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« Association Internationale des Chercheurs Francophones en Microfinance » ------------------------------------------- Numéro 16 Septembre 2020 ------------------------------------------ EDITORIAL Notre Association est donc devenue membre titulaire de l’AUF. Nous avons répondu en octobre dernier à un appel à projets lancé par l’Agence. Le coronavirus a retardé l’examen des dossiers. Le nôtre a été accepté avec le titre « La microfinance au cœur des enjeux sociaux et économiques en Afrique ». Son exécution a été elle aussi retardée. Pour la première année, c’est-à-dire jusque fin décembre, il n’est prévu qu’une activité d’appui pédagogique à la conception de modules de microfinance dans les établissements bénéficiaires et à la création d’un conseil de perfectionnement au sein de ces filières. Cette activité n’a pas encore commencé. Elle sera associée à la mise en place par l’Université d’Orléans d’une formation professionnelle en microfinance à l’Université d’Abomey-Calavi au Bénin. Revenons aux informations coutumières, celles qui concernent nos Journées scientifiques. Nous avons évoqué dans le dernier bulletin celles de Cotonou. Il faut y revenir car elles n’étaient pas vraiment terminées le soir du dernier jour. Peu après ces journées, la BCEAO a pris contact avec l’AICFM pour organiser avec nous un webinaire sur les conséquences de la COVID-19 sur les économies de l’UEMOA, en particulier sur le secteur de la microfinance. Ces échanges par Internet, remarquablement maîtrisés par la Banque Centrale, se sont déroulés le 17 juillet, 102 personnes, banquiers, professionnels de la microfinance et membres de notre association ont été invitées. 70 ont participé à cette journée. L’organisation de ce webinaire, dont la qualité des échanges et l’intérêt du thème retenu ont été soulignés par l’ensemble des participants, nous empêche d’évoquer dès maintenant les prochaines journées scientifiques. Que va devenir ce genre de rencontre ? En présentiel ou en distanciel ou des deux façons à la fois. Nous n’avons encore rien décidé. Enfin ce qui n’a pas changé – pour l’instant – c’est la production des Actes de ces journées : les Presses Universitaires de Rouen et du Havre (PURH) les publient dans la collection ouverte il y a huit ans. A Cotonou en décembre dernier 42 contributions ont été présentées, 34 ont été soumises au Comité. Il est probable qu’une quinzaine seront retenues comme cela a été le cas dans les ouvrages précédents. Quant à celui de Saint-Louis du Sénégal, il est annoncé pour le début de l’année prochaine. Un dernier mot pour rappeler à nos membres que ce bulletin est le leur et qu’ils peuvent contribuer à l’enrichir en nous donnant des informations. Michel Lelart Président de l’AICFM Sommaire Editorial ………………………….…….............. 1 1 - Le webinaire avec la BCEAO ……………. 2 2 - Les interventions au webinaire du 17 juillet ……………………………………………... 3 3 Quelques manifestations relatives à la microfinance ……………………………………… 6 4 L’Observatoire de la Francophonie économique (OFE) ………………………….…. 7 5 - Publications récentes en microfinance .. 7 6 - Soutenances de thèses ……….……… 9 7 - Informations diverses ……….……..... 10

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« Association Internationale des Chercheurs Francophones en Microfinance »

------------------------------------------- Numéro 16 – Septembre 2020 ------------------------------------------

EDITORIAL

Notre Association est donc devenue membre titulaire

de l’AUF. Nous avons répondu en octobre dernier à un

appel à projets lancé par l’Agence. Le coronavirus a

retardé l’examen des dossiers. Le nôtre a été accepté avec

le titre « La microfinance au cœur des enjeux sociaux et

économiques en Afrique ». Son exécution a été elle aussi

retardée. Pour la première année, c’est-à-dire jusque fin

décembre, il n’est prévu qu’une activité d’appui

pédagogique à la conception de modules de microfinance

dans les établissements bénéficiaires et à la création

d’un conseil de perfectionnement au sein de ces filières.

Cette activité n’a pas encore commencé. Elle sera

associée à la mise en place par l’Université d’Orléans

d’une formation professionnelle en microfinance à

l’Université d’Abomey-Calavi au Bénin.

Revenons aux informations coutumières, celles qui concernent nos Journées

scientifiques.

