Témoins aujourd'hui 2011

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Des rencontres, des réflexions, des personnes qui expliquent pourquoi et de quoi elles sont témoins

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  • SOMMAIRE

    2 Debout les vivants !

    3 Tmoins aujourdhui deuxime numro

    4 La foi hospitalire

    5 Politique et tradition

    6 Journalisme et spiritualit

    7 Entre bistouri et cl de sol

    8 Partenaire avec Dieu

    10 Chanter son espoir

    11 Lcologie par vocation

    12 Comme un phare de lumire

    14 Partager la vie de la rue

    16 Rforms : se battre pour exister

    18 De Lausanne Savise

    19 Le choix de la confiance

    20 Des questions pour avancer

    22 Chrtien dans un monde multireligieux

    24 La thologie pour reconstruire

    26 Le got des autres

    28 La jeunesse au coeur

    29 Avec les oublis de la prosprit

    30 Partir au Cameroun en famille

    32 Remercier sans couper les cheveux en quatre

    33 De la morale lesprance engage

    34 Fraternit et rvolution en Egypte

    36 Vers un proslytisme de bon aloi

    38 Partager le message

    40 Etre tmoin en quatre cls

    42 Eglises : la rsistance sorganise

    44 En guise de conclusion

    45 Comment tre tmoin ? Des outils pour vous.

    46 Coupon contact

    Baptis six mois, je ne garde aucun souvenir de ce geste. mais aujourdhui encore, je peux en faire mmoire. Le tmoignage de celles et ceux qui lont demand pour moi ma fait natre la confiance : je me sais accueilli.Dans la paroisse o jai grandi, mon adoles-cence a t marque par deux pasteurs trs diffrents dge et doptions thologiques, mais habits tous deux dune passion pour lEvangile et la vie en Eglise. tiraill entre ces deux tmoins, je suis entr en Facult de thologie avec la secrte envie de savoir si lun des deux avait plus raison que lautre. L, je me suis heurt des textes qui mont bouscul, comme cette parole de paul aux Corinthiens : Les Juifs demandent des miracles et les Grecs recherchent la sagesse ; mais nous, nous prchons un messie cru-cifi, scandale pour les Juifs, folie pour les paens (1Co 1.22). Ds lors, cette question maccompagne : Comment accepter que la marche vers lunit de lEglise passe par une remise en question de mes convictions les plus fonda-mentales ?

    En cours dtudes, jai accompli un stage dans une institution o vivent des personnes en situation de handicap mental. Dcouverte dun lieu o la communication passe trs peu par le langage verbal auquel mon parcours scolaire ma habitu. Dcouverte de limpor-tance du regard, des gestes, des attitudes, et dun rythme de vie bien loign des contrain-tes de rendement et de performance. Ds lors, une conviction sinscrit au plus intime de moi : si lEvangile vaut la peine dtre vcu, quelque chose peut en tre partag avec celles et ceux qui sont considrs comme les plus petits mais qui nous prcdent dans le Royaume des cieux. Ds lors, cette question maccompagne :

    Comment rsister aux pressions du monde ambiant et tisser des rseaux de solidarit qui tmoignent de la saintet laquelle nous sommes appels ?

    mon parcours familial et professionnel ma conduit travailler sept ans au service de lEglise presbytrienne au Rwanda (1980-1986 et 1995-1996) : enseignement tholo-gique et aumnerie universitaire. Depuis, je relis souvent le dernier chapitre de la lettre de paul aux chrtiens de Rome : une liste de noms. Des noms de femmes et dhommes, des noms aux consonances juives, grecques ou latines, des noms de familles nobles et des noms rservs des esclaves. Chacun de ces noms voque pour paul un bout de vie partage, une preuve traverse ensemble, une communion dans la prire, des souve-nirs de joies et projets ports plusieurs. a ces noms dautrefois, des noms daujourdhui continuent sajouter : compagnes et com-pagnons de foi disperss aux quatre coins du monde, capables des plus belles solidarits et menacs des pires atrocits Ds lors, cette question maccompagne : Comment montrer que lEglise universelle se vit au quotidien dans des rencontres o se tissent et sentretissent nos partages, dcou-vertes, tensions, conflits, joies et projets ?

    Baptis, devenu enseignant dans une cole de thologie, puis pasteur en paroisse et maintenant secrtaire gnral de Dm-change et mission, je mefforce la coh-rence entre mes convictions chrtiennes et mes choix personnels, familiaux, politiques ou conomiques. attentif ne pas imposer mes convictions, je ne veux pas pour autant les cacher. Et je me demande sans cesse comment rendre compte de lesprance qui est en moi. Ce cheminement est habit par une lecture rgulire des rcits bibliques.

    pour lutter contre loubli des promesses de Dieu et de ses appels la justice, il importe de faire mmoire et de transmettre : racon-ter de gnration en gnration de quelles manires Dieu appelle, envoie, rejoint, bouscule, relve celles et ceux qui cherchent se dtourner du chemin de vie quil propose ; partager les prires, les chants de louange ou les cris de dtresse, les questions et les remises en question, les preuves et les lans de celles et ceux qui ont t mis en chemin par lappel du seigneur ; voquer leurs peurs, ainsi que les paroles, rcits et paraboles qui ont renouvel leur confiance. Ds lors, cette question maccompagne : Comment poursuivre ce travail de lecture, de mmoire, dinterprtation et dactuali-sation qui nous relie au dynamisme de la tradition apostolique ?

    Ces quatre questions maident avancer sur un chemin o je reois aujourdhui les recommandations rcemment publies par le Conseil cumnique des Eglises, lalliance vanglique mondiale et le Conseil ponti-fical pour le dialogue interreligieux. Fruit dune collaboration de plusieurs annes, ces recommandations encouragent les Eglises rflchir leur tmoignage dans un monde multireligieux .

    Ces mots daujourdhui me font revisiter ces mots dautrefois qui ont travers les sicles : Je crois lEglise une, sainte, universelle et apostolique.

    www.oikoumene.org/fr/documentation/documents

    Des questions pour avancer

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    tmoigner, cest aim

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    Jacques Kngsecrtaire gnral de DM-change et mission

    Brigitte Rabarijaona pasteure malgache

    Q uand on se lance dans un projet comme celui dune thse, cest toujours avec un but. celui de brigitte rabarijaona, doctorante luniversit de Genve, est clair. son doctorat de thologienne en poche, dici deux ou trois ans, elle reprendra le chemin de son pays, madagascar, dans le but dy apporter quelque chose . comprenez lenseignement et la possibilit de diriger son tour des tudiants en thologie dans leur travail de doctorat, chose pour lheure impossible sur la Grande ile, o le cursus sarrte au master.

    a 36 ans, brigitte allie la douceur la persvrance. de son enfance dans une famille trs pauvre, elle voque le soutien sans faille de son pre, dcid voir ses enfants aller au moins jusquau bac . on la fait, tous les cinq. et brigitte, fascine depuis quelle est gosse par les femmes pasteures avec une certaine douceur, elles transmet-tent le message diffremment des hommes , arrte ses tudes dconomie pour se lancer dans la thologie. elle devient pasteure de paroisse en brousse, avant de travailler la traduction de la bible la socit biblique, puis de reprendre des tudes thologiques, dabord au cameroun, puis Genve.

    dans son travail de thse sur le mmoire de nhmie, elle voquera, entre autres, le rle de nhmie dans la reconstruction de jrusalem. une reconstruction matrielle, mais aussi conomique et sociale qui la touche et la ramne madagascar. les liens entre les politiques et leglise minterpellent : comment cette dernire peut-elle jouer son rle de tmoin, mettre en garde ou dnoncer, quand elle est trop proche du pouvoir ? ou comment les textes bibliques dantan sont en mesure de toucher du doigt laujourdhui. la thologie que je fais ne doit pas rester simplement dans la sphre acadmique ; elle doit galement sappuyer sur la ralit de mon eglise et de mon pays. une question brlante dactualit.

    Les Liens entre Les poLitiques et LegLise

    minterpeLLent

    La thologie pour reconstruire

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    Dans les niches De la cath-Drale De lausanne, des ouvriers ont mis le dernier coup de vis la pose de cimaises et, depuis quelques jours, une trentaine de photographies se balancent sur les murs du lieu de culte et de culture. Depuis dbut janvier 2011, la cathdrale de lausanne est le premier lieu phare de leglise vaudoise. sans se sentir envoy dans la tempte , andr Joly, pasteur et dsormais animateur de ldifice, sy sent comme un poisson dans leau.

    Quest-ce qui vous touche ? cette question, le Vaudois la pose volontiers au visiteur de passage. comme si toute spiritualit trouvait finalement sa source au fond de soi, de son res-senti. ici, il ny a pas de ralisations gratuites, lance-t-il. ceux qui ont faonn cet endroit taient habits par un sens, une raison. Quelque chose qui les motivait, leur donnait envie de par-tager. et lhomme de vous entraner devant une statue o Jsus, bb, serre la barbe de simon de ses tout petits doigts.

    Partager la joie de levangile, cest rendre Dieu bien prsent dans les petits riens de lexistence.

    la Bonne nouvelle de Jsus-christ, cest quil vient habiter le temps prsent. Bon, je ne dis pas quil faut invoquer Dieu chaque fois quon se brosse les dents. Mais discerner autour de soi tous les signes dune vie qui pourrait tre belle. cest ce quil fait : un coup dil la rose de la cathdrale, une merveille quil ne se lasse pas de contempler. Dieu nest reprsent quune fois, au centre de la rosace. tout autour, les vingt-quatre mdaillons voquent le temps qui passe, les saisons et leurs travaux. ce qui fait nos jours, autrement dit.

    Dans ce lieu de vie extraordinaire qui reoit grosso modo 420 000 visiteurs par an, andr Joly croise des gymnasiens, anime une mditation pour des plerins de compostelle, renseigne un groupe de femmes sur le sens du carme. et lvanglisation ? sil sagit de convaincre lautre que jai raison, non. si cest rendre prsente la joie de levangile, alors oui. Vous savez, je crois quon ma confi ce poste parce que je ne fais pas peur. Jaimerais que lautre puisse trouver ou retrouver une relation apaise avec Dieu.

