Préface Le grand paseo - .e paseo qui ouvre ce livre est le plus impressionnant qui ait été...

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  • Prface

    Le grand paseo

    Le paseo qui ouvre ce livre est le plus impressionnant qui ait t donn voir. Il sagit de lhistoire dun sicle, un sicle taurin, bien sr, de Bordeaux Bogota, de Sville Oran, de Madrid Vic-Fezensac. Cette grande corrida est celle de Sud Ouest et des journalistes qui lont aime. Si cette affiche est unique, cest parce que jamais ne furent runis, relis dans le temps et les pages, les noms de Don Seve-ro, Georges Dubos et Vincent Bourg, Zocato . Sans interruption de 1920 au-jourdhui, ils ont couru les plus petites arnes, se sont invits dans les rendez-vous les plus prestigieux, ont connu les aprs-midi de gloire et les soirs tragiques. eux trois, ils ont vu tout ce que la tauromachie a comport de monstres et de mythes, depuis Joselito le Grand quun toro tua Talavera de la Reina en 1920 et avec qui Don Severo tait ami, en passant par Marcial Lalanda que Georges Dubos aimait comme un frre. Luis Miguel Domingun, Antonio Ordez ou Paco Camino quil recevait chez lui, jusqu Paco Ojeda, Cesar Rincon, Sebastien Castella ou El Juli, que Vincent Bourg a ctoys t aprs t. Chacun la dit sa faon, apportant une criture un genre qui jusqualors en tait du moins en France dpourvu. Chacun avec son style, cest une bibliothque taurine exceptionnelle quils ont compose, dans un flamboyant sabir pour Marcel Grand Don Severo , dans un classicisme de haute tenue plein dironie mordante pour Georges Dubos, avec un picaresque pique et sentimental pour Vincent Bourg. Il a fallu tout le talent et la patience de Marc Lavie pour choisir dans des tonnes darchives. Il a exhum et poli ces monuments de souvenirs jusqu en extraire cette ppite. La grande corrida de Sud Ouest entre dans son arne et derrire les trois maestros suivent tous ceux qui ont galement su dire les aprs-midi des toros noirs.Vous retrouverez langoisse de Currillo Vic-Fezensac raconte par Pierre Veille-tet, la terrifiante corrida de Dax que suivit Maurice Darbins, les triomphes diony-siaques dEl Cordobs que relatait Ren Rogliano, dit Don Pepe , les obsques de Nimeo, que suivit Patrick Espagnet, la Madeleine montoise et les arnes des novilladas landaises. mesure que les pages tournent et que lheure avance, cest dun sicle que lon vous parle ici, qui commence avec des fiacres et termine avec les jets ; se raconte avec des cbles et des dpches pour aujourdhui se dire via un mail envoy par satellite. Mais dans lequel demeure, solitaire, sauvage, profondment poignante, lme du peuple du toro.

    Yves Hart

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    belmonte, lalenDa, Domingo ortega, les Dieux De l'arne la maDeleine un 15 aot !

    Mont-de-Marsan, samedi 15 aot 1936

    La corrida du 15 aot Mont-de-Marsan

    mar maintes fois depuis un mois que dure lhallucinante tragdie tras los montes. la dernire minute vint mme presque le pire pour lempresa, qui, aprs avoir manqu de matadors pendant un mois, stre enfin assur le concours dAnto-nio Mrquez et de Marcial Lalanda, et les avoir dcids estoquer seuls les six bichos, vit arriver Manolo Bienvenida, nanti de son contrat lui aussi, et bien dif-ficile liminer du cartel, sauf lui payer son cachet sans torer.Fort heureusement, la bonne camaraderie qui unit les trois diestros, et leur parfaite correction de vritables caballeros, vint aider le comit trouver la solution du problme ; et Marcial et Antonio consen-

    Bouillante encore denthousiasme, chauf-fe blanc par les prouesses quelle ne cessa dacclamer et dapplaudir crescen-do pendant lheure et demie que dura le spectacle, la foule est sortie rayonnante, dimanche, du cirque montois, mais lit-tralement trempe de sueur, fondante, liqufie par lexaltation, la frnsie, le dlire mme, par instants, o la mirent les diestros, sous un ciel lourd et par une

    chaleur tropicale, littralement touf-fante.La satisfaction fut gnrale : ravi le public, souriants les toreros, rayonnant le mayo-ral, et plus content encore que tout le monde, certainement, le comit organi-sateur, voyant se terminer enfin et aussi heureusement, une tche entreprise de-puis plusieurs mois, ardue et complique toujours, mais qui fut tourne au cauche-

    tirent voir diminuer leurs cachets, pour permettre de constituer celui payer Manolo, se chargeant de deux toros.Les trois diestros, qui purent ainsi entrer dans larne unis par un trs sincre sen-timent damiti, surent, nanmoins, faire assaut dmulation au cours de toute la lidia, et, aprs une premire grande ova-tion tous trois runis par Marcial aprs le succs de ce dernier au cinquime toro, sortirent encore ensemble de la plaza se tenant par la main, sous une der-nire vibrante et chaleureuse manifesta-tion dadmiration et de sympathie tous.La corrida fut de celles qui ferment la bouche aux plus acharns dtracteurs du spectacle, de celles qui fomentent laficon plus que ne pourront jamais le faire des bibliothques duvres taurines, de celles qui, en quelques moments, anantissent les pnibles lucubrations des ternels pessimistes, contrists et ai-gris rabat-joie, et de celles, enfin, qui ne laissent que le dsir dexalter la beaut, lclat, lharmonie dune belle uvre, sans place, ide, ni dsir, pour chercher mesquinement la loupe les imperfec-tions et les bavures dun bas-relief.