Nous avons évoqué dans le dernier bulletin celles de Cotonou. Il faut y revenir car elles

n’étaient pas vraiment terminées le soir du dernier jour. Peu après ces journées, la BCEAO a

pris contact avec l’AICFM pour organiser avec nous un webinaire sur les conséquences de la

COVID-19 sur les économies de l’UEMOA, en particulier sur le secteur de la microfinance.

Ces échanges par Internet, remarquablement maîtrisés par la Banque Centrale, se sont

déroulés le 17 juillet, 102 personnes, banquiers, professionnels de la microfinance et

membres de notre association ont été invitées. 70 ont participé à cette journée. L’organisation

de ce webinaire, dont la qualité des échanges et l’intérêt du thème retenu ont été soulignés

par l’ensemble des participants, nous empêche d’évoquer dès maintenant les prochaines

journées scientifiques. Que va devenir ce genre de rencontre ? En présentiel ou en distanciel

ou des deux façons à la fois. Nous n’avons encore rien décidé.

Enfin ce qui n’a pas changé – pour l’instant – c’est la production des Actes de ces

journées : les Presses Universitaires de Rouen et du Havre (PURH) les publient dans la

collection ouverte il y a huit ans. A Cotonou en décembre dernier 42 contributions ont été

présentées, 34 ont été soumises au Comité. Il est probable qu’une quinzaine seront retenues

comme cela a été le cas dans les ouvrages précédents. Quant à celui de Saint-Louis du

Sénégal, il est annoncé pour le début de l’année prochaine.

Un dernier mot pour rappeler à nos membres que ce bulletin est le leur et qu’ils peuvent

contribuer à l’enrichir en nous donnant des informations.

Michel Lelart

Président de l’AICFM

Sommaire

Editorial ………………………….…….............. 1 1 - Le webinaire avec la BCEAO ……………. 2

2 - Les interventions au webinaire du 17 juillet ……………………………………………... 3 3 – Quelques manifestations relatives à la

microfinance ……………………………………… 6 4 – L’Observatoire de la Francophonie économique (OFE) ………………………….…. 7 5 - Publications récentes en microfinance .. 7

6 - Soutenances de thèses ……….……… 9 7 - Informations diverses ……….……..... 10

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I – Le webinaire avec la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO)

La BCEAO avait envoyé deux représentants aux Journées de Saint-Louis du Sénégal en

avril 2017. Elle a de nouveau envoyé un représentant aux Journées de Cotonou en décembre

2019, confirmant ainsi l’intérêt qu’elle porte à nos travaux, ainsi que son souhait de coopérer

régulièrement avec notre association. Cela a commencé à se faire après ces journées. La

Banque Centrale a souhaité organiser un webinaire avec notre association sur un thème

devenu soudainement d’actualité « Impacts de la pandémie de la COVID-19 sur le secteur

de la microfinance ». Les contacts avec la Direction de la Recherche et des Partenariats et

avec la Direction Générale du COFEB ont conduit à distinguer deux problèmes qui ont été

traités chacun à la fois par un collègue du Nord et par un collègue du Sud.

Ce webinaire s’est tenu le 17 juillet, et a été

introduit par le Directeur de la Recherche et des

Partenariats, le Directeur Général du COFEB et le

Président de l’AICFM. Il s’est ensuite déroulé en

deux parties :

Premier thème : « Digitalisation, microfinance

et inclusion financière dans le contexte de la

crise de la COVID-19 », par Célestin

MAYOUKOU, Université de Rouen et Magloire

LANHA, Université d’Abomey-Calavi.

Deuxième thème : « La crise de la Covid-19 et un scénario possible de « dé-

mondialisation » offrent-ils un nouveau contexte pour la supervision de la microfinance ?

Règles et régulation des IMF : arbitrage entre résilience et agilité ?, par Thierry

MONTALIEU, Université d’Orléans, et Denis ACCLASSATO, Université d’Abomey-

Calavi.

C’est la BCEAO qui a assuré le bon fonctionnement des échanges entre les participants

et elle l’a fait remarquablement. 102 personnes ont été invitées : une quarantaine des membres

de l’AICFM, une dizaine d’autres universitaires, une dizaine encore d’institutions liées à la

microfinance et à l’inclusion financière (le CGAP, l’Alliance pour l’inclusion financière …),

enfin une autre quarantaine de responsables de la BCEAO, notamment les huit directeurs

régionaux, ainsi que du COFEB.