    Andr Joly pasteur

    Comme un phare de lumire

    La Bonne nouveLLe

    de Jsus-Christ, Cest

    quiL vient haBiter

    Le temps prsent

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    TMOInS AujOuRdhuI

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  • EdITO

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    DAnSER AVEC un PAniER PLEin SuR LA TTE.Prestation artistique, certes, mais bien plus encore: geste de vie !un soir o elles avaient reu des nouvelles inquitantes de leurs familles et de leur pays, jai vu des femmes malgaches danser en por-tant un panier plein sur la tte. Elles ne dansaient pas pour oublier ce qui se passait dans leur pays, mais pour tonifier les muscles qui permettent de porter les fardeaux.Pour elles-mmes, dabord, pour leurs compagnons qui dansaient avec elles et pour les spectateurs dont je faisais partie, ces femmes participaient la danse de la vie tout en continuant porter leurs soucis. Jai peru alors la solidit de leur colonne vertbrale, fortifie par des muscles exercs depuis lenfance, fortifie par des chants exprimant en Dieu leur confiance.En racontant cela une amie mise terre par des soucis trop lourds pour elle, jai vu cette amie se redresser : sans les avoir vues, elle se souviendra longtemps de ces femmes malgaches et de leur danse qui lont remise debout dans son existence.Raconter de tels gestes de vie lorsque nous en sommes tmoins contribue fortifier les muscles de notre esprance et stimuler les nerfs de nos relations.Longtemps avant dtre mis par crit et de devenir livres, les rcits bibliques ont t raconts, danss et chants. La foi nest pas en premier lieu doctrine. Elle est exprience :

    exprience dune musique reue dans le silence de lexistence : musique des Psaumes qui offrent des mots ce qui se bouscule en nous ;

    exprience dun courage reu au creux de la souffrance : courage de lhomme de nazareth capable dinventer jusquau bout des gestes damour ;

    exprience dun souffle reu dans le tunnel de la dsesprance : souffle reu dailleurs pour donner de llan notre existence.

    Entretisses avec ces expriences dautrefois racontes dans la Bible, les expriences de tmoins daujourdhui racontes ici nous sont offertes comme une invitation rester debout. Tmoins dune confiance reue. Vivants par la grce de Dieu et solidaires des hu-mains sur la terre.

    Debout, les vivants !

    Jacques Kngsecrtaire gnral de DM-change et mission

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    TmoinS AuJouRDhui, DEuximE numRo !

    Le bouquet de tmoignages rassembls par Dm-change et mission dans les Eglises protestantes de Suisse romande et dailleurs a suscit beaucoup dintrt lors de la premire dition, parue en 2009.Limage dynamique et vivante de la mission porte par des hommes et des femmes engags, ici en Suisse et dans le monde, a touch beaucoup de lecteurs, dont vous tiez peut-tre.Ldition que vous tenez entre les mains parat dans un contexte quelque peu morose pour les Eglises historiques et institutionnelles. Frquentation et dons en baisse, dmotivation des membres et des ministres parfois, flou dans lidentit et la commu-nication Les indices ne manquent pas, relevs par de rcentes tudes sociologiques, pour confirmer que nombre dEglises ont de la peine retrouver une dynamique desprance et dengagement.Pourtant et cest lobjectif de Tmoins aujourdhui , il existe de nombreux exemples de personnes qui sengagent au nom de leur foi, avec beaucoup de dynamisme, dides et denthousias-me. Vous dcouvrirez la richesse de leurs tmoi-gnages au fil des pages.De leur ct, les Eglises ne restent pas sans rac-tion. Par exemple, plusieurs dentre elles remettent lordre du jour les questions de la mission et de lvanglisation en Suisse.nous souhaitons que ce Tmoins aujourdhui appuie cette rflexion, interpelle les Eglises sur leur mission et suscite des engagements aussi varis que dynamiques.

    Bertrand Quartier responsable communication DM-change et mission

  • DAnS Son BuREAu SAnS FEnTRE, on entre comme dans un moulin. Pas de plaque sur la porte, il suffit de heurter : Anani Kuadjovi reoit peu prs tout le monde, du technicien linfirmire en passant par la cuisinire. Directeur dh-pital par accident , - il a commenc par la thologie, avant dtudier le journalisme, puis la gestion hospitalire -, Anani Kuadjovi, 57 ans et une carrure de judoka, est la tte de lhpital Bethesda, dans le village togolais dAgou, depuis 2007. Quatre-vingt-cinq employs et un poste quil occupe dabord avec le cur. Je veux que les quelque quatre mille patients qui frquentent lhpital chaque anne ressen-tent et voient le tmoignage chrtien, quelle que soit leur origine ou leur appartenance religieuse , dit-il.

    Cest que lon nest pas par hasard pasteur ET directeur dtablissement hospitalier. Je vis ma prsence ici comme un engagement de foi. Avec ses hauts et ses bas : Tous les soirs, je dmissionne. Et chaque matin, je my remets , lche cet homme qui avoue parfois son dcouragement face lampleur et au cot de la tche. Face la pauvret de ses compa-triotes qui va grandissant. Quand un patient arrive en urgence, je ne r-flchis pas. il faut faire vite, il y a une vie sauver. Ensuite ? on est pay, ou pas : les finances de lhpital en souffrent, forcment. Alors Anani Kuadjovi sen va se ressourcer dans la prire en se souvenant de ces cas o on a pu faire quelque chose . Et de sa voix qui rsonne comme un cours deau, il vous dit, simple humain, composer tout bonnement avec la faiblesse de ses forces .

    La foi hospitalire

    Anani Kuadjovi directeur de lhpital Bethesda,

    Agou (Togo)

    jE vIS MA pRSEncE IcI cOMME un

    EngAgEMEnT dE fOI.

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  • PRESS ET ConCiS, Pierre maudet ne tourne gure autour du pot, ni dans son rle de maire de la Ville de Genve, ni dans son rapport la foi. La tradition calviniste est depuis longtemps trs ancre dans les milieux libraux genevois auxquels jappartiens. Attach comme le grand voisin franais ce que la dimension religieuse appartienne la sphre prive (il est mari et pre de trois enfants), le magistrat surdou et ambitieux mne sa carrire comme ses tudes en droit ou son arme (o il est capitaine) : au pas de charge. Et rserve son doute existentiel la dimension religieuse dont elle ne saurait se passer . Cela nempche pas ce

    croyant de vivre ses convictions religieuses comme un chemine-ment sem dembches, mais aussi de belles rencontres avec des pasteurs ou des prtres . Ce chemin-l ne passe pour autant jamais la porte de son bureau du Dpartement de lenvironnement urbain et de la scurit, o il se dit fier davoir rform le corps de police municipal. Tent par la culture, ce stakhanoviste trs communicant voque son humanisme, quand on lui demande si ses convictions chrtiennes influencent la gestion de son dicastre. En parlant dhumanisme face aux mendiants Roms, je pense saint Paul et lptre aux Corinthiens. Eh oui !

    Politique et tradition

    Pierre MaudetMaire de la ville de Genve

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  • Au PETiT mATin, on retrouve lancien rdacteur en chef du matin Bleu, depuis peu responsable des projets multimdia de la Tribune de Genve, devant la cathdrale de Lausanne. A 7h30 et durant une demi-heure, les Compagnons de laube mdi-tent et prient pour bien commencer la journe. Je venais rgulire-ment durant ma priode lausannoise, sourit Tristan Cerf. Depuis que je passe la semaine Genve, je ne peux venir quune fois par semaine. Lorsquil tait Zurich, correspondant pour Le Temps puis rdacteur en chef adjoint migros magazine, ce journaliste de 37 ans frquen-tait avec assiduit lEglise rforme de langue franaise. Si les ques-tions de sens mont toujours travaill, javais pris un peu de distance avec la pratique durant mes tudes Genve. mon arrive Zurich a sonn comme une redcouverte. Dans un milieu journalistique qui cultive une mfiance atavique toute spiritualit autant quune ignorance crasse de ses fondements, Tristan Cerf aime provoquer et

    sinsurger contre une mconnaissance du fait religieux qui confine parfois la stupidit. Je pense que quelques interrogations sur les bases de la spiritualit occidentale ne font pas plus de mal un jour-naliste que de comprendre le rle des combats de reines en Valais. Tristan Cerf avoue une foi pas trs dogmatique et en mme temps appartenant un autre champ que celui de la logique, voquant la fois un rocher au milieu deaux souvent mouvementes, ou plutt dun chemin escarp sur lequel il faut trouver mon quilibre . il se souvient du pasteur de son enfance, Cortaillod, de son ct un peu post hippie et de sa grande ouverture qui le sduisaient. mon pre tait dcd, ma mre gure pratiquante. mais je me suis fait bapti-ser 16 ans. Cultivant dsormais davantage une lecture la fois spirituelle et intellectuelle de la Bible que la frquentation assidue du culte dominical, Tristan Cerf aime ces textes accessibles tous et en mme temps riches en surprises. un peu son image, quoi.

    Journalisme et spiritualit

    Tristan Cerf journaliste

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  • LE SynoPSiS DE SA ViE, Jacques-Etienne Rouge laurait bien camp quelque part au Sud, en Afrique sans doute. mon pre, pasteur la cathdrale de Lausanne, recevait souvent des missionnaires. Gymnasien, il hsite un instant entre le bistouri et les touches du clavecin, sa passion. Puis il opte pour le premier sans lcher les secondes : sa carrire le conduit dabord yverdon, puis moutier, do il a pris sa retraite il y a peu. En parallle, il va crer un chur de musique ancienne et lancer de nombreuses animations musicales en lien avec des ftes religieuses.

    mais dAfrique long terme, il ny a pas trace, car on ne choisit pas tout, comme il dit. il y a quarante ans, il nous semblait juste, ma femme et moi, de partir en mission. mais notre premier fils est n avec une grave malformation. nous savions que si nous vivions loigns dun hpital, il ne pourrait pas bnficier des soins mdicaux ncessaires. La mission a donc pris corps ici, en Suisse romande. Avec une mme vocation et un pareil partage. Et Jacques-Etienne Rouge de citer Jsus disant un homme quil avait guri: Reste chez toi et tmoigne! Je naurais pas travaill autrement outre-mer, sauf

    quil cela aurait t plus facile dy afficher ma foi : ici, cest compliqu, il y a des prjugs. Lui a essay dtre un mdecin empathique au service de ses patients, sans a priori et dans le respect de chacun . Sans proslytisme, mais sans cacher ce qui lanime. Rcemment, il a men un audit auprs dun hpital togolais pour le compte de Dm-change et mission.

    A moutier o il vit, la paroisse connat ses ides danimations musi-cales comme celles de la Semaine sainte. Elles se rsument par un petit message, un texte biblique, de la musique et une volont simple : redonner de la vie dans lEglise. Luther disait que chanter, cest prier deux fois. Je suis de son avis, mme si je pense que Bach ou Luther se serviraient du rap sils taient l aujourdhui. Lors des soires biblico-musicales, certains personnes viennent systmatiquement, chaque soir : mouvant ! Ctait blouissant, semballe-t-il. une explosion de joie ! La musique produit quelque chose en nous, qui nous chappe. Vous savez quoi cela me fait penser ? A limposition des mains. ou comment le chirurgien salue la force de la musique et la puissance de la prire.

    Entre bistouri et cl de sol

    LA MuSIquE pROduIT quELquE

    chOSE En nOuS, quI nOuS

    chAppE

    Jacques-Etienne Rouge chirurgien

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  • Elisabeth Ruey-Ray politicienne Nyon

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  • Elisabeth Ruey-Ray politicienne Nyon J E RESTE PLR, mALGR LES VnEmEnTS. Et je ne quitte pas non plus mon Eglise, mme si elle mnerve souvent. Je prfre changer les choses de lintrieur.

