La paysannerie marocaine - · PDF filepremier lieu la vaste plaine de Marrakech, dite le...

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  • LA PAYSANNERIE

    MAROCAINE

  • Centre de Recherches sur l'Afrique Mditerranenne Section Moderne et Contemporaine

    LA P A Y S A N N E R I E

    MAROCAINE

    p a r

    Julien COULEAU I n g n i e u r A g r o n o m e

    ditions du Centre National de la Recherche Scientifique 15, quai Anatole-France - PARIS VII

    1968

  • PUBLICATIONS DE LA SECTION MODERNE ET CONTEMPORAINE

    du Centre de Recherches sur l 'Afrique Mditerranenne Facult de Droit 13 - Aix-en-Provence

    Centre National de la Recherche Scientifique, Paris, 1968

  • CHAPITRE PREMIER

    I N T R O D U C T I O N A U M A R O C R U R A L

    UN PAYS, UN CLIMAT, DES TRIBUS

    Le Maroc dont il sera question ici, n'a point pour limites celles qu'ont pu assigner ce pays diverses considrations de son histoire. Le Maroc de ces pages sera surtout celui des terres vraiment hospi- talires, peuples sans discontinuit spatiale, et ayant pour limites du ct du continent africain, celles qui marquent la disparition des conditions de la vie paysanne. Quand venant des pays europens tem- prs, on s'en va vers le Maroc travers l'Espagne, on observe l'ordon- nance que la vie campagnarde impose sans dfaillance aux paysages. Mais en traversant le Maroc d'un bout l'autre, insensiblement cette ordonnance s'efface, se dissout devant la monte d'une force incoercible, celle du terrible Sahara, o l'homme poursuivi par les maldictions des forces de la Nature, erre ou se cache, et dnonce en consquence le pacte d'amiti avec cette Nature. Nous arrterons donc notre Maroc avant que cette dernire influence ne soit dfinitivement crasante, c'est--dire que nous atteindrons nos limites aux zones des montagnes et aux zones des steppes immenses, o l'occupation des territoires par l'homme n'est dj plus que clairseme dans l'espace et dans le temps.

    Cette dfinition d'un Maroc en quelque sorte campagnard, pourrait au premier abord faire admettre ce pays comme uniquement dter- min par les facteurs de son climat, facteurs qui prennent ici l'allure d'une lutte infiniment recommence entre l'influence des mers et ocans d'un ct et l'influence du continent saharien de l'autre. Ce serait admettre que les lments de la nature tant ce qu'ils sont, l'emprise humaine dtermine l'avance par des facteurs qui pr- existaient elle, ne pouvait, ds lors, revtir qu'un seul aspect. Nous savons que cela n'est point et que le Maroc, enclos dans ses donnes

  • naturel les , reclai t en potent ie l comme n ' impor te quel au t re pays, p lus ieurs formules de civilisations rurales , p lusieurs formules possibles au gr du gnie et du t e m p r a m e n t par t icul ier des peuples que l 'histoire pouva i t ven tue l l ement faire a r r ive r ses terres. Tel qu' i l est au jou rd ' hu i donc, le Maroc r u r a l reprsen te l 'une de ces formules et p robab lemen t u n compromis en t re p lus ieurs d 'en t re elles. Mais cela ne saura i t minimiser l ' influence capitale que peuven t avoir les donnes na ture l les du pays s u r ce qui finit p a r tre, un jour , le cont ra t en t re l ' homme et le sol. Nous pensons au contra i re que l 'on ne peu t r end re compte de ce cont ra t qu ' en considrant tout d 'abord ce que sont, dans la cont inui t du temps, les conditions naturel les . Ensuite, nous essayerons de comprendre ce qui, dans ce contrat , const i tue l ' appor t personnel de l 'homme.

    L E M A R O C P H Y S I Q U E

    Phys iquement , le Maroc est u n pays de t e r res re la t ivement hautes. Schmat iquement , c'est u n ensemble de p la teaux de que lque deux cents k i lomt res de large en sa plus g rande largeur , s ' tendant le long de l 'Ocan At lan t ique , en avan t d 'un mouvemen t mon tagneux puissant, le systme de l 'Atlas.

    P lus en dtail, les choses sont u n peu plus complexes. U n r a m e a u du sys tme m o n t a g n e u x tou t d 'abord, se dtache au Nord du pays p o u r fo rmer une chane ctire paral lle a u r ivage de la Mdi te r rane : c 'est l 'ensemble des pl issements du Rif, prolong jusqu ' au voisinage de l 'Algrie p a r les monts de Beni-Snassen. Le versan t Sud du Rif se rsout en un sys tme compliqu de collines argileuses, qu 'on ne saura i t appeler a u t r e m e n t q u e le Pr-Ri f puisqu ' i l ne por te pas de nom dans la gographie locale, collines qui finissent pa r s ' ta ler compltement j u squ ' fo rmer une zone dpressionnaire, marcageuse , le Gharb. C'est l la seule vraie basse t e r r e que recle le Maroc; mais elle mr i te d ' t re re tenue , tan tdonn son tendue et son potentiel agricole.