Entre tous les participants, les échanges ont été naturellement nourris. Que la COVID-

19 ait des répercussions sur les pratiques des IMF n’a été contesté par personne. Les débats

ont permis de prendre conscience de l’importance de la digitalisation qui se développe

rapidement, surtout en Afrique. Elle entraîne des risques importants pour les institutions de

microfinance, notamment pour les plus petites et les plus jeunes qui devraient être

accompagnées. C’est le rôle même de ces institutions qui a été discuté : s’agit-il toujours d’un

même type d’institution, et que dire par exemple de leur attitude face à l’émission de monnaie

électronique ? Les échanges ont aussi concerné des aspects moins techniques. Comment

adapter la surveillance à la progression de la digitalisation ? Peut-on conserver un modèle

unique de réglementation ? L’opposition entre la nécessité de régulation et le souci de

l’innovation a suscité un certain nombre de questions.

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II – Les interventions au webinaire du 17 juillet 2020

« Digitalisation, microfinance et inclusion financière dans le contexte de la crise de la

COVID-19 » par Célestin MAYOUKOU et Magloire LANHA

Le virus de la COVID-19 qui s’étend dans le monde depuis décembre 2019 impacte

l’ensemble des activités tant réelles que financières. Les acteurs de l’industrie de la

microfinance et leurs clients sont affectés à des degrés divers par les mesures barrières prises

par les autorités politiques tant en Afrique que dans les autres continents. La distanciation

sociale et le confinement ont conduit les Institutions de Microfinance (IMF) à un

ralentissement, voire à une cessation d’activité.

Quelques enquêtes rapides menées par des organismes tels que ADA, Fondation

Grameen Crédit Agricole (2020) auprès de leurs partenaires sur une période courte du 18 au

27 mai 2020 donnent un signal partiel, mais évocateur, des effets de la COVID-19 sur les IMF

de 47 pays d’Europe, d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique. Trois questions ont guidé ce

webinaire :

- Quels faits stylisés peuvent être mobilisés, qui permettent de mettre en évidence, au stade

actuel des connaissances, les effets mesurables sur les acteurs de la microfinance ?

- Face aux effets de la distanciation sociale et du confinement, la mobilisation de l’outil

digital n’est-elle pas devenue la solution permettant la poursuite de l’activité sous une forme

renouvelée ?

- La digitalisation n’ouvre-t-elle pas la voie à une nouvelle microfinance avec la forte

présence des banques et des Technos dans l’offre de services financiers digitaux de

proximité ?

Il ressort de l’ensemble de ces questions que la crise économique induite par la COVID-

19 a touché les métiers de la microfinance sous trois aspects :

1 - Les IMF du monde entier et surtout d’Afrique ont rencontré des difficultés pour assurer

le déboursement des crédits et le suivi rapproché des crédits octroyés.

2 - Les clients des IMF ont rencontré d’énormes difficultés pour accéder à leurs points de

services et pour poursuivre les remboursements de leurs prêts.

3 - Le portefeuille à risque (à 30 jours) a plus que doublé pour 41 % des IMF d’Afrique

subsaharienne en particulier.

L’utilisation de l’outil digital, tant pour les services existants que pour les nouvelles

solutions à mettre en place, apparaît comme la stratégie vers laquelle devraient s’orienter les

IMF. En première approximation, « la digitalisation c’est le passage lent, coûteux et

terriblement consommateur d’énergie, des services (…) dans des interfaces de type Web ou

mobile ». « L’utilisation du terme « digital » ou digitalisation en français ne relève pas de

l’anglicisme, mais d’un mouvement dans les études sociales du numérique qui souhaite mettre

l’accent sur la dimension tangible, matérielle et corporelle du numérique. Le numérique est

incarné, il s’inscrit toujours d’une manière ou d’une autre, dans une matière dont la limite se

tient au bout de nos doigts »1. Digital vient du latin digitus (doigt). Ce terme fait référence

aussi à la notion de transformation numérique, qui évoque « le processus qui permet aux

entreprises d’intégrer les technologies digitales au sein de leurs activités »2.

