1re Partie - Miages-Djebels · effectuant son service militaire au cours des opéra-tions de...

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  • 1re Partie

    CHAPITRES 1

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    Pages 1 128

  • Avec laimable autorisation de Roger Enriaet le concours bnvole de Paul Bocquet,

    dition numrique ralise par :

    Lassociation Miages-djebels484, chemin du Poirier

    74170 [email protected]

    Octobre 2011

    1re dition format livre en 1992 (puise)

  • Incorpor au 27me BCA Annecy, en Mars 1958, admis lcole dInfanterie de Cherchell en Algrie,il rejoindra le 27 en Kabylie de janvier 1959 mai 1960 avec le grade de sous-lieutenant (cf. : Mon poste en Kabylie).

    Dcor de la valeur militaire, lauteur franchit les diffrentes tapes de la Rserve Arme de Terre et

    reoit les insignes de la Lgion dHonneur en 1981.

    Actuellement cadre la Direction Rgionale de France Tlcom Rhne-Alpes, et galement Conseiller

    Rserves du Commandant de la Lgion Gendarmerie Dpartementale Rhne-Alpes avec le grade de

    colonel, Roger Enria rside Rilleux-la-Pape prs de Lyon.

    Son esprit de collectionneur, ses activits associatives dancien combattant, ses relations amicalistes

    dancien chasseur, sa volont de rechercher la vrit auprs des tmoins et dans les documents quils

    dtiennent, lui permettent de relater dans les moindres dtails sous un angle nouveau et honnte, les

    vnements dun conflit que notre pays a d affronter.

    N Chazey-Bons dans lAin, Roger ENRIA entre dans les PTT en 1955.

    L auteur

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  • Lauteur ..................................................................................................................................2

    Sommaire ..............................................................................................................................3

    Avertissement de lauteur ...................................................................................................4

    Prface du prsident Estragnat ..........................................................................................5

    Avant-propos .................................................................................................................... 6-7

    Chapitre 01 : La Toussaint sanglante (1954) ............................................................................9

    Chapitre 02 : Orgueilleuse Kabylie (1955) .............................................................................16

    Chapitre 03 : Les Alpins en Kabylie (juin/dcembre 1955) .........................................................25

    Chapitre 04 : Un hiver au pays (janvier/avril 1956) ....................................................................34

    Chapitre 05 : Un t kabyle (mai/septembre 1956) .....................................................................45

    Chapitre 06 : Les Chemins difficiles (octobre 1956/janvier 1957) ................................................53

    Chapitre 07 : Les combats de la pacification (fvrier/aot 1957) .............................................62

    Chapitre 08 : Ceux de Mahagga (septembre/dcembre 1957) .....................................................72

    Chapitre 09 : Deux ans dune Vie (janvier/mars 1958) ...............................................................82

    Chapitre 10 : Les harkis de lIdjeur (printemps 1958) ...............................................................91

    Chapitre 11 : Les chemins du renouveau (juin/dcembre 1958) .............................................105

    Chapitre 12 : Les bijoux de lAkfadou (janvier/mai 1959) .......................................................115

    Chapitre 13 : Tabourt et Igrane (juin/aot 1959) ....................................................................129

    Chapitre 14 : La Sidi-Brahim Iffigha (septembre/dcembre 1959) ..........................................141

    Chapitre 15 : Les coliers dHaoura (janvier/fvrier 1960) .......................................................152

    Chapitre 16 : Commando de chasse (mars/avril 1960) ...........................................................161

    Chapitre 17 : Les enfants du rebelle (mai/juillet 1960) ...........................................................171

    Chapitre 18 : Embuscade Tabouda (aot/dcembre 1960) ....................................................180

    Chapitre 19 : Limpossible dilemme (1961) .........................................................................192

    Chapitre 20 : Appliquez Gentiane (mai/dcembre 1961) ......................................................201

    Chapitre 21 : Beaucoup sont tombs (1962) .......................................................................210

    Annexes .......... ..................................................................................................................224

    Sommaire

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  • Retracer la guerre dAlgrie nest pas mon inten-tion. Des crivains clbres, des historiens lont fait avant et mieux que moi.

    Mon but se borne seulement raconter et faire re-vivre le plus fidlement possible la vie simple, rude et souvent dangereuse des combattants constitus pour la plupart dappels du contingent, et en parti-culier des chasseurs du 27me BCA (Bataillon auquel jappartenais) de 1955 1962 en KABYLIE.

    cart de tout but politique, le rcit qui va suivre nest pas non plus un roman.

    Jai vcu moi-mme une partie de ces vnements et approch de trs prs les tmoins de cette poque. Les rcits signs par leurs auteurs apportent le dtail vcu lauthenticit des faits.

    Chacun a connu sa guerre travers ses propres expriences, et jai cru bon vous faire partager ces souvenirs afin de donner une vision de ce qutait

    durant cette priode la vie dun jeune de 20 ans effectuant son service militaire au cours des opra-tions de maintien de lordre en Algrie.

    Ceux qui ont connu cette ambiance retrouveront avec motion leur vie quotidienne, passe dans une atmosphre pnible et incertaine.

    Il est temps de lui donner sa noblesse et son sens exact. Que ceux qui nont pas vcu cette poque trouvent ici un moyen de sinformer, au travers de la tche accomplie.

    Je remercie toutes les personnes et organismes qui ont apport leur autorisation, leur documentation, leurs photos, leur reportage, leur tmoignage, ainsi que les anonymes du bulletin de liaison ADRAR pour que se ralise cet ouvrage qui ne se veut pas exhaustif.

    Merci aussi mon pouse Simone qui a largement contribu la ralisation de ce volume.

    AVERTISSEMENT DE LAUTEUR

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  • PRFACE

    Prs de 30 ans aprs la fin de la guerre dAlg-rie, lheure est venue avec le recul du temps et pour tous ceux qui ont attendu sagement, de livrer au domaine public le tmoignage authentique des douloureux vnements quils ont vcu sur place.

    Cest avec plaisir et motion que je salue la publica-tion dun ancien dA.F.N. ayant servi dans les rangs du 27me Bataillon de Chasseurs Alpins de 1958 I960, et qui nous rapporte avec sincrit la vie des units ayant particip de 1955 1962 aux oprations communes menes en Grande Kabylie.

    Les acteurs, en majorit des appels du contingent, mritent que leur vie quotidienne voie le jour.

    Lauteur a su exposer ce que fut leur prsence pas seulement militaire avec le souci de la vrit histo-rique jusque dans le moindre dtail : prsentation des forces en prsence, contexte politique, cons-quences des directives appliques sur le terrain, chronologie des vnements agrmente de repor-tages journalistiques dpoque, tmoignages ac-tuels, documents ethnographiques et nombreuses photos illustrant le texte.

    Un ouvrage qui se lit comme un roman et qui pas-sionnera non seulement ceux qui ont vcu ces vnements, mais galement le lecteur grand public, aux yeux duquel il a valeur de tmoignage.

    Si lauteur nous relate bien sr les vnements mi-litaires, une large place est consacre luvre de pacification, grande particularit de cette campagne que remplissait le bataillon pour la premire fois de son histoire, cette mission de caractre civil mene dans des circonstances exceptionnelles, apparait tout au long du rcit, mle aux dangers des annes chaudes, jusquau cessez-le-feu marqu par le retrait des troupes et le rapatriement des frres darmes avec leurs familles.

    Je remercie Roger Enria davoir eu le courage de mettre au grand jour ce prcieux document histo-rique et le flicite davoir fait revivre avec une rare originalit cette priode qui prend dsormais rang dans lhistoire.

    Antoine ESTRAGNATPrsident de lAmicale des Anciens des 27-67-107me B.C.A.

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  • Avant 1950, lAlgrie constituait une partie de lAfrique romaine (bon nombre de ruines en tmoignent) dont le visage latin et chrtien sera pro-gressivement arabis et islamis la suite dinva-sions arabes aux VII et VIIIme sicle puis Xlme sicle. Au Xllme sicle les paysans vivent dans les mas-sifs montagneux (Aurs, Kabylie) o ils ont trou-v refuge. Ce sont les seuls ne pas parler arabe. Au XVIme sicle les Turcs occupent la rgion qui constitue lAlgrie.

    Ds 1830 sopre la conqute franaise avec ouver-ture du pays aux colons de toutes origines ds 1848, date laquelle lAlgrie est proclame territoire fran-ais. Par stades successifs, du conseil municipal la reprsentation lAssemble Nationale, lAlg-rie sintgre dans la vie franaise. Et en 1956 Men-ds France rend lindpendance aux protectorats de Tunisie et du Maroc, sa dclaration est sans ambi-gut : lAlgrie cest la France (dclaration reprise par le Ministre de lIntrieur, Franois Mitterrand).

    Sur 10 millions dhabitants on compte 1 Europen pour 8 Musulmans. 8/10 des Europens sont ns en Algrie et parlent franais ; ils sont colons, artisans, pcheurs ou fonctionnaires et ont fait souche dans le pays. La scolarisation et linstruction font que les

    Musulmans sintgrent cette population compose galement dIsralites franais depuis 1870.

    Les Musulmans nont pas dunit ethnique : l-ments berbres isols dans lAurs ou la Kabylie o ils conservent une puret ancestrale, ailleurs une race brasse par diffrentes invasions.

    Tire du coran, la loi musulmane gouverne la vie prive, publique et religieuse du croyant dans une structure sociale de type patriarcal, cependant que llite intellectuelle est imprgne des ides fran-aises de libert et de dmocratie.

    Les Mozabites de Gardaa tiennent les commerces dalimentation des villes.

    Au moment o sa lgitimit est mise en cause, il est bon de rappeler brivement luvre de la France en Algrie : aucune atteinte nest porte aux droits des popu-

    lations autochtones qui restent soumises, sauf vo-lont expresse des individus, au droit musulman et aux coutumes kabyles en ce qui concerne le sta-tut personnel. ce statut personnel correspondent des droits politiques acquis en 1944 pour tous les musulmans.

    La cellule de base est constitue par le douar sorte

    AVANT PROPOS

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  • de vaste circonscription. Plusieurs douars forment une commune mixte destine voluer en divers lments constitutifs qui deviendront communes de plein exercice ou en ville centres municipaux . Le centre municipal sadministre lui-mme. La commune de plein exercice est administre par un conseil municipal.

    Lchelon administratif suprieur est le dparte-ment .

    Enfin, l Assemble Algrienne gre les intrts propres de lAlgrie en accord avec le Gouverneur Gnral reprsentant le gouvernement de la rpu-blique en Algrie, laquelle est reprsente par ses dputs lAssemble Nationale. Dans toute cette organisation viennent se greffer les notables, issus danciennes familles constituant des intermdiaires irremplaables.

