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La Châteline page 28 La Roche qui pleure page 32 Courbefy page 22 Source de la Dronne page 18 Le Saut du Chalard page 96 Le Trou du Philippou page 90 Château de Lambertie page 58 Château Montbrun page 58 Lamaque page 78 Église de Saint-Saud- Lacoussière Nontron Brantôme Thiviers Moulin de Grandcoing page 72 Gare de Bussière-Galant page 40 Feuyas page 50 Ferme d’élevage des moules perlières page 40 Saint-Pardoux-la-Rivière Les tanneries page 104 Saint-Pardoux-les-deux-gares page 100 Moulin du pont page 92 Thavaud page 54 Étang de la Forge Le Trou du Papetier page 91 Dronne PARC NATUREL RÉGIONAL PÉRIGORD-LIMOUSIN LA RIVIÈRE NOUVELLE-AQUITAINE Chapellas page 78 Milhac-de- Nontron Saint-Front- la-Rivière Saint-Pardoux- la-Rivière Champs- Romain Saint-Saud- Lacoussière Mialet Dournazac Firbeix Saint-Pierre- de-Frugie Bussière-Galant Maison du parc La Coquille

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Courbefy page 22
Le Saut du Chalard
Château de Lambertie page 58
Château Montbrun
page 58
Lacoussière
Nontron
Brantôme
Thiviers
Feuyas page 50 Ferme d’élevage
des moules perlières page 40
Saint-Pardoux-la-Rivière Les tanneries page 104
Saint-Pardoux-les-deux-gares page 100
Thavaud page 54 Étang de la Forge
Le Trou du Papetier page 91
Dronne PARC NATUREL RÉGIONAL PÉRIGORD-LIMOUSIN
LA RIVIÈRE
La Haute-Dronne
« Car elle commence obscurément… »
Onésime Reclus, La France à vol d’oiseau, 1908.
La Haute-Dronne pourrait se confondre avec bien d’autres rivières. Née en Haute-Vienne sur un
socle granitique, elle roule ses galets en Dordogne, Charente et Gironde jusqu’à l’estuaire de la
Gironde, via l’Isle à Coutras.
De plus près, sa route offre de nombreuses particula- rités : une géomorphologie, des paysages, un patrimoine bâti, une biodiversité et un rapport humain qui lui sont propres. Depuis peu, la qualité écologique de sa partie amont a été récompensée par le label «sites Rivières sauvages», distinction réservée à une poignée de cours d’eau français.
À l’inverse de sa partie aval, plus célèbre, qui baigne langoureusement Brantôme, Bourdeilles, Ribérac ou Aubeterre, la Haute-Dronne (sur une cinquante de kilo- mètres) porte des traits obscurs, tout encombrée de blocs rocheux bousculant son cours et cachant, sous des rives ombreuses et moussues, une biodiversité hydro- phile insoupçonnée. En un mot, une rivière sauvage.
C’est grâce à la diversité des missions du Parc Naturel Périgord-Limousin que la mise en lumière de la Haute- Dronne a été possible dans ce livre. Notre approche de la rivière se veut kaléidoscope. Au fil de l’eau, l’amateur d’arbres comme celui de gastronomie, le pêcheur et l’his- torien, le randonneur, l’éleveur, le promeneur d’un jour ou les habitants de toujours piocheront, à leur guise, dans la mosaïque de thèmes proposés. Territoire de langue d’oc, il paraissait impossible d’écrire l’histoire de la rivière sans convoquer ceux qui l’habitent au quotidien ; leur tradi- tion orale donne à une réalité parfois monochrome des couleurs bienvenues… La Dronne a beau traverser deux départements, sinuer ou séparer les communes, l’obsta- cle qu’elle impose a priori se révèle un passage, un trait- d’union dont nos thématiques se nourrissent.
Que chaque lecteur, attentif ou distrait, parcoure librement les approches sensibles et scientifiques comme une partition composée, fruit d’un travail uni par les flots indomptés (?) de la Haute-Dronne sauvage.
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Des châtaigniers et des hommes Présent dès l’époque gallo-romaine, le châtaignier fut cultivé massivement
à partir du xvie siècle. Cet arbre a alors été implanté partout pour produire rapidement le charbon nécessaire aux nombreuses forges du territoire. Le taillis de
châtaignier, boisement dense composé de rejets qui poussent autour des souches des arbres coupés, domine encore aujourd’hui le cœur du Périgord-Limousin.
de clôtures difficilement franchissables : à Bordeaux, on appelle cela de la clôture girondine !