1 Cf. la revue Études digitales, D. Cardon et A. Casilli, Qu’est-ce que le Digital Labor ?, INA Editions, 2015 et

D. Vinck, Humanités numériques : la culture face aux nouvelles technologies. Idées reçues, Le Cavalier bleu

éditions, 2016, cité par Al Dahbah (2019, p. 121, note 1). « Digitalisation de la santé au sud : quand les firmes du

numérique décident de l’accès au soin », Mouvements, n°98, p. 120-132, La Découverte. 2 Dutot V. et Ch. Perez (2019), 100 fiches pour comprendre le digital, BREAL, p. 8.

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Le terme digitalisation a deux contenus (Lavayssière B., 2015, p. 57)3. Le premier,

évoque « une génération nouvelle d’outils techniques et méthodes de traitement des données,

de présentation de ces données et de leur transmission, autrement dit l’apport des

technologies d’Internet (notamment les standards W3C – World Wide Web Consortium1)

dans le traitement de l’information ». Le second désigne « l’ensemble les nouveaux

instruments, interfaces/outils de communication physiques ou virtuels, comme les

smartphones, les X-blets (tablettes de différentes formes), les réseaux sociaux, les agents

intelligents, etc… ». Une IMF digitalisée serait celle qui articulerait ces deux dimensions.

La digitalisation dans sa forme de fourniture de services de paiements mobiles ou

mobile banking est un facteur d’inclusion financière. La notion de digitalisation est élargie

dans notre entendement à celle de quasi-digitalisation. Elle désigne des stratégies

informatiques de base qui ne requièrent pas l’usage de téléphone intelligent (smartphone), ni

d’Internet, mais simplement de téléphones de génération antérieure adaptés à l’exploitation de

deux services : le SMS (Short Message Service) et pour le paiement, la technologie USSD

(Unstructured Supplementary Service).

La digitalisation actuellement à l’œuvre dans les services de microfinance passe par le

mobile banking. Les fournisseurs de ces nouveaux services sont les banques, les Fintechs, les

établissements de monnaie électronique et quelques institutions de microfinance.

L’entrée dans la digitalisation d’offreurs de services micro-financiers est soumise à

deux types de barrières : la capacité de créer un réseau de détaillants et l’obtention d’une

licence d’opérateur de téléphonie mobile couplée à celle d’émetteur de monnaie électronique.

Ces deux barrières facilement franchissables par les banques et les opérateurs de

téléphonie mobile sont en revanche très élevées pour les institutions de microfinance qui se

retrouvent d’emblée évincées des métiers de micro-prêts digitalisés. Dans l’offre de services

de mobile banking ou de mobile money, elles sont reléguées au rôle de simples distributeurs

de ces nouveaux services pour les banques ou les Technos. Ce nouveau rôle qu’exercent les

IMF s’explique aussi par le caractère biface des marchés des services digitaux. Le produit ou

le service distribué (mobile money, mobile banking) est celui des opérateurs de téléphonie

mobile ou des banques. Les IMF ne peuvent exercer qu’un simple rôle de distributeurs de ces

produits ou services.

Il y a cependant des signes de l’émergence d’une nouvelle microfinance induite par

l’offre de services de mobile money ou de mobile banking ici ou là par des IMF, au Sénégal,

en Ouganda et au Kenya.

Le digital modifie in fine la chaîne de valeur de la microfinance. L’entrée dans ce

nouveau segment nécessite de pouvoir posséder simultanément trois avantages au sens de

Dunning (Ownership, Localisation et Internalisation du paradigme « OLI »)4. Le premier

avantage est spécifique aux Technos, Fintechs et banques multinationales (voire leurs filiales

locales) présentes en Afrique. Cet avantage menace l’existence même de la microfinance

traditionnelle. L’avantage en termes de localisation crée un effet d’éviction au service de

proximité, (qui était l’avantage spécifique des agences des IMF) par la suppression de la

distance physique qu’apporte « le digital ». La présence, dans les espaces géographiques

proches des kiosques « de cash in et cash out » des Technos, détourne vers ces entités,

facilement déplaçables (à coût faible) une large fraction de la clientèle qui s’adressait

3 Lavayssière B. (2015), « Les modèles économiques bouleversés par le digital », Revue d’économie financière,

4, n°120. 4 Dunning J.H. (1977), « Trade, Location of Economic Activity and the MNE : a search foreclectic approach »,

in B. Ohlin (ed.), The International Allocation of Economic Activity, The Macmillan Press LTD, p. 395-418. Cf.

aussi Mayoukou C. (2014), « Les banques multinationales et l’offre de services en microfinance : peut-on encore

parler de l’éthique micro-financière ? Une analyse du paradigme « OLI » revisité », Les Cahiers de l’Association

Tiers-Monde, n°30, 2015, p. 87-98.