    Elisabeth Ruey-Ray rayonne en ce mois de mai. Au printemps 2011, sa rlection, malgr son viction de la liste du parti libral-radical, a fait sourire le landerneau politique vaudois. Cest donc dsormais sous ltiquette de nyon Renouveau que cette femme de tte et de convictions continue diriger la police et la mobilit communales. Eh oui ! Elisabeth Ruey-Ray incarne la preuve que lon peut tre de droite et chrtienne engage. Son pre, le pasteur maurice Ray, fut une figure du milieu rform et vanglique dans toute la rgion. Tout comme son poux, Claude Ruey, qui a marqu la politique nyon-naise au Conseil dEtat, puis au Conseil national. Cest sr, jai t la fille de mon pre et la femme de mon mari , samuse-t-elle. Cette double identification ne lui pose gure de problmes, habitue quelle est ne pas sen laisser compter et faire entendre sa voix. Je suis donc ne entre deux pages de la Bible. un peu trop peut-tre, parce qu ladolescence, jai tout envoy balader. Assez naturelle-ment, celle qui travaille alors comme graphiste du ct de Cossonay renoue avec la foi. Elle rencontre Claude Ruey, lhomme de ma vie , quelle pouse en 1977, avant de dmnager sur les bords du Lman

    o il vient dtre lu dput. me marier avec un homme politique ma questionne. En revanche, il tait vident que je voulais vivre avec quelquun de croyant, avec qui partager un chemin de foi. Deux enfants et plus de trente ans de vie commune plus tard, Elisa-beth Ruey-Ray et son mari prennent le temps dune ou deux retraites annuelles, par exemple Grandchamp, et mme la municipale, avec humour, ne cache pas cultiver une foi de charbonnier . Je me sens partenaire avec Dieu. Jaime me mettre en face de Lui et lui demander de minspirer. Je crois quelque chose comme un plan de Dieu dans ma vie. Coup de pouce de la transcendance, elle entre au Conseil communal plutt quau Conseil de paroisse. Ce dernier ne mavait pas lue. Je suis entre en politique, et la passion de la chose publique ne ma plus quitte. Entire et adepte de la vrit, Elisabeth Ruey-Ray na jamais fait mystre de sa foi, ce qui lui a valu, et lui vaut encore, quelques ricanements. Je rponds volontiers aux questions que lon me pose parfois ce sujet. Comme celles qui interrogent sur le mlange avec ma filiation librale. Le libralisme comme je lentends en appelle la responsabilit individuelle de lhomme pcheur, ainsi qu une vision humaniste de la socit.

    Partenaire avec Dieu

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  • iL y A un PEu PLuS DE DEux AnS, la vie de Sandra Roulet a bascul. un soir dhiver, Antoine, son mari, a eu un accident de kitesurf. Quelques heures plus tard, je devais me prparer au pire, raconte-t-elle. y aurait-il un miracle ? Ce que Dieu avait prvu, je nen savais rien, sauf quil tenait nos vies entre ses mains. Ce jour-l, Sandra a pens leur vie tous les deux, leurs trois enfants, en se disant : Quoi ? notre vie ensemble va-t-elle sachever ainsi ? Parmi les choses partages, il y avait la musique. une passion commune. on chantait ensemble, il jouait de la guitare et du violoncelle, moi du piano. on avait envie de faire un disque, mme si ce ntait pas un but en soi. Quelque mois aprs le dpart dAntoine, dcd le lendemain de laccident, Sandra a mis les bouches doubles et travaill sur son CD, Garde lespoir , sorti lan dernier. il y avait un vide immense ; cela ma permis de mettre mon nergie quelque part. Et de donner un sens tout a . Parmi les textes du disque, certains sont signs de son mari, notamment Deux mains pour demain qui voque le rcit dun homme malade de la lpre quAntoine, ergothrapeute, avait soign lors de son sjour en Guine Conakry. on y entend aussi le timbre dAntoine : il avait enregistr des voix quelques jours avant laccident .Dans sa maison baigne de lumire, Sandra a repris le dessus. Si elle voque les craintes de lavenir comme la vive douleur de voir ses enfants souffrir de labsence de leur papa, elle ne se lamente pas sur son sort. Jai reu la grce de pouvoir accepter. non sans pleurs et tristesse, mais avec confiance et lcher prise. Jai accept de ntre pas capable de revenir en arrire. Je ne veux pas mettre mon nergie rcrire lhistoire. Jen ai trop besoin pour vivre le prsent. Voir la main de Dieu au jour le jour, cest ainsi quelle vit au quotidien. Par la musique, Sandra proclame sa foi, son esprance, sa confiance. Pas be-soin den dire beaucoup plus, cest un cadeau de pouvoir mexprimer par ce biais. Je dverse mon me, au moment o je chante, o je joue. Celui ou celle qui est en recherche trouvera une piste, mais la sienne. Chacun possde son propre cheminement.

    Sandra Roulet responsable de la section

    Jura-Bernois de la Croix -Rouge

    jAI REu LA gRcE dE pOuvOIR AccEpTER Pour commander le CD Garde lespoir : www.sandraroulet.ch

    Chanter son espoir

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    reux Lire : 2 Corinthiens 8 et 9

  • DSiRAnT SERViR DAnS LA miSSion ET LA PRoTEC-Tion DE LEnViRonnEmEnT, Steve Tanner se rend en 2002 en Equateur, o il simplique dans des projets environ-nementaux en faveur des populations dmunies. L-bas, il a compris que son rle de tmoin allait se jouer en Suisse. En Amrique latine, le christianisme est bien plus dvelopp que dans notre socit post-chrtienne. Depuis son retour en 2005, son engage-ment prend une dimension particulire: il lance la branche suisse dA Rocha, une organisation chrtienne pour la conservation de la na-ture, prsente dans une vingtaine de pays, et active en Suisse entre autres dans le cadre de camps nature pour enfants. Rencontre.

    TA : LCoLoGiE EST-ELLE BiBLiQuE ?ST : oui. La Bible est pleine de rfrences la nature. Dans la Gense, Dieu dit que tout ce quil a fait est bon, mme avant de crer lhomme. Ce dernier reoit de Dieu le mandat de cultiver et de garder le jardin. Prendre soin de la cration, ou avoir un comportement cologique, fait donc partie de lappel de Dieu, qui aime toute sa cration et nous la confie.

    LA nATuRE Au SERViCE DE LhommE, DonC ?Pas seulement. Cultiver le jardin, cest prendre dans la nature ce dont nous avons besoin. mais garder le jardin dpasse nos intrts. Lhomme cesse dtre le centre de tout, et laisse cette place Dieu.

    Cette attitude humble est ncessaire pour bien grer les ressources et cultiver sans exploiter outrance. Dans la Bible, la nature a une va-leur intrinsque, indpendamment de lhomme. nous honorons Dieu lorsque nous respectons ses oeuvres.

    LA nATuRE nouS ConDuiT-ELLE REnConTRER DiEu?oui. Dieu rvle sa grandeur au travers de ce quil a cr. mais dans notre socit moderne, lcologie a pris une dimension morale et est devenue un nouveau salut par les oeuvres. Cest galement devenu la proccupation numro 1 de nos concitoyens. il est donc pertinent pour lEglise de les rejoindre en agissant concrtement dans le domaine, pour tmoigner de lamour de Dieu pour toute sa cration, et annoncer le vritable salut. DES ESPCES Qui DiSPARAiSSEnT, DES CATASTRoPhES CoLoGiQuES : JAmAiS TEnT DE BAiSSER LES BRAS ?non, car je sais que Dieu est tout-puissant et quil continue dagir dans sa cration. De quel Dieu suis-je le tmoin? un Dieu de fatalit et de destruction, ou un Dieu de restauration et despoir? Quand je lis : Aime ton prochain comme toi-mme , je pense aussi mon prochain dans le temps, mon successeur. Laisser une terre o il fait bon vivre me motive. Jessaie dtre cohrent dans mes actes et les considre comme une expression damour pour Dieu et les autres. www.arocha.org

    Steve Tanner responsable dA Rocha (Suisse) et ingnieur en microtechnique

    Lcologie par vocation

    dIEu EST LE cEnTRE AuTOuR

    duquEL TOuT SARTIcuLE.

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  • Andr Joly pasteur

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  • DAnS LES niChES DE LA CATh-DRALE DE LAuSAnnE, des ouvriers ont mis le dernier coup de vis la pose de cimaises et, depuis quelques jours, une trentaine de photographies se balancent sur les murs du lieu de culte et de culture. Depuis dbut janvier 2011, la cathdrale de Lausanne est le premier lieu phare de lEglise vaudoise. Sans se sentir envoy dans la tempte , Andr Joly, pasteur et dsormais animateur de ldifice, sy sent comme un poisson dans leau.

    Quest-ce qui vous touche ? Cette question, le Vaudois la pose volontiers au visiteur de passage. Comme si toute spiritualit trouvait finalement sa source au fond de soi, de son res-senti. ici, il ny a pas de ralisations gratuites, lance-t-il. Ceux qui ont faonn cet endroit taient habits par un sens, une raison. Quelque chose qui les motivait, leur donnait envie de par-tager. Et lhomme de vous entraner devant une statue o Jsus, bb, serre la barbe de Simon de ses tout petits doigts.

    Partager la joie de lEvangile, cest rendre Dieu bien prsent dans les petits riens de lexistence.

    La Bonne nouvelle de Jsus-Christ, cest quil vient habiter le temps prsent. Bon, je ne dis pas quil faut invoquer Dieu chaque fois quon se brosse les dents. mais discerner autour de soi tous les signes dune vie qui pourrait tre belle. Cest ce quil fait : un coup dil la rose de la cathdrale, une merveille quil ne se lasse pas de contempler. Dieu nest reprsent quune fois, au centre de la rosace. Tout autour, les vingt-quatre mdaillons voquent le temps qui passe, les saisons et leurs travaux. Ce qui fait nos jours, autrement dit.

    Dans ce lieu de vie extraordinaire qui reoit grosso modo 420 000 visiteurs par an, Andr Joly croise des gymnasiens, anime une mditation pour des plerins de Compostelle, renseigne un groupe de femmes sur le sens du Carme. Et lvanglisation ? Sil sagit de convaincre lautre que jai raison, non. Si cest rendre prsente la joie de lEvangile, alors oui. Vous savez, je crois quon ma confi ce poste parce que je ne fais pas peur. Jaimerais que lautre puisse trouver ou retrouver une relation apaise avec Dieu.