    Tou t le res te du Maroc, nous voulons dire l 'ensemble des hau tes te r res comprises en t re l 'Atlas e t l 'At lan t ique t r adu i t l 'existence fonda- menta le d ' un norme socle de roches d 'poque primaire , au relief compl tement us ds la fin de cet te poque. Ce socle fut la rgement recouver t pa r plaques, de sdiments calcaires des poques gologiques postr ieures , sdiments rests hor izontaux ou presque. De l, les

  • pla teaux indiqus plus haut , au relief nu l ou faible, mais d 'a l t i tude croissante depuis les zones basses, para l l lement l 'At lant ique, j u squ ' plus de 1 000 mt res l 'avance la plus ex t r me de ces p la teaux vers l ' in tr ieur du pays. Ainsi les pays des Chouia, Doukka la , Abda , A h m a r qui font p lutt figure de plaines, e t les p la teaux du Tadla, de Mekns, de Fs, etc...

    Na tu re l l emen t ces p laques calcaires ne p u r e n t s ' instal ler s u r les zones o le relief du socle pr imaire , tou t us qu ' i l fu t alors, p rsen ta i t encore une apprciable al t i tude. De l que les massifs m o n t a g n e u x de roches pr imaires , schistes et quarzi tes, pointent encore et l hors de l 'ensemble des p la teaux calcaires. Tels sont tou t d ' abord le g rand ensemble mon tagneux du cent re du Maroc occup p a r les t r ibus Zem- mour , Bouhassoussen et Zaan, le massif du Kha toua t , qui ser t d 'ar- r i re p lan au pays des Chaoua , le Jebe l L a k h d a r et les S k h o u r s (1) des Rehamna, enfin les Jebi let , longue r ide rocheuse a t te ignant 1 000 mt res d 'alt i tude, qui enser re en t r e elle e t l 'Atlas la g rande plaine de Marrakech .

    Ail leurs ce sont les sdiments de ces p la teaux calcaires qui, t rop minces, ne su ren t rsis ter l 'rosion. Ils d i spa ru ren t compltement . De vastes zones de relief en c reux se fo rmren t s u r les rebords des pla- teaux, dpressions o les roches du socle p r ima i re de n o u v e a u dnudes , se r e t rouva ien t l 'air libre, aux prises avec l 'rosion. L a plus saisis- sante de ces cuvet tes d 'rosion est celle qui l imite au N o r d le p la teau du Tadla et l ' a r r i re pays des Chaoua. Ces tendues a u relief n u l bien que d 'apprciable a l t i tude (1 032 m, au Jebe l Hallouf) se t e r m i n e n t net pa r une sorte de falaise, non point faite d'boulis, mais des argiles rouges sous-jacentes (permotr ias) . P lus bas se dveloppe une sorte de plaine peu vallonne, en t recoupe de po in tements de roches du res et pr imaires . C'est la Goara , le creux. S u r le m m e type, se p rsen te la H a d r a , la descente des S r a r h n a et des R e h a m m a , ainsi que l 'Hadarouch (forme be rb re du mot had ra ) du Moyen Atlas : le bien connu paysage d'I to .

    Le m m e systme de destruct ion des const ruct ions gologiques, en d 'au t res endroi ts des p la teaux calcaires ne donna naissance qu ' des valles profondes creuses pa r les r ivires o, l encore, les roches pr imaires rapparaissent , tapissant les fonds des valles et o rdonnan t u n relief bu r in ju squ ' l ' ex t rme complicat ion qu i cont ras te t range-

    (1) Skhour, pluriel de Sekhra, rocher sortant de terre. Ceux des Rehamma forment de longues crtes rocheuses dominant le pays d'alentour de plusieurs centaines de mtres.

  • m e n t avec l 'absolue uni formit des assises gologiques horizontales dans lesquelles elles sont sculptes.

    Tels sont les pays des Zars, d ' une par t ie des Z e m m o u r s et du N o r d de la Chaoua; le pays de Rabat , en un mot.

    P o u r compl ter cette esquisse d 'a rchi tec ture gnrale, ment ion- nons les plaines de p imont qui raccorden t de l eurs remblayages d t r i t iques les flancs des hau tes montagnes au res te du pays. Citons en p r e m i e r lieu la vaste plaine de Marrakech , dite le Haouz (les envi- rons , sous-en tendu de la capitale) dra ine pa r l 'Oued Tensift, la plaine plus vas te encore du Tadla, dra ine pa r l 'Oum el Rebi, le Souss enfin, pr is en t r e l 'Atlas e t l 'Ant i -Atlas et dra in pa r l 'Oued du mme nom.

    Il convient enfin de ci ter les format ions rcentes et en par t icul ier le cordon duna i r e qui s ' tend tou t au long d u r ivage a t lant ique de Tange r j u squ ' Mogador et qui r e p r e n d au-del d 'Agadir . Ces dunes qui peuven t a t t e indre 100 mt res de haut , ont form pa r consolidation, diverses vagues de collines grseuses qui abr i t en t et l de minces plaines ctires ou fonds de valles sablonneuses qui jouissent d 'un cl imat d 'une douceur exceptionnelle. Elles abr i ten t quant i t de mara - chage. En t re K n i t r a et Moulay Bousselham, le cordon duna i re bouche l ' exutoi re de dra inage d 'une immense plaine basse, le Gharb , dont l 'a l t i tude s 'lve peine que lques mt res au-dessus du n iveau de la mer , parfois m m e jus te u n mt