    Au paseo de la corrida du 15 aot 1936 Mont-de-Marsan, Marcial Lalanda, Manolo Bienvenida et Antonio Mrquez. Visages graves et soucieux de toreros rescaps dun pays en pleine guerre civile.

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    De manolete Domingun et manolo vsquez, un ge D'or manolete saint-sbastien

    Bayonne, dimanche 3 aot 1947

    A los pies de usted, seorita

    torera pied, lune et lautre sans gale, nous laffirmons.Ds le paseo, la jeune fille, reue dail-leurs par une immense ovation admira-tive, avait fait la conqute de la multi-tude, par une leon de haute cole dune insigne maestria.Ensuite, ds le premier rejn clou les-tribo (contre ltrier), verticalement, ce fut une explosion de bravos dlirants et qui se rpta chaque autre pose de rejn ou de farpa ; qui saugmenta encore, si pos-sible, la splendide paire de banderilles, pique, cheval toujours, son deuxime adversaire, cependant que des exclama-tions admiratives ne cessaient dchapper aux plus difficiles aficionados, comme la foule entire des moins initis, devant la prodigieuse science torera de lartiste seule avec le toro dans larne, le plaant et le dplaant son gr, le torant sans cesse avec une grande habilet et une parfaite intelligence sur la corne gauche, avant davoir excuter une suerte sur la droite ; dominant tout instant le cornu-pte et la monture sans donner limpres-sion dun effort, sans un faux mouvement, sans un geste qui ne soit marqu de la plus surprenante srnit et de la plus grande allure.Sa manire de se faire poursuivre, de re-tarder le cheval et de le relancer au quart dinstant prcis pour chapper la corne, fit natre des cris deffroi et dadmiration successifs.

    Blonde, mince, cambre, fine, jolie, ra-ce, extrmement distingue et ravissante de simplicit, telle apparat dans le hall de lhtel ou dans la rue Conchita Cin-trn, la fameuse rejoneadora pruvienne, qui vient dtre pendant trois jours la curiosit de la Cte Basque, et qui, avec ses yeux bleus, sa tenue si discrte, sa grce frle et son manque total, absolu, de cabotinage, a cependant soudain por-t au rouge, en quelques instants, dans le cirque, lenthousiasme dlirant des douze mille spectateurs ayant russi sentas-ser dans la belle plaza de Lachepaillet, devant deux mille autres personnes, au moins, restes au dehors faute de billets.Et, en prsence de tant de jeunesse dli-cate, dlgance inne et dexquise mo-destie, vient immdiatement et naturelle-ment aux lvres de quiconque approche la pourtant si grande artiste, lexpression de politesse espagnole : A los pies de usted, seorita ( vos pieds, Made-moiselle ), avec le sentiment dtre de-vant quelque chose de rare, dinfiniment sduisant, dun tre miraculeusement dou.Conchita Cintrn lve merveilleuse dun des plus grands artistes portugais du toreo cheval, don Ruy da Camara, qui monte toujours de faon exception-nelle est un vritable phnomne dont la perfection en tant qucuyre notre connaissance, sans seconde sallie celle de la rejoneadora et celle de la

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    El Cordobs, Ordez et les annes folles

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    el corDobs, orDez et les annes folles Prsentation Dramatique maDriD

    Madrid, mercredi 20 mai 1964

    La prsentation tragique d El Cordobs

    Jamais, dans lhistoire de la tauromachie, un torero navait encore suscit autant de curiosit et de passion. On parlait partout du Cordobs , de ses tourdissants succs, de ses triomphes clatants en province et ltranger, mais Madrid ne lavait pas encore vu.Accueilli au paseo par une grosse ova-tion, o se mlaient quelques sifflets des irrductibles, El Cordobs reut le premier toro par un travail de cape sobre, mais efficace, puis fit clater lenthou-siasme des tendidos en dessinant trois

    chicuelinas sup-rieures, les pieds rivs au sol. Aprs avoir reu confirmation de son alternative par Pedrs, le matador plaa son ennemi au milieu de la piste et l, seul, immobile, il commena une faena sensationnelle, immense, sans perdre un pouce de terrain ; aux derechazos et aux passes circulaires admirablement ex-cutes, succdrent des sries de natu-relles magnifiques, dessines avec

    Cest avec une demi-heure de retard, oc-casionn par un violent orage ayant cla-t lheure du paseo, que sest droule cette corrida si impatiemment attendue par tous les Madrilnes, assez diviss en ce qui concerne lextraordinaire matador de Palma del Rio.Comme on pouvait sy attendre, il ne restait plus un seul billet en vente depuis plusieurs semaines et, malgr la chasse aux revendeurs, ces derniers durent faire de belles affaires.

    temple, dominio, et suivies de passes de poitrine effrayantes de serr, qui provo-qurent une tempte de bravos.Le trasteo se poursuivit ainsi dans un rythme crescendo, lhomme compl-tement dco