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auparavant aux IMF. Enfin, le dernier avantage (internalisation) permet aux structures ayant

bénéficié de l’agrément d’émettre de la monnaie électronique, de « siphonner », et l’activité

traditionnelle, et la clientèle attachée au cash par la réduction de ces types d’opération avec

l’usage de mobile money notamment. Les nouveaux opérateurs bancaires et les Technos

offrent même des crédits de taille plus petite que le microcrédit traditionnel. On parle de pico,

voire de nano crédit.

Les IMF assurent la fonction de sélection de micro-projets et de monitoring des prêts,

deux fonctions essentielles dans le financement des activités génératrices de revenus des

populations à faible revenu, mais qui sont peu assurées par les Fintechs. A cet égard, la

microfinance doit être réinventée, en accompagnant ses acteurs actuels par le renforcement de

leur résilience. Ce sont surtout les petites structures menacées de disparaître par cette nouvelle

forme de concurrence qui méritent d’être soutenues.

Célestin Mayoukou et Magloire Lanha

« La crise de la Covid-19 et un scenario possible de « dé-mondialisation » offrent-ils un

nouveau contexte pour la supervision de la microfinance ? Règles et régulation des IMF :

arbitrage entre résilience et agilité ? » par Denis ACCLASSATO et Thierry MONTALIEU

Le secteur de la microfinance a connu un fort développement de son activité au cours de

ces trois dernières décennies, mais en même temps certains pays ont vu leurs IMF traverser de

graves crises ou au moins assister à une dégradation de la qualité de leurs portefeuilles et

actifs. Après la crise financière mondiale de 2008, la crise de la Covid-19 représente un

nouveau choc macroéconomique mondial qui impactera ce secteur. La BCEAO a d’ailleurs

mis en œuvre une série de mesures visant à atténuer cet impact pour les IMF de la région.

Mais au-delà des aléas conjoncturels, des tendances lourdes se font jour et déterminent tout au

moins la résilience des IMF et leur agilité à innover pour mieux servir l’inclusion financière.

Le contexte actuel peut-il servir d’accélérateur à certaines de ces tendances, ou au

contraire de coup d’arrêt ?

Qu’il s’agisse de crises de croissance ou plus structurellement de défauts majeurs dans

les procédures d’instruction des crédits ou de suivi des contrats et des remboursements, la

question de la supervision et de la réglementation est au cœur d’une microfinance, certes

inclusive, pour offrir des services au plus grand nombre, mais aussi soutenable pour assurer

des stratégies de long terme de sortie de la pauvreté. La connexion de la microfinance à

l’économie mondiale s’est réalisée au travers de financements extérieurs (aide bilatérale et

multilatérale, ONG, recyclage des envois de fonds des travailleurs migrants, participations des

réseaux bancaires,…) ce qui a conduit certains à imaginer une nouvelle fragilité potentielle du

secteur. La crise de la Covid-19 et quelques appels à la dé-mondialisation pourraient servir de

catalyseur à des changements radicaux d’organisation et peut-être remettre en cause le

« modèle d’affaires » des IMF ou du moins de celles qui sont les plus connectées aux réseaux

mondiaux.

Thierry Montalieu dresse le contexte général de la crise (y compris un éventuel scénario

de tensions "démondialistes") et souligne les grandes orientations envisageables (résilience ou

agilité de la microfinance) au travers d'une synthèse de la littérature sur les différents types de

règles (prudentielles et défensives versus innovatrices et offensives) et leurs conséquences.

Denis Acclassato regarde les évolutions récentes des textes de l’UEMOA et, à travers le cas

béninois, il propose de tirer quelques perspectives sur les opportunités/risques des SFD dans

un contexte de concurrence amplifiée avec les Fintechs.