    Luvre conomique est laspect le plus connu de la prsence franaise en Algrie : terres incultes enri-

    chies, amlioration des cultures existantes, crations industrielles en vue demployer de la main duvre, dveloppement du march intrieur, le tout avec laide financire conomique et sociale de la mtro-pole, qui seule peut combler le gouffre qui apparat dans le budget de lAlgrie.

    Cependant, une partie de la masse musulmane en accroissement constant reste impermable notre civilisation et nos murs ainsi qu lesprit de tol-rance de loccident auquel sopposent les impratifs simples et concrets de lIslam.

    La fraternit religieuse devient fraternit raciale et engendre un climat idologique favorable au na-tionalisme. Un sentiment de supriorit spirituelle spare alors Europens et Musulmans qui, propa-gande aidant, se sentent coloniss .

    La rserve passive des autochtones se transforme alors en rserve hostile et les premiers actes de ter-rorisme se dclenchent.

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  • CHAPITRE 1

    1954 - LA TOUSSAINT SANGLANTE ET SES CONSQUENSES

    Choses et gens de Kabylie

    Depuis le costume jusqu la manire de se congratuler, il nest pas un fait ou un geste qui ne nous tonne chez nos voisins ka-byles, le nouveau venu est tout fait dconcert. Puis avec les mois, sa curiosit faiblit et bientt, rien ne le frappe plus, laccou-tumance est ici nfaste. Si nous savons tre attentifs, ce contact trs rapproch avec une civilisation si diffrente de la ntre peut nous fournir loccasion unique de confronter deux mondes aux antipodes lun de lautre.

    Ainsi, pour nous, la valeur qui fonde les lois et les institutions sappelle individu ou personne. Chez les Kabyles ou contraire, la cellule familiale, le clan, sont la base de la vie sociale. Il nexiste pas dans la langue dexpressions traduisant un par un ou quelques-uns . Ce qui compte, cest lentit sociale : la famille, le clan, le village, la tribu.

    Comme dans toute socit primitive, il ny a pas de loi dictant que le vol, le mensonge, lassassinat ou les exactions sont rpr-hensibles. Ces actes sont neutres et ils ne prennent une connota-tion morale que dans la mesure o ils sappliquent aux intrts de la communaut : sil est condamnable de voler un hte qui a reu lhospitalit du village, il est normal de dtrousser un voyageur. Comme ils le disent eux-mmes, les jeunes gens deviennent faci-lement des hommes de la nuit , des voleurs qui restent impunis tant que leurs activits sexercent au dtriment des villages et des clans adverses. Lorganisation du village sappuie sur les anciens et les castes professionnelles qui se transmettent hrditairement leur savoir : lart du fer restera lapanage des forgerons et aucun autre enfant ne pourra apprendre ce mtier.

    La place de la femme dcoule tout naturellement de ces prin-cipes. On dira symboliquement que ne pouvant labourer, elle ne pourra pas tre propritaire foncier et naura pas le droit dhri-ter de ses ascendants. Cependant, on lui reconnat vie le droit

    dexistence dans les maisons de ses frres. De mme, au moment de son mariage, la jeune fille kabyle emporte en bijoux dargent et en toffes, plus de richesses que nen recevront ses frres en par-celles de terrain. Ainsi les femmes kabyles ont-elles leur place, une place de choix, laquelle elles ont la sagesse de se tenir .

    Il nen demeure pas moins que le groupe humain le plus res-pect est celui des chefs de famille, surtout lorsquils ont de nom-breux fils. Ce dsir de laisser une descendance mle nombreuse favorise la natalit et rend ncessaire lmigration des jeunes gens et des hommes. Mme aujourdhui, la notorit dune fa-mille se calcule, comme le veut un proverbe, daprs le nombre de fusils quelle peut mettre aux fentres .

    La vie dun village : le chef de village sentretient avec un ancien,une fillette descend la fontaine,

    une femme monte de la terre dos de mulet pour son jardin

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  • Les premiers actes de terrorisme gnralis ont t dclen-chs en Algrie au 1er novembre 1954. La simultanit des actes faisait apparatre que lon se trouvait en prsence dun mouvement concert tendu lensemble du territoire algrien, sans possibilit de pouvoir en fixer exactement lampleur. Au ma-tin du 1er novembre, on croyait une vritable insurrection en Grande Kabylie alors que laction terroriste consistait en divers sabotages de lignes tlphoniques, douvrages dart, routiers et ferroviaires et de grosses entreprises prives, alors que des gendarmeries, tablissements militaires et quelques fermes iso-les taient assaillis. Les terroristes nont pas obtenu les rsultats escompts, par contre ils ont dvoil les grandes lignes de leur organisation permettant larrestation de nombreux hommes de main.

    Sous la rubrique quest-ce que lAlgrie , dune petite bro-chure qui tait remise aux militaires du contingent, on peut lire : II y a dabord lAlgrie des villes, un ensemble de ralisations modernes, bti de toutes pices par la France l o 130 ans avant il ny avait rien : 25 000 km de routes grande circulation, 21 ports modernes, dont 3 trs actifs, 38 arodromes, dont 3 internatio-naux, 11 grands barrages, un rseau ferroviaire de 4 350 km et 16 000 km de lignes tlphoniques.

    Il y a ensuite lAlgrie du bled, avec ses communauts qui vi-vent encore dune manire presque primitive, non sans grandeur parfois, mais le plus souvent dans une pauvret qui contraste, plus fortement encore que dans les pays europens, avec la modernisation trs rapide des villes. Il sagit ici encore dun des abcs de ce mal qui ronge la terre entire : celui des peuples sous-dvelopps face aux peuples haut niveau de vie.

    Joint la brochure, le jeune soldat trouvait le mmento pour celui qui part en Algrie :

    Mmento pour celui qui part en Algrie

    EMBARQUEMENT A MARSEILLEPermissionnaires et recrues (arme de terre) destination de lAlg-rie doivent tous se prsenter au bataillon dhbergement de la base de transit militaire Mditerrane de Marseille, au camp Sainte-Marthe (en dtachements constitus : veille dembarquement avant 16HOO - permis-sionnaires, 36 heures au plus tard aprs la fin de la permission ). Camions en permanence la gare Saint-Charles ; tous passent par : Le bureau des entres (dtermination de lembarquement). Le bureau logement (numro de chambre au camp et tickets repas).Des permissions de demi-journe, de la journe, de nuit ou 24 heures, sont accordes pour Marseille selon la dure de sjour avant lembar-quement et les ncessits du service.

    DBARQUEMENTTous les militaires et marins qui dbarquent sont reus au port par des reprsentants du district de transit Alger, Oran ou Bne. Aprs visa des papiers (tats de filiation ou permissions), ils sont dirigs sur les centres dhbergement et mis en route le soir ou le lendemain selon les possibi-lits sur leur unit.

    Suivent ensuite divers paragraphes administratifs expliquant le rgime des allocations familiales et les barmes de solde. Un autre document sign du gnral commandant la 10me RM et adress au ministre des forces armes demandait lattribution dune prime de maintien de lordre substantielle et le gnral Cherrire concluait : Je dsire simplement que les hautes ins-tances dtenant le pouvoir financier soient persuades que nos jeunes soldats en service en Kabylie ou dans les Aurs exposent chaque jour leur vie et ne mnagent pas leur fatigue.

    Bientt, la lourde machine de larme franaise va sbranler. La guerre dIndochine finie, les troupes sont rapatries directe-ment sur lAlgrie ; le Ministre de lIntrieur envoie des renforts de mtropole.

    Parmi eux, le 27me bataillon de chasseurs alpins cr Roche-fort le 30 janvier 1871 pour prendre garnison en 1887 Menton, Cest l que le trouvera la premire guerre mondiale dans les sec-teurs les plus chauds de Lorraine et dArtois en 1914, la Somme et lAisne en 1916 o, au cours des assauts les plus furieux retentit son mle refrain : si vous avez des c... il faudra le montrer .

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  • Dcor de la Croix de Guerre 1914/1918 avec six palmes, deux toiles et une citation lOrdre de la Nation, le fanion du bataillon se voit attribuer le 12 novembre 1918 par le gnral Maudhui, la fourragre aux couleurs de la Lgion dHonneur. Peu de temps aprs Georges Clemenceau vient faire au 27 une visite person-nelle pour le fliciter de cette haute distinction. En souvenir de la visite du Tigre les chasseurs intgrent la silhouette de lanimal sur leur insigne. On retrouve le 27 en Europe Centrale en 1919, au Maroc en 1925.

    Cest en 1922 quil sinstalle Annecy qui, aujourdhui encore demeure sa garnison de tradition. Ds 1939 le bataillon rejoindra les thtres doprations des Vosges puis du Jura o il gagne sa septime citation lordre de lArme dans la valle de lAilette. Larmistice narrte pas le combat dans la clandestinit en 1942 et le geste des Glires consacrera les chasseurs dans la tradition de leurs anciens le 23 mars 1944. Lanne suivante les trouvera engags dans la difficile bataille des Alpes et tandis quils auront la joie de rentrer en vainqueurs en Autriche, une huitime citation accompagne de la Croix de Guerre 1939-1945 avec deux palmes viendra rcompenser les hauts faits de rsistance du 27me BCA.

    Rorganis et quip, le 27 sera parmi les premires units de mtropole rejoindre lAlgrie en 1955. Tout naturellement sa vocation montagne le dsignait pour la Kakylie comme troupe de secteur. Une exprience nouvelle pour les cadres et les chas-

    seurs, pour la plupart de jeunes savoyards peu prpars au dli-cat travail de pacification qui allait leur choir. Cependant tous, sans hrosme ostentatoire, mais au prix dun dvouement sans borne et dune disponibilit quotidienne tmoigneront dune ef-ficacit sans faille, payant le tribut du sang la guerre sans nom.

    Sur le terrain les alpins auront faire face des chefs myst-rieux et un mouvement structur : pour la plupart, les chefs his-toriques du Front de Libration Nationale viennent de lorganisa-tion spciale, une manation du Mouvement pour le triomphe des liberts et la dmocratie (MTLD) qui sera dmantele en 1950. On y trouve notamment Ben-Boulad, Boudiaf, Bitat, Boussouf, Ben-Tobbal, Didouche, Ben-Mhidi, Zirout, Mahsas. Dautres, comme le dput Khider, At-Ahmed ou Ben-Bella, lauteur du hold-up de la poste dOran en 1948, se sont rfugis au Caire. Et puis il y a les Kabyles : Krim Belkacem, condamn mort par la justice franaise qui tient le maquis depuis bientt sept ans et Omar Ouamrane, un sergent de larme franaise qui devient son second.