Au pays des mangeurs de châtaignes
Outre le bois, le châtaignier a aussi été installé en vergers vivriers à proximité de tous les hameaux du territoire. « Les châtaignes, on les faisait noyer, pendant dix jours, sinon le ver les aurait “cus- souné” comme on dit… Sinon, on les mettait dans un “cledier” derrière chez nous. C’était un bâti- ment où on les étalait sur des claies à l’étage, vous allumiez dessous et ça fumait tout le dessus, ça les faisait sécher et on les gardait comme ça. »
Grâce à cette culture qui nourrissait les gens pendant plus de cinq mois à la mauvaise saison, les
villages de la Haute- Dronne ont tra- versé sans trop de dégâts les famines du xviiesiècle. La transformation de châtaignes, pour répondre aux nou- velles attentes des consommateurs, ne s’est développée que récemment.
Charbonnier et feuillardier
De cette prépondérance du châtaignier en taillis sont nés deux métiers spécifiques : le charbonnier et le feuillardier. Si le premier a totalement disparu avec l’arrêt progressif des forges, quelques arti- sans feuillardiers font perdurer aujourd’hui encore ce savoir-faire ancestral. Ce métier rassemble une diversité de techniques dont le point commun est la valorisation des petits bois appelés gaulettes pour faire des meubles, des aménagements et surtout des feuillards, cercles de gaulette fendue qui lient et protègent les douelles des tonneaux des plus grands vins !
Cette essence est l’emblème de la forêt paysanne. Partagée entre une multitude de propriétaires, elle a accompagné le développement d’une société rurale et agricole. Feuillardier est un métier qui n’existe que dans les régions de taillis de châtai- gnier, et aujourd’hui la majo- rité des héritiers de ces savoirs sont en Périgord-Limousin. Bien sûr, avec le cerclage acier, d’autres productions s’y sont substituées : meubles en éclisses, piquets et autres ganivelles, échalas reliés par du fil de fer qui sont la base
Être feuillardier
« Les deux frères-là, ils étaient feuillardiers, ils avaient d’ailleurs une grande cabane avec deux postes de travail pour faire leurs feuillards. Plier les cercles, c’est pas très dur, par contre le planage, enlever de l’épaisseur avec un couteau de feuillardier, ça c’est pénible… Il faut couper le bois, l’élaguer grossièrement, le fendre, le planer et ensuite plier. Quand on fait du bois juste abattu, ça va, mais dès que ça commence à sécher, là c’est dur. »
La Haute-Dronne
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L’origine de ces pratiques nous ramène à des temps païens anciens, bien antérieurs à l’époque où la religion catholique a associé des saints aux fon- taines. En Périgord-Limousin, plus de quatre-vingts ont été recensées. Aux plus fréquentées d’entre elles, on verra pendre des pelhas (bouts de tissus)
Las bonas fonts
Une bonne fontaine, c’est un point d’eau naturel, source ou simple trou d’eau, avec ou sans maçonne- rie, auquel on reconnaît des vertus thérapeutiques et des bienfaits particuliers : guérison des humains ou du bétail, protection des individus, obtention d’une faveuretc.
Pratiques magiques : se soigner en Périgord-Limousin
Guérir les maux en Périgord-Limousin ne conduit pas seulement chez le médecin. Nombreux sont ceux qui se tournent toujours vers rebouteux et guérisseurs, tisanes
et fontaines de dévotion.
en tous genres en guise d’ex-voto. Remède miracle ou superstitions ancestrales, on ne peut s’empêcher d’être touchés par ces lieux.
Des maux et des eaux
«Qu’es pas la pena d’asseitar las bonas fonts sens sapcher ente ‘nar ! Ah, ça, non, inutile de courir les bonnes fontaines sans savoir vers les- quelles vous rendre ! Toutes n’ont pas les mêmes effets et le mieux est de passer par l’intermédiaire d’una metairitz qui vous recommandera la fontaine appropriée. Elle fait brûler des baguettes de noise- tier et plonge à mesure les charbons incandescents dans l’eau en leur associant le nom d’une bonne fontaine. Si le charbon s’enfonce, on peut préparer un fiolou pour recueillir de l’eau. On laissera en remerciement une petite pièce dans la fontaine et on pourra, avec bienfait, s’en frotter les membres ou parties douloureuses.» D’après Jean-François Vignaud, IEO Limousin
Miraculeuses ou pas, les eaux calmes des sources et fontaines s’assemblent pour devenir eaux vives des cours d’eau qui versent dans la Dronne.
