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Collection «Aliments dans les villes» Les approches disciplinaires de lanalyse des SADA Maurizio Aragrande AC/11-97F Programme «Approvisionnement et distribution alimentaires des villes» 1997 Communication présentée au séminaire sous-régional FAO-ISRA «Approvisionnement et distribution alimentaires des villes de l’Afrique francophone» Dakar, 14 • 17 avril 1997

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Collection «Aliments dans les villes»

Les approches disciplinaires de lÕanalyse des SADA

Maurizio AragrandeAC/11-97F

Programme

«Approvisionnement et distribution alimentaires des villes»

1997

Communication présentée au séminaire sous-régional FAO-ISRA«Approvisionnement et distribution alimentaires

des villes de l’Afrique francophone»Dakar, 14 • 17 avril 1997

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Résumé

Cet ouvrage a pour objectif de décrire synthéti-quement la manière dont différentes disciplinessont liées à l’analyse des systèmes d’approvi-sionnement et de distribution alimentaires(SADA). Cet objectif est atteint en montrant lesoutils conceptuels et méthodologiques des dis-ciplines impliquées. La liste des approches estbien sûr incomplète et la description synthé-tique.

Le but de cette description est double: d’unepart, chercher à individualiser, pour chaque dis-cipline, le(s) domaine(s) qui lui sont propres etqui participent à la problématique des SADA;d’autre part, recouper pour chaque discipline lesrôles spécifiques que chacune peut jouer dansune démarche de recherche interdisciplinairesur les SADA. Des questions d’ordre généralont conduit la recherche: quelles disciplines sesont intéressées au sujet? A partir de quels fon-dements l’approchent-elles? Quelles méthodo-logies utilisent-elles? A quel type de résultatsaboutissent-elles? Sont-elles alternatives oucomplémentaires? A quel(s) niveau(x) sont-ellesefficaces? Certaines parties de cet ouvrage ontété compilées sur la base de documents rédigésdans cette intention, produits par des spécia-listes (approches géographique, nutritionnelle etjuridique) et intégrés dans un travail personnel.Les approches retenues sont les suivantes:économiques (néoclassique et de filière), histo-rique, géographique, nutritionnelle et juridique.A l’intérieur de l’approche filière, on a retenu uneapproche socio-économique et géographique.Le sens de cet essai de description méthodolo-gique ne se trouve pas dans la lecture dechaque approche, mais dans sa juxtapositionavec d’autres. Les approches décrites, relevantd’ailleurs de domaines scientifiques éloignés, setrouvent réunies dès l’instant où l’on considèreles SADA, non pas comme une activité abstrai-te, mais comme la résultante des dynamiquesqui se dégagent à partir d’un milieu donné d’unterritoire, à un moment donné de son devenir,géré par des agents avec des finalités spéci-fiques.

L’approche économique aux SADA n’est pasuniforme. Le souci commun des différentes dé-marches est l’analyse du niveau d’efficacité dela distribution. Les différences sont à replacerpar rapport aux méthodologies utilisées quidécoulent, en amont, de l’acceptation des diffé-rents fondements scientifiques. L’approche néo-

classique relève de l’acceptation des fonde-ments de l’équilibre général néoclassique, basésur la confrontation à tous les niveaux de l’offreet de la demande. Il s’accompagne aussi d’au-tres outils conceptuels, dont la fonction est denuancer, modifier ou rejeter certaines hypo-thèses néoclassiques, afin de saisir des réalitéscomplexes, en dehors de la simple logique demarché (Marketing Channels, Industrial Organi-zation, Theory of the Firm, Institutional Econo-mics).

Le prix est le moyen par lequel des agents éco-nomiques sont informés sur la rareté relativedes produits/services, ce qui influe sur leur com-portement. Le prix est aussi le moyen qui coor-donne les différents marchés: entre eux (de laproduction à la consommation), dans le tempset dans la forme (stockage et transformation), etdans l’espace (transport).

L’efficacité du marché est liée à des hypothèsessur l’environnement économique. Un systèmede marché est efficace dans la mesure où laconcurrence y est parfaite, l’accès libre, lesinformations disponibles pour tous et à un coûtzéro, les agents réagissant aux variations deprix de façon économiquement rationnelle.L’analyse des marchés réels entraîne toujoursla comparaison avec ce modèle théorique: dansla mesure où ils s’écartent de ce dernier, ilsmanifestent des imperfections qui relèvent dudomaine et des limites des politiques d’interven-tion. Au niveau de la recherche opérationnelle,l’efficacité des marchés est évaluée à l’aide del’analyse structure-comportement-performance,qui a eu et a encore nombre d’applications enmilieu africain.

Dans l’approche filière, l’agent est un acteur (ouun groupe) économique qui se caractérise par:

• une (des) fonction(s) économique(s);• des pouvoirs de décision;• des comportements par rapport à des finalités

(économiques ou d’autre type);• et donc des stratégies d’intervention dans le

système économique.

Dans cette approche, il existe un évident effortd’aller au-delà des données de l’économie etd’en expliquer la dynamique en utilisant desconcepts spécifiques à la filière, c’est-à-dire lesstratégies des acteurs. Ce sont en effet lesacteurs, par leurs stratégies, qui donnent unestructuration et une signification économique àl’espace où ils agissent qui, autrement, ne serait

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que l’expression de potentialités physiquessans autres spécifications. De même, larecherche des liens entre l’économique et lesocial relève de la nécessité de prendre enconsidération les déterminants du comporte-ment des acteurs en dehors de leurs activitéséconomiques.

L’élargissement du domaine d’enquête au socialimplique l’utilisation de données, non plus seu-lement quantitatives mais qualitatives, obtenuesà travers des enquêtes ou des entretiensconcernant des types d’acteurs de la filière.Ces histoires de vie sont des témoignages privi-légiés de l’évolution sociale, c’est-à-dire de ladynamique par laquelle ces acteurs changent,accroissent ou réduisent leurs rôles et leur pou-voir dans la filière.

L’approche historique vise à déplacer l’interpré-tation des phénomènes liés à l’approvisionne-ment alimentaire du particularisme disciplinairevers un point de vue plus général où la perfor-mance du système de distribution est analyséepar rapport à son devenir dans un territoire phy-sique, économique, social et politique. Deuxremarques sont utiles pour en comprendre lesspécificités:

• le rôle de la ville dans la méthodologie d’ana-lyse;

• la nécessité d’intégrer l’économie de la distri-bution alimentaire dans le système des rela-tions et des facteurs sociaux, institutionnels etpolitiques qui l’entourent.

La réponse au besoin de globalité interprétativeest donnée par le biais d’un parcours méthodo-logique lié au choix du niveau géographique del’analyse, c’est-à-dire la ville, le lieu et le niveauauxquels il faut observer les problèmes de lacrise alimentaire africaine. Comme la distribu-tion alimentaire n’est pas simplement une ques-tion technique, il s’agit de replacer et assemblerles différents parcours disciplinaires dans uncadre conceptuel structuré qui soit en mesurede réunir les aspects technico-économiques dela distribution avec la dynamique de l’environ-nement social et politique dans lequel ils opè-rent. L’utilisation de l’histoire sociale des villesdans ce processus implique, d’une part, l’indivi-duation de périodes homogènes sous l’aspectsocio-institutionnel et l’individuation des mo-ments-clés qui ont marqué le passage d’unepériode à l’autre. On se réfère, dans ce cas,aux crises d’adaptation à des changementsimportants dans le cadre politique et écono-

mique de la ville/région ou de l’environnementmondial.