    Durant neuf ans, sur fond de lutte idologique ou partisane, ces personnages vont sentre-dchirer ; lappareil policier franais va en liminer plusieurs, dautres seront lamins lors du partage de lAlgrie en diffrentes zones dinfluence. Cest ainsi quils ne

    Le fanion du 27 prsent au cours dune prise darmes

    Insigne du 27me BCAet de la 27me Division Alpine

    Le fameux cor des chasseurs alpins

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  • seront plus que six lors de la runion prparatoire du 24 octobre 1954 : Ben-Boulad, Bitat, Boudiaf, Ben-Mhidi, Didouche et Krim Belkacem. Cest deux que va natre le FLN et lorganisation de la rbellion.

    Au fil des ans, le FLN se structurera en une lourde machine politique semi-clandestine. Il comprendra le comit national de la rvolution algrienne (CNRA), le comit de coordination et dexcution (CCE) et le bras arm de la rvolution : lALN. Lorga-nisation administrative couvre lensemble du territoire algrien y compris le Sahara. Elle comporte six willayas (Aurs, Constan-tine, Kabylie, Alger, Oranais et Sud). La Kabylie se trouve dans la willaya 3. Chacune delle est divise en Mintaqua qui correspond une ville, puis en Nahia (rgion) et en Kasmas (secteur) qui re-groupent environ une dizaine de villages.

    Larme de libration nationale est organise en units consti-tues et hirarchise ; elle est prsente tous les niveaux de la division administrative. Au plus petit niveau, les Kasmas sont galement contrles par une organisation politique adminis-trative (OPA) ou une organisation militaire (OPM) dirige par un chef politico-militaire (CPM) avec pour adjoint le commissaire politique (CP) sous les ordres duquel agissent des responsables locaux : lorganisation rurale et urbaine (ORU). LORU dun village est dirige par un comit des trois : le chef de front, le chef de refuge et le chef des mousseblines. Ce comit est charg de la collecte de limpt, de la garde, du terrorisme, du ravitaillement et du renseignement. Enfin, des agents de liaison vont de caches en maisons, sans connatre leurs chefs, pour transmettre toutes sortes de messages. Un strict cloisonnement rduit les risques de capture. Hormis la lutte arme, la collecte des fonds et des rensei-gnements constitue lessentiel des activits du comit. En 1958, dans un article intitul : la dme du FLN un journaliste du Dau-phin Libr qui venait de sjourner en Kabylie dans le secteur du 27me BGA mettait laccent sur ces activits :

    Fortuit (un officier SAS) mavait ramen vers son bureau et mavait fait dcouvrir le revers de la mdaille : Jai un secteur qui est parmi les plus pourris. Deux bandes gre-

    nouillent sur les crtes et elles viennent rgulirement harceler le poste. Le lendemain, il faut regagner le terrain sans pour au-tant abandonner le travail en cours : courrier faire, tat civil tablir, dossiers de la scurit sociale, chantiers ouvrir, man-dats payer.

    Chaque mois, il me passe pour dix quinze millions de man-dats entre les mains. Ils proviennent de la mtropole ou dAlger. Un bon tiers de cette somme tait immdiatement reverse au collecteur de fonds du FLN. La dme variait de 300 5 000 francs par mois selon les cas et venait grossir le trsor de guerre de la rbellion. Cela ne pouvait plus durer et nous avons institu le livret de caisse dpargne. Aux intresss je ne donne que lar-gent strictement ncessaire aux besoins quotidiens et je bloque le reste, je contrle actuellement 300 livrets qui atteignent la somme de quinze millions.

    Cest une loi qui, pour ne pas tre rgulire, a fait ses preuves. Elle donne la population un alibi valable en face des exigences de la rbellion mais elle ne saurait tre indfiniment une rgle de gouvernement.

    quoi, dans un autre bordj, le capitaine Bchet, un Thononais rtorquait : Sans doute, mais il faut voir plus loin que lobjectif immdiat.

    Cette faon dagir nous a permis de mettre fin certains abus. Ici, Makouda, un individu possdait une centaine de procura-tions et il tirait de ses services quelque 200 000 francs par mois. Jai obtenu que les destinataires, hommes ou femmes, se pr-sentent en personne lagence postale que jai ouverte... .

    En ce qui concerne le renseignement, un document confiden-tiel destin aux cadres de lALN confirme son importance : Pour obtenir des renseignements sur lennemi et ses agents, il nous importe de connatre ses mthodes et de trouver les moyens ap-propris pour : dtruire son rseau de renseignements, prserver le secret de notre organisation.

    MTHODES DE LENNEMI DANS LE RENSEIGNEMENT

    A) La premire, et de loin la plus importante, est celle de lob-servation. Lennemi observe et tudie notre mode de vie quoti-dienne, notre faon de nous habiller, nos dplacements etc... Des documents saisis par nous ont permis de connatre les mthodes de travail dun capitaine. Ds son arrive dans une rgion, il fait une tude aussi pousse que possible : lhistoire, la gographie, les murs et coutumes, les sentiments religieux, les croyances, les sentiments patriotiques, lducation et le travail, la manire de salimenter, de recevoir des invits, tout est minutieusement tudi. Ainsi, le capitaine peut comprendre la psychologie de la

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  • population et sentretenir avec chacun de ce qui lintresse par-ticulirement. Ensuite, la population et les biens de chacun sont soigneusement recenss. De cette faon, il peut sinformer de tout ce qui se passe chez nous ; constater ce qui est inhabituel et ainsi, essayer de connatre nos activits. Son principal but serait alors davoir sous son contrle toute la population et ainsi, pouvoir sur-veiller chacun de nous. Toutefois, cette mthode qui est de loin la plus efficace reste faible chez lennemi, il ne peut tout observer, ne vivant pas dans notre milieu. Cest pour cela que lennemi pos-sde dautres mthodes pour obtenir le renseignement.

    B) Patrouilles dobservation, fouilles et contrles : cette m-thode est inefficace parce que facilement repre.

    C) Agents et inconscients : lennemi voudrait venir dans notre milieu avec des prtextes quelconques (soins mdicaux) pour obtenir des renseignements de personnes bavardes ou impru-dentes. Cependant, sa scurit tant menace par ces visites, lennemi essaye dattirer le plus de population vers le poste sous les prtextes les plus divers.

    D) Agents organiss par lennemi : par corruption, compromis-sion, chantage, lennemi organise des rseaux importants dans les villes et les campagnes. Il cre des cellules dindicateurs qui rapportent tout ce quils voient ou entendent autour deux. Len-nemi a ainsi de nombreux renseignements sur lorganisation, les milieux et les caches. Il lui importe : dobtenir des renseignements, de prserver la vie de ses agents, ceci dans le but dobtenir de

    nouveaux renseignements.

    Ainsi, plusieurs tratres vivent dans le poste, quelques-uns sy rendent sous un prtexte quelconque tout en essayant de ne pas se faire remarquer. Dautres y viennent de nuit ou font des si-gnaux pour informer lennemi. certains est remis un stylo qui, de nuit, peut mettre de petits signaux rouges, verts, etc. Les in-dicateurs sont souvent recruts dans le milieu fminin.

    REMARQUES

    II est important de connatre deux mthodes actuellement uti-lises par lennemi :

    Payer des agents pendant plusieurs mois sans que ceux-ci ne lui fournissent le moindre renseignement. Au jour J, quand il est

    prt ratisser, lennemi fait signe ses agents ; les renseigne-ments affluent de toutes parts : le but de lennemi serait alors de dtruire notre organisation.

    Un renseignement recueilli par un agent passerait par une fi-lire, cest--dire plusieurs intermdiaires se trouvant en diff-rents lieux avant de parvenir au poste. Ces mthodes restent inefficaces si les postes de lennemi sont dserts, si les dpla-cements et les relations de personnes suspectes sont observs. Il est donc absolument ncessaire de rompre tout contact avec lennemi. Limmatriculation doit tre interdite, les soins donns par notre service sanitaire. Tout individu se rendant au poste pour nimporte quel motif est, jusqu preuve du contraire, considr comme suspect. Tout individu qui vient dtre relch par lennemi doit tre scrupuleusement surveill. Une enqute minutieuse doit tre faite sur les causes de son internement, de son largissement, sur ses activits et ses relations. Il ne faut pas oublier aussi la mthode dobtenir des renseignements en faisant circuler de faux bruits.

    LOBTENTION DE RENSEIGNEMENTS

    Pour obtenir le renseignement, plusieurs mthodes doivent tre utilises :

    1- Mthodes dobservationII est important pour nous de connatre la vie du poste, ses ha-

    bitudes, les moindres dtails de sa vie quotidienne, son plan, son effectif, son quipement, ses patrouilles, ses dplacements, la fa-on dont il se ravitaille, etc... avec tous les dtails possibles. M-thodes recommandes : les postes, le chef, actions entreprises, soins, secours et identits. Moyens et styles employs : les autres formes daction psychologique ou de propagande ennemie, les tracts. Amplifier la rpression ennemie, profiter de ses erreurs psychologiques. Observer la situation : tat desprit des colons europens, des administrateurs ennemis, opinions,action, com-portement. Il est important pour nous de connatre aussi la source du renseignement afin de pouvoir contrler sa vracit.

    2- Autres mthodesPar des promesses de grce, les tratres vivant au poste peu-

    vent fournir des renseignements sur lennemi. Cependant, une grande mfiance est de rigueur. Les premiers renseignements peuvent tre vrais, peut-tre mme exploitables. Ensuite les ren-

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  • seignements deviennent imprcis et peuvent induire en erreur ; exemple : demain rafle possible telle rgion : demain rafle, mais rgion

    ct !Les ennemis (officiers, policiers...) peuvent nous fournir des renseignements par corruption, compromission, promesses, femmes, chantage... Pour prserver la vie dun agent et ne pas veiller lattention de lennemi, on peut par exemple (aprs lavoir averti) lui adresser une lettre de menaces, garer un document dans lequel, entre autres, on mdit sur son compte (cette corres-pondance seffectuant entre membres supposs de notre organi-sation), simuler une attaque contre lui. Ceci doit se faire toujours avec une certaine habilet. Par contre, un tratre notre cause pourrait tre compromis auprs de lennemi par une lettre de f-licitations de notre part.

    Enfin, il faut tre prudent. Dans notre organisation, les senti-nelles doivent accomplir scrupuleusement leur mission : toute d-faillance doit tre svrement punie. Il faut se mfier des fausses alertes, des faux renseignements, des fausses rumeurs. La source du faux doit tre systmatiquement recherche. Une enqute mi-nutieuse est toujours poursuivie avec rigueur et les initiateurs du faux punis avec la plus extrme svrit.

