INTELLECTUEL SURRÉALISTE (après 1945)melusine- · PDF file inscrit, est rejoint...

Click here to load reader

  • date post

    01-Jun-2020
  • Category

    Documents

  • view

    1
  • download

    0

Embed Size (px)

Transcript of INTELLECTUEL SURRÉALISTE (après 1945)melusine- · PDF file inscrit, est rejoint...

  • INTELLECTUEL

    SURRÉALISTE

    (après 1945)

  • Collection Les Pas perdus dirigée par Henri BÉHAR

    Ouvrages parus : Surréalisme et pratiques textuelles, études réunies par Emmanuel RUBIO. Phénix Éditions, 2002, 14x22,5, 224 p. Cyril BAGROS, L’Espace surréaliste, promenade en zone interdite, Phénix Éditions, 2003, 14x22,5, 276 p.

    L’Entrée en surréalisme, études réunies par Emmanuel RUBIO. Phénix Éditions, 2004, 14x22,5, 272 p.

    Dans les référencees, le lieu d’édition est Paris, sauf indication contraire. Le sigle OC suivi du tome en chiffres romains et de la page en chiffres arabes renvoie aux Œuvres complètes des auteurs.

    © 2008 – Paris, Association pour l’étude du surréalisme et les auteurs.

  • Centre de Recherches sur le Surréalisme UMR 7171 (Paris III-CNRS)

    INTELLECTUEL

    SURRÉALISTE

    (après 1945)

    Actes du séminaire du Centre de Recherches sur le Surréalisme,

    dirigé par Nathalie LIMAT-LETELLIER

    Maryse VASSEVIÈRE

    Études réunies par Maryse VASSEVIÈRE

  • 7

    AVANT-PROPOS

    Maryse VASSEVIÈRE

    Cet avant-propos voudrait contextualiser et problématiser les analyses de détail qui suivront, exact reflet de notre séminaire du Centre de Recherches sur le Surréalisme à Paris III pendant les deux années universitaires 2004-2005 et 2005-2006.

    Ce travail de contextualisation se référera aux travaux des historiens sur cette question des intellectuels au XXe siècle, et surtout à deux ouvrages de référence : de Pascal Ory et Jean- François Sirinelli, Les Intellectuels en France de l’affaire Dreyfus à nos jours, Armand Colin, 1992 et de Michel Winock, Le Siècle des intellectuels, Seuil, 19971.

    Pour analyser ces figures de surréalistes en intellectuels, il faudra faire l’archéologie d’une notion et remonter à la position du problème dans les années 30 à la lumière des analyses des historiens qui ne correspondront pas toujours aux analyses des surréalistes eux-mêmes sur leurs propres positions – ainsi que le montrera ici même Nathalie Limat, avant d’examiner les paradoxes des surréalistes en intellectuels, depuis les débuts du mouvement jusqu’à l’après-guerre.

    La position du problème politique par les surréalistes dans les années 30 se résout essentiellement à la question des rap- ports avec le communisme sous la forme du rapport avec le PCF. Rappelons sur ce point les analyses d’un historien, Michel Winock, en forme de résumé synthétique au chapitre 23 de son livre, significativement intitulé « Au service de la Révo- lution » :

    1. Sans oublier le Dictionnaire des intellectuels français, procuré par Jacques Julliard et Michel Winock, Seuil, 1996 et le livre de Gisèle Sapiro, La Guerre des écrivains 1940-1953, Fayard, 1999.

  • Intellectuel surréaliste (après 1945)

    8

    La révolution, que les non-conformistes jugent « néces- saire », les surréalistes la veulent plus que jamais. Pour eux, pour André Breton en tout cas, la révolution, depuis la guerre du Rif, ne peut plus être revendiquée en dehors du communisme. Cinq membres du groupe surréaliste adhèrent au PCF, au début de 1927 : Benjamin Péret, le premier inscrit, est rejoint par Louis Aragon, André Breton, Paul Eluard et Pierre Unik, introduit deux ans plus tôt dans le groupe dès l’âge de quinze ans. Mais le Parti communiste, lui, qu’a-t-il à gagner à l’adhésion de cette avant-garde hostile à des écrivains aussi célèbres qu’Anatole France et Henri Barbusse, dont le ralliement lui est autrement pré- cieux ? […] En confiant à l’auteur du Feu la direction littéraire de L’Humanité, les dirigeants du PCF repous- saient clairement les tenants de l’avant-garde. Parallèle- ment, le Bureau international de liaison, fondé à Moscou en 1924, avait exprimé de son côté, par la bouche de son président, Anatole Lounatcharski, sa reconnaissance à Anatole France, le bourgeois converti à la révolution bolchevique. Cela n’était pas pour plaire aux clartéistes et aux surréalistes, qui connaissaient le glorieux compagnon de route. Mais celui-ci offrait au Parti un élément de propagande plus assuré que l’alliance, plus ou moins tumultueuse, d’une avant-garde par définition privée d’audience populaire. […] Le premier Plénum de l’Union des écrivains soviétiques préconisant l’ouverture, l’AEAR est amenée à accepter la coexistence en ses rangs de la littérature prolétarienne et de la littérature révolutionnaire. Du même coup, Breton et les surréalistes peuvent y entrer en octobre 1932. Malgré la rupture avec Aragon, le compagnonnage de route reprenait de plus belle. […] L’acceptation de leur demande d’adhésion à l’AEAR laisse entendre que la contradiction est dépassée, moyennant la bonne volonté de Breton et des siens. Breton ne va-t-il pas jusqu’à devenir membre d’un jury de littérature prolétarienne organisé en 1933 par L’Humanité ? Ce n’est qu’un malentendu de plus. L’enjeu demeurait la survie du surréalisme. C’est au moment où le

