Notes sur les Guyanes française, hollandaise anglaise, et sur les Antilles françaises

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    19-Mar-2016
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Auteur : Alexandre Soleau / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antilles et de la Guyane. Bibliothèque Alexandre Franconie, Conseil Général de la Guyane.

Transcript of Notes sur les Guyanes française, hollandaise anglaise, et sur les Antilles françaises

  • MANIOC.org Bibliothque Alexandre Franconie Conseil gnral de la Guyane

  • MANIOC.org Bibliothque Alexandre Franconie Conseil gnral de la Guyane

  • NOTES SUR

    ES GUYANES FRANAISE,

    HOLLANDAISE, ANGLAISE, ET SUR

    LES ANTILLES FRANAISES

    ENNE, SURINAM, DEMERARY, LA MARTINIQUE LA GUADELOUPE)

    MANIOC.org Bibliothque Alexandre Franconie Conseil gnral de la Guyane

  • MANIOC.org Bibliothque Alexandre Franconie Conseil gnral de la Guyane

  • NOTES SUR

    LES GUYANES FRANAISE, HOLLANDAISE, ANGLAISE,

    ET SUR

    LES ANTILLES FRANAISES

    (CAYENNE, SURINAM, DEMERARY, LA MARTINIQUE,

    EXTRAIT DES ANNALES MARITIMES. ANNE 1835.

    PARIS, DE L'IMPRIMERIE ROYALE.

    M DCCL XXXV,

    MANIOC.org Bibliothque Alexandre Franconie Conseil gnral de la Guyane

  • NOTES SUR LES GUYANES FRANAISE,

    HOLLANDAISE, ANGLAISE,

    ET SUR LES ANTILLES FRANAISES

    (CAYENNE, SURINAM, DEMERARY, LA MARTINIQUE,

    LA GUADELOUPE .

    Depuis cinq ans que j'ai quitt la France, les circonstances m'ayant amen Cayenne et permis de visiter deux colonies trangres qui en sont voisines, Surinam et Demerary, j'ai voulu, avant de rentrer dans ma patrie, parcourir les deux seuls autres pays que nous possdions dans cette partie du monde, la Martinique et la Guadeloupe, afin de bien con-natre nos possessions de l'Amrique, et pouvoir les comparer aux colonies trangres que j'avais vues.

    La prosprit de nos colonies est lie celle de notre com-merce maritime : rechercher les causes qui peuvent la faire ou avancer ou retarder; apprcier le sort d'une population de deux cent mille esclaves, et ce qu'on pourrait faire pour l'am-liorer, ne sont pas des questions oiseuses et indignes de tout intrt. Si, parmi beaucoup d'erreurs que j'ai peut-tre com-mises involontairement, il se trouvait une seule observation qui pt tre utile, mon but serait atteint, je ne regretterais pas les peines et les fatigues de pareils voyages.

    1 Ces notes font partie d'un mmoire plus tendu remis au ministre de la marine, par M. Solead.

  • ( 6 )

    CAYENNE.

    Je commencerai par la Guyane franaise, qui est le pays o j'ai sjourn la plus grande partie du temps que j'ai pass hors

    de France. Cette colonie, que par la nature de mes occupations j'ai t

    forc de parcourir en tous sens, est, sous le rapport du sol, la plus belle que nous possdions ; mais des causes nombreuses ont jusqu' ce jour empch ce pays de devenir florissant.

    Les principales sont : 1 Le grand nombre de propritaires entre lesquels se

    trouve partage la petite population esclave de la Guyane : il en rsulte que ia majeure partie de cette population, employe un service personnel, ne produit rien pour l'exportation.

    2 La position des trois quarts de la population dans les terres les moins fertiles de a colonie.

    3 La dissmination sur un vaste territoire d'tablissements qui, isols les uns des autres, ne jouissent d'aucun des avan-tages que prsente l'agglomration des masses, o la division du travail seule est une cause de prosprit; ce qui force le colon exercer depuis l'tat' de mdecin jusqu' celui plus

    humble d'ouvrier. 4 L'insalubrit de toutes les habitations de ia colonie.

    Cette dernire cause sera peut-tre admise avec peine; car on regarde maintenant la Guyane comme la plus salubre de nos

    colonies. Aprs avoir dit de ce pays que c'tait un tombeau propre

    engloutir toute la population de la France, on l'a reprsent comme la plus saine de nos possessions occidentales; tant il est vrai qu'il est difficile de se dfendre de l'exagration dans un sens ou dans l'autre, et de rester dans le vrai.

    ' Ainsi on a jug de la salubrit de la Guyane, d'abord sur une expdition aventureuse, o des milliers de malheureux , conduits sur une plage noye, sans vivres, sans abris, ont tous

  • ( 7 ) peri en quelques mois, sans dire que la manire dont l'exp

    dition avait t excute en tait la cause. Maintenant on juge de la salubrit de la colonie sur la mor-

    talit d'un point, sur celle du chef-lieu, situ sur le bord de la mer, dans un endroit lev, rafrachi par les brises du large, et dont tous les marcages environnants ont t desschs, sans dire que partout ailleurs, sur les habitations, la mortalit est trois fois plus considrable.