    Comme tous les mouvements clandestins, le FLN dveloppe une psychose de la trahison et de la rpression. Pourtant, dans ces derniers mois de 1954, linitiative est de son ct et lhiver napportera pas lapaisement escompt. Novembre et dcembre sont marqus par la persistance dactions terroristes, en particu-lier dans la zone sensible de la grande Kabylie. Lexemple le plus marquant, qui illustre parfaitement le document prcdent, sera le fait de Krim Belkacem. Le 27 novembre, une quinzaine de kilomtres de Tizi-Ouzou, il dresse une embuscade sur la route que doit emprunter un dnomm Tabani, entrepreneur de trans-ports publics et, de notorit publique, homme pro-franais. Aprs avoir emmen son fils dans le maquis, ils le relchent contre une ranon de 200 000 francs et lobligation de quitter la rgion.

    En face, le gnral Cherrire, selon son expression est poil . Il ne dispose pour toute lAlgrie que de 60 000 hommes : deux bataillons paras, trois bataillons de la 11me DI arrivs au mois daot et en pleine rorganisation ou instruction, un bataillon de marche constituer sur le dpt de la Lgion Sidi-Bel-Abbs, et quelques troupes en garnison dans les villes de quelque im-

    portance. En tout 3 500 hommes immdiatement oprationnels. Lorsque lon sait que peu de temps auparavant, les autorits dAl-grie avaient refus le renfort de la 25me DIAP... cette fois, Jacques Chevallier, le Secrtaire dtat la guerre ne tergiverse pas. En labsence du gnral Gilles, malade, sous le commandement du colonel Ducourneau les paras arrivent en Algrie.

    Fonctions et grades de lALN SAGH ETTHANI :(colonel) 3 toiles rouges sur pattes dpaules.Commande une Willaya.SAGH EL AOUEL :(commandant) 2 toiles rouges,1 toile blanche.DHABET ETTHANI :(capitaine) 2 toiles rouges,commande une Mintaqua.DHABET EL AOUEL :(lieutenant) 1 toile rouge, 1 toile blanche,commande une Nahia.MOUZALEM : (aspirant) 1 toile blanche.EL MOUSSAD :(adjudant) V rouge renvers sur bras droit soulign par un trait blanc,commande une Kasma.EL AARIF EL AOUEL :(sergent-chef) 3V rougesrenverss.EL AARIF : (sergent) 2V rouges renverss.EL DJOUNDI EL AOUEL :(caporal) 1V rouge renvers.EL DJOUNOUD :(combattant) arm.EL MOUSSEBEL :(partisan) peu ou pas arm.EL FIDA :(commando terroriste urbain).

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  • Formulaire rebelle de condamnation mort

    Tampon utilis par les rebellesdans le secteur du 27me BCA

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  • CHAPITRE 2

    1955 - ORGUEILLEUSE KABYLIE

    Economie Kabyle

    Lconomie kabyle est essentiellement agricole ; son tude pr-sente un intrt certain quant aux mthodes de production et aux traditions saisonnires des paysans kabyles.

    Pour labourer, le paysan utilise une charrue rustique dont le soc en bois nest pas toujours ferr. Les sillons peu profonds ne font qurafler la terre selon un trac sinueux qui contourne les obstacles, souches ou grosses pierres que personne ne songe ter. Au temps des semailles, le geste du kabyle est beaucoup plus triqu que celui du semeur en Beauce ou en Savoie. Au printemps, les champs et les forts offrent au regard une clo-sion multicolore qui fait oublier la longue priode hivernale o les torrents de boue le disputent la neige collante des djebels. Les moissons sont maintenant termines. Aprs le battage, la paille est monte en meules maintenues contre le vent par des corde-lettes dalpha tresses, le grain est spar de la tige en foulant les pis aux pieds des femmes comme cela se pratique Iffigha, mais surtout aux sabots des bufs qui tournent inlassablement en rond pendant des heures tandis que les hommes remuent les gerbes la fourche. Puis voici les fenaisons. Lherbe est coupe la faucille plus souvent qu la faux. Cest aussi le temps des rcoltes, notamment celle des olives. Ici, les arbres ne sont pas taills bas comme dans les oliveraies du Midi ; de surcrot, on ne pratique pas le gaulage. La cueillette seffectue en grimpant dans les branches. Cette tche est rserve aux femmes. Elles offrent alors le spectacle charmant de leurs robes aux couleurs vives tranchant sur largenture du feuillage. Ailleurs, cest la rcolte des figues. Le Kabyle juge la maturation du fruit la goutte de suc qui sourd du gros pore terminal.

    Travaillant une terre avare de ses dons, sans cesse lamine par les pluies torrentielles de lhiver, le kabyle ne parvient que rare-ment lautosuffisance. cela plusieurs causes : des mthodes

    dexploitation dun autre temps, un mauvais entretien des sur-faces agraires et surtout, un cadastre beaucoup trop parcellaire qui rduit le rendement des exploitations aux deux tiers de celles des Europens, lui-mme infrieur aux taux mtropolitains. Mais alors, comment se nourrissent les Kabyles ? la vrit, trs mal. Pntrons dans le gourbi dun paysan et tentons de recenser ses provisions. La premire chose que lon voit, ce sont les ikoufans, ces grandes jarres cylindriques ou section carre, gnralement cales sur la soupente qui sert dtable. lls contiennent le bl et lorge qui fourniront galettes et couscous. On trouve galement la rserve dhuile et des figues sches : une famille de six per-sonnes en consomme environ deux trois quintaux par an. On a calcul que cette mme famille vivant dans la rgion de Tizi-

    Moulin grains en pierre et pressoir mtallique

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    Ouzou, exploite en moyenne deux ou trois hectares de terre se reparaissant de la manire suivante : un hectare est rserv loli-vier, un demi-hectare est consacr au figuier, le terrain restant est divis en carrs de bl, de pommes de terre, de lgumes secs etde lgumes verts. Le potager et la petite basse-cour de la maison sont la proprit de la femme. Celle-ci ne limite pas ses activi-ts ces travaux. Elle fabrique des poteries, fait de la vanne-rie, tisse des couvertures et certains vtements comme les djellabas et les burnous. Cela permet quelques conomies surtout si la laine provient des btes de la ferme. Ces travaux correspondent un revenu an-nuel de 50 000 francs (1955), que les produits soient vendus ou utiliss pour la consom-mation interne de la famille.

    Une bonne rcolte dolives rapporte entre deux et trois cents litres dhuile, tous les deux ans, lorsque lolivier donne vingt-cinq kilos de fruits traits mcaniquement par la suite, le rendement dun bon figuier est de lordre de quinze kilos par an, le demi-hectare qui leur est consacr rapportant entre trois cents et cinq cents kilos par rcolte. Mais, des revenus bruts constitus par le commerce de leur production, les Kabyles doivent soustraire les frais occasionns par le broyage des olives, la transformation des crales et lentretien des animaux. Les paysans sont galement soumis limpt : l une route qui mne aux mechtas, ici une fontaine dont leau est capte plus loin dans la montagne, par-fois linstallation de llectricit ou dun poste tlphonique selon limportance du village. En fait, les Kabyles vivotent au seuil de la pauvret, bien souvent la limite du dnuement. Toutefois, ils ne connaissent plus la famine ni la mendicit communes beaucoup de pays musulmans.

    Laccroissement de la natalit posera de srieux problmes dans lavenir. Pour linstant, deux procds pour tenter dlever le niveau de vie des Kabyles sont mis en uvre. Lun est lapa-nage des dextrits sous toutes les latitudes : lmigration ; lautre ressort de laction de ltat : laide agricole par lintermdiaire du SAR (Secteur damlioration rurale).

    Dpart avec les chvres pour les travaux des champs

    Pressoir en bois

    Sitt le bilan des actions engages dans la nuit du 31octobre au 1er novembre 1954 connues, Krim fait clater les 400 hommes qui tenaient le maquis de Mnerville Yakou-ren et dAzazga la fort des Beni-Mansour. Pour linstant, mal-gr la destruction des dpts de tabac et de lige dAzazga, de Bordj-Menael, de Dra-El-Mizan ou de Camp du Marchal, aprs lchec des attaques de gendarmeries ou de casernes Tighzirt et Azazga, lALN est mort n et ses membres doivent se disperser dans les massifs inexpugnables du Tell.

    Si les Aurs des Chaouias, toujours en qute dune rvolte, sont le berceau de la Rvolution, la Kabylie en sera le cur. Vritable tat dans ltat, la Kabylie est habite par les Berbres qui ont fui la conqute arabe du 7me sicle. Montagnards fiers et farouches, les Berbres se sont convertis lIslam, mais ont conserv leur dialecte et leurs coutumes originaux. Gographiquement, cette rgion de lAtlas tellien est subdivise en trois rgions : la Grande Kabylie lest dAlger, la Kabylie des Babors et la Kabylie de Collo ou petite Kabylie. La Grande Kabylie, la plus montagneuse, est aussi la plus difficile daccs. Protge par le massif du Djurdju-

  • ra qui forme un gigantesque croissant autour des collines o se niche Tizi-Ouzou, la capitale, une plaine ctire fertile, vritable grenier de la Kabylie. Cest ainsi que depuis les plages de Port-Gueydon, le voyageur passe des cultures cralires, des figuiers et des oliviers de la plaine aux chnes-liges et aux frnes des col-lines, puis aux maquis broussailleux des basses pentes du Djur-djura.

    En cet automne 1954, cest le refuge des maquisards de Krim. Au dessus deux, alors que les patrouilles franaises sillonnent les routes et les pistes des valles encaisses propices aux futures embuscades, la masse verdtre du massif montagneux pique de cdres majestueux. Encore plus haut, au-del de 2 000 mtres, l o les Alpins du 27me BCA iront les dloger, ce quils navaient pas prvu ! les hommes de la montagne , comme disent les villageois, aperoivent le Ras-Timdoune et le Lalla-Kredidja re-couverts dune premire couche de neige qui tincelle o soleil. nen pas douter, lhiver sera dur pour tout le monde.

    Dans les valles et sur les djebels, bouclages, ratissages et fouilles de mechtas se poursuivent. Comme cest jour de mar-ch Iffigha, une section dinfanterie monte sur trois vieux GMC poussifs stationne proximit du village. Comme par enchante-ment, les ruelles habituellement dsertes se remplissent dune foule bigarre. Les mulets, les nes, mais aussi les femmes dvoi-les selon la coutume berbre portent en quilibre des fardeaux extravagants jusqu la place du march o les emplacements sont marqus par des dalles de bton. Heureusement dailleurs, car les premires pluies hivernales ont transform le sol de terre battue en marcage pour la plus grande joie des enfants.

    Le froid commence se faire sentir ; une bise aigrelette balaie le march ; les hommes ont revtu la cachabia paisse pour sortir. Ils se promnent lentement dans les traves, comparant et mar-chandant le prix des figues ou des olives baignant dans lhuile, observant la qualit de la semoule destine au couscous, exami-nant les btes, poulets ou moutons...