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Si la tendance « défensive » de la réglementation, celle insistant davantage sur la

protection des consommateurs et sur la résilience des organisations devait s’imposer (en écho

à une vision critique de la mondialisation libérale), on pourrait craindre une baisse d’activité

des IMF se concentrant sur la vision historique d’une microfinance de terrain s’adressant aux

segments les plus pauvres de la population, essentiellement en zone rurale. Si la tendance plus

« offensive » s’impose avec des politiques accompagnant davantage l’innovation

(technologique et de produits) du secteur et donc son agilité, alors les IMF pourraient rester

sur le segment visé par les Fintechs avec des produits adaptés à une classe moyenne

inférieure, plutôt urbaine, et ainsi rattraper leur retard sur les Fintechs sur le segment de

finance digitale. La question reste de savoir si ces deux options sont exclusives l’une de

l’autre ou se complètent.

Denis Acclassato et Thierry Montalieu

A la suite de ce webinaire, auquel notre réseau a participé activement, la BCEAO vient de

lancer un Appel à contributions pour un numéro spécial de sa Revue Economique et

Monétaire sur le thème « Les économies de l’UEMOA face à la pandémie de la Covid-19 :

politiques économiques et perspectives ».

Ce numéro spécial sera consacré aux analyses théoriques et empiriques de l’impact de la

pandémie de la Covid-19, la pertinence des mesures de politiques monétaire et budgétaire et

les perspectives de long terme.

Date limite de soumission : 30 novembre 2020

Site : www.bceao.int

III – Quelques manifestations relatives à la microfinance

Les 36èmes

Journées de l’Association Tiers Monde (ATM) devaient se tenir à

l’Université de Rennes 2 les 27-29 mai derniers. Elles ont été reportées à cause du

confinement lié à la COVID-19. Elles devraient se tenir en 2021, en principe la semaine du 25

mai. Elles vont faire l’objet d’un nouvel appel sur le thème – rappelons-le - « Croissance,

développement et inéqualités. Un développement de plus en plus inégal ». Un tel thème est

naturellement ouvert à la microfinance, notamment dans la rubrique « inclusion financière et

microfinance ».

Courriel : https://atm2020.sciencesconf.org/ et [email protected]

ATM qui a organisé avec l’Université du Luxembourg un premier atelier sur les

problèmes liés aux « Politiques publiques et développement en Afrique subsaharienne » à

l’Université de Bouaké (Côte d’Ivoire) devait renouveler l’expérience à l’Université de

Brazzaville en septembre 2020. Cette manifestation a été reportée pour les mêmes raisons.

Elle devrait se tenir en janvier 2021.

Courriel : [email protected] et [email protected]

Le Forum Mondial Convergences devait se tenir à Paris en septembre, comme chaque

année. La COVID-19 a nécessité un report de cette manifestation à une date non encore fixée

en 2021. La publication du baromètre de la microfinance s’en trouve, elle aussi, retardée.

http://www.convergences.org/forum-mondial/programme/

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IV – L’Observatoire de la Francophonie économique (OFE)

Nous avons annoncé le lancement de cet Observatoire dans notre

numéro 11 – automne 2017. Situé à l’Université de Montréal, il a pour

but de recueillir et d’analyser les données sur la situation économique

dans l’espace francophone et de les rendre accessibles. Un certain

nombre de chercheurs se sont manifestés (ils sont 48 actuellement). Ils

sont autant d’experts qui peuvent être sollicités de contribuer aux études

que l’Observatoire entend mener et d’analyser les enjeux économiques

du monde francophone qui sont d’intérêt pour les politiques publiques.

L’Observatoire a publié en 2020 un premier rapport consacré à l’emploi

et l’entrepreneuriat en Afrique francophone. On trouve dans ce rapport deux contributions

sur la microfinance (cf. le point 5), tant il est vrai qu’on ne peut créer de nouveaux emplois

sans argent, ni développer l’entrepreneuriat sans financement adapté. On se souvient que

dans l’ancien réseau Entrepreneuriat de l’AUF, autour des années 2000, la finance avait une

place de choix.