En géographie, le concept d’espace revêt unsens scientifique et analytique dès le momentoù il se différencie et se concrétise en structuresarticulées, en formes, fonctions et relationsenracinées dans un espace physique. Le pro-cessus de différenciation et ses dérivés fontl’objet privilégié de l’observation du géographe.Les domaines d’étude sont les relations entrel’espace urbain et le ravitaillement des popula-tions urbaines. Parler d’espace signifie parlerd’une ressource rare et limitée. Le géographeen explique les modalités d’organisation, leslogiques propres et spécifiques, la manière d’enoptimiser l’utilisation en relation aux multiplesbesoins. Il dispose d’un appareil conceptuel quise prête à être appliqué au point de vue trèsspécifique du ravitaillement urbain. Il s’agit desprincipes classiques d’organisation économiqueet spatiale des modèles urbains. La croissanceurbaine est un processus critique dans le déve-loppement de la ville. Dans les pays économi-quement en retard, elle possède des aspectspathologiques, et procède indépendamment del’évolution des activités productives. Celaamène à des phénomènes de malaise urbain,analysés par le géographe même dans leurretombées immédiates sur les SADA. La ques-tion est donc de connaître les conséquences dela dynamique de la structure urbaine sur lesmodalités d’approvisionnement de la ville. Laréponse se trouve dans nombre de situationstrès typiques des SADA: ségrégation, isole-ment, surcharge des espaces marchands, agri-culture urbaine et périurbaine, etc.

La relation entre nutrition et SADA est évidente,la consommation alimentaire étant le but propreaux SADA et une déterminante essentielle del’état nutritionnel. De plus, n’importe quelle poli-tique d’intérêt alimentaire ne saurait faire abs-traction des modèles de consommation et desexigences nutritionnelles. En parlant desSADA, on limite généralement les domaines depertinence à deux aspects, celui de l’approvi-sionnement/commercialisation et celui de l’étatnutritionnel souhaitable. Le problème est: dequelle manière les SADA peuvent-ils véhiculerdes messages nutritionnels à travers les struc-tures qui sont propres à leur logique de fonc-tionnement? Au niveau des actions d’améliora-tion, de quelle manière repérer des synergiesentre le développement des SADA et celui del’état nutritionnel?

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iiiRésumé

Les activités qui se déroulent à l’intérieur desSADA, ainsi que celles qui l’entourent, font réfé-rence à un cadre de règles. Qu’elles soientécrites ou coutumières, elles ont des effetsstructurants sur les SADA. Ce cadre fait l’objetd’étude de la discipline juridique et définit lesrègles du jeu, valables pour les acteurs. Dupoint de vue juridique, les SADA sont un objettrès articulé et complexe qui échappe à unedéfinition simpliste. Cela amène à considérer ledroit des SADA comme un droit composite etouvert. Son explication est possible à l’aide dedisciplines adonnées à l’analyse du domainesocial (anthropologie, sociologie). L’applicationde la méthodologie juridique aux SADA consis-te à identifier d’abord les sources du cadreréglementaire en vigueur, puis à reconnaître lesdifférents droits sectoriels qui participent auxSADA. Les éléments de ce cadre ne sont pasforcement en accord. Son fonctionnement com-porte des situations de conflit qui nécessitentdes pratiques de réglementation sociale. Cettecontradiction donne lieu à des relations spéci-fiques qui sont aussi des phénomènes bienconnus dans la réalité africaine (corruption,informel, etc.) et parfois sources d’inefficacité. Ace propos, il faut remarquer que l’approche juri-dique introduit dans l’analyse des SADA unenouvelle dimension de l’efficacité, celle qui relè-ve de la cohérence du cadre réglementaire etde sa continuité avec les traditions locales.

Les conclusions sont présentées de manièrethématique pour faire ressortir les sujets quifranchissent de manière horizontale les diffé-rentes disciplines. On trouve alors le conceptd’efficacité, qui acquiert des significations spéci-fiques à travers les approches décrites, l’impor-tance des choix de délimitation du domaineconcernant les SADA, que ce soit au niveauphysique, économique ou temporel, ainsi que lebesoin d’intégrer la complexité de la réalité au-delà des limites scientifiques et méthodolo-giques imposées par les visions traditionnelles.L’ensemble des questions qui se posent, lacomplexité du sujet, le besoin de comprendre satotalité, réclament une approche globale, quitrouve ses références méthodologiques dans lalogique même du système et dans l’approcheinterdisciplinaire.

Le texte de cet ouvrage peut être importé gra-tuitement au site Web:

www.fao.org/ag/sada.htm

Présentation de l’auteur

Maurizio Aragrande est professeur associéd’Economie agricole à l’Université de Bologne,depuis 1992. Il collabore au Programme de laFAO «Approvisionnement et distribution alimen-taires des villes» depuis 1995 et il est aussi Co-ordinateur scientifique du Centre d’Information«Aliments dans les villes» (CIAV), crée par l’Uni-versité de Bologne dans le cadre du même Pro-gramme de la FAO.

Prof. Aragrande a effectué un nombre de mis-sions pour étudier les aspects méthodologiquesde la recherche sur l’approvisionnement et ladistribution alimentaires des villes dans les paysen développement. Sur ce sujet il a réaliséd’autres ouvrages d’intérêt général, qui complé-mentent ce guide:

• Aragrande, M. et Argenti, O. 1998. L’étude desSADA des villes dans les pays en développe-ment. Guide méthodologique et opérationnel,Collection «Aliments dans les villes», n° 4/98,FAO, Rome;

• Aragrande, M. et Farolfi, S. 1997. L’approvi-sionnement et la distribution alimentaires desvilles. Bibliographie raisonnée, Collection«Aliments dans les villes», n° 5-B/98, FAO,Rome.

Remerciements

Cet ouvrage résulte du besoin ressenti par laFAO de promouvoir une approche interdiscipli-naire à l’analyse des SADA des villes des paysen développement, à l’intérieur du Programmede la FAO «Approvisionnement et distributionalimentaires des villes». Cette réflexion a entraî-né la FAO aussi bien que le milieu universitaire.L’auteur remercie les spécialistes des diffé-rentes disciplines qui, par leur travail, ont contri-bué à la réussite de cet ouvrage. Un remercie-ment spécial va à M. Olivio Argenti, Coordi-nateur du Programme de la FAO.

La réalisation de cet ouvrage a été possiblegrace aussi au projet GCP/RAF/309/FRA «Ap-provisionnement et distribution alimentaires desvilles de l’Afrique francophone» financé par leMinistère français des Relations étrangères.

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Table des matières

Résume . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .iPrésentation de l’auteur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .iiiRemerciements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .iiiListe des encadrés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .viListe des figures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .viListe des sigles et des abréviations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .vi

INTRODUCTION . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .1

Chapitre 1: L’APPROCHE ECONOMIQUE TRADITIONNELLE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .21.1 - L’efficacité des marchés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .21.2 - L’intégration du schéma néoclassique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .31.3 - Les points de base dans l’approche économique traditionnelle . . . . . . . . . . . . . . . .3

Chapitre 2: L’APPROCHE FILIERE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .62.1 - La limitation de la filière . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .62.2 - Acteurs et stratégies . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .72.3 - L’espace géographique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .72.4 - Les relations sociales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .8

Chapitre 3: L’APPROCHE HISTORIQUE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .103.1 - La recomposition du contexte social . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .103.2 - Les éléments de base de l’approche historique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .11

Chapitre 4: L’APPROCHE GEOGRAPHIQUE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .184.1 - La croissance urbaine: ville et métropole . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .194.2 - Le malaise urbain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .204.3 - La ville et l’alimentation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .21

Chapitre 5: L’APPROCHE NUTRITIONNISTE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .265.1 - L’état actuel des théories et méthodologies . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .265.2 - L’analyse de l’état nutritionnel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .265.3 - L’étude de la consommation alimentaire en milieu urbain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .275.4 - Le contrôle de la qualité des aliments . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .275.5 - Rapport de la discipline avec les autres disciplines . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .28

Chapitre 6: L’APPROCHE JURIDIQUE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .316.1 - Le rôle et les limites du droit dans l’analyse des SADA . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .316.2 - Les droits sectoriels des SADA . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .326.3 - Le droit des SADA au niveau opérationnel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .32