    Alors que Krim et Ouamrane ont dcoup la Kabylie en sept daras, pour ladministration franaise, la Grande Kabylie repr-sente la sous-prfecture de Tizi-Ouzou. Ds quelle sera implante de faon permanente, larme organisera la rgion en secteurs, sous-secteurs, quartiers et sous-quartiers. Le 27me BCA aura la responsabilit du quartier de lIdjeur.

    Bien que traqus, se nourrissant de galettes et de figues, cachs la journe, sortant la nuit, les rebelles accentuent leur pression dans les mois qui suivent. Malgr sa rigueur, lhiver 54/55 montre un renforcement du dispositif rebelle et un net endurcissement des bandes qui perfectionnent leurs mthodes de combat, orga-nisent la propagande et mettent sur pied des groupes daction directe tout en nous alinant les populations.

    Au printemps 1955, en dpit de lactivit incessante des forces de lordre et des oprations militaires de grande envergure, la situation ne sest pas amliore. Bien au contraire, les hors la loi (HLL) sont devenus de parfaits gurilleros. La notion dind-pendance fait tache dhuile et le nombre des bandes est en pro-gression constante. De nouvelles zones de pourrissement appa-raissent et la population kabyle devient de plus en plus rticente. Les actes hostiles sont de plus en plus nombreux ; larme ne peut plus compter sur la neutralit des autochtones et encore moins sur leur appui.

    Au mois davril, aprs lassassinat du garde champtre des Assi, le meurtre dun inspecteur de police de Tizi-Ouzou et la d-fection de plusieurs indicateurs, les autorits comprennent enfin quil sagit dun mouvement denvergure nationale, la recrudes-cence du terrorisme sur lensemble du territoire le confirmant sil en tait besoin. Le 3 avril 1955, lAssemble nationale vote une loi sur ltat durgence qui donne de nouveaux pouvoirs lautorit civile. Les dcrets du 6 avril et du 19 mai ltendent tout le terri-toire algrien et permettent aux prfets de : limiter la libert de circuler, la libert de sjour, la libert de

    runion. ordonner la remise des armes, des perquisitions de jour et de

    nuit. contrler la presse et toute diffusion de pense.

    Lt 1955 ne voit aucune amlioration ; bien au contraire, la r-bellion tend son action au niveau international tandis quau plan interne, la Kabylie devient la rfrence en matire dorganisation clandestine. Par ailleurs, la petite administration musulmane est dcime. Terroriss, les cads et les fonctionnaires jouent souvent double jeu alors que les djemas sont rduites au silence. Les attentats contre les Franais musulmans redoublent dintensit, ce qui prive les autorits du concours des notables et de leurs agents. Les rebelles sappliquent viter le contact avec les forces de lordre et leur prsence nest observe que lors dembuscades

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    E ou dattentats contre les cultures colonialistes mens par de jeunes lments souvent dsarms. En grande Kabylie, la rgion dAzazga est coutumire de ces exactions.

    De mme, des renseignements indiquent quavant de devenir un des hauts lieux de la Rvolution, la valle de la Soummam abrite de nombreux groupes arms trs actifs. partir du mois de mai, lactivit terroriste stend du Constantinois la Petite Kaby-lie. En juin, lALN franchit un nouveau palier mettant laccent sur la coordination de laction de ses diffrentes units. Des bandes nouvelles oprent loin de leur lieu dorigine et voluent plus parti-culirement dans les montagnes, o les forces militaires sont en-core inoprantes. Dans les villes et les bourgs de quelque impor-tance, la lutte politique relaie laction directe et lincivisme dict par le FLN sape lautorit franaise. Le 20 aot, un soulvement massif clate dans le quadrilatre Collo-Constantine-Guelma-Bne. La surprise est de taille pour le prfet Dupuch de Constan-tine et les responsables de la Sret : le secret a t bien gard et la simultanit des actions dnote une coordination efficace. Il en va de mme en ce qui concerne la manipulation des masses populaires ; il est indniable que les Fils de la Toussaint sont arrivs la maturit politique.

    partir de ce jour, la population se trouve ainsi compromise avec le mouvement terroriste et il apparat clairement quune nouvelle guerre, sur le mode politique du conflit indochinois, prend date. En Kabylie, aprs une chaude alerte le 21 juin, o ils ont failli se faire prendre, Krim, Ouamrane et leurs hommes ont regagn leur refuge du Djurdjura. Depuis son PC de Ighril-Imoula, Krim poursuit son travail de regroupement des bandes, organi-sant des units et des tats-majors, activant des campagnes de propagande et surtout, mettant en place une logistique efficace servie par des agents de liaison dun dvouement absolu. Dautre part, Bourguiba ayant obtenu lautonomie interne pour la Tunisie le 1er juin 1955, on signale limplantation des premiers sanctuaires FLN sur le territoire tunisien et les premiers franchissements de frontire par des bandes en direction de lAurs ou de la Kabylie.

    Cette fois cen est trop ! Le Ministre de lintrieur, Franois Mit-terrand, ordonne lenvoi de renforts militaires en grand nombre afin de rassurer les populations, essentiellement les Europens, et dinstaurer un climat favorable une politique de contact et de confiance avec les musulmans. Les autorits esprent ainsi que cette prsence massive de larme permettra de rsorber le

    terrorisme sans avoir recours la rpression et quune vritable politique de pacification pourra tre lance. Vu pieux que le FLN se chargera trs vite dinfirmer.

    Nanmoins, cest dans cet esprit que le 22 septembre 1955, le 27me bataillon de chasseurs alpins dbarquera Alger. Dans ce combat dun genre nouveau pour les chasseurs, laction psycho-logique sur les populations sera prpondrante. Cela ncessite un moral lev et une bonne dose de certitudes. Sur le terrain, la prsence du bataillon ne doit pas tre une charge pour la com-munaut musulmane. Celle-ci doit la concevoir comme un geste damiti et de protection son gard. Pour cela, une comprhen-sion rciproque est ncessaire, base sur le respect de la race, des moeurs et de la religion. Cest ce prix que lon vitera les heurts qui rejetteraient trs certainement les musulmans vers le FLN. Face cette mission, dterminante pour le sort de lAlgrie, comment vont ragir les cadres, les appels et les rappels du bataillon arrachs leur famille, leur mtier et beaucoup plus proccups par une situation dlicate laisse en Savoie que par le sort de ce pays de bicots .

    Savent-ils pourquoi ils vont se battre ? Quen est-il du dpay-sement, quelle sera leur action de pacificateurs ? Comment sera-t-elle perue dans lopinion publique ? Autant de questions aux-quelles ont tent de rpondre les chasseurs tout au long de la guerre dAlgrie :

    Du 22 septembre 1955 au 24 novembre 1962, le bataillon de-meure sans interruption en Algrie. Pendant cette priode, quatre chefs de corps se succdent sa tte. Officiellement, la France nest pas en guerre : les oprations en Afrique du Nord sont quali-fies de maintien de lordre . Un seul terme qui recouvre en fait, pour le 27 , une srie de missions particulires, trs diffrentes les unes des autres, au cours de ces sept annes de prsence.

    En Kabylie, zone montagneuse et difficile, les Alpins se trou-vent en terrain de connaissance. La gographie particulire de la rgion ne sera pas sans influencer profondment les stratgies successives des chefs de corps du 27 . Particulier, lest aussi lennemi que les chasseurs auront combattre. Les rebelles ma-trisent parfaitement lart de la gurilla. La tactique des units ne pourra plus tre celle des manuvres de mtropole ; elle devra sadapter un ennemi changeant, insaisissable, parpill ; elle de-vra tre mise sur pied au fil des expriences. Mais les oprations militaires ne constituent pas, de loin, la seule mission du bataillon.

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    E Il doit en effet apporter la paix franaise des populations qui, dire vrai, nont jamais t jusqualors totalement contrles. Cette mission de pacification, toute nouvelle et unique en son genre, le 27 saura sen acquitter pleinement. Enfin, on le devine, autant cause du caractre particulier des oprations que de luvre de pacification, la vie quotidienne des chasseurs ne ressemblera en rien celle du quartier Galbert Annecy.

    Situ une centaine de kilomtres lest dAlger et une tren-taine de kilomtres de la mer seulement, le PC de Tizi-Ouzou com-mande la zone est-algrois qui, en gros, recouvre la Grande Kaby-lie. Aprs une dizaine de jours dacclimatation lArba, le bataillon fait mouvement vers la Kabylie. quelques exceptions prs, les units doivent amnager par elles-mmes les btiments de leurs quartiers. En 1956, alors que lintensit des combats et le nombre des sabotages et assassinats vont croissant, le 27 est la fois rorganis et renforc. partir de 1957, le chef de corps dispose, en plus de larmement organique du bataillon, de moyens lourds supplmentaires. Une batterie de 105 du 93me RAM, base At-Acha, peut couvrir tout le quartier et est mise en permanence la disposition du chef de corps pour emploi. Les chasseurs ont dailleurs hautement apprci tant la prcision et la rapidit des tirs des artilleurs de montagne que leur esprit de camaraderie. Il nest pas rare que les compagnies tournent dun quartier lautre.

    Le quartier confi au 27 couvre une superficie qui va voluer : de 250 km environ au dbut avec un effectif de 790 hommes la surface atteindra les 1000 km avec 1150 hommes, sans compter harkis, moghaznis et auto dfense avec une population de 35 000 Kabyles.

    La varit du relief y est extrme ; les altitudes vont de 200 m loued Boubehir 1 600 m aux sommets de lAkfadou lest. Routes tortueuses, pistes escarpes, cols encaisss, villages en promontoire ne facilitent pas les communications : un convoi nest jamais labri dune embuscade. Le bataillon en opration ne manuvre pas en terrain homogne. Aux vastes glacis d-pourvus de toute vgtation, succdent abruptement thalwegs broussailleux, dfils rocailleux, montagnes abondamment boi-ses. Ce terrain, lennemi lexploite avec une habilet indniable. Ne luttant jamais dcouvert, attaquant toujours par surprise, refusant systmatiquement laffrontement prolong, rapide et sr dans ses replis, le combattant du FLN semble insaisissable.

    Face une telle situation, les chefs de corps disposent de deux

    solutions possibles : soit constituer quelques gros postes de la valeur dune compagnie chacun, soit multiplier les petits postes dans les villages. La premire stratgie permet de faire sortir en oprations des dtachements importants et donc moins vuln-rables : elle sapplique une situation de forte inscurit, mar-que par la prsence de bandes rebelles bien armes. La seconde a lavantage dendiguer la pntration de lorganisation souter-raine du FLN dans les villages. Si de la premire stratgie dcoule une prsence moins en profondeur, la seconde entrane une oc-cupation plus difficile, o installations, convois et transmissions se trouvent ncessairement multiplis. En fait, le commandement balancera continuellement entre les deux, suivant la nature et la puissance de lennemi. Paralllement au rajustement du nombre de postes, un commando de chasse est cr : la compagnie concerne est toujours prte intervenir au complet sur le ter-rain, formule particulirement efficace lors des annes chaudes de 1958 et 1959.