    Le colon auquel sa position de fortune permet de sjourner presque toujours en ville, et qui ne va sur son plantage que par intervalles, se porte bien ; mais celui qui ne peut faire ainsi voit ordinairement sa sant ruine par les fivres : quelquefois un coup de soleil suffit pour le tuer en peu d'heures ; mais plus frquemment son sang se dcompose, une maladie de foie se dclare, et il en est trs-peu qui chappent ces causes de mortalit. Comment en serait-il autrement sur les plantages, lorsqu'on songera qu'ils sont sous la ligne, au milieu des grands bois qui retiennent les vapeurs et les miasmes s'exha-lant des marcages, qui forment les sept huitimes du sol de la Guyane franaise? Aussi ne voit-on pas dans cette colonie d'an-ciennes familles; il n'est peut-tre pas un seul nom qui ait soixante ans d'existence : si la population se maintient, c'est par l'arrive d'Europens. On concevra facilement comment alors la population esclave est en dcroissance, et comment les mortalits excdent les naissances de trois quatre pour cent, sans que pour cela on soit en droit d'en faire un sujet de re-proches au colon, dont ce rsultat semblerait au premier abord prouver l'inhumanit.

    Remarquons bien que si l'esclave de Cayenne n'est pas aussi heureux qu'aux Antilles franaises, et est sujet un grand nombre de maladies qu'on ne trouve presque pas ailleurs, telles que la lpre, l'lphantiasis, etc., il faut attribuer les maladies qui l'accablent l'insalubrit du climat, et le peu de bonheur dont il jouit, au dfaut d'agglomration des individus, qui, l'empchant d'amliorer son sort par son travail, ne lui offre

  • ( 8 ) pas comme aux Antilles des marchs o il puisse trouver un dbit avantageux de ses produits. Remarquons bien que ce ne sont pas les mauvais traitements ni l'excs de travail qui nuisent la reproduction : ces causes peuvent tre influentes sur un nombre trs-minime d'habitations et non pas sur la gnralit. L'intrt du colon est d'tre humain, et l'humanit est deve-nue une ncessit; car, comment remplacer les travailleurs que l'on perdrait par une gestion cruelle? Htons-nous d'ajou-ter l'loge des colons de la Guyane, que, sur sept cents propritaires d'esclaves, dans l'espace de cinq ans, il n'y en a que deux dont la conduite ait donn lieu des poursuites cri-minelles.

    Ce n'est donc pas dans le rgime de l'esclavage que l'on peut trouver les causes de la diminution de population. Voici d'ail-leurs comment dans la Guyane les occupations des ateliers sont rgles.

    Depuis trs-longtemps on a calcul et essay quel tait le travail qu'un homme de force moyenne pouvait excuter dans sa journe sans se fatiguer; on a fait cette exprience pour toutes les natures de travaux qu'on excute habituellement sur les plantages ; on a fix en consquence les tches des ateliers.

    Maintenant on ne met aux travaux par tches rgles que les ngres trs-forts et ceux d'une force ordinaire; les ngres faibles forment ordinairement ce qu'on appelle le petit atelier, que l'on emploie des travaux qui ne sont pas suscep-tibles d'valuation et que l'on fait excuter sous la surveillance d'un chef noir; ce petit atelier travaille tant bien que mal toute la journe. Quant l'atelier de ngres forts et de ceux qui rentrent dans la classe moyenne, on mesure chaque es-clave , le matin, son travail de la journe, dont la quantit est rgle par l'usage : c'est lui l'excuter sa fantaisie.

    Il n'est par rare de voir le ngre un peu fort et qui emploie bien son temps finir son travail une heure de l'aprs-midi, et alors il peut, s'il veut donner un coup de main son cama-

  • ( 9 ) ade moins fort que lui, lui faire achever son travail. Tous deux sont libres deux heures de l'aprs-midi, le restant de la

    journe leur appartient. Mais si le ngre un peu fort ne veut pas aider le ngre plus faible, il peut tre quitte de son travail 'une heure, et le ngre d'une force ordinaire trois heures. Voil ce qui se passe le jour o l'esclave veut bien employer son temps.

    Le ngre laborieux peut donc disposer tous les jours de quelques heures, qu'il lui est loisible de consacrer soit la culture d'un jardin, soit toute autre occupation; tandis que le ngre paresseux se trouve puni par la ncessit o il est de rester toute la journe au plantage du matre, quand il n'em-ploie pas bien son temps, afin de finir la tche qui lui a t mesure le matin, et dont le manque lui attirerait le soir une punition proportionne au dficit, et l'exposerait peut-tre, si la paresse avait t trop grande, travailler pour le matre le jour de repos qui est donn l'esclave.

    II est facile de sentir tous les avantages de ce systme de travail, qui reprsente une espce de contrat entre le matre et l'esclave, par lequel le premier s'engage nourir, habiller, loger, soigner dans ses maladies, dans son enfance, dans sa vieillesse, l'esclave, qui, de son ct, doit donner, tous les jours de bonne sant, une certaine quantit de travail dter-min, et est ainsi l'abri du caprice et de l'arbitraire, soit du chef noir, soit du chef blanc qui dirige les travaux.

    Si ce contrat est observ des deux parts, n'y a-t-il pas s-curit complte pour les deux classes qui composent la colo-nie ? C'est dans son observation que repose le systme colo-nial; les devoirs du gouvernement consistent empcher qu'aucune classe ne se soustraie ces obligations.

    A Cayenne, le matre, au lieu de planter des vivres pour tous les ngres de son atelier, n'en plante que pour quelques-uns, pour ceux qui n'ont pas la raison de travailler le