    Comme un phare de lumire

    LA BOnnE nOuvELLE dE jSuS-

    chRIST, cEST quIL vIEnT

    hABITER LE TEMpS

    pRSEnT

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  • Partager la vie de la rue

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  • iL A T VEnDEuR DE GuiTARES ET LECTRiCiEn DE ChAnTiER. Depuis septembre 2005, Christophe Reichenbach, pasteur form linstitut Emmas, bat le pav pour lassociation Rue Cur, deux pas du yucca, Bienne, et de son local dinjection pour personnes toxico-d-pendantes. Devant la porte de son bureau, un mouchoir de poche au parquet clair et aux murs orns dicnes et de prires, les deals vont bon train. Christophe y est habitu, tellement que parfois a me fait peur . mais bon, quand il voit deux miss chercher leurs veines devant son bureau, sa douleur est intacte. Quand on connat les tracs de vie de ces personnes-l, on comprend que la drogue ait t un moyen de sortir de la souffrance. Tu ne peux pas les juger. Aprs vient laddiction, et l, cest autre chose : un moment donn, on peut choisir de sortir de son statut de victime et lcher le produit. La zone, Christophe se demande parfois pourquoi il nest pas tomb dedans : Je me suis converti et suis pass ct. Pour-quoi moi et pas eux ? Cest un peu pour cette raison quil aime les gens en marge. Je vais dans la rue parce que je crois quil y a une possibilit de sen sortir. Jaime imaginer Jsus qui attirait plein de gens en marge ; je pense quil peut le faire aujourdhui encore. Sil nest pas venu pour eux, il est venu pour qui ? il croit cela, Christophe, mme si les rsultats ne sautent pas aux yeux. Plus je vais de lavant, plus je me dis quil faudrait quil se produise du miraculeux. Cest vraiment difficile de sen sortir quand tu as quinze ans de toxicomanie derrire toi et la prison qui va avec , souffle-t-il, JP, son petit chien crme (a se prononce geepee, langlaise) tal ses pieds.De lui, les tox et autres marginaux nattendent rien du tout , dit-il. Si je ne vais pas eux, ils ne viennent pas vers moi. Alors il va, discute, offre un temps de prire ou de sainte Cne nol, partage une prsence surtout. une prsence dEvangile. ils me racontent ce quils vivent, je leur dis que je prie pour eux. une fois par semaine, un repas mijot par quelques-unes des trente bnvoles de lassociation Rue Cur runit une cinquantaine de personnes de la rue. De chouettes moments. Je lis une courte prire de Taiz avant de manger. Sourire. Peut-tre quil faudrait que je sois plus vangliste, mais bon, je me sens comme un berger qui accompagne. Je ne manipule personne, jaimerais juste que ces gens-l aient une meilleure vie, et je le leur dis .

    Christophe Reichenbach pasteur

    jE ME SEnS cOMME un

    BERgER quI AccOMpAgnE

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  • Jrg Stolz professeur de sociologie des religions lUniversit de Lausanne

    Les rforms devront se battre pour exister

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  • LES RSuLTATS DE LA DERniRE EnQuTE SuiSSE sur la foi religieuse sont clairs. De plus en plus de nos concitoyens sloignent de lEglise et mettent la religion distance. Les personnes sans confession forment 25% de la population. Quel avenir pour les paroisses en Suisse ? Comment imaginer les annes venir ? interview de Jrg Stolz, professeur de sociologie des religions luniversit de Lausanne et responsable de cette enqute pour le compte du Fonds national suisse de la recherche scientifique. En juin dernier, il a co-crit Lavenir des rforms. Les Eglises face aux changements sociaux (Ed. Labor et Fides) avec Edme Ballif.

    TA : CES DERniRES AnnES, LE nomBRE DE PERSonnES EnGAGES DAnS LA Foi DiminuE. LE RSuLTAT DE CETTE DERniRE REChERChE nE VouS A PAS SuRPRiS, JimAGinEJrg Stolz : non, mais nous avons pu mettre en lumire certaines raisons. Lune dentre elles, cest la forte concurrence que lEglise subit face des institutions sculires. Les psychothrapeutes travaillent les questions de sens, lindustrie des loisirs propose une offre de divertissements immense ; nous vivons dans le confort, voire le rconfort, quapportent des systmes de sant et de scurit performants.

    ny A-T-iL PAS GALEmEnT unE BonnE PART DinDiVi-DuALiSmE ?La grande majorit des gens pensent que leur faon de concevoir la spiritualit un peu de mditation ici, des prires l est quelque chose de personnel.

    CommEnT LES GEnS ViEnnEnT-iLS LA Foi ou LA QuiT-TEnT-iLS ?on saperoit que le plus souvent, les individus en sont rests au niveau de spiritualit acquis dans leur jeunesse ; par consquent, les paroisses ont raison de miser sur les enfants. Sans compter qu travers eux, on peut toucher les parents.

    AVEC LE TEmPS, LES RFoRmS VonT-iLS DiSPARATRE ?ils seront de moins en moins nombreux, voil ce que disent les statistiques dmographiques se basant sur lge des personnes frquentant les cultes. Les anticipations incluent le nombre de dcs et de naissances, mais ce que lon ignore, cest combien de personnes rejoindront lEglise. En dautres termes, quelle sera la capacit des rforms attirer de nouveaux membres ?

    y A-T-iL DES TRuCS PouR y PARVEniR ?LEglise rforme de Saint-Gall semble avoir une bonne stratgie. Elle a commenc par renouveler les cultes en sollicitant des parois-siens pour sy engager. Elle a mis laccent sur les jeunes et les familles avec enfants. Enfin, elle a rajeuni le Synode, pour quil ne soit pas compos que de retraits.

    LES RFoRmS onT-iLS CommiS DES ERREuRS PouR En ARRiVER L ?Disons que la principale consiste croire que lEglise existe juste comme a, parce quelle est l, au milieu du village. Dans les temps qui viennent, les gens devront comprendre que, pour quelle existe, ils devront se battre pour leur Eglise, dautant plus que les paroisses seront, ou sont dj, confrontes des problmes financiers majeurs.

    JuSTEmEnT, PEnSEZ-VouS QuE LES PASTEuRS DEVRAiEnT FACTuRER LEuRS SERViCES ? non, je ne crois pas. LEglise na pas intrt ce que les gens calcu-lent rellement ce que leur coterait leur mariage ou la confirma-tion de leur fils.

    PERSonnELLEmEnT, LE FuTuR TRiQu DE LEGLiSE R-FoRmE VouS ATTRiSTE-T-iL ?Je suis rform et, personnellement, je prfrerais quelle se porte mieux ! En tant que sociologue, je cherche regarder la question de manire dtache et neutre. Du point de vue des Eglises, il me semble quil faudrait, plutt que sattrister, chercher des pistes. Et se questionner sur la mission de lEglise. Dans plusieurs cantons, on parle dvanglisation et cest, mes yeux, une question importante. Pour exister, toute organisa-tion doit faire en sorte que des membres la soutiennent, sy investissent, recrutent de nouveaux adhrents.

    QuEnTEnD-on PAR VAnGLiSATion ?Chez les rforms, la rflexion en est pour lheure au stade embryonnaire. il y a des rticences et des ambivalences au sein de lEglise : certains ne veulent pas faire comme les vangli-ques tout en ressentant un besoin de saffirmer. .

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  • QuAnD, 24 AnS, mARiE-CLAuDE SEST inSTALLE En VALAiS AVEC Son mARi, elle sest sentie un peu en mission . Pas facile de sintgrer dans un milieu quasi ex-clusivement catholique o chacun se connat justement par le biais de lEglise. Les cinq premires annes, jai essay de faire comme si je pouvais tre dici, mais jtais malheureuse faire du forcing Plutt que vivre ct de ses baskets, marie-Claude, Vaudoise et en-gage dans la paroisse rforme de Sion, sest affirme. Jai compris quen gardant mes rfrences, je vivais dans le respect de moi-mme avec beaucoup de libert.

    Depuis plus de vingt ans en Valais, marie-Claude y vit bien, mme si elle reconnat que ses enfants, 16 et 18 ans, ne se sentent pas dici.

    nOTRE dIEu nEST pAS

    dIcTATEuR Ou jugE, MAIS

    AMOuR

    Elle non plus, mais elle a fait de son vcu un atout. Sensibilise la question de lintgration, je me suis ouverte ceux qui dbarquent et traversent les mmes soucis que jai vcus moi-mme. on se retrouve, on partage, je donne un coup de main aux mamans qui arrivent et vivent un certain rejet. Dans la paroisse, les liens sont forts, familiaux, comme peuvent ltre ceux qui se tissent au sein dune minorit. Et cela lui convient. Jai t leve dans une culture douverture aux autres. notre Dieu nest pas dictateur ou juge, mais amour. un esprit douverture qui la conduite, assez naturellement, grer les projets Terre nouvelle durant dix ans au sein de sa pa-roisse pour que la mission ne passe pas aprs tout le reste !

    De Lausanne Savise

    Marie-Claude Comte assistante mdicale

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    LA ViE DE FLoRinE JuVET ressemble davantage un mor-ceau dimprovisation qu une sonate la partition savam-ment compose. Quand elle commence laccordon, lge de 7 ans, cest un peu par hasard. un jour, je voulais jouer de la trom-pette, le lendemain, ctait la harpe et le troisime jour, laccordon. Cest ce jour-l que sa mre linscrit un cours. Florine ne simaginait pas pour autant en faire son mtier. A 13 ans, dans une crise de qui suis-je ? , elle commence mettre Dieu lpreuve pour voir sil existe . Bingo ! il y avait un peu trop de clins Dieu (il), jai d me rendre lvidence. Du coup, elle dci-de de lui faire confiance 100%, se voyant mme bien missionnaire madagascar. ma mre temprait mes ardeurs en me rappelant que je navais mme pas de mtier ! Elle attend un appel qui ne vient pas : Quand je me mettais lcoute de Dieu, je nentendais quune chose : Florine, je taime . A lpoque, jaurais aim quelque chose de plus fulgurant ! Plus tard, 18 ans, ladolescente est victime dun grave accident de scooter. Cela ma pas mal secoue, raconte-t-elle. Jtais encore en vie, cela devait bien tre pour quelque chose. Dieu aurait-il un plan pour ma vie ? ! Je me suis prpare pour les concours dentre au Conservatoire en priant quil me guide selon ses plans.A sa grande surprise, elle est admise au Conservatoire de Berne. Elle a trouv sa voie : professeure daccordon. En terminant ma forma-tion, javais des heures denseignement dans six coles de musique ! Dsormais, entre les groupes elle joue dans sept formations ! , les cours donns dans trois cantons et les concerts gauche et droite, Florine est en piste tout le temps. Gare aux amalgames, elle nest pas du genre accordon um pla pla la yvette horner, je dteste . Elle passe du baroque au tango, du rock celtique la musique lec-tronique toujours avec un bonheur intact ; chaque fois, je me plonge totalement dans lunivers musical, comme si je ne savais jouer que cette musique-l .Autour delle, le sourcil se soulve, incrdule, quand elle se dit femme de pasteur. Ben oui, lalliance entre une musicienne et un homme dEglise surprend . Quimporte, elle va son bonhomme de chemin : Je ne joue dans aucun groupe chrtien, mme si tout le monde sait que je le suis et connat mes valeurs . Dans la paroisse de son mari, Dimitri, Florine coache les catchumnes qui se sont forms en groupe de musique. Cest gnial, Pques, il y a eu vingt-sept confirmations ! Pas besoin daller madagascar pour tre en mission, non ?