    Ces sept annes de maintien de lordre seront ponctues quo-tidiennement de ratissages, de bouclages, dembuscades et aussi de convois protger. Les ratissages, aprs bouclage dune zone ou dun village sont des oprations qui ncessitent de forts ef-

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    E fectifs : il nest pas rare que plusieurs compagnies y participent simultanment sous le commandement direct du chef de corps. Plusieurs grandes units ont mme pu tre engages dans un seul ratissage, comme lors de lopration Jumelles , o alpins, lgionnaires et paras se sont trouvs cte cte en 1959. Com-ment un ratissage est-il dcid ? Le plus souvent, il fait suite des renseignements fournis par la population ou des rebelles captu-rs. Lintuition du chef de corps joue aussi beaucoup.

    Le droulement dun ratissage est habituellement le suivant : bouclage pendant la nuit, fouille ds les premires heures du jour, retour au quartier ou amnagement dun bivouac provisoire en fin daprs-midi. Lorsquun ratissage doit seffectuer loin de la base de dpart, ce qui est trs frquent, les units sont amenes en camion proximit la veille au soir. Lorsquune zone prcise doit tre rapidement boucle de jour, on a recours lhlicoptre de transport dont leffet de surprise est maximum. La tactique du ratissage est simple : avanant en ligne et vue, les chasseurs fouillent les moindres replis du terrain. Lorsquune rsistance est repre, la position est immdiatement encercle ; un feu nourri vient fixer lennemi et, si les conditions sont propices, lassaut est donn dans la foule. Mais on vitera le plus possible dattaquer le terrain . Ainsi, pour dloger une bande de rebelles retranchs

    sur un point haut et escarp, on nhsitera pas recourir au feu de lartillerie et de laviation ; les tirs de mortier de 120 du bataillon ou des T.6 de larme de lair sont dirigs du sol au moyen du poste radio de la section qui boucle la position. Un tel avantage de feu pargnera de nombreuses vies humaines dans les rangs des chasseurs.

    Sil sagit daborder une position suspecte, au ratissage en ligne se substitue la progression de la section aux deux demi-sections : la premire munie darmes lgres claire ; la seconde, en retrait, dote de deux fusils-mitrailleurs et de lance-grenades, se tient prte dans lappui. Lorsque des lments rebelles dcou-verts prennent la fuite, la poursuite est immdiatement engage et linitiative de chacun est mise contribution : plus que jamais, ces chasseurs qui pigent et qui galopent devront se surpasser.

    Il est un autre type de ratissage, le plus souvent lchelon dune compagnie, dont il ne faut pas sous-estimer lefficacit : le bouclage du village. En effet, les fellaghas ne peuvent se borner vivre en montagne. Le ravitaillement, la collecte des impts, la recherche de renseignements, exigent quils soient implants au sein de la population. Or les Kabyles vivent tous en villages res-serrs. La prsence de rebelles dans un village est donc, surtout au dbut de la campagne, un phnomne courant. Comment sef-fectue le bouclage ?

    La nuit, le village est encercl les voies daccs bloques. Ltau se referme en dbut de matine et la population est invite se regrouper au centre du village. Il est frquent qu ce moment-l, des rebelles cherchent fuir et soient tus ou faits prisonniers. La fouille systmatique des habitations apporte souvent un rsultat : ce sont, au fond des caches, aussi bien des armes que des muni-tions, du ravitaillement ou des documents appartenant lorgani-sation fellagha.

    Mais ce que redoutent le plus les rebelles, ce sont les embus-cades que leur tendent les chasseurs : voil que larme rgulire emprunte pour les combattre, leur propre mode de combat. Les embuscades sont le fait dun petit nombre dhommes ; rarement une section, le plus souvent un groupe ou une quipe. Dans la vie du poste, les embuscades sont systmatiques. Presque toutes les nuits, un dtachement quitte silencieusement le poste et va se mettre en place plusieurs centaines de mtres ou quelques kilomtres de l, auprs de telle piste ou le long de tel oued sus-ceptible dtre emprunt par les hommes du FLN.Opration la lisire dAkfadou, prs de la piste de la borne 11

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    E Le bnfice de telles oprations tient ce que leffet de sur-prise est entier, la diffrence du ratissage ou du bouclage dont lenvergure nuit la discrtion. Il nest donc pas tonnant que les plus belles prises aient t le fruit dembuscades. Elles exigent pa-tience, discrtion, sang froid, parfaite connaissance du terrain ; les chasseurs y excellent, elles deviendront rapidement la terreur des convois rebelles. Mais lvidence, lembuscade ne se pratique pas que dun seul ct : les rebelles en font la pierre de touche de leur stratgie de harclement. Cest pourquoi les convois sont toujours escorts par les engins blinds dont dispose le bataillon ; il devient mme obligatoire quun avion dobservation survole le convoi.

    Mais toutes les oprations eussent t vaines si elles ntaient venues tayer une politique plus long terme : la pacification. Et cest dailleurs la grande particularit de cette campagne que de voir le bataillon remplir pour la premire fois de son histoire, une vaste mission caractre civil. Le premier impratif est celui dassurer la scurit des populations. Le bataillon ne leur impose jamais brutalement la paix franaise ; il prfre attendre quelles en expriment le voeu dune manire ou dune autre. La multiplica-tion des harkis ds les premires annes facilitera considrable-ment luvre de pacification. Une fois la scurit assure, la nou-velle vie du village sorganise : une infirmerie est mise en place... bientt on ouvre une cole mixte !

    Mais luvre pacificatrice du bataillon ne se borne pas seule-ment ces missions caractre social et ducatif : il intervient di-rectement dans lconomie de la rgion. Les routes sont traces ; les chantiers protgs par des chasseurs en armes qui mettent en uvre les deux bulldozers dont dispose le bataillon tout en sur-veillant larme des Kabyles volontaires attirs par les rmunra-tions verses. Toutefois, au sein de cette rgion essentiellement rurale, cest la protection des rcoltes qui revt la plus grande im-portance. Afin dviter une dispersion exploite par les fellaghas, toute la population dun village est regroupe pour les rcoltes. On passe dun lopin lautre sous la protection des chasseurs ou des harkis en armes.

    La vie quotidienne dans les diffrents quartiers ou postes du bataillon est rythme par les obligations oprationnelles ou lac-tion sur les populations. Il reste peu de temps pour linstruction souvent faite sur le tas . Mais cette vie, cest aussi lamna-gement du cantonnement, les corves et bien sr les moments

    de dtente. Ces derniers revtent une importance dautant plus grande que les hommes ne partent en permission quune fois par an ; le quartier libre nexiste pas. Et dailleurs, dans cette am-biance dextrme inscurit, o iraient-ils ? Cadres et chasseurs conjuguent leurs efforts pour crer une ambiance section sans laquelle, dtente et repos ne seraient que vains mots.

    On joue aux cartes et la ptanque, on coute la radio, guet-tant longuement la ddicace du disque demand, on rpond aux lettres de mtropole, ou tout simplement on raconte ses cam-pagnes, install au foyer de la compagnie moins que lon ne rve au pays en fumant une cigarette lombre dun figuier ou dun eucalyptus. Pourtant, malgr lisolement, la discipline n-cessaire en collectivit, les contraintes climatiques ou opration-nelles, le moral des chasseurs ne faiblira jamais.

    Ds son arrive sur le sol algrien, lofficier de troupe est pris en main par les services daction psychologique de la 10me r-gion militaire pour un topo sur le problme algrien. Topo qui se terminait le plus souvent par une application immdiate sur le terrain. De lAletti, les jours de soldes aux tablissements plus confidentiels, la pacification tournait franchement la frater-nisation avec les personnes du sexe. Parfois, quand il en avait le temps, et sil navait pas la tte trop lourde de sa vire de la veille,

    Travaux de construction de piste sous la protection des chasseurs

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    E le jeune lieutenant parcourait distraitement la brochure dite son intention. Les plus anciens dentre-eux, des capitaines, des commandants haussaient les paules devant certains passages directement inspirs par Cherrire, le patron de la 10me rgion militaire, dont tous connaissaient la rpugnance pour la guerre rvolutionnaire adapte lAlgrie :

    II nappartient pas larme de rsoudre ces difficiles pro-blmes, mais il est indispensable quelle en connaisse les don-nes, car chacun, par son attitude individuelle ou les dcisions quil est amen prendre, engage la France.

    Moins pompeusement, mais dune manire beaucoup plus concrte, cette brochure posait nanmoins les questions fon-damentales du drame algrien et faisait ressortir les contrastes entre les rgions riches et pauvres, la diffrence de niveau de vie des populations, lagitation dans les masses musulmanes ou lopposition entre lIslam traditionnel et les aspirations laques dobdience occidentale. Puis enchanant sur une projection dans le futur, on trouvait des inquitudes au sujet dune dmographie galopante, dune politique sociale inadapte un pays sous-d-velopp. Au plan conomique, on dmontrait que la poursuite de certaines productions garantissant un emploi minimum tait plus onreuse que leur importation de mtropole, mais sans avoir pens un corollaire dangereux : lmigration compensatoire de labandon de ces activits. Plus tard, aprs 1958, une nouvelle notion concernant lavenir de lAlgrie sera introduite dans cette publication : autonomie ou assimilation ?

    Poursuivant sa lecture, le lieutenant se trouvait face ses de-voirs envers la pacification chre au nouveau gouverneur :

    Vis--vis des populations musulmanes tout dabord : quil sagisse doprations ou de simple police rurale, il importe de savoir distinguer nos amis de nos ennemis, de comprendre les raisons de certains silences ou dhostilits sourdes, dencourager ceux qui ont bnfici de nos coles et de notre aide sous toutes ses formes, collaborer avec nous. Chacun son chelon est un propagandiste et un contre-propagandiste ; cest--dire que cha-cun doit tre assez au courant de la vrit pour comprendre et faire comprendre le sens de sa mission en Algrie. Il sagit de montrer aux Musulmans limmensit de luvre conomique et sociale accomplie leur profit et les progrs politiques raliss. La tche psychologique ne sarrte pas l. Des troupes mtropo-litaines se trouvent au contact constant des populations euro-

    pennes locales et avec le contingent et les rappels dAfrique du Nord. Elles devront tre suffisamment instruites pour viter les heurts. Chaque homme doit savoir pourquoi lEuropen se sent ici chez lui et ne peut tre considr comme un exploitant ; il doit tre prpar entendre des critiques passionnes de lopi-nion mtropolitaine et savoir ne pas y rpondre par des argu-ments danti-colonialisme primaire.