Anna Desbordes, guérisseuse à la gare de Bussière-Galant
Un témoin, née en 1924, raconte : « Vous aviez mal n’importe où, elle passait la main et hop, vous étiez guéri. Personne n’y croyait… mais tout le monde venait et voyait la preuve ! »
Accusée d’exercice illégal de la médecine par d’authentiques médecins, Anna Desbordes gagne son procès en 1933. En bonne guérisseuse, elle ne monnayait pas ses miracles mais sa notoriété a placé Bussière-Galant, jusqu’aux années 1960, au centre du monde des remèdes : « Y avait la guérisseuse qui amenait beaucoup de monde, 200 ou 300 per- sonnes par jour, y en a qui couchait là, ça man- geait, ça buvait… Américains, Belges, Hollandais… Ça arrivait en taxi, en train, en car, y en a même qui sont morts ici, ils arrivaient bien malades et ils sont morts avant de la voir ! »
Quantifier cet afflux pour de la thaumaturgie se pèse finalement en petite monnaie : « Mon père lui avait vendu une voiture, une 402, comme les gens donnaient ce qu’ils voulaient, quand son mari est venu payer, il est venu avec un cabas plein de pièces ! Ils les ont étalées sur la table, ils ont mis un moment à compter ! C’était un peu la risée de Bus- sière, les gens se moquaient mais tout le monde allait la voir en douce… »
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La Haute-Dronne
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La Barde sur la commune voisine de La Coquille ; ce dernier habite au château et veille sur la production et sur la huitaine d’ouvriers sur place.
Vers 1850, le haut-fourneau devient une annexe de l’usine à fil de fer de Champagnac-la-Rivière pour fournir de la fonte. Le site perdure en l’état jusque dans les années 1870 avant la destruction des affi- neries et du marteau en 1881.
Un moulin sans eau ?
Après l’arrêt de la métallurgie à Firbeix, le site et l’étang poursuivent une vocation économique, du moins électrique. Alfred Jouannem, successivement régisseur puis marchand de vin, entre en posses- sion du château et de l’ancienne forge avant 1914.
Il fait construire à la place de l’ancien bâtiment des affineries une «usine», comme l’indique le registre cadastral. En réalité, il s’agit d’une turbine, abritée dans une cabane en pierre à encadrement de brique.
En 1922, il fait bâtir une minoterie dans la cour du château, en lieu et place de la grange. Au-delà de la proximité de l’habitation, c’est l’une des premières minoteries du genre, totalement affranchie d’un cours d’eau, bien que l’électricité provienne, par câble, de la turbine de l’étang. Après qu’un incen- die eut ravagé les bâtiments en 1943, Jouannem reconstruit et agrandit son établissement industriel, tout en béton cette fois. Il cesse définitivement son activité à la fin des années 1950, laissant place à la végétation.
Une vie de forge
En 1608, la forge de Firbeix appartient à la famille d’Arlot, l’une des puissantes familles nobles du Péri- gord-Limousin ayant bâti sa fortune sur l’industrie métallurgique. Suite à de mauvais entretiens et à des crues, le fourneau et les bâtiments ont été tour à tour réparés et reconstruits en 1715, 1729 et 1795. À cette date, la forge fonctionne au coup par coup au rythme de son état et des demandes.
Les Rastignac puis les Liancourt, propriétaires aux xviiie et xixesiècles, ne sont, comme d’autres familles, que rarement dans leurs forges mais louent leurs bâtiments à un fermier, choisi en moyenne pour sept ans. Ainsi, Jean Magne-Rouchaud assure la direction de la forge en 1811, ainsi que celle de
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Firbeix : un étang pour deux Comme Feuyas en aval, la forge de Firbeix se trouve sur la Dronne, frontière entre
Limousin et Périgord. Ses vestiges métallurgiques sont encore présents malgré un changement d’activité semblable à sa voisine.
