Les icônes / Kurt Weitzmann, Gaiané Alibegasvili, Aneli ...· Paul Evdokimov, L'Art de l'icône,

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    Libert

    Les icnes / Kurt Weitzmann, Gaian Alibegasvili,0 10 7Aneli Volskaya, Gordana Babi , Manolis Chatzidakis,

    Mikhal Alpatov, Teodora Voinescu, Les Icnes, Paris,Fernand Nathan diteur, 1982, 418 p., abondammentillustr.

    Fernand Ouellette

    Volume 26, numro 5, octobre 1984

    URI : id.erudit.org/iderudit/30849ac

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    diteur(s)

    Collectif Libert

    ISSN 0024-2020 (imprim)

    1923-0915 (numrique)

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    Citer cet article

    Ouellette, F. (1984). Les icnes / Kurt Weitzmann, GaianAlibegasvili, Aneli Volskaya, Gordana 0 10 7Babi , ManolisChatzidakis, Mikhal Alpatov, Teodora Voinescu, Les Icnes,Paris, Fernand Nathan diteur, 1982, 418 p., abondammentillustr.. Libert, 26(5), 122129.

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    Tous droits rservs Collectif Libert, 1984

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  • LECTURE DU VISIBLE

    FERNAND OUELLETTE

    LES ICNES

    Kurt Weitzmann, Gaian Alibegasvili, Aneli Volskaya, Gordana Babic, Manolis Chatzidakis, Mikhal Alpatov, Teodora Voinescu, Les Icnes, Paris, Fernand Nathan diteur, 1982, 418 p., abondamment illustr.

    Etablissons immdiatement que l'icne, comme uvre artistique, ne peut tre dissocie de l'art byzantin. Et cet art est la plus haute contribution de Byzance la civilisation universelle. Il ne s'agit pas ici de marquer les tapes d'un art d'autant plus com-plexe et divers qu' partir de Constantinople (in-fluence par la Syrie et par les modles antiques) il se ramifie dans plusieurs centres depuis l'Italie jusqu' la Russie, en passant par le mont Athos et par le monas-tre Sainte-Catherine-du-Sina (o Franais et Italiens travailleront). Et si l'icne clbre de la Vierge, dite de Vladimir, est expose Vladimir en 1155, puis Moscou en 1395, pour devenir en quelque sorte une Vierge nationale copie travers le monde (la Notre-Dame-du-Perptuel-Secours de notre enfance n'a pas d'autre origine), elle fut tout de mme rapporte de Constantinople, alors centre artistique de la Mditer-rane orientale.

    Mais comment saisir cet art foncirement reli-gieux et liturgique sans recourir une lecture tholo-gique lmentaire?

    Tout d'abord, uoir le sens du symbole. Un tho-logien crit qu'il contient en lui la prsence de ce qu'il symbolise. Il remplit une fonction rvlatrice du sens et, en mme temps, s'rige en rceptacle expressif

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    de la prsence1. L'icne se nourrit du symbole pour devenir, selon l'expression de saint Jean Damascene, une thologie visuelle. Cet art de la foi n'a d'autre but que de proposer le visible de l'invisible. L'icne dsochifie, dmatrialise, allge mais ne dralise pas2. Les canons iconographiques transmis de sicle en sicle se fondaient sur des idaux et sur une vo-lont collective. C'est dans l'interprtation de ces canons que rside l'originalit d'un iconographe (Alpatov, p. 240). En Occident, ds la fin de l'art roman, avec Giotto, Duccio et Cimabue, surgira la subjectivit, laquelle entrane une rupture avec les canons de la tradition, et surtout un art qui ne sera plus intgr au mystre liturgique. (D'autant qu'on ignore l'iconostase, cette cloison qui spare la nef du sanctuaire des icnes.) Les anges prendront de la pesanteur et de la chair. L'art, n d'une certaine tradition, sera expuls du cleste. On ne peut plus parler d'un art imprgn par la langue sacre des symboles, mais plutt d'un art subjectif o un in-dividu vise exprimer son propre sentiment reli-gieux. Quand le connatre n'est plus une attitude d'adoration, une communion orante, la connaissance se spare de la contemplation3. Ce qui n'tait sans doute pas le cas de Fra Angelico. Puis, avec Picasso, Francis Bacon, l'homme perdra sa forme extrieure, comme l'avait prdit Dostoevski.

    Pour comprendre l'icne, il faut sentir la lumire. Car la lumire tend rvler. Ds le commencement, dit-on, elle est la manifestation la plus boulever-sante de la Face de Dieu4. Mme le fond d'or de la peinture s'appelle lumire. L'iconographe est un contemplatif de la Transfiguration. Il sait qu'il peint

    1. Paul Evdokimov, L'Art de l'icne, thologie de la beaut, Paris, Descle de Brouwer, 1981, p. 144.

    2. Evdokimov, p. 191. 3. Evdokimov, p. 69. 4. Evdokimov, p. 15.

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    beaucoup plus avec la lumire qu'avec les couleurs5.