Chapitre 7: CONCLUSIONS . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .357.1 - Les relations entre les diverses approches disciplinaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .357.2 - Les considérations méthodologiques générales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .367.3 - Les considérations méthodologiques spécifiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .37

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Liste des notes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .40Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .44

LISTE DES ENCADRÉS

1: Les principaux auteurs et théories urbanistiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .222: Les réseaux urbains . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .233: L’évolution méthodologique dans l’analyse de la qualité des aliments . . . . . . . . . . . . . . .28

LISTE DES FIGURES

1: Relations disciplinaires dans l’analyse des SADA . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .38

LISTE DES SIGLES ET DES ABRÉVIATIONS

CAP Connaissances, attitudes et pratiquesDUS Daily Urban SystemIMC Indice de masse corporelleMARP Méthode participative d’analyse thématiqueRSMP Répartition sociale des moyens de productionSADA Systèmes d’approvisionnement et de distribution alimentairesSCP Structure - Comportement - PerformanceSFRI Stanford Food Research InstituteSMA Standard Metropolitan Area

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1Introduction

Introduction

Cet ouvrage décrit synthétiquement la manièredont différentes disciplines sont liées à l’analysedes systèmes d’approvisionnement et de distri-bution alimentaires (SADA). Cet objectif estatteint en montrant les outils conceptuels etméthodologiques des disciplines impliquées.Le but de cette description est double:

• d’une part, individualiser, pour chaque discipli-ne, le(s) domaine(s) qui lui sont propres et quiparticipent à la problématique des SADA;

• d’autre part, et à plus longue échéance, définirles rôles que chaque discipline peut jouer dansune démarche de recherche interdisciplinairesur les SADA, en commençant par définir quelrôle un expert d’une discipline «X» pourraitjouer dans une approche globale des SADA.Une réflexion ad hoc, dans un contexte spéci-fique, sera donc nécessaire.

Ainsi, les questions suivantes ont conduit, demanière générale, la recherche et la rédactionde cet ouvrage:

• Quelles disciplines se sont intéressées ausujet?

• A partir de quels fondements l’approchent-elles?

• Quelles méthodologies utilisent-elles?• A quel type de résultats aboutissent-elles?• Sont-elles alternatives ou complémentaires?• A quel(s) niveau(x) sont-elles efficaces?

Cette démarche n’ayant pas un intérêt simple-ment descriptif, la liste est bien sûr incomplèteet la description est à juste titre synthétique.

En ce qui concerne le premier aspect, nombrede raisons contingentes n’ont pas permis, jus-qu’à présent, d’aboutir à une descriptionexhaustive de toutes les approches possibles,faute de ressources humaines et de compé-tences qu’il faut repérer dans les domaines spé-cifiques. En fait, à l’exception des référencesbibliographiques sûres, certaines parties de cetouvrage ont été compilées sur la base de docu-ments rédigés dans cette intention, produits pardes spécialistes et intégrés dans un travail per-sonnel. Les approches sociologique et anthro-pologique sont absentes en tant que telles.Toutefois, la première fait partie de l’approchefilière, comme intégration de l’aspect écono-mique. L’approche géographique comprendaussi une mention dans le cadre d’une vision de

filière et, bien sûr, un paragraphe spécial surl’aspect urbanistique. A ce propos, il faut souli-gner aussi que la qualification économique desapproches traitées est plus ou moins sous-entendue. Hormis les écoles économiques pro-prement dites, cette qualification (économique)s’applique également à d’autres approchescomme un autre aperçu de la qualification prin-cipale (l’approche historique est, en fait,«Regional Economic History» et l’approche gé-ographique est surtout économique)1.

En ce qui concerne le deuxième aspect, c’est-à-dire le niveau d’approfondissement, on a tentéde synthétiser les points saillants de chaqueapproche, et de souligner les aspects par les-quels ces approches s’intéressent directementaux SADA des zones urbaines. Cette démarchefait partie d’une recherche bibliographiquevisant à repérer les différentes façons (ap-proches disciplinaires et méthodologiques) dontles thèmes de l’approvisionnement et de la dis-tribution alimentaires des zones urbaines sonttraités depuis une dizaine d’années. Par consé-quent, les citations utilisées, même de typestrictement théorique, proviennent en grandepartie d’ouvrages et articles spécifiques sur lesSADA publiés dans la Revue et la Collection«Aliments dans les villes» du programme de laFAO «Approvisionnement et distribution alimen-taires des villes». Ainsi, le sens de cet essai dedescription méthodologique ne se trouve pasdans la lecture de chaque approche, mais danssa juxtaposition avec d’autres, ce qui permetd’en tirer des conclusions plus générales.

Enfin, les approches décrites, par ailleurs biendistinctes et relevant de domaines scientifiquestrès éloignés les uns des autres, se trouventréunies dès l’instant où l’on considère les SADAnon pas comme une activité abstraite maiscomme la résultante des dynamiques qui sedégagent à partir d’un milieu donné d’un territoi-re, à un moment donné de son devenir, géréepar des agents avec des finalités spécifiques.Cette définition ne représente pas un manifesteméthodologique, mais plutôt une hypothèse detravail à l’intérieur de cette recherche. Toute-fois, accepter ce point de départ est la conditionpour aboutir à une vision interdisciplinaire dusujet, toute supposition ou méthodologie pou-vant évidemment être critiquée ou rejetée.

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2 Les approches disciplinaires à l’analyse des SADA des villes dans les pays en développement

1L’approche économiquetraditionnelle

L’approche économique de l’étude des SADAn’est pas uniforme. De manière générale, onpourrait affirmer que le souci commun des diffé-rentes démarches est l’analyse du niveau d’effi-cacité de la distribution. Par contre, les diffé-rences sont à reconduire aux méthodologies uti-lisées, qui découlent, en amont, de l’acceptationdes différents fondements scientifiques. L’unede ces approches, qu’on peut appeler écono-mique traditionnelle, relève de l’acceptation desfondements de l’équilibre néoclassique général.Dans une simplification extrême, les SADA,selon cette approche, ne sont qu’un ensemblede marchés coordonnés où les forces de lademande et de l’offre se confrontent à tous lesniveaux. Le prix est le moyen par lequel desagents économiques sont informés sur la raretérelative des produits/services, ce qui influe surleur comportement. Le prix est aussi le moyenqui coordonne les différents marchés: entre eux(de la production à la consommation), dans letemps (transformation et stockage), et dans l’es-pace (transport). L’efficacité du marché est liéeà des hypothèses sur l’environnement écono-mique. En dernier lieu, elles concernent laconcurrence, l’information, l’accès au marché etla rationalité des agents. Un système de mar-ché est efficace dans la mesure où la concur-rence y est parfaite, l’accès libre, les informa-tions disponibles pour tous et à un coût zéro, etoù les agents réagissent aux variations de prixde façon rationnelle. A ces conditions, tout bienéconomique (moyens de production, produits,services) est échangé à un prix qui «est» savaleur économique. Ceci représente l’optimumpour le système (car par ce mécanisme les res-sources sont allouées de manière optimale) et,bien sûr, pour les consommateurs (car, dans cecas, ils ne subissent pas de surcoûts causés parla faillite d’une ou plusieurs des hypothèses debase). L’analyse des marchés réels entraînetoujours la comparaison avec ce modèle théo-rique: dans la mesure où ils s’écartent de cedernier, ils manifestent des imperfections quirelèvent du domaine et des limites des poli-tiques d’intervention.