    Les jeunes mtropolitains, dbarrasss de leurs prjugs et convenablement informs des problmes dAfrique du Nord, peuvent jouer un rle prpondrant dans un proche avenir, car par leurs lettres et leur retour chez eux, ils seront des tmoins authentiques pour leur entourage et leur avis sera dun grand poids dans lopinion publique. Sur place, dautre part, ils peuvent plus facilement contribuer rtablir une atmosphre de calme et de confiance rciproque entre Europens et Musulmans sils sont informs objectivement et agissent avec tact et modration.

    Cest aux cadres quil appartient de se pencher avec objectivit et un grand effort de sympathie sur le problme algrien. En cette priode trouble, leur mission est toute trace : tre des pacifica-teurs.

    Pacification ! Voila qui remplacera une guerre qui ne veut pas dire son nom. Cette grande uvre est due Jacques Soustelle, le nouveau gouverneur de lAlgrie depuis fvrier 1955. Mene conjointement lextermination des bandes et de lOPA dans les secteurs les plus contamins, dont la Kabylie, la pacification doit son originalit Vincent Monteil, un commandant que lon voit rarement en uniforme, spcialiste des questions musulmanes et passionn par ce qui nest encore que le problme algrien. Cest lui qui, aid du gnral Parlange, un ancien des affaires indi-gnes (A.I.) , mettra en place les Sections Administratives Sp-cialises plus connues sous leur sigle SAS. Mme paternaliste, le principe est bon dans ce bled qui souffre encore de sous-admi-nistration endmique en 1955.

    Jacques Soustelle prsente lui-mme la mthode SAS en Conseil des ministres Paris. Cest la bonne vieille tache dhuile chre Lyautey. Un officier A.I. sinstalle avec la valeur dune section dans un village, au sein de la population ; il parle larabe ou le dialecte local, particulirement utile en Kabylie qui se veut farouchement berbre. Il sinstalle dans un btiment qui ne doit rien larme ou, bien souvent, la SAS construit elle-mme son cantonnement qui devra tre cur de la France qui bat dans

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    E chaque douar . Les spcialistes de la section apporteront aide et assistance la population : soins gratuits, ravitaillement en hiver, cole... On installera galement, mais trs discrtement, une an-tenne renseignement pour rpertorier les Kabyles, contrler leurs tendances et leurs agissements. Les premires SAS sont mises en place au printemps 1955. Comme il y a le feu dans la maison, leur instruction est sommaire : force leur est de se dbrouiller sur le tas. Plus tard, on les chargera de tous les pchs de la guerre dAlgrie, mais voici ce qucrivait leur sujet Jean-Jacques Le-blond dans le Dauphin Libr du 15 fvrier 1958 :

    Le kpi bleu que portait le sous-lieutenant Fortuit, tait lun des 600 affects aux sections administratives spcialises. Un chiffre drisoire lorsquil sagit dapaiser les esprits et de calmer de lgitimes impatiences. Six cents kpis pour neuf millions de musulmans sous-volus, sous-administrs ou sous-aliments. Autant de faits brutaux devant lesquels avait t plac Fortuit. A peine sorti de son adolescence et libre de luniversit, il avait se colleter des problmes auxquels des annes de rtention donnaient une consistance de bton. la vrit, il avait 17 000 problmes sur les bras, autant que son secteur comptait dindivi-dus, et il en tait encore comptabiliser ses contacts personnels la dizaine. Il navait dautre arme que celle de ses 22 ans pour investir des citadelles dhostilit que nos erreurs avaient dresses sous ses pas. Et il avait peine russi entamer la mfiance du village qui vivait deux cents mtres de ses fentres. Et derrire celui-l, un autre se lverait. Combat singulier o un chec en-terre dix victoires dun seul coup.

    Jtais arriv Souama pour clbrer la premire victoire de Fortuit. Elle lui avait demand six mois de prsence et defforts constants. Encore, peine savait-il si le jeu valait cette chandelle que le moindre souffle de la rbellion pouvait teindre. Mais cette chandelle tait une fillette.

    Sur la banquette arrire de la jeep, elle sagitait sous les cou-vertures. Un groupe de Musulmans nous lavait descendue, gei-gnante sur un brancard. Le retour de flammes dun feu de bois doliviers lui avait flamb les deux jambes jusquaux cuisses. Une sale plaie qui suintait travers les chiffons mal nous. Cest la premire fois, mavait dit Fortuit, quon mamne un

    malade. Jusqu ce jour, Souama me les dissimulait par ordre de la cellule terroriste locale. Demain, je conduirai la gosse lhpital dAzazga.

    Il avait install la petite blesse sur un lit de camp, lint-rieur du poste et, sur sa feuille des contacts personnels il avait ajout un trait au crayon. lchelle de lAlgrie et du conflit, ce geste aurait pu paratre puril. Nul communiqu nen parlerait la confrence de presse dAlger. Il resterait ignor de tous, sauf peut-tre du village. Il mritait pourtant le respect. Au milieu des grands drames, il se trouve toujours quelques raisons desprer de lhomme. Lofficier SAS est n dune guerre perdue quelque part en Indochine. Danciens prisonniers du Viet-Minh avaient vu larme prendre en main la population et sen assurer le concours. Ils furent parmi les 25 officiers itinrants qui, sinspirant de ces mthodes rvolutionnaires, lancrent et implantrent les Sec-tions Administratives Spcialises .

    Missionnaires en uniforme, ils trouvrent devant eux des ter-ritoires que navaient jamais fouls les fonctionnaires dAlger et des murettes de scepticisme. Avec un coup de chance, ils pou-vaient convaincre. Cest ainsi que dans un village kabyle, un offi-cier itinrant marqua des points ds son arrive. Il avait runi la population, mais navait tout dabord obtenu aucune rponse ses questions, aucune approbation ses arguments. Pas dhos-tilit, mais quelque chose comme de la crainte. Le lendemain, il trouva une lettre sous sa porte. Elle dnonait le refuge que les rebelles avaient creus dans le village. On y rcupra des armes et des munitions. Une heure aprs cette opration, les langues se dlirent. Le nom du commissaire politique tait dvoil. Il venait de prendre la fuite dos de mulet. Deux hlicoptres le prirent en chasse, lencadrrent sur la piste et le forcrent regagner la localit.

    Peu de temps aprs la mise en train de la pacification, le 13 mai 1955, dj un 13 mai ! Jacques Soustelle constate ltat durgence et prend une srie de mesures destines assurer le succs de sa politique : ce libral, choqu par les exactions des deux bords, se rvle un homme dordre.

  • CHAPITRE 3

    JUIN - DCEMBRE 1955 - LES ALPINS EN KABYLIE

    Le douar Idjeur

    Le douar Idjeur est n le 30 novembre 1956 et constitue une commune de larrondissement dAzazga ; sa superficie est de 6 736 hectares.

    RENSEIGNEMENTS DMOGRAPHIQUES

    La commune se compose des villages dAt-Acha (942 hab.) - Bou-Aoun (592 hab.) - Tiffrit NAit Ou Malek (1 900 hab.) - Ma-hagaa (1 192 hab.) - Igrane (1 142 hab.). Soit un total de 4 768 mes, compte tenu de lvacuation des bourgs dIril Bou Kiassa et dIguersafen.

    Cette population compte 1 634 hommes, 951 femmes et 2 183 enfants des deux sexes. Les hommes se rpartissent de la ma-nire suivante : 864 en France, 98 au maquis, 112 en Mitidja, 28 mobiliss, 114 recass et 418 lecteurs. Quant aux enfants, 522 dentre eux ont de 1 5 ans, 911 de 5 15 ans et 750 de 15 21 ans.

    La quasi-totalit des habitants de lIdjeur est dorigine kabyle. Les familles pauvres et de faible niveau social se regroupent dans des hameaux ou mechtas perchs flanc de djebel et dun ac-cs difficile. Il existe quelques notables, mais 90% des Kabyles sont illettrs. Nous lavons vu, environ un quart des hommes sont des lecteurs rgulirement inscrits ; par contre, la totalit des femmes (951) est inscrite sur les listes lectorales. LIdjeur est essentiellement agricole, toutes les familles en vivent ; les entre-prises industrielles sont inconnues. Seul subsistent un commerce dintrt local (5 petites piceries-bazar-quincaillerie) et un artisa-nat adapt aux besoins de la communaut. En fait, les ressources proviennent surtout des travailleurs de mtropole (environ 600 salaires) et des soldes des harkis ou moghaznis levs sur place (146 engags).

    LHABITAT KABYILE

    Les maisons des villages sont construites uniquement en pierres sches et la charpente soutenant une couverture de tuiles fabriques avec largile du djebel provient des forts avoisinantes, comme les bches qui entretiendront le feu de ltre rudimentaire durant le rude hiver kabyle. Bien souvent on aperoit ces mechtas au sommet dnud dun piton ou sur des crtes balayes par le vent ; elles se fondent dans le paysage, crases par la grandeur sauvage de la montagne. Parfois, abandonnes lorsque la famille sest teinte ou a migr en mtropole, elles servent alors de refuge aux fellaghas. Lensemble du territoire de la commune se situe mille mtres daltitude moyenne sur un terrain escarp prsentant de relles difficults topographiques.

    LA MISE EN VALEUR DE LIDJEUR

    Juridiquement, le territoire de la commune est compos dun domaine communal de 20 parcelles reprsentant 159 hectares dont 94 de forts et de terrains privs exploits sur environ 400 hectares. Les 6 000 autres hectares de la commune relvent de la fort, de la zone montagneuse impropre la culture ou sont tout simplement labandon. Nayant jamais profit des progrs de lagriculture moderne, desservie par une terre pauvre et mal en-tretenue, la culture du bl, des olives ou des figues est dun faible rendement. Llevage, dj sujet de grandes difficults, est de plus en plus dficient du fait des vnements actuels : interdiction de faire patre les maigres troupeaux en dehors du primtre de scurit, difficults de ravitaillement et de soins, renouvellement parcimonieux du cheptel, abattage des btes par les deux adver-saires, vols du btail par lALN...

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  • LINFRASTRUCTURE DU SECTEUR

    Bien que sous-quip, lIdjeur comporte tout de mme une infrastructure de premire urgence. Chaque village comprend au minimum une fontaine, mais plusieurs captages de sources, parfois lointaines, restent raliser. Le dbit de ces fontaines publiques est trs insuffisant et nest pas garanti en priode de scheresse. Il nexiste aucune citerne, aucun chteau deau per-mettant de rguler lapprovisionnement en eau des communau-ts villageoises. Le plus gros des travaux hydrauliques est venir.

