Oeuvre Complete

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  • Oeuvre Complete.

    Par Grard De Nerval (1808-1855)

    TABLE DES MATIERES

    Petits Chteaux De Bohme.

    A Un Ami.

    Premier Chteau.

    Odelettes.

    Avril.

    Fantaisie.

    Odelettes.

    Avril.

    Fantaisie.

    La Cousine.

    Pense De Byron.

    Gaiet.

    Politique (1831)

    Les Papillons.

    Le Point noir.

    Les Cydalises.

    Second Chteau.

    Troisime Chteau.

    Lyrisme.

    Espagne.

    Autres odelettes.

    Nobles Et Valets.

    Le Rveil En Voiture.

    Le Relais.

    Notre-Dame De Paris.

    Dans Les Bois.

    Vers D'Opra.

    Chant Des Femmes En Illyrie.

    Posies Diverses.

    Mlodie.

    Stances Elgiaques.

    Mlodie Irlandaise.

    Laisse-Moi.

    Romance.

    A Victor Hugo.

    A Un Ami.

    O primavera, giovent dell' anno,

    Blla madre di fiori,

    D'erbe novelle e di novelli amori...

    Pastor fido.

    Mon ami, vous me demandez si je pourrais retrouver quelques-uns de mes

    anciens

    vers, et vous vous inquitez mme d'apprendre comment j'ai t pote,

    longtemps

    avant de devenir un humble prosateur.

    Je vous envoie les trois ges du pote - il n'y a plus en moi qu'un

    prosateur

  • obstin. J'ai fait les premiers vers enthousiasme de jeunesse, les

    seconds par

    amour, les derniers par dsespoir. La Muse est entre dans mon coeur

    comme une

    desse aux paroles dotes; elle s'en est chappe comme une pythie en

    jetant des

    cris de douleur. Seulement, ses derniers accents se sont adoucis mesure

    qu'elle s'loignait. Elle s'est dtourne un instant, et j'ai revu comme

    en un

    mirage les traits adors d'autrefois!

    La vie d'un pote est elle de tous. Il est inutile d'en dfinir toutes

    les

    phases. Et maintenant:

    Rebtissons, ami, ce chteau prissable

    Que le souffle du monde a jet sur le sable,

    Replaons le sopha sous les tableaux flamands...

    Premier Chteau.

    I. La rue du Doyenn

    C'tait dans notre logement commun de la me du Doyenn que nous nous

    tions

    reconnus frres - Arcades ambo - dans un coin du vieux Louvre des

    Mdicis, -

    bien prs de l'endroit o exista l'ancien htel de Rambouillet.

    Le vieux salon du doyen, aux quatre portes deux battants, au plafond

    histori

    de rocailles et de guivres, restaur par les soins de tant de peintres,

    nos

    amis, qui sont depuis devenus clbres, retentissait de nos rimes

    galantes,

    traverses souvent par les rires joyeux ou les folles chansons des

    Cydalises.

    Le bon Rogier souriait dans sa barbe, du haut d'une chelle, o il

    peignait sur

    un des trois dessus de glace un Neptune, - qui lui ressemblait! Puis les

    deux

    battants d'une porte s'ouvraient avec fracas: c'tait Thophile. On

    s'empressait

    de lui offrir un fauteuil Louis XIII, et il lisait, son tour, ses

    premiers

    vers, - pendant que Cydalise Ire, ou Lorry, ou Victorine, se balanaient

    nonchalamment dans le hamac de Sarah la blonde, tendu travers l'immense

    salon.

    Quelqu'un de nous se levait parfois, et rvait des vers nouveaux en

    contemplant, des fentres, les faades sculptes de la galerie du Muse,

    gaye

    de ce ct par les arbres du mange.

    Vous l'avez bien dit:

    Tho, te souviens-tu de ces vertes saisons

    Qui s'effeuillaient si vite en ces vieilles maisons,

    Dont le front s'abritait sous une aile du Louvre?

  • Ou bien, par les fentres opposes, qui donnaient sur l'impasse, on

    adressait de

    vagues provocations aux yeux espagnols de la femme du commissaire, qui

    apparaissaient assez souvent au-dessus de la lanterne municipale.

    Quels temps heureux! On donnait des bals, des soupers, des ftes

    costumes; - on

    jouait de vieilles comdies, o mademoiselle Plessy, tant encore

    dbutante, ne

    ddaigna pas d'accepter un rle: - c'tait celui de Batrice dans

    Jodelet. - Et

    que notre pauvre Edouard tait comique dans les rles d'Arlequin!

    Nous tions jeunes, toujours gais, souvent riches... Mais je viens de

    faire

    vibrer la corde sombre: notre palais est ras. J'en ai foul les dbris

    l'automne pass. Les ruines mmes de la chapelle, qui se dcoupaient si

    gracieusement sur le vert des arbres, et dont le dme s'tait croul un

    jour,

    au XVIIIe sicle, sur six malheureux chanoines runis pour dire un

    office, n'ont

    pas t respectes. Le jour o l'on coupera les arbres du mange, j'irai

    relire

    sur la place la Fort coupe de Ronsard:

    Ecoute, bcheron, arreste un peu le bras:

    Ce ne sont pas des bois que tu jettes bas;

    Ne vois-tu pas le sang, lequel dgoutte force,

    Des nymphes, qui vivaient dessous la dure corce?