1.1L’efficacité des marchés

Au niveau de la recherche opérationnelle, l’effi-cacité des marchés est évaluée à l’aide del’analyse structure-comportement-performance(SCP par la suite) qui a eu, et a encore, nombred’applications en milieu africain:

«Au cours des années 1960 et 1970,les centres urbains se sont accrus rapidementet la commercialisation des produits locaux estdevenue importante. Le système d’approvision-nement existant s’est trouvé sous pression. Parconséquent, la recherche sur les aspects éco-nomiques et l’efficacité des systèmes de com-mercialisation privés locaux a commencé à sedévelopper. (...) La plus grande partie desrecherches développées au cours des années1970 a confirmé les conclusions de Jones,selon qui les marchés africains sont efficients etcompétitifs face à de nombreux obstacles, et quirecommandait, en matière de politique écono-mique, que les gouvernements se limitent àaméliorer la compréhension de la commerciali-sation et les infrastructures de transport (Eicher& Baker, 1982). Ce point de vue était partagépar la Banque Mondiale dans son rapport sur ledéveloppement mondial de 1981. La méthodo-logie utilisée pour l’analyse de la performancedes marchés était en général une adaptation del’analyse structure-comportement-performance,outil standard pour l’analyse de marché dans lespays développés.» (Goossens, 1994)2.

Selon l’approche SCP, les éléments fondamen-taux pour l’analyse du fonctionnement d’un mar-ché sont les conditions de base (soit l’environ-nement physique, légal, social et économiquedans lequel le marché fonctionne) et, bien sûr,les variables de structure, de comportement etde performance. La structure du marché setrouve dans les caractéristiques de l’organisa-tion du marché qui permettent d’influencer lanature de la compétition et la formation du prixà l’intérieur du marché (nombre et taille com-merciale des agents économiques, crédits, bar-rières); le comportement du marché se trouvedans les modèles de comportement utilisés parles entreprises afin de s’adapter au marché(détermination du prix, stratégies commerciales,stratégies d’exclusion ou de participation, etc.);la performance est le résultat économique de lastructure et de son comportement (Goossens,1994; Lutz, 1994). Elle concerne l’efficacité dumarché à certains niveaux (occupation, bien-être économique, disponibilité des aliments,

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3L’approche économique traditionnelle

niveau des prix d’approvisionnement, etc.) et lamanière et la mesure dont les bénéfices sontdistribués dans la société (Goossens, Minten &Tollens, 1994).

1.2L’integration du schéma néoclassique

Le schéma néoclassique s’accompagne aussid’autres outils conceptuels, plus récents, dont lafonction est de nuancer, modifier ou rejeter cer-taines hypothèses afin de saisir des réalitéscomplexes en dehors de la simple logique demarché. Dans son étude sur le fonctionnementdu marché du maïs au Bénin, Lutz établit uncadre des références théoriques qui inspirentson travail. Il s’agit des approches «MarketingChannels, Industrial Organization, Theory of theFirm, Institutional Economics» qui prennent enconsidération des aspects tels que: l’intégrationdes marchés, les relations entre comportementd’entreprise et efficacité des marchés, le pou-voir d’arbitrage des agents, les coûts de tran-saction, les conditions réelles de concurrence,les barrières à l’entrée, le rôle et la gestion del’information, le pouvoir de négociation, etc.3

Nombre de critiques affectent aussi l’analyseSCP:

«La plupart des études sont basées surdes «Cross-Section Analysis» qui ne sontappropriées que si la structure du marché eststable. Quand les marchés sont déséquilibrés,il est difficile d’établir des liens entre les élé-ments de la structure, du comportement et de laperformance (...) L’incertitude et l’informationimparfaite ont été négligées dans les étudesSCP traditionnelles. (...) Ceci a fortement limitéla possibilité d’appliquer le paradigme dans laréalité (...). Harris a critiqué la SCP et l’ap-proche de «Marketing Channels» [car] le mar-ché des biens ne peut pas être considéré uneunité indépendante (...) Cela déplace l’attentionde la relation structurale entre production,échange et distribution (...) vers les marchésdes différents biens et la circulation des biens etde l’argent.» (Lutz, 1994)4.

Enfin, le modèle SCP, dans sa forme classique,a été critiqué pour son déterminisme, c’est-à-dire l’univocité des relations causales structure-comportement-performance lorsque, dans desmarchés imparfaits, des interactions sont pos-sibles dans toutes les directions (Lutz, 1994).

Dans le cas du travail de Lutz, le choix porte surl’approche «Marketing Channel» dans le cadre

de l’analyse SCP. Ce choix relève de l’intérêtspécifique de la recherche (le «MarketingChannel» du maïs), et de l’exigence d’analyserle processus d’arbitrage5.

Goossens fait le même choix dans son étudesur la performance du «Cassava Marketing» auZaïre (Goossens, 1994). Son choix méthodolo-gique est aussi très net et clair:

«L’approche méthodologique adoptéepour l’évaluation de la chaîne de marché dumanioc est pragmatique; il s’agit d’uneapproche de système, avec des éléments del’approche SCP, pour analyser les relations hori-zontales et verticales entre commerçants, com-plétée par des concepts de l’approche institu-tionnelle (coûts de transaction, recherche,négociation et application).» (Goossens,1994)6.

La référence à l’approche de système mérite unéclaircissement. Cette approche relève de lathéorie générale des systèmes dont le but estde décrire des phénomènes complexes en lestraitant comme partie intégrante d’un système.De ce point de vue, un système de marché estun mécanisme qui transforme des produits agri-coles et des inputs en produits intermédiaires etde consommation, distribués dans l’espace etdans le temps. Des fonctions sont toujoursvisées dans un «Marketing System». La naturedes rapports qui s’y établissent donne lieu à desrelations horizontales (relations de compétitionentre fonctions similaires) et verticales (naturedes relations entre différents types d’entreprisedans la chaîne). Cette approche n’est pastypique de l’analyse SCP, mais contribue ànuancer ses limites, et plus précisément lemanque d’une vision dynamique (Goossens,1994).

1.3Les points de base dans l’approcheéconomique traditionnelle

Ainsi, certains points gardent une importancecruciale dans l’analyse SCP:

• la description des acteurs, de leurs rôles etcomportements, face aux autres acteurs dansles transactions commerciales. Au sens éco-nomique, ces comportements se traduisentpar les conditions opérationnelles de la struc-ture et du comportement des marchés, soit:les conditions de concurrence, entres acteursau même niveau (grossiste-grossiste, détail-

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lant-détaillant, etc.); de négociation et de for-mation du prix, entre acteurs à différentsniveaux ou ayant différents rôles (gros-siste/détaillant; détaillant/consommateur, gros-siste/transporteur, etc.); de participation aumarché (barrières à l’entrée); de gestion del’information et d’accès au crédit;

• l’analyse du niveau d’intégration des marchésdans l’espace et dans le temps, soit les diffé-rences entre les prix d’un produit dans l’espa-ce et dans le temps, en tant que mesures desimperfections des marchés. Les conditions dela structure et du comportement se traduisentpar un système de prix qui repère non seule-ment la valeur du bien échangé et des ser-vices inclus (stockage, transport, transforma-tion, etc.), mais aussi les surcoûts dus à dessituations imparfaites (monopole, collusion,barrière à l’entrée, etc.):

Les conditions pour l’intégration spatiale desprix peuvent être définies comme suit (Tomek &Robinson, 1981):

• les différences de prix entre deux régions (oumarchés) qui sont engagées dans des rela-tions commerciales doivent être égales auxcoûts de transfert;

• les différences de prix entre deux régions (oumarchés) qui ne sont pas engagées dans desrelations commerciales doivent être inférieuresou égales aux coûts de transfert.

En ce qui concerne l’arbitrage temporel, lesmêmes principes peuvent être utilisés commeconditions de l’intégration de marché: les diffé-rences de prix dans le temps doivent être infé-rieures ou égales aux coûts de transfert. Desdifférences de prix structurellement plusgrandes que les coûts de transaction sont laconséquence d’un système de marché impar-fait.» (Lutz, 1994)7.

