Extrait de "La princesse des glaces"

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Extrait de "La princesse des glaces", 1er opus de Camilla Läckberg, paru en mai 2008 dans la collection Actes noirs et en mai 2012 dans la collection de poche Babel noir.

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  • Illustration de couverture : Antimony & Arsenic Matthew Price

    LA PRINCESSE DES GLACES

    Erica Falck, trentenaire installe dans une petite ville paisible de la cte ouest sudoise o elle crit des biographies, dcouvre le cadavre aux poignets tail-lads dune amie denfance dans une baignoire deau gele. Implique malgr elle dans lenqute, Erica est vite convaincue quil ne sagit pas dun suicide. Sur ce point et sur beaucoup dautres , linspecteur Patrik Hedstrm, amoureux transi, la rejoint.

    Stimule par cette flamme naissante, Erica se lance la conqute de la vrit et met au jour, dans la petite socit provinciale quelle croyait bien connatre, des secrets dtestables. Bientt, on retrouve le corps dun peintre clochard encore une mise en scne de suicide

    La Princesse des glaces signe lentre spectaculaire sur la scne du polar international dErica Falck, enqutrice au foyer dont les aventures mlent le frisson du suspense lhumour et lmotion de la comdie de murs. Ce premier opus trs remarqu a reu le grand prix de Littrature policire 2008 et le prix Polar international 2008.

    Ne en 1974 Fjllbacka (Sude), Camilla Lckberg est notamment lauteur de la clbrissime srie de romans policiers mettant en scne le personnage dErica Falck, publie dans la collection Actes noirs dActes Sud.

    Camilla Lckberg

    La Princesse des glacesroman traduit du sudois Par Lena grumbaCh et marC de gouvenain

    BABEL, UNE COLLECTION DE LIVRES DE POCHE

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    DIFFUSION :Qubec : LEMAC ISBN 978-2-7609-0800-0Suisse : SERVIDISFrance et autres pays : ACTES SUD Dp. lg. : mai 2012 (France)9,50 TTC France / www.actes-sud.fr

    ISBN 978-2-330-00656-3

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    laprincessedesglaces.indd 1 29/03/12 12:10

  • 1La maison tait abandonne et vide. Le froid pntrait le moindre recoin. Une fine pellicule de glace stait forme dans la baignoire. La peau de la femme avait commenc prendre une teinte lgrement bleute.

    Cest vrai, elle ressemblait une princesse, l dans la baignoire. Une princesse des glaces.

    Le sol sur lequel il tait assis tait glacial, mais le froid lui importait peu. Il tendit la main et la toucha.

    Le sang sur les poignets stait coagul depuis long-temps.

    Jamais son amour pour elle navait t plus fort. Il caressa son bras, comme sil caressait lme qui dsor-mais avait dsert le corps.

    Il ne se retourna pas en partant. Il ne sagissait pas dun adieu, mais dun au revoir.

  • 10

    Eilert Berg ntait pas un homme heureux. Il respirait avec difficult, de petites bouffes blanches sortaient de sa bouche, mais la sant ntait pas ce quil consid-rait comme son plus grand problme.

    Svea avait t si belle dans sa jeunesse et il avait eu du mal patienter avant de pouvoir convoler en justes noces avec elle. Elle avait lpoque lair si douce, ai-mable et un peu timide. Sa vritable nature stait rv-le aprs une trop courte priode de fantaisie juvnile. Depuis prs de cinquante ans maintenant, ctait elle qui portait la culotte, et avec fermet. Mais Eilert avait un secret. Pour la premire fois il entrevoyait une pos-sibilit dun peu de libert lautomne de sa vie, et il entendait ne pas la rater.

    Il avait travaill dur comme pcheur toute sa vie, et ses revenus avaient tout juste suffi faire vivre Svea et les enfants. Dsormais ils ne disposaient que de leurs maigres retraites. Sans conomies, il navait pu envisa-ger aller sinstaller ailleurs, seul, pour refaire sa vie. Puis cette opportunit stait prsente comme un don du ciel et elle tait dune simplicit enfantine. Si des gens avaient envie de payer des sommes indcentes pour une heure de travail par semaine, ctait leur problme.

  • 11

    Il nirait pas sen plaindre. En un an seulement, les bil-lets dans la bote en bois derrire le tas de compost avaient fini par former une liasse impressionnante et dici peu il aurait assez dargent pour pouvoir schap-per vers des cieux plus clments.

    Il sarrta pour reprendre son souffle dans le dernier raidillon et frotta ses mains percluses. LEspagne, ou la Grce peut-tre, dglerait le froid quil sentait lemplir. Eilert pensait avoir encore au moins dix ans devant lui avant que son heure ne sonne, et il avait lintention de les utiliser au mieux. Pas question de les passer la maison en compagnie de bobonne.

    La promenade matinale quotidienne avait t son seul moment de tranquillit et lui avait permis en outre de faire un peu dexercice dont il avait bien besoin. Il suivait toujours le mme chemin et ceux qui connais-saient ses habitudes sortaient souvent pour bavarder un moment. Il avait particulirement apprci les discus-sions avec la jolie fille dans la maison tout en haut de la monte ct de lcole de Hkenbacken. Elle ny venait que le week-end, toujours seule, mais se donnait le temps de parler de la pluie et du beau temps. Mlle Alexan-dra sintressait au Fjllbacka dautrefois, et a, ctait un chapitre quEilert aimait bien discuter. Et mignonne aussi, la demoiselle. a, ctait quelque chose quil apprciait encore, mme son ge. Oh, bien sr, cer-taines rumeurs avaient couru sur cette fille, mais si on commenait couter ce que disaient les bonnes femmes, on ne ferait bientt plus que a.