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La Haute-Dronne
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Des moines forgerons « À Tavaux, comme à Montbrun, seul le bruit de l’eau, qui dévale, donne l’idée de
la vie : c’est bien le recoin isolé du monde, propre à la méditation de l’au-delà1. »
est le résultat du succès monastique. Après cinquante années d’existence, l’abbaye charentaise de la Cou- ronne (construite en 1118), cherchant à implanter une annexe dans une zone vierge, bénéficie de la générosité du seigneur de Montbrun, Aimery, qui offre plusieurs terrains autour de la rivière. En 1180, Alta vallibus, littéralement «hautes vallées» (puis Altavaux et Thavaud) est fondée. À une altitude de 300 mètres seulement, l’appellation latine peut sur- prendre. Serait-ce l’impression des premiers reliefs du Massif central laissés à la vue d’un moine de la Couronne, habitué à de plates étendues bocagères du sud d’Angoulême ?
Ressources naturelles, sources économiques
Après des débuts hésitants, une église est rebâ- tie puis consacrée en 1213. Quelques vestiges de cette époque subsistent dans les bâtiments toujours présents. Tout au long du Moyen Âge, les prieurs successifs, régisseurs du lieu, font de nombreuses acquisitions dans les communes voisines (terres, vil- lages, fiefs nobles), leur garantissant de solides reve- nus et un statut de seigneurs fonciers.
Les religieux tirent également profit de la rivière. À une centaine de mètres en vue depuis leur logis, dans un coude de la Dronne, ils créent un moulin et deux forges, qui fonctionneront jusqu’à la fin du xixesiècle grâce aux eaux d’un étang retenues par une digue en pierre.
Au printemps 1569, le site «fust bruslé par l’ar- mée des Huguenotz», autrement dit les armées pro- testantes de Coligny. Malgré les dégâts dans le pays, la forge est citée pour la première fois trois ans après pour être affermée, louée. En sus des moulins, les religieux se spécialisent dans la métallurgie au cours de la période moderne. Après leur rattachement au Collège des Jésuites de Limoges en 1605, les prieurs deviennent maîtres des forges voisines de Feuyas et Mas-de-Bost puis construisent une nouvelle forge à Thavaud. Ces substantiels revenus garantissent le succès du lieu avant qu’il ne se morcelle en partie en 1796.
Outre les conflits et conjonctures économiques défavorables, les catastrophes naturelles offrent aux sites de rivière de variables destinées. Ainsi en1783 et1913, deux crues anéantissent forges et moulins. La dernière scelle l’arrêt de l’activité meunière à Thavaud, laissant une digue maçonnée éventrée et quelques pans de murs de la forge. Désormais, entre mélancolie et mémoire, le site est entretenu par les propriétaires actuels pour que l’ancien prieuré main- tienne debout ses pierres médiévales.
Redécouverte à la fin du xixesiècle par des éru- dits locaux, l’abbaye de Thavaud (Dournazac) défend encore ses neuf siècles d’existence. Malgré plusieurs destructions, l’importante documentation religieuse et civile conservée aux archives départementales permet de faire la lumière sur l’un des plus anciens sites de la Dronne.
Une fondation pieuse
Comme les abbayes de Peyrouse (Saint-Saud-La- coussière) et de Saint-Pardoux-la-Rivière, Thavaud
1. Bulletin de la société des amis des sciences et arts de Rochechouart, t.17, 1908, p.107. C’est avec une certaine mélancolie que Pierre de Fon- taine de Resbecq découvre le prieuré dans les années 1900.
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Belles demoiselles Descendons au pont des Brasdoux ; la frondaison des « vergnes »
(aulnes) filtre les rais de lumière dans lesquels scintillent le vert et bleu métallique des demoiselles caloptéryx.
bleue, mixte ; agrion de mercure, jouvencelle ; anax empereur, napolitain ; caloptéryx éclatant, vierge ; cériagrion délicat ; cordulégastre annelé ; cordulie bronzée ; crocothémis écarlate ; gomphe à pattes noires ; ischnure élégante ; leste fiancé, verdoyant ; libellule à quatre taches, déprimée ; nymphe au corps de feu ; onychogomphe à crochets, à pinces ; orthétrum à stylets blancs, brun, réticulé ; penni- patte bleuâtre, orangé ; portecoupe holarctique ; spectre paisible ; sympétrum à nervures rouges, san- guin, strié. Libellule déprimée et nymphe au corps de feu se rencontrent aisément sur le Grand Étang à Saint-Saud ou celui d’Hermeline à Bussière-Galant ; à l’inverse agrion de Mercure, caloptéryx, gomphes préfèrent les eaux courantes des nombreux ruis- seaux du bassin.