    Florine Juvetmusicienne

    Le choix de la confiance

    pAS BESOIn dALLER MAdAgAScAR pOuR TRE En MISSIOn

  • Des questions pour avancer

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    Jacques Kngsecrtaire gnral de DM-change et mission

  • BAPTiS Six moiS, je ne garde aucun souvenir de ce geste. mais aujourdhui encore, je peux en faire mmoire. Le tmoignage de celles et ceux qui lont demand pour moi ma fait natre la confiance : je me sais accueilli.Dans la paroisse o jai grandi, mon adoles-cence a t marque par deux pasteurs trs diffrents dge et doptions thologiques, mais habits tous deux dune passion pour lEvangile et la vie en Eglise. Tiraill entre ces deux tmoins, je suis entr en Facult de thologie avec la secrte envie de savoir si lun des deux avait plus raison que lautre. L, je me suis heurt des textes qui mont bouscul, comme cette parole de Paul aux Corinthiens : Les Juifs demandent des miracles et les Grecs recherchent la sagesse ; mais nous, nous prchons un messie cru-cifi, scandale pour les Juifs, folie pour les paens (1Co 1.22). Ds lors, cette question maccompagne : Comment accepter que la marche vers lunit de lEglise passe par une remise en question de mes convictions les plus fonda-mentales ?

    En cours dtudes, jai accompli un stage dans une institution o vivent des personnes en situation de handicap mental. Dcouverte dun lieu o la communication passe trs peu par le langage verbal auquel mon parcours scolaire ma habitu. Dcouverte de limpor-tance du regard, des gestes, des attitudes, et dun rythme de vie bien loign des contrain-tes de rendement et de performance. Ds lors, une conviction sinscrit au plus intime de moi : si lEvangile vaut la peine dtre vcu, quelque chose peut en tre partag avec celles et ceux qui sont considrs comme les plus petits mais qui nous prcdent dans le Royaume des cieux. Ds lors, cette question maccompagne :

    Comment rsister aux pressions du monde ambiant et tisser des rseaux de solidarit qui tmoignent de la saintet laquelle nous sommes appels ?

    mon parcours familial et professionnel ma conduit travailler sept ans au service de lEglise presbytrienne au Rwanda (1980-1986 et 1995-1996) : enseignement tholo-gique et aumnerie universitaire. Depuis, je relis souvent le dernier chapitre de la lettre de Paul aux chrtiens de Rome : une liste de noms. Des noms de femmes et dhommes, des noms aux consonances juives, grecques ou latines, des noms de familles nobles et des noms rservs des esclaves. Chacun de ces noms voque pour Paul un bout de vie partage, une preuve traverse ensemble, une communion dans la prire, des souve-nirs de joies et projets ports plusieurs. A ces noms dautrefois, des noms daujourdhui continuent sajouter : compagnes et com-pagnons de foi disperss aux quatre coins du monde, capables des plus belles solidarits et menacs des pires atrocits Ds lors, cette question maccompagne : Comment montrer que lEglise universelle se vit au quotidien dans des rencontres o se tissent et sentretissent nos partages, dcou-vertes, tensions, conflits, joies et projets ?

    Baptis, devenu enseignant dans une cole de thologie, puis pasteur en paroisse et maintenant secrtaire gnral de Dm-change et mission, je mefforce la coh-rence entre mes convictions chrtiennes et mes choix personnels, familiaux, politiques ou conomiques. Attentif ne pas imposer mes convictions, je ne veux pas pour autant les cacher. Et je me demande sans cesse com-ment rendre compte de lesprance qui est en moi. Ce cheminement est habit par une lecture rgulire des rcits bibliques. Pour

    lutter contre loubli des promesses de Dieu et de ses appels la justice, il importe de faire mmoire et de transmettre : raconter de g-nration en gnration de quelles manires Dieu appelle, envoie, rejoint, bouscule, relve celles et ceux qui cherchent se dtourner du chemin de vie quil propose ; partager les prires, les chants de louange ou les cris de dtresse, les questions et les remises en question, les preuves et les lans de celles et ceux qui ont t mis en chemin par lappel du Seigneur ; voquer leurs peurs, ainsi que les paroles, rcits et paraboles qui ont renou-vel leur confiance. Ds lors, cette question maccompagne : Comment poursuivre ce travail de lecture, de mmoire, dinterprtation et dactuali-sation qui nous relie au dynamisme de la tradition apostolique ?

    Ces quatre questions maident avancer sur un chemin o je reois aujourdhui les recommandations rcemment publies par le Conseil cumnique des Eglises, lAlliance vanglique mondiale et le Conseil ponti-fical pour le dialogue interreligieux. Fruit dune collaboration de plusieurs annes, ces recommandations encouragent les Eglises rflchir leur tmoignage dans un monde multireligieux .

    Ces mots daujourdhui me font revisiter ces mots dautrefois qui ont travers les sicles : Je crois lEglise une, sainte, universelle et apostolique.

    www.oikoumene.org/fr/documentation/documents

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  • 1. AGiR DAnS L'AmouR DE DiEu. Les chrtiens croient que Dieu est la source de tout amour et, en consquence, dans leur tmoignage ils sont appels mener une vie marque par lamour et aimer leur prochain comme eux-mmes (cf. mt 22,34-40 ; Jn 14,15).

    2. imiTER JSuS ChRiST. Dans tous les aspects de la vie, et particulirement dans leur tmoignage, les chrtiens sont appels suivre l'exemple et les enseignements de Jsus Christ, partageant son amour, rendant gloire et honneur Dieu le Pre dans la puissance de lEsprit Saint (cf. Jn 20,21-23).

    3. mAniFESTER LES VERTuS ChRTiEnnES. Les chrtiens sont appels se conduire avec intgrit, charit, compassion et humilit, et surmonter toute forme darro-gance, de condescendance et de dnigrement (cf. Ga 5,22).

    4. ACComPLiR DES ACTES DE SERViCE ET DE JuSTiCE. Les chrtiens sont appels pratiquer la justice et aimer avec tendresse (cf. mi 6,8). ils sont en outre appels servir les autres et reconnatre ainsi le Christ dans les plus petits de leurs frres et surs (cf. mt 25,45). Les actes de service tels que l'ducation, les soins de sant, le secours et les actes de justice et de dfense des causes font partie intgrante du tmoignage rendu l'vangile. L'exploitation des situations de pauvret et de ncessit n'a aucune place dans laction chrtienne. Les chrtiens doivent dnoncer et s'abstenir doffrir toutes formes d'artifices, y compris des incitations et des rcompenses financires, dans leurs actes de service.

    5. FAiRE PREuVE DE DiSCERnEmEnT DAnS LE miniS-TRE DE GuRiSon. En tant que partie intgrante de leur tmoignage rendu l'van-gile, les chrtiens exercent des ministres de gurison. ils sont appels faire preuve de discer-nement lorsqu'ils accomplissent ces ministres, dans le respect absolu de la dignit humaine, s'assurant que la vulnrabilit des personnes et leur besoin de gurison ne sont pas exploits.

    6. REJETER LA VioLEnCE. Les chrtiens sont appe-ls rejeter toutes les formes de violence, y compris psycholo-gique ou sociale, et tout abus de pouvoir dans leur tmoignage. ils rejettent galement la vio-lence, la discrimination injuste ou la rpression par n'importe quelle autorit religieuse ou laque, notamment la violation ou la destruction des lieux de culte, des symboles sacrs ou des textes.

    Le tmoignage chrtien dans un monde multireligieux en 12 principes

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    ux Lire : 2 Corinthiens 8 et 9

  • 7. RESPECTER LA LiBERT DE RELiGion ET DE CRoyAnCE. La libert reli-gieuse, qui comprend le droit de professer publiquement, de pra-tiquer, de diffuser et de changer de religion, dcoule de la dignit mme de la personne humaine, qui se fonde sur le fait que tous les tres humains sont crs l'image et la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1,26). Ainsi, tous les tres humains sont gaux en droits et en responsabilits. Quand une religion, quelle quel-le soit, est manipule des fins politiques, ou quand une religion est lobjet de perscutions, les chrtiens sont appels rendre un tmoignage prophtique dnonant ces actions.

    8. uVRER DAnS LE RESPECT muTuEL ET LA SoLiDARiT. Les chrtiens sont appels sengager uvrer avec tout individu dans un esprit de respect mutuel, afin de promouvoir ensemble la justice, la paix et lintrt commun. La coopration interreligieuse est un aspect essentiel d'un tel engagement.

    9. RESPECTER TouS LES inDiViDuS. Les chrtiens recon-naissent que l'vangile remet en question et enrichit les cultures. mme si l'vangile remet en question certains aspects des cultures, les chrtiens sont ap-pels respecter tout individu. Les chrtiens sont appels ga-lement discerner les lments de leur propre culture contests par lvangile.

    10. REnonCER TouT T-moiGnAGE FAuSS. Les chrtiens doivent sexprimer avec sincrit et res-pect ; ils doivent couter afin de mieux connatre et comprendre les croyances et les pratiques des autres ; ils sont encourags reconnatre et apprcier ce qui est vrai et bon en lautre. Tout commentaire ou approche criti-que doit avoir lieu dans un esprit de respect mutuel, en veillant ne pas rendre un tmoignage fauss des autres religions.

    11. VEiLLER Au DiSCER-nEmEnT PERSonnEL. Les chrtiens doivent reconnatre que tout changement de religion est un pas dcisif qui doit tre accom-pagn dun temps suffisant pour y rflchir et sy prparer de manire ajuste, au moyen dun processus qui garantisse la pleine libert individuelle.

    12. ConSoLi-DER LES RELATionS inTERRELiGiEuSES. Les chrtiens doivent continuer construire des relations de respect et de confiance avec les fidles des autres religions, de manire faciliter une plus grande intercomprhension, la rconciliation et la coopra-tion dans lobjectif de lintrt commun.

    Extrait dun document publi par le Conseil cumnique des Eglises, le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux et lAlliance Evanglique mon-diale. Juin 2011.

    www.oikoumene.org/fr/resources/

    documents.html

    Le tmoignage chrtien dans un monde multireligieux en 12 principes

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  • La thologie pour reconstruire

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  • Brigitte Rabarijaona pasteure malgache

    Q uAnD on SE LAnCE DAnS un PRoJET CommE CELui DunE ThSE, CEST TouJouRS AVEC un BuT. Celui de Brigitte Rabarijaona, doctorante luniversit de Genve, est clair. Son doctorat de thologienne en poche, dici deux ou trois ans, elle reprendra le chemin de son pays, madagascar, dans le but dy apporter quelque chose . Comprenez lenseignement et la possibilit de diriger son tour des tudiants en thologie dans leur travail de doctorat, chose pour lheure impossible sur la Grande ile, o le cursus sarrte au master.

    A 36 ans, Brigitte allie la douceur la persvrance. De son enfance dans une famille trs pauvre, elle voque le soutien sans faille de son pre, dcid voir ses enfants aller au moins jusquau bac . on la fait, tous les cinq. Et Brigitte, fascine depuis quelle est gosse par les femmes pasteures avec une certaine douceur, elles transmet-tent le message diffremment des hommes , arrte ses tudes dconomie pour se lancer dans la thologie. Elle devient pasteure de paroisse en brousse, avant de travailler la traduction de la Bible la Socit biblique, puis de reprendre des tudes thologiques, dabord au Cameroun, puis Genve.