Les imperfections de marché qui se traduisentpar un prix plus élevé sont la cause de perte debien-être pour les acteurs (plus exactement lesconsommateurs). L’arbitrage est le processusd’échange entre acteurs qui opèrent dans le butde profiter des différentiels de prix excédant lescoûts de transaction (Lutz, 1994). L’analyse del’intégration des prix est modélisée à l’aide destechniques de traitement statistique des don-nées (Lutz, 1994; Goossens, 1994; Goossens,Minten & Tollens 1994). Celle-ci est complétéepar le calcul des coûts et des marges écono-miques spécifiques à chaque niveau du circuit

marchand (grossiste, semi-grossiste, détaillant,transporteur, etc.) pour aboutir à une notion derevenus des acteurs.

Cette démarche est aussi liée au dernier éche-lon de l’analyse SCP, c’est-à-dire à l’évaluationde l’efficacité et de la performance du systèmede commercialisation.

Comme il a été dit précédemment, la perfor-mance, selon les fondements de l’analyse SCP,relève de la structure et du comportement. Sonévaluation requiert d’abord l’individuation d’unpoint de référence conceptuel (standard) auquelse rapporter. Puis, elle implique des finalités oudes objectifs à atteindre par le fonctionnementdu système. En ce qui concerne le premieraspect, c’est-à-dire le standard néoclassique,qui modélise des conditions presque impos-sibles à repérer dans la réalité, il est parfoisrejeté ou modifié. C’est ainsi que l’on recourtaux concepts de concurrence fonctionnelle oude contestabilité des marchés comme étant lesmodèles les plus proches du fonctionnementdes marchés réels8. Ensuite, à travers le bonfonctionnement des canaux de commercialisa-tion, on atteint des bénéfices économiquesgénéralisés (voir l’amélioration du niveau debien-être) par rapport auxquels il faut aussi éva-luer le système. En synthèse, la performancedu marché est donc un concept multidimension-nel complexe, qui se compose de différents cri-tères:

«Scherer (1980), Harrison et al. (1975),et Scarborough et Kydd (1992) classifient lescritères de performance en critères écono-miques (efficacité dans la formation du prix etallocation des ressources) et non-économiques.L’efficacité économique correspond à l’efficacitétechnique, l’efficacité opérationnelle et l’efficaci-té d’échange. Les critères de performance non-économique se réfèrent au contexte du déve-loppement: innovations techniques et autres in-novations (progressivité), distribution équitabledes revenus (équité), sécurité alimentaire,emploi, transfert des ressources entre secteurs,efficacité de coordination.» (Goossens, 1994)9.

Au moment de mesurer chaque critère et d’éva-luer l’apport de chacun à la performance géné-rale du système, des problèmes se posent, ycompris dans l’analyse des prix et de leurs va-riations. De nombreuses techniques et modèlesde traitement des données sont disponibles àcet effet. Dès le moment où l’on dispose des

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5L’approche économique traditionnelle

données, le problème à résoudre est plus tech-nique que conceptuel. Mais le manque de don-nées entrave souvent l’application de conceptséconomiques. Ainsi, si l’analyse de l’intégrationde marché (efficacité économique, efficacité-prix) ne rencontre pas d’obstacles importants, lemanque de données spécifiques empêche, engénéral, de façonner des indicateurs synthé-tiques pour les multiples facettes de la perfor-mance. Ceci se fait à l’aide d’indicateurs indi-rects, parfois de type quantitatif (par exemple:taux de concentration des vendeurs/acheteurs,

vitesse de rotation des stocks, durée des trans-ports en tant qu’indicateurs d’efficacité tech-nique et opérationnelle). En ce qui concerned’autres dimensions de la performance, les pro-blèmes proviennent aussi de l’absence d’uncadre conceptuel précis: c’est le cas de la per-formance dans l’innovation (Comment jugerl’adoption de l’innovation «x»?), dans l’équité(Comment doit être distribué le revenu pouraboutir à une distribution équitable? Doit-onadopter un critère économique ou social?), etc.

Synthèse

L’approche SCP relève du milieu économiquenéoclassique et de l’acceptation des méca-nismes de marché en tant qu’éléments déter-minants du système à tous les niveaux. Larigidité du modèle de base est adaptée auxconditions particulières des marchés par deshypothèses spécifiques sur leur fonctionne-ment. Ces hypothèses touchent, en dernierressort, au comportement du marché. Dupoint de vue méthodologique, elles sont éga-lement déterminantes pour l’analyse de laperformance. Cette dernière est étudiée à dif-férents niveaux selon une approche multidi-mensionnelle. Du point de vue opérationnel,le problème est l’individuation des indicateurspour évaluer les performances à chaqueniveau. L’intégration des prix dans l’espace etdans le temps, ainsi que les coûts de produc-tion des services fournis par la chaîne decommercialisation, sont les moyens les plusfiables pour juger de l’efficacité du processusd’arbitrage de manière quantitative, les autresdimensions de la performance ne pouvantêtre réellement jugées en fait que de manièrequalitative.

A la lumière de cet exposé, on aperçoit lesatouts et les limites de l’analyse SCP. La des-cription du fonctionnement des marchés(structure et comportement) n’est valable

qu’en tant que connaissance proprement dite.En ce qui concerne l’efficacité d’un schémainterprétatif, celle-ci dépend évidemment descomportements réels des agents écono-miques qui sont à même de refléter les hypo-thèses acceptées, ainsi que les hypothèsescomplémentaires relatives à la spécificité desmarchés (dans le cas des marchés africains).Il faut se demander si la logique de marché,quoique importante, est bien la seule capablede justifier à tous les niveaux les choix desagents. Il faut se demander aussi dans quel-le mesure un (sous-)système économique(d’un produit ou d’un segment tel que la com-mercialisation) peut être isolé de son contex-te (autres produits, production, consomma-tion), tout en gardant la possibilité de juger laperformance indépendamment des élémentsexternes. Ces questions ne sont pas secon-daires car si le diagnostic est mal effectué, lesstratégies à suivre pour l’amélioration de laperformance sont, elles aussi, vouées àl’échec. Dans ces conditions, l’analyse SCPconserve sa validité uniquement pour unjugement de type général sur l’efficacité de lastructure de commercialisation. De plus, siles conditions réelles sont bien prises encompte par le schéma interprétatif, elles ontl’avantage d’aboutir à une vision synthétiquedes problèmes aussi bien qu’à des solutionsenvisageables, ce qui représente un atoutimportant au niveau opérationnel.

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6 Les approches disciplinaires à l’analyse des SADA des villes dans les pays en développement

2L’approche filière

Si la limitation du domaine de la recherche auxcanaux commerciaux peut découler d’un choixopérationnel du chercheur, l’élargissement dece domaine à des situations qui vont au-delà dusegment commercial comporte non seulementun choix d’opportunité, mais aussi l’utilisation denouveaux cadres conceptuels. Ceci peut êtrejustifié par le fait qu’on ne peut considérer n’im-porte quelle action économique comme isoléede son contexte car elle s’inscrit dans une com-plexité de relations économiques qui l’influen-cent et que, à son tour, elle contribue à influen-cer. De même, l’approvisionnement et la distri-bution d’un produit (modalités par lesquelles ilss’établit et/ou change) ne peuvent pas êtreconsidérés en dehors des liens créés avec lessituations économiques en amont et en aval. Laprise en charge de ces éléments demandeaussi des outils d’analyse adaptés et donc desorientations méthodologiques innovatrices.L’un de ces outils est le concept de filière deproduction:

«On appelle filière de production l’en-semble des agents (ou fraction d’agent) écono-miques qui concourent directement à l’élabora-tion d’un produit final. La filière retrace donc lasuccession des opérations qui, partant enamont d’une matière première - ou d’un produitalimentaire - aboutit en aval, après plusieursstades de transformation/valorisation à un ouplusieurs produits finis au niveau du consom-mateur. Plus précisément (...), l’ensemble desagents (...) qui contribuent directement à la pro-duction, puis à la transformation et à l’achemi-nement jusqu’au marché de réalisation d’unmême produit agricole (ou d’élevage).» (Fabre,1993).

