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  • SQUENCE 6 CAHIER D'UN RETOUR AU PAYS NATAL AIM CSAIRE (1937)

    Problmatique Comment, travers ce pome, Aim Csaire dfinit-il la ngritude ?

    Objet dtude Posie et qute du sens du Moyen Age nos jours

    Lectures analytiques Lectures cursives Travail personnel de l'lve

    Cahier d'un retour au pays

    natal Aim Csairedition Prsence africaine

    Texte 1 p.7Au bout dupetit matin... p.9 ...cetteville plate, tale

    Texte 2 p.29 Je dclaremes crimes - p.31 ... nepas mourir. Rooh ooh

    Texte 3 p.40 C'tait ungrand ngre p41 ...couche

    Texte 4 p.59 les Blancsdisent... p.62 ...croules

    1. Le surralisme. - Manifeste du surralisme, A. Breton (1924)- Les Yeux d'Elsa , L. Aragon (1942)- l'Aigrette A. Breton (1923)

    HDA la photographie surraliste : l'exemple de Man Ray Les champs dlicieux 2 (1922) Autoportrait (1932) Noire et Blanche (1926)

    2. La place du pote dans la socit - Fonction de pote - V. Hugo Les Rayonset les ombres (1840)- L'albatros Les Fleurs du Mal C. Baudelaire. (1857)

    - Ma bohme Les Cahiers de Douai A.Rimbaud (1870)

    3. l'engagement de Csaire dans la Franceraciste et colonialiste

    Discours sur le colonialisme A. Csaire(1950)

    HDA Les arts populaires, reflet des prjugsracistes des annes 1930 : planche de Tintin au Congo Herg (1931) Nnuphar chanson d'Alibert (1932)

    4. La ngritude : un mouvement potiqueDiscours sur la ngritude A. Csaire (1987) Hoquet , Pigments L. G. Damas (1937) Prire au masque L.S. Senghor Chantsd'ombre 1845. Afrique Coups de pilon D. Diop (1973)

    Enregistrement d'une lectureexpressive d'un extrait, seulou deux.

    Tout le recueil a t ainsi misen voix.

    Chaque groupe / ou lve seula ensuite prsent la classeson interprtation de l'extraitet sa dmarche aprs coutede la lecture expressive.

    Ralisation d'une anthologiepotique originale sur unthme choisi par l'lve. Rdaction d'une prfacejustifiant les choix cratifs, lapertinence des textes et lafaon dont ils traitent lethme choisi

  • LECTURES ANALYTIQUES

    Texte 1 Cahier d'un retour au pays natal. Aim Csaire

    (p7-p9)

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    Au bout du petit matin... Va-ten, lui disais-je, gueule de flic, gueule de vache, va-ten je dteste les larbins de lordre et leshannetons de lesprance. Va-ten mauvais gris-gris, punaise de moinillon. Puis je me tournaisvers des paradis pour lui et les siens perdus, plus calme que la face dune femme qui ment, et l,berc par les effluves dune pense jamais lasse je nourrissais le vent, je dlaais les monstres etjentendais monter de lautre ct du dsastre, un fleuve de tourterelles et de trfles de la savaneque je porte toujours dans mes profondeurs hauteur inverse du vingtime tage des maisonsles plus insolentes et par prcaution contre la force putrfiante des ambiances crpusculaires,arpente nuit et jour dun sacr soleil vnrien.

    Au bout du petit matin bourgeonnant danses frles les Antilles qui ont faim, les Antillesgrles de petite vrole, les Antilles dynamites dalcool, choues dans la boue de cette baie,dans la poussire de cette ville sinistrement choues.

    Au bout du petit matin, lextrme, trompeuse dsole eschare sur la blessure des eaux ; lesmartyrs qui ne tmoignent pas ; les fleurs de sang qui se fanent et s parpillent dans le ventinutile comme des cris de perroquets babillards ; une vieille vie menteusement souriante, seslvres ouvertes dangoisses dsaffectes ; une vieille misre pourrissant sous le soleil,silencieusement ; un vieux silence crevant de pustules tides, laffreuse inanit de notre raisondtre.

    Au bout du petit matin, sur cette plus fragile paisseur de terre que dpasse de faonhumiliante son grandiose avenir les volcans clateront, leau nue emportera les taches mres dusoleil et il ne restera plus quun bouillonnement tide picor doiseaux marins la plage dessonges et linsens rveil.

  • Texte 2 Cahier d'un retour au pays natal. Aim Csaire

    (p29-p31)

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    je dclare mes crimes et qu'il n'y a rien dire pour ma dfense.Danses. Idoles. Relaps. Moi aussi J'ai assassin Dieu de ma paresse de mes paroles de mes gestes de mes chansons obscnes

    J'ai port des plumes de perroquet des dpouilles de chat musqu J'ai lass la patience des missionnaires insult les bienfaiteurs de l'humanit. Dfi Tyr. Dfi Sidon. Ador le Zambze. L'tendue de ma perversit me confond !

