Solidarité Guatemala 197

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Édito: Les graines de mémoire. Actualités: Quelle extrême-droite pour quels intérêts en jeu au Guatemala / Tournant dans la lutte de Nueva Linda / L'ancien dictateur Ríos Montt inculpé de génocide. Initiative: Marcos Pérez, crée le réseau de cinéastes mayas.

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  • de l'une de ses dernires apparitions publiques, le prsident sortant glissait l'oreille d'une mili-tante de longue date des droits humains: ce qui se prpare est inquitant . Le 14 janvier dernier, un Otto Prez Molina rayonnant recevait les clefs du pouvoir d'un pays toujours en reconstruction, 16 ans aprs la signa-ture des Accords de Paix, et en proie la corrup-tion gnralise des administrations publiques et la collusion entre oligarchie, crime organis et pouvoir local. Lun des signataires de ces ac-cords tait le gnral Otto Tito Prez Molina, symbole du renouveau de l'institution militaire. Les mdias traditionnels vhiculent cette image, tant au niveau national qu'international, omettant consciemment un pass lourd et amplement do-cument. Seuls les mdias indpendants et alter-natifs rappellent et dnoncent les liaisons dange-reuses passes et prsentes du nouveau prsident. Dans son discours d'investiture, Prez Molina di-rigeait un message spcial au mouvement des droits humains: [...] au cours de ces 15 der-nires annes, l'esprit et les objectifs de change-ment des Accords de Paix ont t trahis, cer-taines personnes qui n'ont jamais combattu ou vcu le conflit semblent obstines empcher son dpassement, bien au contraire elles en vi-vent et comptent dans certains cas sur des appuis internationaux. Le mot libert quant lui, n'a pas t cit une seule fois dans son discours. Cela ne fait que confirmer le sentiment de retour un pass terrifiant, que percevaient dj les ac-tivistes des droits humains au Guatemala il y a quelques mois. C'est prcisment cette libert, prcaire, qu'exer-cent ces femmes et ces hommes dans leur lutte pour la justice : pour ceux qui ne sont plus l, pour ceux qui restent et ceux qui viendront. Ils savent qu'en semant des graines de mmoire, on rcolte la paix.

    la n 197 dcembre - janvier - fvrier 2012

    Sommaire

    dito p. 1

    Les graines de mmoire par Vanessa Gngora

    Actualits p. 2

    Quelle extrme-droite pour quels intrts en jeu au Guatemala? par Nicolas Krameyer

    Tournant dans la lutte de Nueva Linda : dpart du bord de la route pour de nouvelles terres Santa Rosa par Amandine Grandjean

    Une dcision historique pour la lutte contre limpunit: lancien dictateur Ros Montt formellement inculp pour gnocide par Marine Pezet

    Initiative p. 8

    Marcos Prez, cinaste et acteur de la lutte pour la dfense du territoire San Miguel Ixtahuacn, cre le rseau de cinaste maya. par Amandine Grandjean

    Brves p. 9

    Bloc Notes p. 11

    Collectif Guatemala p. 12

    Collectif Guatemala 21 ter, rue Voltaire

    75011 Paris - France Tel/Fax : + 33

    (0)1.43.73.49.60 collectifguatemala@gmail.com

    http://collectif-guatemala.chez-alice.fr/

    Permanence : Du lundi au vendredi 10h-18h

    Directrice de publication : Isabelle Tauty Chamale ISSN 1277 51 69

    Ont particip ce numro : Cynthia Benoist, Emilie Faruya, Amandine Grandjean, Vanessa Gongora, Nicolas Krameyer, Marine Pezet, Isabelle Tauty.

    E n prenant le pouvoir en 2008, lvaro Colom mettait l'accent sur sa volont de transformer la frle dmocratie guatmaltque. Son parti, l'Unit Na-tionale de l'Espoir, s'rigeait en hritier du mou-vement social-dmocrate initi par son oncle Manuel Colom Argueta1. Son gouvernement se voulait celui des plus dmunis, de l'inclusion et de la pluralit. Quatre ans plus tard, le bilan du prsident Colom se veut aussi l'exception la rgle du vieil adage l'espoir fait vivre , puisque les statistiques de criminalit se sont en-voles, atteignant en 2009 le record de morts par violence en temps de paix (6498) et un indice d'impunit proche de 99%2. LUnit de protection aux dfenseur-es des droits humains (UDEFEGUA) a fait, elle aussi, le bilan de sa gestion, caractrise par une augmentation sans prcdent de la conflictivit sociale. Expul-sions violentes lies l'accaparement de terres destines aux monocultures, militarisation comme mcanisme de contrle social, mpris de la lgislation nationale et internationale quant l'exploitation de ressources naturelles. Comme dans les cas de la mine Marlin et de Perenco, do-cuments, analyss et dnoncs dans nos pages depuis trop longtemps. Autant de problmatiques qui se traduisent par le nombre d'attaques aux d-fenseur-es recenses par UDEFEGUA : un total de 1224 entre 2008 et 2011, l'anne dernire tant la plus violente avec 402 agressions et 19 dfen-seur-es assassins3. Concdons dans ce domaine deux mrites au pr-sident sortant : le prolongement du mandat de la Commission Internationale contre l'Impunit (CICIG) et la nomination la tte du Ministre Public de Claudia Paz y Paz, reconnue pour son parcours pour la dfense des droits humains. Sous son impulsion, d'importantes avances ont t faites dans le domaine de la justice pour les crimes perptrs pendant le conflit arm : arres-tation et poursuites pnales de deux anciens chefs d'tat et de nombreux membres de la po-lice nationale, de l'arme, de groupes paramili-taires responsables de massacres, dassassinats et de disparitions forces. Enfin, l'inscurit rgnante, que Colom na pas su rfrner, a finalement offert un champ fertile au programme de mano dura du nouveau prsident, Otto Prez Molina. Ironie du sort, lors

