Dossier La méditation - .© Cerveau&Psycho - n°52 juillet - août 2012 23 La méditation à...

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  • 20 Cerveau&Psycho - n52 juillet-aot 2012

    Dossier

    La mditation

    La mditation travers les ges

    Le cerveau mditatif

    Mditer, pour une vie plus saine

    Quand la mditation vient aux enfants

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    Le besoin de calme sest empar de notre monde. Face au bruit, lagitation, au stress, nous cherchons retrouver lunitde nos penses et de nos affects. Heureusement, les hommeset les femmes se sont pos cette question depuis des mill-naires. Cest lOrient qui a montr la voie. Mais depuis quel-

    ques annes, la science occidentale rend visibles, presque tangibles,les effets positifs de ces pratiques mditatives sur le fonctionnementdu cerveau, sur lorientation de lattention ou la rgulation des mo-tions. tel point que le corps lui-mme en retire des bnfices. Mmeles enfants vivent mieux en apprenant ces pratiques simples de les-prit, que ce soit lcole ou en famille.

    Un dossier mditer

    Nick Purser /Ikon Images / Corbis

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    La mditation travers les ges

    Lhistoire de la mditation se perd dans la nuit des temps. Quels sont les points communs des diffrentes traditions

    mditatives, aujourdhui tudies scientifiquement?

    Mditation : si ancienne est sonhistoire, si immense et rami-fi est son univers dans sesorigines et ses aspirations,quon ne peut en vrit crire

    le mot mditation au singulier. Il serait bon deparler de mditations ou de techniquesmditatives .

    Dj dans son tymologie, le terme mdi-ter disperse celui qui veut en saisir le sens enle renvoyant plusieurs comprhensions. Pourlhomme de la rue, mditer cest songer quel-que chose, ou se soumettre une longue etmre rflexion. Pourtant, jusquau dbut duXVe sicle, mditer dsignait laction de rfl-chir sur un mystre de la religion, signe queles pratiques mditatives imbibaient intime-ment la pense et la pratique religieuses. Maisla racine antique du mot nous rapproche du

    thme de ce dossier, puisque le terme latinmedeor (quon retrouve dans remde) signi-fie soigner. Les peuples antiques avaient-ilsperu lexistence subtile dune passerelle entreles pratiques mditatives et leurs vertus mdi-cinales sur le corps-esprit ? Trs certainement.

    Les pratiques mditatives sont aussi anciennes que diverses,plusieurs fois millnaires et prsentes dans lInde ancienne toutcomme en Chine, au Japon, en Birmanie.

    On y retrouve gnralement une attention porte aux sensations corporelles et au calme intrieur, parfois pour allger des souffrances, souvent dans une dmarche dsintresse.

    Mditer peut tre une activit laque, ou intervenir en complment dune pratique spirituelle ou religieuse.

    En Bref

    Frdric Rosenfeldest psychiatre Lyon.

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    De nombreux mouvements mditatifs nsil y a des millnaires se sont gars dans lesmandres de lhistoire. Explorons ici quelques-uns des grands courants mditatifs encoreconnus aujourdhui, et dont la pratique etltude se dploient au sein du monde occi-dental depuis quelques annes.

    Le taosme

    Le tao (ou Do au Japon) est un terme trsdifficile traduire, car porteur de plusieurssens. Ceci est sans doute d ses origines dis-parates, autant dans les poques que les lieux.On peut lui faire correspondre les mots devoie, chemin, direction. Le tao voque le coursspontan et naturel des choses ; il reprsenteaussi une structure, une trame matricielle quiordonne lunivers et au sein de laquelle le Qi(nergie ou souffle interne) fait circuler sonprincipe nergtique.

    Le taosme qui en est issu est un mouvementde pense, vaste dans ses ides et ses origines.Il semble que ce mouvement soit n prs de2 000 ans avant lre chrtienne, sinon davan-tage. Le taosme est en vrit un syncrtisme,amalgamant plusieurs mouvements mystiques,philosophiques et scientifiques ; cest ainsiquau fil des sicles, il a russi survivre ensadaptant avec souplesse dautres mouve-ments philosophico-religieux (tel le boud-dhisme, par exemple) et en sen enrichissantplutt quen sy opposant. Dans son espritdorigine, le taosme inspire les principes dela mdecine chinoise, de la gestion politique,de la cosmologie, des arts divinatoires. Et il ins-pire diverses pratiques mditatives, tels les dif-frents styles de Tai-chi-chuan et de Qi gong,le Do in, les arts martiaux chinois (ou Wushu)et japonais (akido, kendo, judo, etc.)

    Mais, outre le fait dtre un mouvementde pense, le taosme est-il une religion ? LeTao-te-king, lun des ouvrages fondateurs dutaosme, fait ressentir au lecteur qui se laissebercer par sa posie parfois hermtique lexis-tence dun principe unique, quilibr, impal-pable, invisible, une sorte de trame do

    merge la multiplicit immense et contrastede la cration. Cette source ineffable prfi-gure-t-elle le principe dunicit, fondateur desreligions monothistes ? On peut le penser, ouplutt le pressentir ; il voque le Un dujudasme, le Tawhid de lislam, et le Pre du christianisme.