    Dans son travail de thse sur le mmoire de nhmie, elle voquera, entre autres, le rle de nhmie dans la reconstruction de Jrusalem. une reconstruction matrielle, mais aussi conomique et sociale qui la touche et la ramne madagascar. Les liens entre les politiques et lEglise minterpellent : comment cette dernire peut-elle jouer son rle de tmoin, mettre en garde ou dnoncer, quand elle est trop proche du pouvoir ? ou comment les textes bibliques dantan sont en mesure de toucher du doigt laujourdhui. La thologie que je fais ne doit pas rester simplement dans la sphre acadmique ; elle doit galement sappuyer sur la ralit de mon Eglise et de mon pays. une question brlante dactualit.

    LES LIEnS EnTRE LES pOLITIquES ET LEgLISE

    MInTERpELLEnT

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  • Le got des autres

    Antoine Schlchter pasteur, Villars-sur-Ollon

    A vIvRE dES chOSES EnSEMBLE, On SAppRIvOISE

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    Lire : Philippiens 2 v 1-4

  • A 18 AnS, AnToinE SChLChTER rvait douvrir sa propre Eglise. une communaut qui lui ressemblait, ctait tout ou rien : un verset biblique en r-ponse chaque question , rsu-me-t-il dans un sourire. Les ans ont pass, lhomme est devenu pasteur de lEglise vanglique rforme vaudoise. nallez pas croire quil ne tmoigne plus autant ! La mme foi manime. Le tout du Christ, je continue le dire et le vivre. mais je suis beaucoup plus sensible au res-pect du cheminement de mon interlocuteur. un cheminement qui peut tre trs diffrent du mien.

    Le respect de la diffrence ? Le concept lui va comme un gant. Sans doute une sensibilit laltrit ne de son union une femme malgache et des deux filles quils ont adoptes. Exil Aix-en-Provence, o il occupe notamment un poste pastoral durant treize ans, Antoine Schlchter a travaill ensuite en France un projet avec les

    Eglises de migrants, baptis mosac. Aussi, en 2008, lorsquil retrouve ses racines et sinstalle en paroisse Villars-sur-ollon, est-il sollicit pour piloter le groupe de rflexion lanc par lEglise vaudoise autour de cette mme thmatique. Le contexte est autre : en France, la commu-naut protestante compte des paroisses rformes, vangli-ques, baptistes ou encore pente-ctistes. Dans le canton de Vaud, on ne peut faire quun bout du chemin, car la plupart des com-munauts de migrants sont de tendance vanglique. Le dfi nen est pas moins prsent. Est-on capable de se reconnatre de la mme famille, alors que lon fonctionne autrement ? Etre Eglise ensemble ne veut pas dire amener des personnes dans notre paroisse, mais plutt se rencontrer, crer des opportu-nits de cultes, de confrences. A vivre des choses ensemble, on sapprivoise.

    il y a quelques mois, le pasteur invitait un requrant dasile congolais venir tmoigner

    de sa foi et de son parcours de dfenseur des droits humains devant des catchumnes. Beau partage. Je nattends pas que les choses portent du fruit, je continue, cest tout. Je crois que lesprance du Christ nous libre pour un service. Alors il sme en confiance. Rencontre ici une famille en deuil, visite ailleurs un paroissien malade, coute les uns en faisant son march au village et partage avec dautres lors dun match de hockey. une chose le turlupine, pourtant : que les porteurs de convictions se distancient de lEglise. Face un protestantisme au dogme flou, lui propose une formation dadultes, avec Guy Lasserre, autour de la confession de foi. un thme que lEglise a un peu mis de ct et sur lequel elle revient. ou comment rflchir son histoire, ses convictions, ses expriences, et de quelles faons lune influence les autres et vice-versa.

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  • nADinE GEinoZ REoiT ChEZ ELLE, en Gruyre, en toute simplicit. A 32 ans, lanimatrice jeunesse cumule deux emplois, lun la paroisse de Bulle, lautre au sein de lEglise vanglique rforme du canton de Fribourg, mais un seul credo : crer pour les jeunes des activits qui rassemblent et encoura-ger ceux qui le dsirent dmarrer avec Dieu sur un mode person-nel. nadine Geinoz na pas toujours dit cela. Jusquau dcs de ma maman, voil neuf ans, jallais lglise mais jtais rticente. La nuit o sa mre vit ses derniers instants, nadine reoit une vision : celle dun homme vtu de blanc, agenouill et en pleurs. Jai entendu une phrase disant : Tu vois, je pleure sur les souffrances de ta maman . Cest ce moment-l que cest devenu important, comme elle dit. Jusque-l, jimaginais Dieu violent, irrespectueux, irresponsable. Dun point de vue rationnel, son pass a laiss peu de place au bon-heur sans nuage. Divorce de ses parents, violences, abus sexuels et tentatives de suicide ont jalonn une enfance difficile. Elle lvoque aujourdhui devant les jeunes quelle entoure. Je suis consciente

    dtre un modle. Elle dit le pardon qui a pris le pas sur la haine, la paix succdant la violence avec deux matres mots : cohrence et authenticit, pas faciles vivre sans laide de Dieu glisse-t-elle. Vie prive et vie professionnelle, nadine ne marque gure de frontires, sa vie mme jouant les instruments de travail. Je suis une miracule et jen tmoigne ! A Bulle, le groupe de jeunes anim par nadine a dmarr avec laide dun collgue il y a trois ans. il compte aujourdhui une vingtaine de personnes, des garons pour la plupart, de 12 18 ans. Au program-me, rencontres autour de la foi, petites bouffes, sport, camps, soires film et discussions. Et de la confiance pour cheminer ensemble avec Dieu , souffle-t-elle. Ce que les jeunes attendent de Dieu ? Du concret. ils en ont assez des thories et veulent exprimenter la foi au quotidien. Comment vivre les couacs scolaires ? Les relations aux parents ? Et les problmes avec les copains ? Entre eux et nadine, cest de cela quils parlent. ils me demandent de prier pour eux, quand ils ne savent pas trop comment sy prendre.

    jE SuIS unE MIRAcuLE ET jEn TMOIgnE !

    Nadine Geinoz animatrice jeunesse

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    ner Romains 12 v 6-10

    La jeunesse au cur

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  • Avec les oublis de la prosprit

    LE TEmPLE DES PQuiS BouRDonnE Dun JoyEux CAPhARnAm. Franoise Bourquin passe dune table jaune une table bleue, du cours de franais qui dbute une petite sance internet un peu plus loin. ici, tout le monde connat la frle silhouette et le visage souriant encadr dune ternelle frange. Depuis 2001, Franoise Bourquin y travaille dans le cadre dune mission urbaine. Chaque jour, cest une centaine de personnes vivant dans la prcarit qui se rendent au temple des Pquis, un lieu gr conjointement avec lassociation Espace solidaire Pquis, cr grce un appel aux habitants de ce quartier populaire.Cest dabord bnvolement que Franoise Bourquin sengage dans lEglise protestante. Dans les annes septante, cette syndicaliste devient secrtaire au ministre protestant dans lindustrie, fond par le pasteur Grald maret. nous nous posions les questions de la place de la foi dans la vie quotidienne, et notamment au travail, raconte-t-elle. La question aussi de la justice sociale, de la cohrence de nos engagements avec le message des Evangiles. Plus tard, lorsque disparat lindustrie, le ministre sadapte et accompagne des vendeuses, des secrtaires, des salaris de ladministration. Dans les annes nonante, le chmage a marqu le dbut dune priode douloureuse. Les gens culpabilisaient et nosaient pas parler de leur chmage. Si le ministre se nomme aujourdhui Evangile et Travail, sa mission na pas boug dun pouce. Se tenir aux cts des oublis de la pros-prit et cheminer avec les femmes et les hommes qui nont pas de travail, qui nont aucune place , prcise la diacre. Chaque jour, elle est l pour aiguiller, conseiller, aider, dans une urgence sans cesse renouvele. ma foi, ma force sont alimentes par les paraboles ; jy trouve lessentiel pour imaginer des solutions bien concrtes aux problmes quotidiens, dit-elle. Je tente de vivre un tmoignage fait dactes et dengagements. Dans deux ans sonnera lheure de la retraite, regarde avec srnit. Comme je suis trs prsente depuis longtemps, jai toujours vit de me mettre en avant, de trop personnaliser ce travail qui est dabord celui dune quipe. Cest pour cela que jai dj transmis la cl du temple.

    jAI TOujOuRS vIT dE ME METTRE En

    AvAnT

    Franoise Bourquin diacre aux Pquis, Genve

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    pARTIR Au cAMEROun En fAMILLE

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    pARTIR Au cAMEROun En fAMILLE

    DAnS LEuR TTE ET DAnS LEuR CoEuR, tout tait prt. Restaient de multiples dtails pratiques rgler sur une liste qui sallongeait en mme temps quelle diminuait. Le 18 juillet 2011, Agns, Patrick et leurs trois enfants se sont envols pour le Cameroun. un mandat de deux ans pour le compte de Dm-change et mission emmne cette famille valaisanne Bafoussam, o Patrick participe la cration dun poste dducation la citoyennet. Educa-teur spcialis en cong sabbatique, il se rjouit, mais apprhende un peu de travailler dans un contexte o les droits et les devoirs sont forcment vcus diffremment .Le couple, install Fully, caressait depuis des annes le projet dun grand dpart. Pas un voyage ou un bout de tour du monde en touris-tes : nous voulons donner du sens notre engagement chrtien, nous installer ailleurs, sans nous retrouver en simples consomma-teurs , explique Agns. Trs engage dans une paroisse rforme du Valais francophone, elle y travaillait mi-temps, jusqua son dpart, tout en suivant des tudes de thologie distance. Pour un jour, peut-tre, sengager dans le pastorat. Dici l, me confronter la manire dont les Camerounais vivent leur foi reprsente un joli dfi .Leur dossier tait dpos Dm-change et mission quand, il y a un peu plus dune anne, ils ont entendu parler de la cration de ce poste.

    nous nous tions dj rendus en Afrique australe, en Guine, en Ca-samance, au mali. Comme notre fille ane, Camille, est en situation de handicap, il fallait seulement que ce soit un pays francophone. Educateur de jeunes en institution, Patrick comptait finir lanne scolaire: le timing tait donc parfait. Je suis dorigine catholique, et mon lien avec lEglise est plus distant que celui dAgns, explique-t-il en toute franchise. mais nous partageons la mme volont de donner du sens notre action, de mettre lhumain au centre de nos choix. Tous deux se sentent ports par leur paroisse qui sest enthousias-me pour leur projet. un groupe de jeunes viendra srement au Cameroun pendant notre sjour, et nous donnerons des nouvelles rgulirement. nous nous sentons vraiment dans une logique dchange. De plus, lcho de leur dpart sest propag jusqu lcole de leurs enfants et dans les colonnes du journal local. Ce dpart est aussi pour eux loccasion de partager sur la notion mme de lengagement missionnaire, et ce quil peut reprsenter aujourdhui. Prts se laisser surprendre, ils restent modestes dans leurs attentes. Jespre que nous trouverons notre place et pour-rons apporter quelque chose , sourit Patrick. Que chacun dentre nous puisse spanouir , renchrit Agns, avant dajouter : Et que nous revenions en bonne sant !