    Cela finit ainsi, vous le savez:

    La matire demeure et la forme se perd!

    Vers cette poque, je me suis trouv, un jour encore, assez riche pour

    enlever

    aux dmolisseurs et racheter deux lots de boiseries du salon, peintes par

    nos

    amis. J'ai les deux dessus de porte de Nanteuil; le Watteau de Vattier,

    sign;

    les deux panneaux longs de Corot, reprsentant deux Paysages de Provence;

    le

    Moine rouge, de Chtillon, lisant la Bible sur la hanche cambre d'une

    femme

    nue, qui dort; les Bacchantes, de Chassriau, qui tiennent des tigres en

    laisse

    comme des chiens; les deux trumeaux de Rogier, o la Cydalise, en costume

    rgence, - en robe de taffetas feuille morte, - triste prsage, - sourit,

    de ses

    yeux chinois, en respirant une rose, en face du portrait en pied de

    Thophile,

    vtu l'espagnole. L'affreux propritaire, qui demeurait au rez-de-

    chausse,

    mais sur la tte duquel nous dansions trop souvent, aprs deux ans de

    souffrances, qui l'avaient conduit nous donner cong a fait couvrir

    depuis

    toutes ces peintures d'une couche la dtrempe, parce qu'il prtendait

    que les

    nudits l'empchaient de louer des bourgeois. - Je bnis le sentiment

    d'conomie qui l'a port ne pas employer la peinture l'huile.

    De sorte que tout cela est peu prs sauv. Je n'ai pas retrouv le

    Sige de

  • Lrida, de Lorentz, o l'arme franaise monte l'assaut, prcde par

    des

    violons; ni les deux petits Paysages de Rousseau, qu'on aura sans doute

    coups

    d'avance; mais j'ai, de Lorentz, une marchale poudre, en uniforme Louis

    XV. -

    Quant au lit Renaissance, la console Mdicis, aux deux buffets, au

    Ribeira,

    aux tapisseries des Quatre Elments, il y a longtemps que tout cela

    s'tait

    dispers. O avez-vous perdu tant de belles choses? me dit un jour

    Balzac. -

    Dans les malheurs! lui rpondis-je en citant un de ses mots favoris.

    II. Portraits

    Reparlons de la Cydalise, ou plutt, n'en disons qu'un mot: elle est

    embaume et

    conserve jamais dans le pur cristal d'un sonnet de Thophile, - du

    Tho,

    comme nous disions.

    Thophile a toujours pass pour solide; il n'a jamais cependant pris de

    ventre,

    et s'est conserv tel encore que nous le connaissions. Nos vtements

    triqus

    sont si absurdes, que l'Antinos, habill d'un habit, semblerait norme,

    comme

    la Vnus, habille d'une robe moderne: l'un aurait l'air d'un fort de la

    halle

    endimanch, l'autre d'une marchande de poisson. L'armature colossale du

    corps de

    notre ami (on peut le dire, puisqu'il voyage en Grce aujourd'hui) lui

    fait

    souvent du tort prs des dames abonnes aux journaux de modes; une

    connaissance

    plus parfaite lui a maintenu la faveur du sexe le plus faible et le plus

    intelligent, il jouissait d'une grande rputation dans notre cercle, et

    ne se

    mourait pas toujours aux pieds chinois de la Cydalise.

    En remontant plus haut dans mes souvenirs, je retrouve un Thophile

    maigre...

    Vous ne l'avez pas connu. Je l'ai vu, un jour, tendu sut un lit, - long

    et

    vert, - la poitrine charge de ventouses. Il s'en allait rejoindre, peu

    peu,

    son pseudonyme, Thophile de Viau, dont vous avez dcrit les amours

    panthistes,

    - par le chemin ombrag de l'Alle de Sylvie. Ces deux potes, spars

    par deux

    sicles, se seraient serr la main, aux Champs Elyses de Virgile,

    beaucoup trop

    tt.

    Voici ce qui s'est pass ce sujet:

    Nous tions plusieurs amis, d'une socit antrieure, qui menions

    gaiement une

    existence de mode alors, mme pour les gens srieux. Le Thophile mourant

    nous

    faisait peine, et nous avions des ides nouvelles d'hygine, que nous

  • communiqumes aux parents. Les parents comprirent, chose rare; mais ils

    aimaient

    leur fils. On renvoya le mdecin, et nous dmes Tho:

    - Lve-toi... et viens souper.

    La faiblesse de son estomac nous inquita d'abord. (Il s'tait endormi et

    senti

    malade la premire reprsentation de Robert le Diable.) On rappela le

    mdecin.

    Ce dernier se mit rflchir, et, le voyant plein de sant au rveil,

    dit aux

    parents: "Ses amis ont peut-tre raison."

    Depuis ce temps-l, le Thophile refleurit. - On ne parla plus de

    ventouses, et

    on nous l'abandonna. La nature l'avait fait pote, nos soins le firent

    presque

    immortel. Ce qui russissait le plus sur son temprament, c'tait une

    certaine

    prparation de cassis sans sucre, que ses soeurs lui servai