La Fayette Princesse de Cleves

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  • Madame de LA FAYETTE

    LA PRINCESSE DE CLVES

    (1678)

    Texte prcd dune tude de M. de Lescure

  • Table des matires

    MADAME DE LA FAYETTE SA VIE ET SES OUVRAGES ..... 4

    I .................................................................................................... 4 II .................................................................................................. 6 III ............................................................................................... 13 IV ............................................................................................... 28 V ................................................................................................. 37 VI ............................................................................................... 45

    PREMIRE PARTIE ............................................................... 62

    SECONDE PARTIE ............................................................... 102

    TROISIME PARTIE ............................................................. 141

    QUATRIME PARTIE .......................................................... 180

    propos de cette dition lectronique ................................. 218

  • 3

  • MADAME DE LA FAYETTE

    SA VIE ET SES OUVRAGES

    I

    Madame de La Fayette nest pas la premire femme qui ait crit un roman clbre, puisque Mlle de Scudry la fait avant elle ; mais elle est la premire qui ait crit, dans ce genre si cher aux femmes et o de tout temps elles se distingurent dune faon particulire, un roman digne du nom de chef-duvre et demeur ce titre au rpertoire de la littrature dimagination et de sentiment, sur le rayon favori des esprits subtils et des curs dlicats.

    Ce roman, type exquis, modle achev des formes de la conversation, des modes du sentiment et des murs de lamour aux plus beaux jours de notre politesse et de notre galanterie, mrite une tude, et son auteur un portrait. Nous allons es-sayer lun et lautre, en empruntant le plus que nous le pour-rons nos apprciations aux matres de la critique, sans renon-cer les contrler et mme les contredire lorsque nous le croirons utile, et les traits de notre image aux tmoignages contemporains, surtout Mme de Svign, qui parle de Mme de La Fayette en cinq cents endroits de ses lettres, et four-nit aux peintres littraires une palette dont aucun jusquici, selon nous, na fait assez dusage.

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  • Mme de Svign crivait, le 29 avril 1671, sa fille Mme de Grignan :

    Mme de La Fayette vous cde sans contestation la premire place auprs de moi cause de vos perfections ; quand elle est douce, elle dit que ce nest pas sans peine ; mais enfin cela est rgl et approuv ; cette justice la rend digne de la seconde, elle la aussi : la Troche sen meurt

    Ainsi, de laveu de Mme de Svign, Mme de La Fayette fut sa meilleure amie ; elle occupa dans son cur la premire place aprs sa fille.

    Mme de La Fayette, de son ct, crivait Mme de Svign (alors en Provence), le 24 janvier 1692, ce billet, le dernier delle qui ait t conserv, un des derniers, en tout cas, quelle ait crits la mme adresse, car il est dat dun an peine avant sa mort, et il respire bien, comme on va le voir, la fa-tigue et la tristesse des heures testamentaires :

    Hlas ! ma belle, tout ce que jai vous dire de ma sant est bien mauvais ; en un mot, je nai repos ni nuit ni jour, ni dans le corps ni dans lesprit ; je ne suis plus une personne, ni par lun ni par lautre ; je pris vue dil. Il faut finir quand il plat Dieu, et jy suis soumise. Lhorrible froid quil fait mempche de voir Mme de Lavardin. Croyez, ma trs chre, que vous tes la personne du monde que jai le plus vritablement aime.

    On comprendra, aprs avoir lu ces lignes, que nous ne nous privions pas de la bonne fortune, trop nglige jusquici par nos devanciers, depuis Auger jusqu Lemontey et depuis Sainte-Beuve jusqu M. Taine, de citer, le plus souvent que nous pourrons, les tmoignages contemporains tant sur Mme de La Fayette que sur son uvre : car on na pas tous les jours lavantage de prsenter au lecteur un portrait dont les plus nombreux et les meilleurs traits sont de Mme de Svign, et des jugements dont les considrants ont t formuls avant nous par des Bussy et des Valincour.

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  • II

    La vie de Mme de La Fayette offre peu dvnements. Son histoire tient tout entire dans quelques dates que nous men-tionnerons rapidement, pour consacrer tous nos efforts claircir cette existence de bonne heure efface volontairement de la scne brillante du grand monde, rduite aux plaisirs de la conversation et de la composition littraire, sans vanit desprit ni ambition dauteur, au milieu dun petit cercle choisi que domine une amiti clbre, et voue lentretien dune in-fluence mystrieuse dont la cause, les moyens et lusage ne nous ont t rvls que rcemment.