    Plusieurs pratiques inspires du tao fleu-rissent aujourdhui : on les nomme mdita-tions taostes. Varies dans leurs consignes etleurs postures, leur intention commune restele travail sur le Qi, afin de permettre la mani-festation et la circulation de ce souffle interne.Certaines mditations taostes demandent aupratiquant de dvelopper lquivalent dusamatha au sein de lesprit, un tat de calmeintrieur ; ce sont les pratiques issues de lcoledite du Nord. Dautres techniques (venant delcole du Sud) invitent travailler plutt surles centres lis la circulation du Qi dans lecorps, notamment par la respiration. Maiscette distinction corps-esprit mrite dtrenuance puisque dans le taosme lide dunefrontire entre lesprit et le corps reste incer-taine. Certaines pratiques se font dans uneposture assise immobile. Dautres se rappro-chent dexercices de gymnastique aux mou-vements doux et rpts.

    Le bouddhisme

    Le bouddhisme est n au VIe sicle avantnotre re dans le Nord de lInde, inspir par unhomme dont lexistence nest pas conteste,le bouddha historique Siddhrta Gautama.Selon les sources ou les lgendes, cet hommeaurait vcu une jeunesse aise dans un palais,confin par son pre ny connatre que lesplaisirs terrestres et rester labri des souf-frances quenduraient les humains. Ce nestqu lge de 30 ans que cet homme auraitconnu le monde extrieur la faveur dunechappe secrte hors du palais, ralisant alorslexistence des maladies, de la vieillesse et deses tourments, de la mort. Heurt par lecontraste entre sa vie mondaine et la ralitde la misre humaine, il prit conscience de la

    Dossier

    Il nest pas ncessaire dtre religieux pour mditer, mais la pratique mditative peut renforcer une foi vacillante.

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    La mditation travers les ges

    dtresse de ses frres humains et dcidadabandonner sa vie facile. Et cest dans le dsirde comprendre et trouver un remde ladtresse humaine que le bouddha, alors quilmditait prs de Bnars (lactuelle Vrnas),eut linspiration de ses clbres quatre noblesvrits sur lorigine et les remdes la souf-france. Il nona aussi les principes ncessai-res adopter (ou octuple noble sentier )pour parvenir soulager la souffrance.

    Dans lInde de lpoque, soumise la sgr-gation des castes religieuses, quels types debesoins lclosion du bouddhisme rpondait-

    elle : tait-elle dordre humain ? social ? reli-gieux ? politique ? voire religieux, sans doute ?Car il est vrai que certaines branches mysti-ques du bouddhisme ont divinis lhommeSiddhrta ou son message. Par ailleurs, parlexprience mditative bouddhiste, le prati-quant peut sapprocher incidemment ouintentionnellement de ressentis dunionextatique, dun principe cosmique unifiant,de compassion pour tous les tres, etc. Autantde sensations qui sapparentent lexpriencedu divin. Pourtant, dans son intention origi-nelle le bouddhisme nvoque lexistence

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    daucun tre suprme, daucune transcen-dance. Il se propose, rappelons-le, de rem-dier la souffrance humaine par une meil-leure connaissance de soi et par la pratiquede rgles simples et universelles.

    Bien que la pratique mditative demeurecentrale dans le monde bouddhiste, ses for-mes diffrent grandement selon les mouve-ments (coles dites Theravada, Mahayana,Vajrayana) et les origines gographiques(Thalande, Birmanie, Japon, Chine, Tibet,Vit-Nam, etc.). De faon trs gnrale, lesinvariants concernent les deux piliers que sontle Samatha et le Vipassana (voir lencadr ci-dessous). Mais les approches pour y parvenirdivergent notablement. Par exemple, limpor-tance donne la posture est variable : danslcole zen japonaise, elle constitue un pilierconstitutif de la pratique alors que dautrescoles (Vipassana indobirman par exemple)

    sont plus souples sur ce point. Dautres encoreinvitent la pratique mditative dambula-toire (la marche en pleine conscience duVipassana, le Kinhin du zen Soto), voire dansdes conditions insolites, comme sous destrombes deau (le Takigyo japonais ou ascsede la cascade ).

    Ensuite, les mthodes se rejoignent oudivergent selon les qualits dme que leurpratique dveloppe. Par exemple, la pratiquedu Shin tibtain se rapproche de celle delAnapana indobirman, qui invitent toutesdeux porter son attention sa simple res-piration ; alors saffine la concentration men-tale propre au Samatha. Pareillement, lamditation tibtaine Dmigs med snying rjese rapproche de la pratique de Metta bhavanaindobirmane puisquelles font toutes deuxfleurir la compassion et lamour incondition-nel