Dans ce cadre, l’agent est un acteur (ou ungroupe) économique qui se caractérise par:

• une (des) fonction(s) économique(s);• des pouvoirs de décision;• des comportements par rapport à des finalités

(économiques ou d’autres types);• et donc des stratégies d’intervention dans le

système économique10.

2.1La limitation de la filière

Un problème préalable à l’application de cettedémarche est l’identification des contours de lafilière, de sa structure, de son fonctionnement.Cette tâche est accomplie par:

• l’identification des flux (de biens, de services,financiers) et des opérations (techniques, éco-nomiques);

• l’identification des agents;• l’analyse fonctionnelle.

Cette dernière analyse entend isoler les diffé-rents stades technico-économiques qui caracté-risent la filière dès la matière première jusqu’à laconsommation du produit final, y compris lesflux de biens et services liés à l’achèvement dechaque stade. Selon la logique de la filière, onserait amené à suivre un produit jusqu’à sa des-tination finale en aval (la consommation, l’ex-portation, toutes les transformations du produit);et, en remontant, jusqu’à la fourniture des res-sources utilisées (biens et services liés à la pro-duction des produits en aval).

Au niveau opérationnel, des choix restrictifs oudes simplifications conceptuelles de la com-plexité de la filière s’imposent. Toutefois, cesfonctions se réduisent à la production, la trans-formation, la distribution et la consommation.Parfois, l’analyse est limitée à des aspects ousegments particuliers de la filière dont l’intérêtest plus évident (concepts de sous-filière, filièretechnique, méthodes de délimitation du domai-ne économique concerné). Ces choix décou-pent l’analyse tout en la structurant, comptetenu des objectifs fixés.

«En pratique, le découpage en sous-filières, tout comme les éléments finalementretenus comme faisant partie de la filière étu-diée, dépendent non seulement des circuitsexistants mais également des objectifs de l’ana-lyste: selon les questions que l’on se pose, ilpeut être opportun d’adopter un découpagereposant sur les modes techniques de transfor-mation qui prévalent, ou bien le découpagereposant sur la nature des acteurs institution-nels, leur localisation géographique, le type demarché final sur lequel ils débouchent, etc.»(Fabre, 1993).

L’issue de ce premier processus de descriptionse traduit par une grille (Fabre, 1993) danslaquelle les données concernant les fonctions,

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7L’approche filière

les agents et les produits s’entrecroisent àchaque stade de la filière, en accord avec lesspécificités de l’analyse et selon les conceptsdont elles s’enrichissent. Des exemples peu-vent aider à la compréhension de ce point.D’après Fabre, il est courant de distinguer lesactivités de production agricole vivrière en sous-filières officielles, privées et paysannes en rela-tion au type et à la grandeur des marchés dedestination finale (Fabre, 1993). Griffon adopteune distinction de sous-ensembles et agentsdans la filière agro-alimentaire selon leur fonc-tion technico-économique au niveau de la pro-duction:

• filières de l’amont (fourniture de moyens deproduction ou filière de l’agro-fourniture);

• agriculture et élevage aboutissant à des pro-duits standardisés;

• industries de transformation, commerce, trans-ports et distribution;

• industries connexes des additifs et des embal-lages;

• filières alimentaires non agricoles;• industries de transformation, etc. des produits

industriels et de l’énergie issue de l’agriculture;• institutions financières;• services de recherche-vulgarisation (filière

d’innovation) et de crédit;• consommateurs;• restauration collective (Griffon in Fabre, 1993).

En se référant en particulier au milieu africain,Hugon utilise les variables technologie, systèmed’organisation, mode de régulation et dimensionspatiale pour le découpage du système agro-ali-mentaire. Il en résulte une articulation surquatre types de filières:

• filières à régulation domestique de dimensionlocale;

• filières artisanales à régulation marchande dedimension régionale;

• filières industrielles à régulation étatique, dedimension nationale;

• filières à régulation capitaliste de dimensioninternationale (Hugon, 1985).

A partir de cette représentation schématisée,intégrée au moyen des concepts de l’analyseéconomique traditionnelle (coût de production,valeur ajoutée, marge commerciale, etc.), lafilière est interprétée dans sa logique de fonc-tionnement.

2.2Les acteurs et les stratégies

Au niveau du comportement des acteurs, l’ana-lyse de filière permet de détecter les buts et lesstratégies qui sont spécifiques aux acteurs eux-mêmes. Ainsi, selon Hugon:

«La filière permet de mettre en éviden-ce, au-delà des relations marchandes ven-deurs-clients, des synergies, des effetsexternes, des relations de coopération et desnœuds stratégiques, dont la maîtrise assureune domination; elle constitue un espace desstratégies d’acteurs.» (Hugon, 1985).

L’analyse des stratégies dans la filière permet-trait donc de saisir des qualités du comporte-ment des agents au-delà des hypothèses stric-tement économiques à la base des démarchesdites traditionnelles11. L’analyse basée sur lesattributs du marché (imperfection du marché)par rapport à un modèle donné (le modèle néo-classique) n’est pas rejetée, mais plutôt dépas-sée. En fait, on ne se borne pas à la qualifica-tion et à l’acceptation de ces attributs mais l’onessaie de les expliquer avec leurs consé-quences sur l’appareil productif, au sens largedu terme (efficacité économique, efficacitésociale, utilisation de l’espace, etc.). Ce par-cours implique une ouverture de l’analyse éco-nomique sur des appareils conceptuels nonstrictement économiques (non traditionnelle-ment économiques) qui donnent à cettedémarche une qualification tout à fait interdisci-plinaire. C’est ainsi que sont impliquées dansl’analyse économique deux dimensions quiéchappent aux méthodologies traditionnelles:l’espace et les relations sociales12.

2.3L’espace géographique

En ce qui concerne l’espace géographique,Hugon parle de filières spatialisées en suppo-sant l’existence d’une relation entre les caracté-ristiques des filières (niveaux d’organisation,techniques utilisées, etc.) et les espaces deréférence (local, régional, national, etc.). Ontrouve aussi une application de cette hypothèseà la ville. En fait, le milieu urbain peut être vucomme le lieu d’intersection (entrelacs) desfilières ou de leurs segments, où les activitésdes filières ressentent des phénomènes et desprocessus qui sont propres à l’urbanisation:agglomération, concentration, hiérarchisation

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des fonctions des filières. (A ce propos, voiraussi le paragraphe consacré à l’approche géo-graphique13.

Lançon, en critiquant l’utilisation des conceptsnéoclassiques pour mesurer l’efficacité du mar-ché, propose en fait une application de l’ap-proche spatiale à la filière:

«La compréhension de l’organisationdes échanges doit donc reposer sur un cadreanalytique qui permette de comprendre la for-mation du marché... [où] l’abandon d’uneconception de l’espace économique à unedimension permet, d’une part, d’introduire ladynamique en considérant les relations entredes espaces et, d’autre part, de concevoir desrelations asymétriques en hiérarchisant ledécoupage spatial. Ainsi (...), on conçoit ledéveloppement du marché des produits vivriers(...) comme un double processus de différencia-tion d’espaces hiérarchisés et de leur mise enrelation par un processus d’intégration dont lescommerçants sont les acteurs principaux.»(Lançon, 1994).

Il existe un effort évident d’aller au-delà desdonnées de l’économie (le marché et sa locali-sation) et d’en expliquer la dynamique en utili-sant des concepts spécifiques à la filière, c’est-à-dire les stratégies des acteurs. Selon cetteapproche, ce sont en effet les acteurs, par leursstratégies, qui donnent une structuration et unesignification économique à l’espace où ils agis-sent. L’espace, ainsi, ne serait que l’expressionde potentialités physiques sans autres spécifi-cations.