    LIdjeur est reli au reste du monde par un rseau de pistes en si mauvais tat quelles rebutent les meilleures volonts ; en hiver, transformes en torrents de boue, elles sont carrment imprati-cables et participent plus certainement lisolement du secteur qu ses communications. Les routes sont ltat de projets sans cesse renaissants au moment des lections. Une seule existe qui dessert la commune avec le pont du March entre Igrane et Tif-frit. Hormis les groupes lectrognes de ladministration ou de larme, llectricit est inconnue dans lIdjeur. Il en va de mme pour le tlphone.

    Depuis le dbut de la rbellion, la scolarisation a rgress. Les coles et les quipements scolaires ont t dtruits et les enfants empchs de se rendre lcole colonialiste . Les classes sont faites par des instituteurs militaires (SAS) dans des locaux privs ou appartenant larme. Au plan sant, des infirmeries fonction-nent la SAS dAt-Acha, Mahagga et Tiffrit NAit Ou Molek.

    Les relations postales sont du domaine exclusif de la SAS. La vie sociale de la communaut kabyle tourne exclusivement au-tour de la djemma et du caf maure, lexclusion de ladministra-tion franaise dont la frquentation est interdite par le FLN.Dans ce contexte, la tche de la SAS est des plus ingrates quil soit.

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    Annecy 12 juin 1955 - Quartier Galbert. Les bouteillons concernant un le dpart prochain en Afrique du Nord pren-nent de la consistance et une agitation inusite rgne dans le quartier. Les chasseurs du 27me BCA sont sur le pied de guerre. On rpte inlassablement, de jour comme de nuit, un exercice dembarquement sur voie ferre avec utilisation dun quai en bout dmontable. Le 23 juin, la reconstitution possible du bataillon en unit de combat adapte la guerre moderne est voque au grand rapport de la 27me division alpine de rserve Grenoble.

    En Algrie, la situation se dgrade de plus en plus rapidement. Dj 160 000 hommes luttent contre la rbellion et le gnral Lorillot, un lgionnaire, qui a remplac Cherrire, en demande 200 000 de plus ! Soustelle qui le soutient emporte la dcision. Alors, dgarnissant les marches de lest, prlevant sur les forces franaises en Allemagne, alertant les units TAP du Sud-Ouest, la mtropole achemine des renforts vers lAlgrie en attendant le rapatriement dExtrme-Orient des troupes professionnelles.

    Alger, Oran ou Bne, les ports sont en effervescence. Dlaissant pour un temps les barriques de pinard, les dattes ou le lige, les grues gantes fouillent les entrailles des navires et en extraient des chars, des automitrailleuses, des half-tracks, des GMC, sous les yeux merveills des Europens quun tel spec-tacle rconforte. Enfin, le gouvernement va traiter les fellaghas comme il se doit ! Les Pieds-Noirs se grisent de la puissance mi-litaire franaise.

    Et puis il y a les soldats, ces appels de mtropole que la foule algroise dcouvre depuis le boulevard du Front-de-Mer. Ils d-barquent en dinterminables files indiennes des flancs du Ville-dAlger, du Ville-dOran ou du Sidi-Bel-Abbs en attendant ce bon vieux Pasteur qui en termine avec sa campagne dIndochine. Blmes dune traverse pas toujours souriante, les gars des terrils du Nord, les montagnards des Alpes ou des Pyrnes, les Ber-richons, les Bretons habitus aux temptes dquinoxe, les Pa-risiens, un peu abrutis par le soleil dcouvrent cette luminosit incomparable dAlger la Blanche. Le calot plant rglementaire-ment sur une tte o la belle chevelure des vingt ans nest plus quun souvenir, revtu dun uniforme de drap kaki, rugueux et souvent mal taill, sac au dos et casque lourd au ct, ils trim-ballent des sacs paquetage bourrs jusqu la gueule du fourni-ment de lintendance.

    Peu de temps pour gamberger. Trs vite la vie militaire reprend

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    LIE la police. Depuis, ils se mfient, et Krim neffectue que de courts

    sjours Alger, ce qui la empch de voir ses futurs adversaires, ou plutt ceux de son successeur la tte de la willaya 3, car ses responsabilits nationales laccaparent de plus en plus, au point dtre oblig de dlguer des responsabilits accrues certains chefs de zone.

    Au premier rang de ces hommes frustres, au caractre difficile, un montagnard de 29 ans, grand et osseux, le visage barr dune moustache fournie : At-Hamouda de son nom vritable. Nayant pas fait dtudes, sait lire et crire selon les fiches policires, le jeune homme avait travaill Paris et milit au MTLD. Pos-sdant entre autres qualits la facult danalyser et dassimiler trs vite une situation, ds la Toussaint sanglante, il avait compris que sa place tait avec ses frres FLN dans les maquis de Kabylie pour apporter sa contribution la Rvolution. Rus et dou dune grande autorit, rceptif et en mme temps impitoyable, son nom dans la clandestinit : Amirouche!

    Lorsque Krim le convoque son PC dIlilten sur le Djurdjura, le bruit court quAmirouche fait la rvolution pour son compte personnel. Une seule rencontre suffit dissiper toute quivoque. Ayant pris le commandement la mort de son chef de rgion tu dans une embuscade, Amirouche fait un compte-rendu dtaill de ses activits la tte de la bande. Immdiatement, Krim sait quil tient une recrue de choix. Non seulement il le confirme dans son commandement, mais en plus, il lui confie une mission particu-lirement dlicate : rallier la valle de la Soummam rpute pour tre tenue par des maquis messalistes, implanter dfinitivement le FLN et tablir la jonction avec les bandes du Constantinois. En six mois, Amirouche remplira sa mission, acqurant une rputa-tion qui fera frmir tous les douars de Kabylie et lancer sa pour-suite, mort ou vif, les meilleures units de paras ou de Lgion.

    Tout cela, le commandant Pascal va le dcouvrir au fil des jours et des oprations. Il sait que le secteur est gangren ; mais il ne se doute pas encore quel point quand ses units sinstallent dans les villages qui leur ont t dsigns. Le PC et la compagnie de commandement rayonnent sur le bataillon depuis Azazga ; la 1re compagnie plante ses guitounes Tifrit NAt El Hadj, la 2 Tir-zit NBoubehir, tandis que la 3 pitonne Mekla et que la compa-gnie dappui (CA) a presque les pieds dans leau Port-Gueydon.

    Les gars de la 2me DIM nont pas lair fch de quitter le coin ; les Alpins ne tardent pas comprendre pourquoi ! Leur arrive

    ses droits ; les sous-officiers sont l pour rappeler ces petits Franais que ce nest pas la croisire de leur vie.

    Ici, il y a une guerre ; il faut la gagner. Alors Nom de Dieu ! en colonne - couvrez ; droite - alignement... .

    Appels, vrifications, inspections se succdent. Au bout de quelques heures, cest le dpart en camion et les premiers contacts avec le pays et la population : Europens exubrants, Musulmans rservs, facilement craintifs. Destination lAurs ou la Kabylie; un monde nouveau souvre leur jeunesse.

    Annecy dbut septembre. Des disponibles rappels sont incor-pors au 27me BCA. Le 11, un dpart rapide en AFN se prcise. Le 14, le chef de bataillon Henri Pascal prend ses fonctions de chef de corps du 27me bataillon de chasseurs alpins. Il lui choit la lourde tche demmener le bataillon en Algrie et de le mettre sur la bonne voie lors des premires oprations en Kabylie. Peu de temps aprs, les dtachements prcurseurs quittent Annecy et le matriel lourd est achemin sur Marseille par voie ferre.

    Le 20 septembre 1955, le 27me BCA quitte Annecy pour lAfrique du Nord. Une petite crmonie a lieu la gare loccasion de lem-barquement des units du bataillon. De bon matin, les diles de la ville sont venus saluer le commandant Pascal et ses hommes. Bien peu se doutent que cet au revoir durera sept longues annes dune guerre cruelle et meurtrire pour les chasseurs savoyards.

    Aprs une nuit passe au dpt des isols mtropolitains de Marseille , autrement dit au clbre DIM de la caserne Sainte-Marthe, lieu de passage de centaines de milliers dhommes, les chasseurs du 27 effectuent la traverse vers Alger sur le cl-brissime Pasteur. Le 22, les vhicules et le matriel suivent sur le Colomb-Bchar. Ds son arrive Alger, le 27me BCA est mis contribution et participe un dfil militaire organis par le 5me Bureau (action psychologique) dans les rues de la ville. Puis le bataillon fait mouvement sur lArba pour une priode dacclima-tation et dinstruction oprationnelle.

    Dbut octobre le commandant Pascal reoit lordre de relever avec ses Alpins des units de la 2me division dinfanterie motori-se du gnral Beaufre en Kabylie. Peu de temps avant larrive du bataillon en Algrie, Krim Belkacem mettait en place les rseaux terroristes de lAlgrois et de la capitale dont le commandement en serait confi son ancien adjoint de Kabylie : Ouamrane. Le 21 juin, les deux hommes avaient manqu de peu dtre capturs par

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    LIE Le 1er novembre, le FLN a dcid de commmorer la Toussaint

    sanglante sa faon : cest--dire en organisant une srie dac-tions terroristes. A loccasion de cet horrible anniversaire, comme un fait exprs, le 27me BCA enregistre son premier mort. Un convoi dans lequel avait pris place un bless dune embuscade prcdente, se rendait lhpital de Tizi-Ouzou lorsquil fut pris dans une embuscade. Aprs un violent change de coups de feu, les rebelles dcrochaient. Mais, nouveau atteint, le bless tait mort, un autre chasseur tait bless au genou. Un premier nom tait inscrire au martyrologe et une mdaille militaire titre pos-thume tait pingle sur un pauvre cercueil drap de tricolore. Le bataillon ne comptait plus que 789 hommes...

    Ragissant ce premier tribut du sang vers la guerre dAl-grie, les chasseurs montent une srie dembuscades qui sav-rent payantes. Le 10 novembre, un bateau gyptien suspect, le Shar, est arraisonn par la marine quelques miles de Port-Guey-don ; les chasseurs participent un bouclage routier ayant pour but dintercepter des armes ventuellement dbarques de ce

    est loccasion dune srie dattentats perptrs par les fellaghas de Krim. Le FLN assassine lAmine dun village et des notabilits locales, attaque le car postal de lAkfadou et scie une quinzaine de poteaux tlphoniques. Plusieurs oprations sont dclenches et aboutissent larrestation de suspects et la rcupration darmes de guerre ou de chasse tout aussi meurtrire dans le maquis qui couvre les pentes des djebels. Loin de linstruction tranquille, par-fois ennuyeuse, qui a cour