    Un an auparavant, elle lui avait demand sil pouvait envisager de jeter un coup dil sa maison les ven-dredis matin, puisque de toute faon il passait devant.

  • 12

    Ctait une vieille maison et la chaudire, tout comme la tuyauterie, taient peu fiables, et elle navait pas trs envie darriver dans une maison glaciale pour le week-end. Elle lui donnerait une cl, juste pour entrer et v-rifier que tout tait en ordre. Il y avait eu pas mal de cambriolages dans le secteur, et il devait aussi contr-ler les fentres et les portes.

    Ce ntait pas une mission spcialement pesante et une fois par mois il trouvait une enveloppe portant son nom dans la bote aux lettres de la maison, avec une somme dargent royale ses yeux. De plus, il trouvait agrable de se sentir utile. Pas facile de rester oisif aprs avoir travaill toute une vie.

    La grille tait de travers et grina quand il louvrit ct jardin. La neige ntait pas dblaye et il envisa-gea de demander lun des garons de venir lui donner un coup de main. Ce ntait pas un boulot pour une femme.

    Il sortit maladroitement la cl et prit garde ne pas la faire tomber dans la neige profonde. Sil tait oblig de se mettre genoux il ne pourrait plus se relever. Lescalier couvert de glace tait tratre, et la rampe lui fut utile. Eilert tait sur le point de glisser la cl dans la serrure quand il vit que la porte tait entrouverte. Etonn, il louvrit et entra dans le vestibule.

    Oh, y a quelquun ?Elle tait peut-tre dj arrive ? Pas de rponse. Il

    vit sa propre haleine sortir de sa bouche et se rendit soudain compte que la maison tait glaciale. Brusque-ment, il ne sut plus quoi faire. Quelque chose nallait pas, vraiment pas, et quelque chose lui dit quil ne sagis-sait pas simplement dune chaudire dfectueuse.

  • 13

    Il passa dans les pices. Tout semblait intact. Un ordre impeccable y rgnait, comme dhabitude. La vido et la tl taient leur place. Aprs avoir inspect le rez-de-chausse, Eilert monta les marches vers ltage. Lescalier tait raide et il dut sagripper la main cou-rante. Arriv en haut, il entra dabord dans la chambre. Une chambre trs fminine, trs chic et aussi bien tenue que le reste de la maison. Le lit tait fait et il y avait une valise pose au pied, qui semblait ne pas avoir t dfaite. Il se sentit brusquement un peu bte. Elle tait peut-tre arrive plus tt que prvu, avait dcouvert que la chaudire ne marchait pas et tait sortie trouver quelquun pour la rparer. Pourtant il ne croyait pas lui-mme cette explication. Quelque chose nallait pas. Il le sentait dans les articulations, comme parfois il pou-vait sentir lapproche dune tempte. Il poursuivit len-tement sa progression dans la maison. La pice suivante tait des combles amnags, avec toit mansard et poutres apparentes. Deux canaps se faisaient face de part et dautre dune chemine. Quel ques magazines taient parpills sur la table basse mais sinon, tout tait sa place. Il retourna au rez-de-chausse. L non plus, rien ne semblait drang. Ni la cuisine ni le sjour avaient lair diffrent des autres jours. La seule pice qui res-tait tait la salle de bains. Quelque chose le fit hsiter avant de pousser la porte. Tout tait toujours calme et silencieux. Il resta indcis un instant, comprit quil tait ridicule et ouvrit rsolument la porte.

    Quelques secondes plus tard, il se rua sur la porte den-tre aussi vite que son ge le lui permettait. Au dernier moment, il se rappela que les marches taient glissantes et attrapa la rampe temps pour ne pas dgringoler

  • 14

    dans lescalier, la tte la premire. Il progressa tant bien que mal dans la neige couvrant lalle du jardin et pesta contre la grille rcalcitrante. Une fois sur le trottoir, il sarrta, dsempar. Il vit, un peu plus bas dans la rue, quelquun qui sapprochait dun bon pas et re-connut bientt Erica, la fille de Tore. Il lui cria de sar-rter.

    Elle tait fatigue. Fatigue en mourir. Erica Falck arrta son ordinateur et alla dans la cuisine remplir sa tasse de caf. Elle se sentait harcele de tous les cts. Lditeur voulait un premier jet du livre pour aot et elle venait peine de sy mettre. Le livre sur Selma Lagerlf le cinquime dans sa srie de biographies des femmes crivains sudoises aurait d devenir le meilleur, mais linspiration lui manquait compltement. Il y avait maintenant plus dun mois que ses parents taient dcds, mais le chagrin tait aussi vif au-jourdhui que lorsquon lui avait appris la nouvelle. Faire le tri dans leur maison stait rvl plus fasti-dieux que ce quelle avait cru. Tout rveillait des sou-venirs. Il l