2.4Les relations sociales

La recherche des liens entre l’économique et lesocial relève de la nécessité, posée par certainschercheurs, de prendre en considération lesdéterminants du comportement des acteurs endehors de leurs activités économiques, c’est-à-dire dans le milieu social au sens plus élargi duterme14.

La démarche qui conduit à analyser les rapportssociaux et leur influence sur l’activité écono-mique est bien esquissée par Leplaideur. Elleest décrite comme un processus s’articulant surtrois étapes, qui décalquent en partie la métho-de de filière:

• calcul des coûts et des marges de la filière;• vision spatialisée des fonctions et des acteurs;• analyse des rapports sociaux autour de l’ap-

propriation et de l’utilisation des moyens deproduction et d’échange.

Cette méthode permet de situer les nœuds dupouvoir du capital et du travail, voire commentles acteurs s’articulent autour de règles et d’ins-titutions pour se répartir les biens et gérer lesconflits et les alliances (Leplaideur, 1994). Ladernière étape nécessite de passer de la notionde fonction à celle d’acteur (selon la démarchede l’approche filière) puis des individus au grou-pe social, ce qui permet de répondre aux ques-tions socio-économiques. Ce dernier passageentraîne un changement de perspective dansl’analyse:

«Quand nous raisonnons activité-acteur, nous analysons les rapports hommes-choses; quand nous devons interpréter le pro-cessus de la répartition sociale des moyens deproduction (RSMP), nous raisonnons en termesde relations hommes-hommes autour deschoses.» (Leplaideur, 1994).

Au niveau opérationnel, l’élargissement dudomaine d’enquête au social, selon le proces-sus qu’on vient de décrire, implique l’utilisationde données non plus seulement quantitatives(dont le traitement se fait par des techniquesstatistiques bien rodées, telles que l’analysefactorielle) mais qualitatives, obtenues à traversdes enquêtes ou des entretiens concernant destypes d’acteurs de la filière. Ces histoires de viesont des témoignages privilégiés de l’évolutionsociale, c’est-à-dire de la dynamique par laquel-le ces acteurs changent, accroissent ou rédui-sent leurs rôles et leur pouvoir dans la filière. Ils’agit de données à tous les effets. Leur struc-turation requiert l’utilisation de schémas inter-prétatifs dont le choix est entre les mains duchercheur. Ainsi, par exemple, Leplaideur utili-se la théorie économique marxiste, selonlaquelle la dynamique du changement social estdue aux conflits entre ceux que le processuséconomique paupérise, en causant leur dispari-tion de la filière, maintient, en leur permettant lareproduction de la fonction et des moyens deproduction, ou enfin en permettant d’accumuler,de manière croissante, soit des moyens de pro-duction, soit des fonctions dans la filière. Cettevision conduit alors à un groupage selon lesvariables qui montrent cette dynamique.

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Les informations relevant de l’application decette démarche sont synthétisées dans unschéma récapitulatif qui expose les dynamiquesdes changements et les rôles des différentsacteurs dans le temps15.

9L’approche filière

Synthèse

En dernière synthèse, cette approche secaractérise par les aspects marquants ci-des-sous:

• la vision d’ensemble des phénomènes (fluxde biens et financiers, performances écono-miques, structuration et hiérarchisationentre activités ou segments) dans leur suc-cession d’un bout à l’autre de la chaîne pro-duction/consommation d’un produit;

• l’articulation selon l’enjeu fonction(s)-ac-teur(s);

• l’attention sur les relations d’influencemutuelle (les stratégies des acteurs) et leurpouvoir de régulation;

• la possibilité de segmentation de l’analyse(sous-filière, segment, etc.);

• la souplesse du schéma interprétatif, quipermet de croiser les fondements écono-miques avec d’autres fondements dans uneoptique interdisciplinaire.

Face à ces atouts, il faut indiquer certainspoints faibles ou critiques de cette démarche:

• la segmentation de l’analyse, tout en don-nant à cet outil une grande flexibilité, poseaussi des limites à son aptitude explicative,qui relève de la considération la plus élargiede la filière et non de sa limitation;

• le processus d’identification des contours dela filière est un point critique et flou car on nedispose pas de méthodes exactes;

• les choix du produit et de la filière sont despoints déterminants. En fait, il faut que leproduit conserve un rôle central dans lastructuration de la filière, c’est-à-dire qu’ilsoit un produit-clé pour les acteurs et lesfonctions impliquées. Ces choix prennentdonc une valeur stratégique qu’il ne faut passous-estimer pour éviter d’aboutir à desconclusions mal centrées par rapport auxphénomènes observés. Ce problème estsurtout évident lorsqu’on essaie d’étendreles résultats obtenus pour un produit à l’en-semble du système socio-économique.

«Certes, la focalisation sur un produitdominant permet de mieux comprendre lesformes des rapports sociaux production-échanges marchands qu’une analyse globalede tous les producteurs et de tous les aspectscommerciaux. Toutefois, il ne faudrait pas,après une telle analyse, extrapoler le proces-sus observé à tout le système économique.On ne peut entamer cette tentative qu’à partirdu moment où on a démontré que le produitanalysé est le centre de l’enjeu social del’époque analysée au niveau de l’espace étu-dié» (Leplaideur, 1994).

Les résultats de cette démarche sont en effetà plusieurs niveaux. L’analyse économique,par le calcul des coûts, des marges, etc. à dif-férents stades, et par les différentes fonctionset les acteurs, permet d’aboutir à une mesurede l’efficacité de la filière, de ses points fortset de ses faiblesses. Il ne s’agit pas, dans cecas, d’une efficacité par rapport à un modèlerigide (comme dans le paradigme néoclas-sique) mais d’un jugement par comparaison:ce n’est pas le concept optimum que l’on visemais un degré d’efficacité par rapport àd’autres situations.

L’analyse des stratégies des acteurs entraîneune description très détaillée des relationséconomiques et sociales autour du produit.S’il peut exister un problème à ce niveau,c’est celui qui oblige à isoler des tendances etdes conclusions qui soient capables de syn-thétiser un certain nombre et une grandevariété de données. Au fur et à mesure quela filière est intégrée dans son contexte social,politique, géographique etc., les variables àconsidérer et la complexité des schémasinterprétatifs s’accroissent, et la synthèsedevient alors plus difficile. S’il existe unesolution à ces problèmes, on y arrive par unevision des forces en jeu qui véritablementdynamisent le secteur, où et comment (et parqui) elles agissent et expliquent le degré d’ef-ficacité.

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10 Les approches disciplinaires à l’analyse des SADA des villes dans les pays en développement

3L’approche historique

Parmi les approches alternatives à la visionstrictement économique, on peut citer le «SocialRegional History Approach», (par la suiteapproche historique) (Guyer, 1987). Cetteapproche vise à déplacer l’interprétation desphénomènes liés à l’approvisionnement alimen-taire du particularisme disciplinaire vers un pointde vue plus général où la performance du sys-tème de distribution est analysée par rapport àson devenir dans un territoire physique, écono-mique, social et politique. C’est donc à l’aide del’outil histoire que cette démarche s’approchedu sujet, sans omettre son aspect géographiquequi trouve dans la «région« sa dimension fonc-tionnelle. Deux remarques au moins sont utilespour comprendre les spécificités de cetteapproche par rapport à celles déjà décrites.Elles concernent, d’une part, le rôle de la villedans la méthodologie d’analyse et, d’autre part,la nécessité d’intégrer l’économie de la distribu-tion alimentaire dans le système des relations etdes facteurs sociaux, institutionnels et politiquesqui l’entourent. Notons que ce dernier aspect aété considéré dans des exemples déjà cités àpropos de l’approche traditionnelle (Lutz, 1994;Goossens, 1994), et qu’il a été abordé dansl’analyse de filière (Hugon, 1985; Lançon, 1994;Leplaideur, 1994). Dans l’approche historique,la réponse à ce besoin de globalité interprétati-ve est donnée par le biais d’un parcours biencomplexe, qui est lié au choix du niveau géo-graphique de l’analyse, c’est-à-dire la ville. Enfait, dans la plus grande partie des études sur ladistribution alimentaire, la dimension urbaineest considérée comme l’un des lieux où le pro-blème se révèle, avec des caractéristiques par-ticulières (à cause de sa dimension, de sa dyna-mique, de son poids social, etc.). Par contre,dans l’approche historique, la ville (et la région)est plutôt un choix stratégique pour la finalité dela recherche, le lieu et le niveau auxquels il fautobserver les problèmes de la crise alimentaireafricaine, une sorte de laboratoire où tous lesfacteurs (économiques, sociaux, institutionnels,politiques) jouent leur rôle de la façon la plusévidente. En bref, l’approche systémique neserait possible qu’au niveau urbain et régional.