    1

    Guatem Solidarit Lettre des adhrents du Collectif Guatemala Bimestriel

    Solidarit Guatemala n 19 7 d c - f v r 2 01 2

    Les graines de mmoire par Vanessa Gngora

    1tudiant de l'Universit San Carlos, avocat activiste et fon-dateur de l'Unit Rvolutionnaire Dmocratique, maire de Guatemala Ciudad (1970-1974), il a publiquement dnonc un plan gouvernemental pour l'liminer avant dtre assassin par l'arme en 1979. Commission d'Eclaircissement Histo-rique (CEH), cas illustratif 65, Janvier 1999. 2 Le PNUD a recens 5960 morts violentes en 2010 et 5618

    en 2011. Dans Briscoe et Stappers, Breaking the wave: criti-cal steps in the fight against crime in Guatemala, p. 11-12. Clingendael Institute et Impunity Watch. Janvier 2012. 3 Luis Arvalo, Sealan perodo difcil para defensores de DD.HH., La Hora, 6 Janvier 2012.

  • Actualits

    2 Solidarit Guatemala n 19 7 d c - f v r 2 01 2

    1992 d'un groupe visant grer les attaques contre l'Etat par les organisations de droits de l'homme . Non moins impressionnant est le palmars du deuxime homme fort de lcurie prsi-dentielle. A peine lu, Otto Perez Molina a consacr sa premire annonce la nomina-tion du ministre de lintrieur, sur lequel reposera une grande partie de sa politique de scurit, pierre angulaire de son lection : Hector Lopez Bonilla, frre darmes de Molina. Lieutenant-colonel, form la tris-tement clbre cole Kaibil1, puis directeur de lcole polytechnique et de lIndustrie militaire, il est surtout lun des instigateurs du coup dEtat du 23 mars 1982 qui porta le gnral Efrain Rios Montt au pouvoir : membre du conseil consultatif - considr comme le vritable organe de pouvoir cette priode - il est exil une fois Rios Montt dmis de ces fonctions en aot 1983. Cest cette poque quil devient, comme, dans une moindre mesure, Perez Molina, un intime de Fernandez Ligorria2 : autre mili-taire form lcole des Kaibiles, celui-ci est surtout considr par certains analystes comme lun des patrons du crime organis au Guatemala. Il serait lun des chefs des Zetas, lun des cartels de drogue mexicains les plus puissants et surtout les plus violents, qui domine actuellement une grande partie du Nord du Guatemala. Nombre de Kaibiles dmobiliss se sont d'ailleurs reconvertis dans les Zetas. Il serait fastidieux dnoncer le curriculum de la garde rapproche du nouveau prsi-dent mais la liste est longue de membres du gouvernement ou de cercles de pouvoir gra-vitant autour, pour lesquels de fortes pr-somptions d'accointance avec le crime orga-nis, ou de participation des violations graves des droits humains semblent tayes. De mme, il est vident que le poids d'une certaine frange de larme sort considrable-ment renforc, ce qui a de quoi inquiter. Il est en particulier deux domaines o l'inqui-tude pourrait se traduire court et moyen terme de manire trs concrte: il sagit de linstrumentalisation de l'appareil judiciaire, et dune guerre contre le crime organis qui pourrait aussi avoir pour objet de rgler

    quelques comptes entre mafias rivales. Vers une instrumentalisation de la justice ? Ces dernires semaines, des pas positifs d-cisifs ont t franchis par la justice guatmal-tque, par la grce notamment de l'indpen-dance et de la pugnacit de certains hauts magistrats, dont la procureure gnrale de la Nation, Claudia Paz y Paz, qui travaille en collaboration troite avec la CICIG. Notamment, la plainte pour gnocide et crimes contre lhumanit contre le peuple ixil a enfin avanc de manire dcisive. Ce combat de plus de 15 ans des survivants des massacres a abouti la comparution dE-frain Rios Montt, tenu pour tre le principal responsable intellectuel des actes de gno-cide, devant la justice le 19 janvier 2012 (voir p.6-7). Sans prjuger de la suite, on peut considrer ce jour comme historique. Moins dune semaine aprs, le congrs gua-tmaltque ratifiait le statut de Rome qui fait adhrer le Guatemala la Cour Pnale Inter-nationale, pour les crimes les plus graves, de manire bien sr non-rtroactive. Enfin, lannonce par Perez Molina, quil souhaitait prolonger le mandat de la CICIG mai 2015, et son soutien public Claudia Paz y Paz peuvent aussi tre considrs comme positifs. Mais ces dclarations ne sont-elles pas une pure faade pour des hommes au pouvoir directement viss par une plainte, comme celle de Bamaca, constituant, si avr, un crime contre l'humanit ? C'est craindre, comme la campagne d'intimidation mene contre les plus hauts magistrats du pays par l'association AVEMILGUA le laisse entre-voir. AVEMILGUA, acronyme de l'Association des Vtrans Militaires du Guatemala, bien connue des dfenseurs des droits humains, a pour