Cette grande diversité masque mal une cer- taine fragilité. Dépendantes de la qualité de l’eau, elles sont en première ligne pour subir les affres de la dégradation des eaux et, dans un contexte de réchauffement climatique, l’élévation de la tem- pérature de quelques degrés a des conséquences importantes sur la composition des peuplements. Le trithémis pourpré, espèce afro-tropicale, colonise depuis peu le bassin-versant aval de la Dronne et ne cesse de progresser sur des latitudes et des altitudes plus élevées. Qu’adviendra-t-il des espèces de libel- lules à affinité septentrionale sur la Haute-Dronne si la température de la rivière continue à progresser ?
D’un court envol, elles partent de leur perchoir et aussitôt se reposent comme si elles avaient oublié quelque chose. Les demoiselles chassent à l’affût. Par-dessus la balustrade du pont enjambant la Dronne, un radier laisse filer l’eau claire et bien oxygénée de la rivière. Une libellule jaune vif mêlé de noir patrouille au ras du fil d’eau : il s’agit de l’ony- chogomphe à crochets, un bio-indicateur de la qua- lité des cours d’eau.
L’eau, c’est la vie
Si l’on prend le temps, on voit certains indivi- dus se rapprochant des berges, où le courant est plus lent ; ils frappent de leur abdomen la surface de l’eau : à chaque contact, la femelle de gomphe dépose un œuf qui glisse vers le fond de la rivière.
La vie de toutes les libellules commence sous l’eau. Eau vive ou lentique, les larves évoluent près du fond. Au bout d’une ou plusieurs années, elles émergent du milieu aquatique pour se métamor- phoser en libellule adulte : elles abandonnent alors l’exuvie, dernière trace de leur vie subaquatique.
Famille nombreuse
Sur la Haute-Dronne, une trentaine d’espèces d’odonates est présente, soit la moitié des espèces du Périgord et une très bonne diversité à l’échelle régionale1. La valeur de cette biodiversité s’enrichit de la poésie des noms taxonomiques dont un inven- taire à la Prévert semble irrésistible ici : aeschne
1. G.Ailleux, V.Couanon, P-Y. Gourvil, D.Soulet, Pré-atlas des odonates d’Aquitaine - Synthèse des connaissances 1972-2014, CEN Aquitaine, LPO Aquitaine, avril2017, 117 p.
La Haute-Dronne
Aeschne bleue
La Haute-Dronne
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Saint-Pardoux-les-deux-gares Comme partout en France, les progrès du rail sont fulgurants à partir de 1850.
Les trains relient non seulement les grandes villes entre elles, mais les campagnes deviennent des enjeux de désenclavement pour l’État d’abord, pour les départements
ensuite. Ainsi, Saint-Pardoux-la-Rivière fut honorée de deux gares, deux vestiges témoins de l’échec rapide des lignes rurales face au transport routier.
Train et tramway
Ce n’est qu’en 1882 que la ligne de chemin de fer Péri- gueux-Limoges, en service depuis vingt ans, bifurque à Thiviers pour s’échapper vers la Charente et arriver à Angoulême. Ses haltes principales sont Nontron et Saint-Pardoux-la-Rivière. En 1911, cette dernière fait de la place en bord de Dronne pour accueillir le terminus du tramway départemen- tal. Saint-Pardoux devient dès lors un petit nœud fer- roviaire.
Toutefois trains et tramways diffèrent en tous points : l’un est géré
par une compagnie ferroviaire nationale et main- tient un trafic soutenu tandis que l’autre, à voie étroite, est rattaché à la gestion départementale qui assure une mission de service public d’irrigation des campagnes, le tout à une vitesse relative…
Une locomotive pour la vie économique
Les trains ont dynamisé l’économie des terri- toires qu’ils traversaient. Dans les années 1930, le commerce ferroviaire profite aux entreprises locales comme la tuilerie Lanard, le «Génie civil et Bâti- ments» (spécialisé dans les constructions indus- trielles), ou encore les tanneries Chamont et Imbert. Au plus fort, pas moins de 500 emplois industriels occupent la commune.