  • Avant-propos

    9

    Parti communiste pratiquera sa politique de la main tendue, rassemblera le plus grand nombre d’intellectuels autour de lui, sur la base de l’antifascisme, en 1934-1936, que les surréalistes rompront définitivement avec les communistes. (p. 259 sqq)

    Puis pour la situation dans l’immédiat après-guerre, le point de vue des historiens est plutôt négatif ou plus précisément il prend la forme d’un constat : la disparition du surréalisme après 1939, comme déjà l’avait diagnostiqué Sartre au lendemain de la guerre dans « Situation de l’écrivain en 1947 » en associant paradoxalement le destin de Breton et celui de Drieu :

    Tous ont été victimes du désastre de 1940 : c’est que le moment de l’action était venu et qu’aucun d’eux n’était armé pour elle. Les uns se sont tués, d’autres sont en exil ; ceux qui sont revenus sont exilés parmi nous. Ils ont été les annonciateurs de la catastrophe au temps des vaches grasses ; au temps des vaches maigres ils n’ont plus rien à dire2.

    Mais il faut dire que cette idée commune des historiens (la fin du surréalisme en 1939) comme un élément de l’historiographie des intellectuels au XXe siècle remonte à la tentative d’analyse historique d’un surréaliste lui-même : Maurice Nadeau dans Histoire du surréalisme de 1945 avec une conclusion de 1957 (repris en Points Seuil en 1970).

    Ainsi quelques sondages dans les ouvrages d’historiens de l’histoire culturelle sont très instructifs. Parmi les définitions problématiques de l’intellectuel par Pascal Ory et Jean-François Sirinelli dans Les Intellectuels en France de l’affaire Dreyfus à nos jours (Armand Colin, 1992), il n’y a rien sur les surréalistes après 1945, ni en 1968. De même Pierre Enckell dans le chapitre « Esprit » « Le groupe surréaliste » du livre Entre deux guerres. La création française. 1919-1939, sous la direction d’Olivier Barrot et Pascal Ory, (François Bourin, 1990) affirme à propos du surréalisme : « il prend fin en septembre 1939, 2. Cité par Michel Winock, op. cit., p. 239.

  • Intellectuel surréaliste (après 1945)

    10

    quand André Breton, mobilisé, rejoint son corps pour défendre la patrie. » « À l’heure où paraît cet ouvrage, le surréalisme est bien enterré. » Et il donne comme preuve bouffonne le fait que l’allée André Breton des Halles a été transformée par un passant en « Béton »…

    Si l’on consulte la somme de Michel Winock, Le Siècle des intellectuels, on constate qu’il y a peu d’entrées sur les surréalistes (pas d’entrée René Char par exemple), et dans l’index Breton pas d’entrée politique sauf celle sur la signature du Manifeste des 121 par les surréalistes pendant la guerre d’Algérie. Par ailleurs la périodisation de son livre est intéressante à analyser car elle part de l’analyse de Sartre dans « Situation de l’écrivain en 1947 » – via Annie Cohen-Solal – sans le dire et tout en la rectifiant. En effet Michel Winock distingue trois grandes périodes au XXe siècle : les années Barrès, les années Gide et les « années Sartre » (A. Cohen- Solal). Et Sartre, quant à lui, dans cet article des Temps Modernes repris dans Qu’est-ce que la littérature ?, distingue aussi trois périodes, ou plutôt trois générations d’écrivains au XXe siècle, toutes trois d’écrivains bourgeois3 : la première génération, « celle des écrivains qui ont commencé de produire avant la guerre de 1914 », génération ouvertement bourgeoise, semble regrouper les années Barrès et les années Gide de Michel Winock ; la deuxième génération, celle qui « vient à l’âge d’homme après 1918 » est la génération surréaliste, toujours une génération d’écrivains bourgeois mais contes- tataires4, mais c’est une génération absente du livre de Michel Winock ; la troisième génération est la génération de la 3. Et on se souvient de la fameuse ironie de Sartre sur les surréalistes en jeunes bourgeois : « Ces jeunes bourgeois turbulents veulent ruiner la culture parce qu’on les a cultivés, leur ennemi principal demeure le philistin