le plan de campagne militaire dit plan Sofia (1982) et le film Titular de hoy : Guatemala11, montrent M. Prez Molina agissant en tant que responsable dunits militaires dinterven-tions dans les communauts de la rgion. Connu en temps de guerre sous le nom de commandant Tito et de Capitn Fosforito ( Capitaine Allumette ) pour sa disposition brler les maisons dans les villages quil rasait, M. Prez Molina nie : Il ny a pas eu de massacres. Quand jtais l-bas, au contraire, les gens ont retrouv le moral. Ma prsence a chang la situation de la guerre en Ixil12. Liens avec le crime organis Discret, M. Prez Molina lest enfin sur ses liens avec le crime organis. Issu de la promotion 1973 de lEcole polytechnique do a surgi le syndicat une orga-nisation accuse dactivits criminelles de contrebande et de trafics en tout genre , il en serait lun des membres actifs, selon les Archives de la scurit nationale (NSA), un centre de recherche bas Washington. Dans le cercle proche de M. Prez Molina ainsi quau sein du PP, on compte nombre de per-sonnalits accuses de participer des structures criminelles. Cest le cas du chef de campagne de lancien militaire, le lieutenant Hctor Lopez Bonilla, proche de feu Jose Luis Ligorria, lui-mme accus dtre lun des dirigeants du groupe de narcotrafiquants Zetas13. Cest galement le cas de M. Jorge Hernandez, ancien membre des services de renseignement militaire (o il uvrait sous les ordres de M. Prez Molina), responsable prsum dune vague dassassinats de chauffeurs de bus, en 2008, laquelle avait permis la promotion du message scuritaire de M. Prez Molina. Ce dernier assure ne pas vouloir ngocier avec les narcos14 et ne recevoir aucun financement issu dactivits crimi-nelles. Pourtant, dans le cble diplomatique prcit, M. Prez Molina reconnat tre en contact avec lune des plus importantes familles du narcotrafic : les Mendoza. Mais seulement avec le petit frre Mendoza, le plus honnte15

    de Huehuetenango et de San Marcos. Lcrivain Dario Villaseor a montr que le crime organis investissait directement dans le pays en achetant des proprits agricoles, travers le systme bancaire, en investissant dans toutes sortes dentreprises6 . Par ailleurs, le blanchiment dargent aurait trouv dans la coteuse campagne lecto-rale une niche idale. Un rapport de lorga-nisation non gouvernementale Insight Crime sur les groupes de pouvoir sis dans le dpartement du Pten (principale zone du narcotrafic) souligne que les principaux partis politiques sont intimement lis des groupes de narcotrafiquants. Cest le cas des deux partis qui disputeront le second tour, en novembre7. Pour M.