En parallèle, la région s’ouvre au tourisme à chaque départ de tramway. Transport doux mais tor- tueux, le «tacot» offre à l’œil alerte le temps d’ad- mirer le paysage. Au pont du Manet, la Dronne sau- vage se dévoile enfin. Contre-pente sévère, l’arrêt suivant à Champs-Romain laisse au curieux le soin d’accomplir le point d’orgue naturel du voyage : le Saut du Chalard (voir p.96).
La bataille du rail… est perdue
L’engouement ferroviaire est de courte durée : autobus, voitures et camions déroutent vite l’écono- mie du rail au profit de la route. Après moins de qua- rante ans de service, le tramway remise ses wagons. Il est suivi de près par la ligne d’Angoulême qui ferme son trafic aux voyageurs en 1949 puis aux marchan- dises quatre ans plus tard.
« J’allais au lycée avec le tacot. Le tacot, il passait au pont du Manet, quand il arrivait, je me souviens, il sifflait. Le tacot, c’était comme une voiture de métro, avec des banquettes en bois. Je le prenais à Saint-Pardoux, on a mis jusqu’à six heures pour aller à Périgueux ! L’heure du départ était fixe mais pas celle de l’arrivée ! »
La Haute-Dronne
104 Portrait d’une rivière sauvage
Saint-Pardoux-la-Rivière Les tanneries dans la peau
La filière cuir est depuis peu organisée sur le territoire, de l’animal au produit transformé, au travers du cluster cuir ResoCUIR1. À la base de ce réseau de
professionnels, la tannerie de Chamont est la dernière à traiter des peaux de vache. Lorsqu’en 1814, le préfet de la Dordogne envoie ses commentaires à l’Empire sur
l’état de ses industries, il déclare que les tanneries du département, nombreuses et réputées, sont vouées à « une destruction prochaine ».
1. https://resocuir.fr/
« Avant les années 1960, y avait 50 personnes entre les deux tanneries. Ils ne faisaient que de la vache, après, ils bricolaient pour eux les tanneurs pour se faire un petit supplément, les peaux de renards, de veaux, de sangliers. Le métier de tanneur, maintenant, c’est pas de la rigolade, mais bon, y a les machines, mais à l’époque, les tanneurs, tout le décharnage, à la main, sur une espèce de banc, sur lequel ils étaient penchés toute la journée, les couteaux longs comme ça… C’était un métier très dur, dans l’eau et l’humidité toute la journée… Un cuir tanné de bœuf, épais comme ça… faut le lever pour le pendre pour le faire sécher ! »
La Haute-Dronne
Table des matières
« Car elle commence obscurément » ................................9
Dresser le portrait d’un cours d’eau est une histoire de temps ............ 10
Aux sources de la Dronne ............ 18
Une rivière sauvage .................... 20
La rivière de la truite vagabonde .................24
La Châteline : du métal à l’eau de source ...........28
La Roche qui pleure, une pierre légendaire ..................33
Moule perlière, une espèce parapluie ...................35
Or et charbon : des exploitations discrètes ..........38
Ferme d’élevage pour moule perlière .................... 40
Bussière-Galant : de la gare à la gloire .....................42
Des châtaigniers et des hommes ............................... 47
Pratiques magiques : se soigner en Périgord-Limousin .................48
Firbeix : un étang pour deux .......................................50
Arbres de vie ..................................53
Des moines forgerons ..................56
Des châteaux jumeaux ? .............. 60
Limousines… de luxe ....................65
Une zone humide, c’est quoi ? ...................................... 72
Grandcoing : la farine qui tourne ! ..................... 74
La chasse, du loup au sanglier ...................... 76
Forges de Lamaque et Chapellas : un même destin ............................ 80
La fête à la grenouille ..................82
L’église des femmes artistes ........84
Les petits poissons dans l’eau… ................................... 86
Trous noirs.................................... 90
La loutre à la reconquête de la Dronne ..................................94
La légende des cloches au Saut du Chalard ...................... 96
Belles demoiselles ........................ 99
Saint-Pardoux- les-deux-gares .............................100
Plantes remarquables ................108
Les vignes de la Dronne « C’était pas du bordeaux ! » ............................. 111
La Dronne au quotidien ..............114
Sur la ligne de partage des eaux .................... 116