    Agns et Patrick Thugaz, Camille, Lucien et Gilles

    nOuS vOuLOnS dOnnER

    du SEnS nOTRE EngAgEMEnT

    chRTIEn

  • SA ViE, ELLE LA VoyAiT En AFRiQuE, quelque part entre la Cte divoire o elle a grandi et le Togo do sa famille est originaire. De nationalit franaise, Adjovi Prince, coiffeuse, sest installe Renens par concours de circonstances. maman de trois enfants, cette jeune femme dynamique y a ouvert un salon de coiffure. En parallle, elle soccupe des actions Terre nouvelle dans la paroisse vanglique rforme de Chavannes-prs-Renens, ma deuxime famille ; cest l que jai t baptise . VoS oRiGinES VouS onT-ELLES ConDuiTE nATuRELLE-mEnT VERS TERRE nouVELLE ? Peut-tre ! Jtais assez sceptique, quand on ma demand de faire partie du Conseil de paroisse : je ne voyais pas ce que je pourrais y faire. Quand tous les dicastres ont t attribus, il ne restait que moi et le domaine Solidarit largie. on sest trouvs mutuellement.

    QuE FAiTES-VouS PRATiQuEmEnT ?mon but consiste runir de largent pour financer des projets sans que cela cote la paroisse. Jai organis par exemple un repas togolais. mais je reois tant de demandes de soutien dassociations rgionales quil est impossible de rpondre chacune par laffirma-tive, ce qui me rend triste.

    QuEL GEnRE DE Tmoin TES-VouS ?un tmoin reconnaissant. Chaque matin, je remercie Dieu dtre en vie, de respirer, de marcher. En Afrique, comme beaucoup de chr-tiens, je remercie Dieu dans tous les vnements de la vie. En Europe, cest un peu diffrent. Cela passe moins bien, alors je le formule autrement : je dis que je suis reconnaissante.

    VouS VoQuEZ LA Foi AVEC VoS CLiEnTES ?Je parle de Dieu qui veut lentendre, oui ! Je chante des chants de louange la maison tout en travaillant. Quand on me dit que Dieu est injuste ? Quil permet la faim et la guerre ? Je mets cela sur le compte de lignorance. Dieu est bon, et je rends grce tout le temps !

    dIEu EST BOn, ET jE REndS gRcE TOuT

    LE TEMpS !

    Adjovi Prince coiffeuse et responsable

    Terre Nouvelle

    sans couper les cheveux en quatre

    Remercier

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  • Etre chrtien aujourdhuiDe la morale lesprance engagePierre-Yves Brandt professeur de psychologie de la religion aux universits de Genve et Lausanne.

    compte dune esprance ne se rsume pas tre prt rpondre au moment o je suis questionn ; cela veut aussi dire tre prt poser des questions aux dcideurs, aux responsables politiques, aux chefs dentreprise, etc., dans la droite ligne de la tradition prophtique prsente dans la Bible. Au nom de leur foi, les croyants peuvent tre appels dnoncer des injustices, inviter leurs concitoyens se de-mander comment lon traite certaines minorits, parler de lavenir de la paysannerie en Suisse, de limpact de certains choix sur lenviron-nement, pour ne prendre que ces exemples. De manire spcifique, la foi chrtienne sappuie sur un Dieu qui est relation, relation damour. La confession de foi en un Dieu trinitaire parle dune communion en Dieu lui-mme, communion qui se traduit dans la vie communautai-re, propose comme modle pour la vie ensemble au sein de lEglise. Cet aspect fondamental de la foi chrtienne vient questionner toute vellit dindividualisme en rappelant que, dans le projet de Dieu, personne ne se suffit soi-mme et toute vie est une vie reue. Le tmoignage chrtien, dans le monde daujourdhui, ne peut manquer de rappeler que nous sommes invits trouver comment vivre ensemble et rendre la terre habitable.

    Aux PASTEuRS ou DiACRES qui sinterrogent sur leur rle lgard de la population en gnral, je dis souvent que, ce que les gens attendent deux en les rencontrant, cest davoir en face deux un homme de Dieu ou une femme de Dieu . Et cela nest pas rserv aux professionnels de lEglise mais concerne en fait toute rencontre avec des croyants. Quont-ils dire par rapport aux questions ultimes de la vie ? Dun reprsentant de lEglise, les gens nattendent pas dabord dexcellentes comptences danimation, de gestion, de soutien social et psychologique ou denseignement. Dans nos socits modernes, les autorits politiques mettent disposition de tous, tout spcialement par le biais de lcole, des institutions sociales et des mdias, ce qui est ncessaire en matire de services daide et dinformation. Ce qui ne veut pas dire que les profession-nels de lEglise peuvent se contenter dtre incomptents dans ces domaines. mais ce qui est attendu deux ne relve pas dabord de ces comptences. Ce que lon attend avant tout dun ministre de lEglise, et plus largement de tout fidle, ce sont le sens quil donne la vie et aux questions existentielles, et son tmoignage desprance devant la maladie et la mort, par exemple. un pasteur qui nose pas affronter ces questions pour soi-mme et les fuit dans lactivisme sera vite repr comme napportant quun faible secours face des problma-tiques qui semblent tout spcialement de son ressort. Dans nos socits pluralistes, o lEglise na plus la tche de formuler une vision du monde commune tous, son rle nest plus dinter-prter les vnements et de rpondre aux interrogations nouvelles sous formes de directives suivre par lensemble de la population : le temps o il sagissait de prescrire tous est rvolu. Libre du rle de conscience morale collective que lui confiait le pouvoir politique, lEglise peut en retrouver un plus proche de celui quelle jouait ses origines, cest--dire tre prte en tous temps et de diffrentes manires rendre compte de son esprance. nanmoins, il ne sagit pas l de proslytisme ; en effet, rendre compte dune esprance signifie tout dabord ne pas esquiver linter-pellation suivante, qui concerne chaque croyant : suis-je prt rendre compte de mon esprance, si lon minterroge quant mes convic-tions sur lavenir, mes choix politiques ou conomiques ? mais rendre

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  • Fraternit et rvolution en EgypteDaniel Konan pasteur et envoy DM-change et missio

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  • EST-CE QuE TouT VA BiEn ? , Votre vie nest-elle pas en danger ? , As-tu des nouvelles de ta famille en Cte divoire ? notre situation durant les premiers mois de 2011 a inquit pas mal de gens travers le monde, alors que lEgypte et mon pays, la Cte divoire, traversaient des moments difficiles. Cette priode a t bouleversante, tragique et pnible. Ctait comme si le ciel nous tombait sur la tte. nous sommes rests enferms pendant des jours ; certains moments, nous avons craint le pire : le bruit courait que les trangers taient devenus la cible potentielle de certains individus. Les chauffoures dans les rues derrire notre immeuble au centre-ville, non loin de la fameuse place Tahrir, nous ont servi notre dose de fume de bombes lacrymognes. nous vivions barricads : le jour contre ces fumes piquantes , et la nuit, contre les ventuels cambrioleurs. De Cte divoire, les nouvelles ntaient pas du tout rjouissantes. Des innocents taient massacrs pour leur appartenance ethnique, idologique ou religieuse. De certains proches et amis, point de nouvelles jusqu ce jour, leur tlphone stant tu.mais en ces temps difficiles, ma famille et moi nous sommes sentis fortifis. La prsence du Seigneur ne nous a jamais fait dfaut. Des gens qui ne nous connaissaient pas priaient pour nous chaque jour et demandaient de nos nouvelles, ainsi que celles des membres de la paroisse du Caire et dAlexandrie. Ces messages touchaient les fidles, ce lien fort tmoignant de notre amour fraternel en Jsus. un fait ma marqu pendant la crise : depuis le 25 janvier, nous avions d annuler toutes les ac-tivits de lEglise ; dimanche 13 fvrier 2011, deux jours aprs la chute du rgime du prsident moubarak, nous nous sommes

    LA pRSEncE du SEIgnEuR nE nOuS A jAMAIS fAIT dfAuT

    retrouvs un culte de relance des activits. Ctait comme si cela faisait un an que nous ne nous tions pas vus ! Latmosphre tait conviviale, nous tions trs heureux de nous retrouver et davoir enfin des nouvelles les uns des autres. LEglise vanglique du Caire et lEglise protestante dAlexandrie sont deux communauts riches de leurs diversits culturelles et confessionnelles. Cest toujours avec fiert que je rappelle qui veut lentendre que lexprience que nous vivons ici est unique. nous sommes de passage dans ce pays, comme nous le sommes dailleurs sur cette terre. Pendant que nous sommes ici, nous devons donner le meilleur de nous-mmes pour la gloire du Seigneur, le chef de lEglise. Et semer une petite graine damour et de fraternit (envers nos frres et surs dans la foi comme envers les autres), signe visible du royaume de Dieu. une vie de partage et de soutien rciproque permet de tisser des liens forts de fraternit en Christ et constitue un ciment daffermissement, dans lpreuve comme dans les bons moments.Tous ces facteurs reprsentent pour moi et les miens une source dencouragement aller de lavant dans notre mission. Dans les temps difficiles, nous nous souvenons des paroles dexhortation de notre Seigneur Jsus-Christ et de celles de nos devanciers dans le ministre : Le Seigneur ne nous promet pas une traverse facile, mais il nous assure une arrive bon port .

    Dorigine ivoirienne, DAniEL KonAn est envoy par Dm-change et mission en Egypte. il est pasteur de lEglise vanglique du Caire et de lEglise protestante dAlexandrie. mari Sara et pre de quatre enfants, il est galement aumnier luniversit Senghor et auprs de prisonniers.