    Mais pourquoi brousse impntrable encore cacher le vif zro de ma mendicit et par un souci denoblesse apprise ne pas entonner l'horrible bond de ma laideur pahouine ?

    voum rooh oh voum rooh oh charmer les serpents conjurer les morts voum rooh oh contraindre la pluie contrarier les raz de mare voum rooh oh empcher que ne tourne l'ombre voum rooh oh que mes cieux moi s'ouvrent

    - moi sur une route, enfant, mchant une racine de canne sucre - tran homme sur une route sanglant une corde au cou - debout au milieu d'un cirque immense, sur mon front noir une couronne de daturas

    voum rooh s'envoler plus haut que le frisson plus haut que les sorcires vers d'autres toiles exaltation froce de forts et demontagnes dracines l'heure o nul n'y pense les les lies pour mille ans ! voum rooh oh pour que revienne le temps de promission et l'oiseau qui savait mon nom et la femme qui avait mille noms de fontaine de soleil et de pleurs et ses cheveux d'alevin et ses pas mes climats et ses yeux mes saisons et les jours sans nuisance et les nuits sans offense et les toiles de confidence et le vent de connivence

    Mais qui tourne ma voix ? qui corche ma voix ? Me fourrant dans la gorge mille crocs de bambou. Millepieux d'oursin. C'est toi sale bout de monde. Sale bout du petit matin. C'est toi sale haine. C'est toi poidsde l'insulte et cent ans de coups de fouet. C'est toi cent ans de ma patience, cent ans de mes soins juste ne pas mourir. rooh oh

  • Texte 3 Cahier d'un retour au pays natal. Aim Csaire

    (p40- p41)

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    Un soir dans un tramway en face de moi, un ngre. Ctait un ngre grand comme un pongo qui essayait de se faire tout petit sur un banc detramway. Il essayait dabandonner sur ce banc crasseux de tramway ses jambes gigantesqueset ses mains tremblantes de boxeur affam. Et tout lavait laiss, le laissait. Son nez quisemblait une pninsule en drade et sa ngritude mme qui se dcolorait sous laction duneinlassable mgie . Et le mgissier tait la Misre. Un gros oreillard subit dont les coups degriffes sur ce visage staient cicatriss en lots scabieux. Ou plutt, ctait un ouvrierinfatigable, la Misre, travaillant quelque cartouche hideux. On voyait trs bien comment lepouce industrieux et malveillant avait model le front en bosse, perc le nez de deux tunnelsparallles et inquitants, allong la dmesure de la lippe, et par un chef-duvre caricatural,rabot, poli, verni la plus minuscule mignonne petite oreille de la cration. Ctait un ngre dgingand sans rythme ni mesure. Un ngre dont les yeux roulaient unelassitude sanguinolente. Un ngre sans pudeur et ses orteils ricanaient de faon assez puante au fond de la tanireentrebille de ses souliers. La misre, on ne pouvait pas dire, stait donn un mal fou pour lachever. Elle avait creus lorbite, lavait farde dun fard de poussire et de chassie mles. Elle avait tendu lespace vide entre laccrochement solide des mchoires et les pommettesdune vieille joue dcatie. Elle avait plant dessus les petits pieux luisants dune barbe deplusieurs jours. Elle avait affol le cur, vot le dos. Et lensemble faisait parfaitement un ngre hideux, un ngre grognon, un ngremlancolique, un ngre affal, ses mains runies en prire sur un bton noueux. Un ngreenseveli dans une vieille veste lime. Un ngre comique et laid et des femmes derrire moiricanaient en le regardant. Il tait COMIQUE ET LAID, COMIQUE ET LAID pour sr. Jarborai un grand sourire complice... Ma lchet retrouve ! Je salue les trois sicles qui soutiennent mes droits civiques et mon sang minimis. Mon hrosme, quelle farce ! Cette ville est ma taille. Et mon me est couche. Comme cette ville dans la crasse et dans la boue couche.

  • Texte 4 Cahier d'un retour au pays natal. Aim Csaire

    (p59-p62)

    Les Blancs disent que c'tait un bon ngre, un vraibon ngre, le bon ngre son bon matre. Je dis hurrah ! C'tait un trs bon ngre, la misre lui avait bless poitrine et dos et on avaitfourr dans sa pauvre cervelle qu'une fatalit pesait sur lui qu'on ne prend pas au collet ; qu'il n'avait paspuissance sur son propre destin ; qu'un Seigneur mchant avait de toute ternit crit des loisd'interdiction en sa nature pelvienne1 ; et d'tre lebon ngre ; de croire honntement son indignit, sans curiositperverse de vrifier jamais les hiroglyphesfatidiques2.

    C'tait un trs bon ngre et il ne lui venait pas l'ide qu'il pourrait houer,fouir3, couper tout, tout autre chose vraiment que lacanne insipide C'tait un trs bon ngre. Et on lui jetait des pierres, des bouts de ferraille, destessons de bouteille, mais ni ces pierres, ni cetteferraille, ni ces bouteilles... O quites 4annes de Dieu sur cette motteterraque5 ! et le fouet disputa au bombillement6 des mouches larose sucre de nos plaies. Je dis hurrah ! La vieille ngritude progressivement se cadavrise l'horizon se dfait, recule et s'largit et voici parmi des dchirements de nuages lafulgurance d'un signe

    le ngrier craque de toute part... Son ventre seconvulse et rsonne... L'affreux tnia7 de sa cargaisonronge les boyaux ftides de l'trange nourrissons des

    1 pelvien(ne) : qui appartient au pelvis, partie infrieure

    du bassin

    2 Fatidique : fix par le destin

    3 Houer : labourer avec houe Fouir : creuser le sol

    4 Quites : paisibles

    5 Terraque : compose de terre et d'eau

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