    Pour en finir ds labord avec ce raccourci biographique, disons immdiatement que Marie-Madeleine Pioche de La Vergne, ne en 1634, fille dun pre marchal de camp et gou-verneur du Havre, et dune mre ne de Pna, dorigine pro-venale, reut, grce aux soins de ses parents, gens de got et desprit, une ducation particulirement distingue, qui fcon-da par toutes les ressources de lart de rares dons naturels. Elle partagea cette culture raffine, laquelle Mnage, Huet et Se-grais contriburent tour tour, avec la future Mme de Svign, son mule en succs prcoces, sa rivale sans jalousie dans les bonnes grces de Mnage, qui les prit tour tour pour objet de ses sonnets italiens et de ses vers latins, et malgr tout cela sa tendre et fidle amie. Lune et lautre apprirent du galant et aimable pdant litalien et le latin lui-mme, ce qui ne les em-pcha point, comme on sait, de parler et dcrire encore mieux le franais, sur lequel lune et lautre auraient pu en remontrer leur matre.

    Mlle de La Vergne navait que quinze ans lorsquelle perdit son pre, et sa mre ne tarda pas convoler en secondes noces avec le chevalier Renaud de Svign, ami du cardinal de Retz, intimement ml aux intrigues de la Fronde avant de ltre aux

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  • querelles du jansnisme. Ds lge de vingt et un ans, en fvrier 1655, Mlle de La Vergne pousa le comte de La Fayette. Ctait le frre de cette fille dhonneur dAnne dAutriche, plus politique et plus ambitieuse peut-tre quon ne la cru, dont le chaste ro-man damour, rduit lamiti, avec le roi Louis XIII, fut clos par le dnouement, qui ntait pas encore devenu banal, de cette renonciation au monde et de cette retraite au clotre par suite de laquelle la belle transfuge de la cour devint la mre Anglique, suprieure du couvent de Chaillot.

    Au contraire de sa sur, le comte de La Fayette ne parat avoir rien eu dhroque ni de romanesque dans lesprit et dans le cur. Il fit bravement son devoir de soldat et de mari, donna deux enfants sa femme, destins lun mourir prmatur-ment au milieu dune carrire militaire assez brillante, lautre vivre longuement, pourvu de bonnes abbayes ; et puis, nayant plus sans doute grandchose de bon faire en ce monde, il mourut lui-mme dune mort aussi obscure que son existence et dont la date est ignore.

    Mme de La Fayette ne se remaria pas, et ne semble pas en avoir eu envie. Bien que, faute de preuve contraire, on doive supposer quelle navait pas eu se plaindre de son mari, il est permis de croire quelle gota la philosophie quelque peu iro-nique mais pratique formule dans cet avis dune veuve cit par Chamfort, que cest une belle chose que de porter le nom dun homme qui ne peut plus faire de sottises .

    Quoi quil en soit des qualits ou des dfauts dun mari si peu gnant quon ne sait mme quelle poque il cessa de seffacer pour disparatre tout fait, Mme de La Fayette ne re-nouvela pas lexprience. Peut-tre, si la chose et t pos-sible, et si elle ne se fit pas, cest quelle ne fut pas juge possible par deux personnes trop avises pour faire aux prjugs du monde ou aux scrupules de laffection des sacrifices inutiles, peut-tre se ft-elle laiss tenter par un titre qui net dailleurs gure ajout sa considration et et pu nuire son bonheur :

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  • celui de femme de ce La Rochefoucauld dont elle fut lamie dans le sens le plus intime, le plus doux et le plus noble de ce mot. Ce quil y a de certain, cest quelle resta veuve et porta dignement et sagement le nom de celui avec lequel elle avait t marie, si peu que ce ft. Il nen faut pas tant que cela une femme dun esprit juste et fin, dun cur dlicat et dun temprament dis-cret, pour apprcier le fort et le faible du mariage, et le juger dans ce quil tient de la ralit et dans ce quil peut prter au roman.

    Il est deux autres circonstances dont il y a lieu de tenir compte parmi les influences dominantes qui agirent sur la di-rection de la vie de Mme de La Fayette ses dbuts dans le monde, et sur les habitudes de son esprit lheure dcisive de la formation du temprament moral et littraire.

    Dabord, elle fut des habitues et des favorites de lhtel de Rambouillet, et il ne serait pas moins injuste et inexact de con-tester quelle ait subi linfluence de ce salon souverain que dexagrer cette influence. Oui, Mme de La Fayette fut de lhtel de Rambouillet et garda dans ses manires, dans son ton, dans son langage, dans son style, de certaines traces de cette initia-tion aux mystres de la prciosit ; mais elle traversa, plus quelle ne sy assit, le salon bleu dArthnice, non dans la premire, mais dans la seconde priode de cette souverainet de la conversation, de lurbanit, de la galanterie. Dj pn-traient dans ce monde aux finesses factices et aux artificielles dlicatesses, par quelque fentre laisse imprudemment entrouverte, un courant dair plus vif et plus frais, un souffle de nouveaut, de libert, qui nallaient pas tarder susciter cette petite rvolution de la mode, des murs et du got, pro-pice la sincrit des sentiments et celle de le