L’Observatoire offre également d’autres services à nos collègues africains. D’une part,

comme dans cet ancien réseau, il publie des « documents de recherche » qui doivent ne pas

dépasser 7 000 mots, soit 35 000 signes (douze le sont à ce jour). D’autre part, un Programme

de Formation à la Recherche pour Jeunes Economistes, doctorants ou post-doctorants

(FORJE), a été institué qui accorde des bourses pour un séjour de 3/4 mois dans une

université étrangère et permet de donner aux bénéficiaires « une meilleure connaissance de la

recherche universitaire ». 15 candidats en ont profité en 2018 et 18 en 2019.

Toutes ces initiatives finissent par faire de l’Observatoire de la Francophonie

économique une réalité originale à laquelle plusieurs membres de notre association ont d’ores

et déjà contribué.

Pour toutes informations, et pour le rapport annuel de l’Observatoire (2019 et 2020) :

https://ofe.umontreal.ca/accueil/

V – Publications récentes en microfinance

ANDREAS Adriano (2020)

« Les combattants de la pauvreté », Finances et Développement, juin, p. 32-36.

L’auteur brosse le portrait du Laboratoire d’action contre la pauvreté (J-Pal) situé au sein du

MIT où Esther Duflo et Abhijit Banerjee mènent des enquêtes, plus d’un millier à ce jour dans

plus de 80 pays, sur les comportements des pauvres et donc sur les pratiques en matière de

microfinance. Dans notre dernier bulletin (n°15, hiver 2019), nous avons publié une note à

propos du Prix Nobel attribué l’an dernier à Esther Duflo.

BANERJEE Abhijit et Esther DUFLO (2020)

« Repenser la pauvreté », Editions du Seuil, collection Points, 462 pages. Cet ouvrage bien

connu des deux derniers Prix Nobel d’économie vient d’être réédité dans sa version française.

Consacré à la pauvreté, il aborde pendant une centaine de pages le microcrédit, l’épargne

populaire … et l’entrepreneuriat, le plus souvent pour analyser les pratiques observées sur le

terrain.

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Brahim BOUDARBAT et Ahmadou Aly MBAYE (2020)

« Développement économique et emploi en Afrique francophone :

l’entrepreneuriat comme moyen de réalisation », Les Presses de

l’Université de Montréal. Dans cet ouvrage collectif, le premier de

l’Observatoire de la Francophonie économique, on trouve deux

contributions sur la microfinance :

DJIBO Oumarou Faroukou « Microfinance et promotion de

l’entrepreneuriat des jeunes ruraux au Niger », chapitre 15, p. 326-350.

NDIOUNE Mamadou et DIOUF Diène Ousseyman

« Le rôle des institutions de microfinance dans le financement de

l’entrepreneuriat féminin », chapitre 14, p. 306-324.

CAZABAT Gérard, Simona GRAMA-VIGOUROUX, Sana SAIDI, Mohamed

SELLAMI (2020)

« Microcrédit en France : femmes et hommes face à la solvabilité », Management & Avenir,

2020/1, n°115), p. 63-89.

MEKOUAR Youssef et Juliette ROBERT (2019)

« L’inclusion financière au Moyen-Orient et au Maghreb : défis et opportunités », Revue

d’économie financière, n° 136, 4ème

trimestre, p. 315-342.

Ce numéro consacré à la finance méditerranéenne inclut d’autres articles qui ne traitent pas à

proprement parler de l’inclusion financière, mais qui l’abordent incidemment, de même que la

microfinance, notamment à propos du Maroc, de l’Egypte et de la Tunisie.

MORSY Hanan (2020)

« Accès au financement : pourquoi les femmes ne s’imposent-elles pas ? Les femmes

s’excluent elles-mêmes du marché du crédit africain », Finances et Développement, mars, p.

52-53.

Nicolas REBIERE ((2019)

Quel rôle pour la microfinance en Europe en période d’austérité ?,

Presses universitaires de Bordeaux. Cet ouvrage collectif comprend

une douzaine de contributions. Les unes sont consacrées à l’Europe, la

plupart sont consacrées à quelques pays européens : la France,

l’Allemagne, la ville de Londres, mais aussi les Etats-Unis et le

Canada. Le thème abordé chaque fois va de la réglementation ou du

partenariat public-privé à l’exclusion financière ou l’intégration des

Roms, toujours à propos du microcrédit.

SECK Massamba Souleymane (2020)

« Gouvernance de l’environnement », Revue Internationale du Chercheur, vol. 1, n°2, p. 900-

915.