    Mais il aura d'abord fallu que l'art byzantin sur-monte la Querelle des images. C'est partir de ce conflit clbre, qui divisait la Chrtient, que l'on a compris que ce n'est pas l'objet lui-mme qui est vnr, mais la beaut par ressemblance que l'icne nous propose, les ineffables clairs de la Beaut divine. Les images de la foi tracent, avec la matire de ce monde et la lumire thaborique, une toute nouvelle ralit o transparat lentement la figure mystrieuse du Royaume6. A vrai dire, l'Hypostase du Christ apparat sur l'icne. Et l'quilibre hirar-chique est toujours maintenu. Il n'y a pas d'art plus exigeant. Gogol crivait: Si l'Art n'accomplit pas le miracle de transformer l'me des spectateurs, il n'est qu'une passion passagre.

    A l'origine, l'icne utilise une varit de supports: bois, pierre, mtal, mme si on la considrera ult-rieurement comme une peinture sacre sur panneau de bois mobile. Mais de la mosaque monumentale (Sainte-Sophie, VIe sicle) au relief plat en marbre, l'mail cloisonn, toujours elle tend la spiritualisa-tion du corps. Et c'est principalement dans la peinture russe que la dmatrialisation de la forme humaine alla bien au-del des modles grecs. Les personnages devinrent extrmement allongs et une technique par-ticulire du pinceau leur donna en mme temps une apparence fantasmatique renforce par l'emploi de couleurs mystiques resplendissantes (Weitzmann, p. 10).

    Il faudrait souligner la multitude des thmes: Nativit, Crucifixion, Mise au tombeau, Christ Sauveur, Christ de majest, Trinit, Apocalypse, Vierge et enfant, Dormition de la Vierge, etc. La peinture occidentale a videmment t marque par la byzantine. (En regardant le Christ de Cimabue,

    5. Evdokimov, p. 160. 6. Evdokimov, p. 65.

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    Horence, dans Santa Croce, j'avais d'ailleurs l'im-pression de contempler une icne. Il serait intressant aussi de comparer la Piefa de Giovanni Bellini, au muse Brera de Milan, avec celle de Nicolas Tzafuris, Vienne. Les deux uvres sont contemporaines. Mais le fond d'or a disparu chez le Vnitien. Cepen-dant Bellini, plus jeune, avait t trs marqu par la vision orientale de la couleur et la spiritualit byzan-tine7.)

    Choisissons un thme: la Transfiguration du Christ. Ds le dbut, la composition se fonde sur cinq personnages: Elie, Mose et trois aptres, Pierre, Jacques et Jean. L'icne en mosaque de Constan-tinople (XHe-XIIIe sicle, Paris, Louvre) annonce l'uvre de Thophane le Grec (dtrempe sur bois, XVe sicle, Moscou). Mais l'uvre du Grec devient en quelque sorte le modle. Mme composition. Mme position des personnages. (On trouve ici un leitmotiv respectueux du texte sacr: Les disciples eurent trs peur.) Mais la lumire, nergie du Christ, a perdu, me semble-t-il, sa qualit illuminante et foudroyante chez le Cretois. Celui-ci s'loigne du tex-te. La gloire en amande ou la mandorle entourant le Sauveur est d'un gris pierreux et noir. Disparat le caractre de rvlation fulgurante si puissant chez le Grec. Les corps, dans leurs proportions, sont plus ralistes. Ils n'ont plus cette qualit d'une plastique peinte par Matisse, ni ces couleurs essuyes, non satures, qui font du Grec un peintre presque moder-ne. L'vidence d'une inspiration intense, presque tragique, s'est attnue. Mme le roc semble sculpt l'italienne. En somme le sens de la lumire se perd. Le Grec avait une vision. Le Cretois se rattache une tradition. Ainsi meurt souvent le gnie d'un art. La dperdition serait encore plus frappante si on s'at-tardait la Transfiguration de Valachie (XVIIe sicle,

    7. R. Palluchini, cit in Yves Bonnefoy, Terisio Pignatti, Giovanni Bellini, Paris, Flammarion, 1975, collection Tout l'uvre peint, p. 13.

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    Bucarest). Derrire le Christ la gloire en forme de disque est noire, et les rayons sont rouges.

    J'avais commenc d'voquer la Vierge de Vla-dimir. Chose tonnante, cette icne, du type de l'Elousa (Vierge de la Tendresse), rvle une repr-sentation de la Vierge qui parat intouchable, comme un portrait authentique toujours repris, jamais trahi, dans la tradition de Constantinople. Mais Constan-tinople elle-mme semble se rfrer une vritable tradition. L'image du visage rel de la Vierge parat avoir t conserve et transmise jusqu' elle. (On retrouve une tradition du mme ordre au sujet du Christ dont le visage est imprim sur le suaire de Turin. On a dit que depuis toujours cette image aurait t connue des artistes qui avaient repr-senter le Christ, qu'elle aurait t transmise de matre disciple.) L'historien Henri Stern affirme qu'une icne est cense montrer les traits authentiques et l'iconographie officielle de ses modles8.

    La Trinit de l'Ancien Testament, Andrei Roubliov (Andr Roublev), dtrempe sur bois, dbut du XVe sicle. Icne parfaite entre les icnes, comme la Vierge de Vladimir.