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    FLix MOSERprofesseur de thologie lUniversit de Neuchtel

    Vers un proslytisme de bon aloi

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    LE TERmE PRoSLyTiSmE FAiT ASSuRmEnT PARTiE DES moTS PouVAnTAiLS ; il effraie. A lorigine pourtant sa dfinition tait moins ngative : un proslyte dsignait sim-plement quelquun qui intgrait une communaut religieuse locale. Ce nest que vers le milieu du xixe sicle que le mot prend une connota-tion polmique et dprciative1 . Aujourdhui ,cette coloration ngative est reste. non sans de bonne raison, le proslytisme est associ linsistance extrme, la propagande honte, voire une dangereuse manipulation religieuse.Dans sa version chrtienne, le proslytisme est condamnable lorsque, dans sa dmarche, la fin justifie les moyens. il est des mthodes de propagande, des formes de sduction, et mme des menaces voiles qui sont incompatibles avec une vraie annonce de lEvangile. Cette manire de vouloir convaincre tout prix, parfois mme de faon agressive, est alors, juste titre, qualifie de proslytisme de mauvais aloi. Lintimidation, sous quelque forme quelle soit, fait trs mauvais mnage avec la bonne nouvelle de la libration de la peur et de la haine propose par le Christ. A linverse, il existe un proslytisme de bon aloi2 . il faut entendre par l une manire intelligente et respectueuse de partager ses idaux, ses valeurs et sa croyance. il est possible d attester de sa foi et ainsi de mettre en uvre une transmission bien comprise. Dans ce contexte, il est bon de rappeler que lannonce de la bonne nouvelle par les chr-tiens est appele tre vhicule par les moyens modernes de commu-nication. Ce qui importe, cest le bon usage de ces moyens qui viseront proposer une vritable rencontre, base sur une relation vivante.De fait, le proslytisme se situe la croise de deux liberts : la libert de conscience et celle de partager ses convictions. La libert de conscience est fortement ancre dans nos mentalits modernes et contemporaines. Par moments, elle peut prendre une forme caricatu-rale. Affirmer, par exemple, que rien ni personne ne peut nous troubler est une illusion ; car chacun de nous est influenc par les milliers de messages quil entend et voit tous les jours. De mme, prendre la parole ou projeter une image signifie aussi avoir une certaine autorit sur autrui. on ne peut pas ne pas influencer ! De plus, cette libert de conscience est couple, dans nos socits, avec le sentiment trs vif davoir droit sa sphre prive. La croyance et la religion en font partie.

    il demeure vrai que lacte de foi se dchiffre comme un acte individuel. Personne ne peut croire pour autrui. nanmoins, la limitation stricte de la religion la sphre prive est artificielle et fausse : artificielle, parce que, par le biais des mdias, notamment tlvisuels, la sphre prive, voire la vie intime, est porte massivement la connaissance de tous ; fausse, du fait que la vie religieuse se droule galement, pour une bonne part, dans la vie publique. Participer ensemble un rituel de mariage ou de deuil, exprimer ses convictions, que ce soit dans le domaine thique ou dans la domaine religieux, dire quelles sont nos raisons de croire et desprer, voil autant de paroles qui ouvrent sur la sphre publique et sur le tmoignage au meilleur sens du terme. Ainsi, la libert de partager ses convictions fait partie de toute vie sociale.

    Cependant, lpouvantail du proslytisme de mauvais aloi effarouche aussi les croyants, et en particulier les rforms, dont le signataire de ces lignes fait partie : les protestants prfrent sabstenir de dire leur foi plutt que de tomber dans un tmoignage caricatural. ils veulent toutefois poser un regard raliste sur la socit et le rle quils ont y jouer. or, ce titre, nous ne pouvons rester indiffrents limage que les sociologues de la religion nous renvoient.mme sils ne disent pas tout de notre ralit ecclsiale, les chiffres sont rvlateurs. La lecture des dernires statistiques nous oblige repenser la question de lannonce de lEvangile et de la socialisation religieuse. Le nombre de personnes dclarant faire partie dune Eglise rforme est en rgression constante, et la frquentation des glises, qui nest quun indicateur parmi dautres de la religiosit des fidles, dvoile un dclin impressionnant. Par exemple, louvrage La nouvelle Suisse reli-gieuse mentionne que la frquentation hebdomadaire des femmes rformes lglise est passe denviron 25% dans les annes 1960 quelque 3% actuellement 3. il est difficile dexprimer sa foi dans la socit qui est la ntre. mais penser un proslytisme de bon aloi renvoie finalement la condition de tmoins laquelle nous sommes appels, tmoins dune ralit qui dpasse les mots, tmoins dune vie qui excde lexistence forcment imparfaite de ceux et celles qui cherchent la communiquer. Le succs du film Des hommes et des dieux , de xavier Beauvois montre bien que nos contemporains restent fascins par lattestation dune foi incarne.

    1 Voir Vincente FoRTiER, Le proslytisme au regard du droit : une libert sous contrle , in Cahiers dtudes du religieux. Recherches interdisciplinaires. http://cerri.revues.org/144

    2 Philippe Greiner dans une thse de doctorat soutenue conjointement luniversit de Paris xi et linstitut catholique de Paris, en 2005, distingue entre proslytisme de bon aloi et proslytisme de mauvais aloi . Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Proselytisme

    3 martin BAumAnn et Jrg SToLZ (dir.), La nouvelle Suisse religieuse. Risques et chances de sa diversit, trad. Antoine Panchaud, Genve, Labor et Fids, coll. Religions et modernits, p. 66.

  • PLuS PETiTES, PLuS PAu-VRES, PLuS ViEiLLES : ces conclusions des travaux du socio-logue des religions Jrg Stolz1 concer-nant lavenir des Eglises rformes de Suisse ont travers nos Eglises comme une tornade et provoquent une salutaire prise de conscience. Lavenir des Eglises en Suisse et en Europe sannonce plutt sombre. La dsaffection actuelle risque de se poursuivre et mme de sacclrer, avec comme corollaire une diminu-tion des ressources ; il y aura moins de personnes engages dans les Eglises et moins dargent. De plus, le vieillissement de la population ne sarrte pas aux portes des glises, et la relve ne suit pas au mme rythme ; dans vingt ans, la moyenne dge des fidles sera vraisem-blablement plus leve quaujourdhui.

    Dans la toute rcente tude du Fonds national suisse de la recherche scientifi-que (FnS 58), les chercheurs se penchent

    sur le profil des 64% des personnes interroges qui disent stre distances des Eglises. Ces distants ne croient pas en rien. ils disposent de reprsentations religieuses et spirituelles, mais ces der-nires ne jouent pas un rle important dans leur vie La plupart sont membres de lEglise catholique ou protestante, mais leur appartenance confession-nelle ne leur apparat pas importante , prcise le rapport.

    Ces diffrents travaux mettent des mots et des chiffres sur la situation actuelle des Eglises en Suisse et elles lvent des bouts de voile sur leur volution future. mme si les Eglises nont pas demprise sur les grandes tendances qui rgissent lvolution de la socit, leur avenir nest pas une fatalit. Se regarder comme dans un miroir est loccasion de sinterro-ger et de ragir.Les tendances majeures qui marquent lvolution de la socit actuelle ne sem-

    blent pas offrir un terrain favorable au message dont les Eglises sont porteuses. La socit est individualiste et nous parlons de vie communautaire ; face aux valeurs hdonistes daujourdhui, nous prnons lengagement, la fidlit, le dcentrement de soi ; l o tout va de plus en plus vite, nous offrons des lieux de silence et de prire ; dans un monde qui valorise la performance,nous parlons dun Dieu qui accueille sans condition.

    Peut-tre bien que nous, Eglises rfor-mes, sommes vieillissantes. Cependant, nous voulons rester jeunes et capables de nous remettre en question, parce que nous croyons que le message dont nous sommes les tmoins en vaut la peine. De surcrot, le partager avec ceux qui nous entourent est notre mission.

    Ensemble avec ses vingt-six Eglises membres reprsentant 2,3 millions de protestants, la Fdration des Eglises

    Partager le message dont nous sommes tmoins

    NotRE miSSioN ?

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    Lire : 2 Corinthiens 8 et 9

  • protestantes de Suisse (FEPS) veut r-agir selon trois axes:

    D TRE PLuS CLAiRS SuR CE QuE nouS CRoyonS ET REnFoRCER LiDEnTiT DE noS EGLiSES ; cela implique de reformuler pour aujourdhui les fondements de la foi protestante et de trouver des mots, simples mais pas simplistes pour communiquer au-del du public habituel des Eglises. Le projet visant rintroduire dans nos Eglises un texte de rfrence une ou plusieurs confessions de foi va dans le mme sens. Pour les Eglises, il sagit de mieux cibler leurs offres en fonction des divers besoins des diffrents groupes de personnes, tout en restant fidles la vocation de proclamer lEvangile par la parole et les actes ;

    D SE RAPPRoChER PouR CooP-RER, SALLGER ET FAiRE FACE EnSEmBLE Aux DFiS DE LAVEniR. Actuellement, le protestantisme suisse

    est trs morcel, et il y a un potentiel de synergies dvelopper. Le processus visant rviser la Constitution de la FEPS, initi tout rcemment, va permettre de repenser les relations entre les Eglises membres, la rpartition des tches et des comptences et les collaborations possibles entre les Egli-ses cantonales et le niveau suisse. il sera loccasion de dfinir nouveau la manire dont nous voulons tre Eglises ensemble. Sans uniformiser, mais en partageant les richesses et en dveloppant la crativit ;

    D REnFoRCER LE CuLTE. Les cultes hebdomadaires et les cultes spciaux pour des occasions sortant de lordinaire restent notre activit-phare ! Cest lors des cultes dominicaux que la communaut ecclsiale devient visible. Les cultes, notamment les cultes de ftes ou les services clbrs lors des vnements marquants de la vie, sont le lieu privilgi de la proclamation de lEvangile, loccasion de faire les prsen-tations et de mettre les gens en relation

    avec Dieu. Les efforts des Eglises vont dans le sens de la diversification des cultes en fonction des circonstances et de linnova-tion, tout en renforant le profil rform. il sagit dencourager la qualit, de dvelopper la formation la prdication, daugmenter les comptences liturgiques, de trouver un langage la fois comprhensible et beau, qui fasse droit ce message au fond indici-ble dont nous sommes les tmoins.

    Ce que les Eglises proposent face aux dfis du xxie sicle, cest den faire une occasion de renouveau ! Den faire une nouvelle occa-sion de communion et de tmoignage. Changer et sadapter est notre manire pro-testante de rester fidles au message dont nous sommes les porteurs, ce message qui, lui, ne change pas.

    Kristin Rossier vice-prsidente de la Fdration des Eglises protestantes de Suisse (FEPS), fait le point.

    NotRE miSSioN ?

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    3 Lavenir des Rforms, Jrg Stolz et Edme Baillif, Genve. 2011 Die Zukunft der Reformierten, Jrg Stolz und Edme Baillif, Zrich. 2010.

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    QuEL EST LE RLE Du CRoyAnT DAnS LE TmoiGnAGE ? un jour quelquun a demand mre Teresa ce quil fallait faire pour changer le monde. Elle lui a rpondu : Rentre chez toi et aime ta fa-mille ! Le tmoignage commence avec les siens,

    dans les relations courtes que nous vivons dans nos familles et nos communauts. Cest l o le Seigneur nous attend. Dans lEvangile de Jean, en particulier, Jsus insiste sur lamour rciproque, quil considre comme la plus grande force de t-moignage : Cest lamour que vous aurez les uns pour les autres, que tous connatront que vous tes mes disciples . Tout commence donc l o je suis. Et chacun reoit des dons pour mettre en pratique la responsabilit de tmoigner. En approfondissant encore, je dirais que tout com-

    mence avec ma rponse lappel du Christ. Est-ce que je lai intgr ? Lui suis-je fidle ? Est-ce

    que je cherche la volont de Dieu ? Est-ce que je demande et offre le pardon ? on le voit : tmoigner du Christ, ce nest pas seulement

    parler de lui, annoncer le mystre pascal, mais avant tout le vivre. Dabord vivre, et

    parler ensuite. Le monde ncoute pas les matres penser, mais les tmoins dune vie concrte, o lon peut per-cevoir quelque chose de la saveur du

    style de vie de Jsus, dont lEvangile nous dit que partout o il passait,

    il fais