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Banque de France

« Rapport annuel 2019 de l’Observatoire de l’inclusion

bancaire »

Cet Observatoire dont nous avons déjà parlé, présente cette

fois les mesures qui ont été mises en place pour protéger

efficacement les clients fragiles. Les banques doivent

maintenant s’efforcer de détecter plus rapidement les

situations difficiles, elles doivent fournir une offre spécifique,

avec des services limités, et simplifier les procédures. Les frais

bancaires sont également plafonnés. Beaucoup d’importance

est attribuée désormais à l’éducation financière. Des « points

conseils budget » sont des structures d’accueil destinées à

accompagner certaines personnes dans la gestion de leur

budget. 150 sont d’ores et déjà en place dans plus de la moitié

des régions en France.

Le rapport est disponible sur le site

https://publications.banque-france.fr/sites/default/files/medias/documents/oibwebvf.pdf

Le Portail FinDev, auparavant connu sous le nom de Portail Microfinance, est une

plateforme indépendante de connaissance du CGAP, où les acteurs du secteur de la finance

inclusive partagent enseignements et idées sur la manière dont les services financiers

fonctionnent le plus efficacement pour les pauvres.

Cette plateforme d'utilité publique est accessible à toute personne

intéressée par la finance inclusive.

Ce portail gère la Plateforme Européenne de la Microfinance « e-

MFP » qui publie depuis 2018 un rapport annuel sur les tendances

en cours de l’inclusion financière. A partir des 108 réponses à un

sondage effectué pendant les mois de mai-juin 2020 dans 44 pays,

ce rapport a fait l’objet d’une édition spéciale qui vient d’être

publié « Défis et priorités du secteur de la microfinance après la

COVID 19 ».

Site : www.e-mfp.eu

Le Nouveau manuel de microfinance « Une approche écosystémique » sous la direction de

Joanna Ledgerwood avec Julie Earne et Candace Nelson, dont nous avons déjà parlé, vient

d’être réédité par l’Agence Française de Développement et la Banque Mondiale en 2020.

VI – Soutenances de thèses en microfinance

Massamba Souleymane SECK « Banque islamique et institutions de microfinance au Sénégal : quelles complémentarités

pour un financement inclusif et durable des Petites et Moyennes Entreprises ? », Université

de Thiès (Sénégal), 31 juillet 2019. Directeur : Ibrahima Thiam.

Asmae DIANI

« Microfinance et développement des capabilités : le cas du Maroc », Université Paris Est

Créteil, Institut de recherche en gestion sous la tutelle de l’Université Gustave Eiffel, 6 janvier

2020. Directrice : Julienne Brabet.

Page 10: « Association Internationale des Chercheurs Francophones ...

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VII - Informations diverses

« La Microfinance

contemporaine :

défis et

perspectives ». Les

Actes des Journées

de Brazzaville ont

été publiés fin

décembre 2013.

« La Microfinance

contemporaine :

mutations et

crises ». Les Actes

des Journées de

Douala ont été

publiés en mars

2017.

« La Microfinance

contemporaine :

Le financement de

la microfinance ».

Les Actes des

Journées de

Casablanca ont été

publiés en janvier

2019.

On peut commander les trois ouvrages au prix de 24 ou 25 € au Comptoir des Presses des Universités :

www.lcdpu.fr ou auprès des librairies spécialisées.

ADHESION :

Le règlement d’une adhésion est une CONDITION IMPERATIVE pour faire partie de

l’Association et pour participer à ses travaux.

- Ceux qui ont réglé les frais d’inscription pour le colloque de décembre 2019 à

l’Université d’Abomey-Calavi (Bénin) ont, de ce fait, réglé leur cotisation pour les

années 2019 et 2020.

Que ceux qui n’ont pas encore réglé leur cotisation pour ces deux années ne tardent pas

à le faire (cf. bulletin d’adhésion ci-joint).

Le site de l’AUF

4, place de la Sorbonne - 75005 Paris

Téléphone : 33 (0)1 44 41 18 18

Télécopie : 33 (0)1 44 41 18 19

Courriel : http://www.auf.org/

Le site du LEO

http://www.leo-univ-orleans.fr/fr/

Correspondance :

Courriel : [email protected]