3.1La recomposition du contexte social

Une critique aux approches traditionnelles ouéconomiques en général est implicite dans cettedémarche. D’après Guyer, trois approches dif-férentes ont caractérisé la recherche sur lesproblèmes de l’approvisionnement alimentaireurbain. Elles se différencient tant par les as-pects pris en considération que par les métho-dologies.

L’«approche américaine», qui découle de l’éco-le de Stanford (Stanford Food ResearchInstitute, SFRI) des années 60, s’est inspirée enpremier lieu de l’étude de l’efficacité des circuitsde commercialisation et a étudié la manière deles améliorer. Cette école a d’abord porté l’at-tention sur les conditions de concurrence entant que facteurs déterminants pour l’efficacité,tout en reléguant les liens entre facteurs stricte-ment économiques et variables sociales, poli-tiques et institutionnelles, dans un contexte quin’a presque jamais été pris en considérationdans les modèles d’interprétation (Guyer,1987)16. L’approche élaborée par l’«école fran-çaise»17 a en partie comblé ce vide conceptuelet méthodologique en déplaçant l’attention, parailleurs accordée aux marchés et aux prix(comme vecteurs efficaces d’information à tra-vers les circuits d’approvisionnement), vers lesformes d’organisation sociale de distribution desbiens. Le point de départ est donc tout à fait dif-férent car, selon les hypothèses de cetteapproche, les institutions de distribution préva-lent sur les principes de marché comme sujetsde recherche (Guyer, 1987). Malgré tout, mêmecette approche n’est pas en mesure derépondre aux questions de base car, en défniti-ve, les moyens par lesquels les agriculteurs,commerçants et consommateurs africains ontété capables d’influencer la politique et les prix,demeurent peu explorés (Guyer, 1987). L’«ap-proche anglaise», enfin, a accordé une impor-tance majeure aux facteurs déterminant le ni-veau de vie, ce qui a porté à s’interroger sur lesrelations entre salaires/revenus et consomma-tion, l’objectif, plus ou moins évident, étant situédans la connaissance des relations entre bien-être économique et stabilité politique.

En général, les efforts de la recherche portantsur l’analyse des multiples aspects de la distri-bution alimentaire, ont conduit à la productionde nombreuses études très spécialisées maissouvent isolées les unes des autres:

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11L’approche historique

«Là où les disciplines académiques ontprogressé dans l’analyse en distinguant lesdomaines de la vie sociale - politique, écono-mique, matériel et culturel -, il existe des diffi-cultés là où des dynamiques particulières nepeuvent être étudiées sinon à l’aide d’unerecomposition du domaine social (...) Les sys-tèmes de distribution alimentaire ne sont passimplement des canaux commerciaux qui assu-rent l’allocation des biens et des informationssur les prix, ni même une liaison entre les extré-mités classiques de l’analyse, le producteur et leconsommateur, le paysan et l’Etat. Ils sontaussi des organisations enracinées dans unestructure sociale et économique bien articulée.A travers le continent, ils créent un trait d’unionentre les conditions de production dans la socié-té et l’environnement africain et les conditionsd’échange et de pouvoir dans l’économie auniveau national et international.» (Guyer,1987)18.

Or, étant donné que la distribution alimentairen’est pas simplement une question techniquemais aussi un enjeu politique et social trèsimportant, il s’agit de replacer et assembler lesdifférents parcours disciplinaires («patchwork ofthe empirical record«) dans un cadre conceptuelstructuré qui soit en mesure de réunir lesaspects technico-économiques de la distributionavec la dynamique de l’environnement social etpolitique dans lequel ils opèrent (ce qu’on appel-lera le processus de recontextualisation).Autrement dit, il faut répondre à la question:comment l’approvisionnement alimentaire a-t-ilfonctionné au cours des différentes périodeshistoriques et dans quelles relations avec lesscénarios politiques? L’approche historique estle moyen par lequel les relations complexesautour de la distribution alimentaire peuvent êtreinterprétées de manière complète:

«Premièrement, l’approche historiqueet sociale au niveau régional nous permet d’ex-plorer les domaines de la vie sociale et écono-mique et leurs relations, et ainsi de replacerdans leur contexte les dimensions de l’approvi-sionnement alimentaire qui ont été séparées auniveau de l’analyse.» (Guyer, 1987)19.

3.2Les éléments de base de l’approche historique

Le but de cette approche étant précisé, on peutmaintenant esquisser les points caractéristiquesautour desquels se déroule la méthodologiemise en place pour y aboutir. Il s’agit de ques-tions opérationnelles et conceptuelles, dont cer-taines seront critiquées pour évaluer l’efficacitéde cette démarche dans les faits.

Parmi les aspects marquants, on a déjà citél’approche systémique, qui conduit à choisir laville et la région comme espaces privilégiés del’analyse. Les raisons de ce choix ne relèventpas de l’opportunité de limiter le domaine géo-graphique étudié, mais plutôt de la constatationdes relations systémiques dont la ville est lesiège. Les pouvoirs nationaux et locaux, quisont en mesure d’influencer le fonctionnementdu système d’approvisionnement et de distribu-tion, sont souvent rassemblés dans les grandesvilles, dont l’histoire est aussi l’histoire desgroupes et des organisations qui participent auxprocessus décisionnels, des institutions et deleur changement. En tant qu’unité d’analyse, laville offre aussi un territoire limité où les dyna-miques sociales (formation des classes socialesainsi que leurs dynamiques économiques etpolitiques) atteignent une importance plus gran-de que les dynamiques locales. A propos desétudes de cas, il faut souligner que les conclu-sions qu’on peut en tirer ne sont pas à considé-rer, dans l’optique de cette approche, commevalables en soi. Autrement dit, elles ne sont pasles points de départ d’un processus de généra-lisation. Au contraire, en cohérence avec l’ap-proche systémique, le grand nombre d’informa-tions analytiques disponibles est utilisé pourrestituer la spécificité du cas étudié, en envisa-geant une sorte de «démarche en sens inverse«de la pluralité des informations face à la spécifi-cité du cas:

«A la place d’une extrapolation desrésultats des études locales en dehors de leurcontexte pour aboutir à des conclusions géné-rales, nous poursuivrons une stratégie en sensinverse, c’est-à-dire que nous utilisons le plusgrand nombre possible de sources pour recom-poser géographiquement et historiquement desdynamiques spécifiques.» (Guyer, 1987)20.

L’utilisation de l’histoire sociale des villes dansle processus de recontextualisation implique,d’une part, une division par périodes, c’est-à-

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dire l’individuation des périodes caractériséespar une certaine homogénéité sous l’aspectsocio-institutionnel et, d’autre part, l’individua-tion des moments-clés qui ont marqué le passa-ge d’une période à l’autre, et donc d’un systèmesocio-institutionnel à un autre. On se réfère,dans ce cas, aux crises d’adaptation à deschangements importants qui se situent dans lecadre politique et économique de la ville/région(changement du régime politique et institution-nel, dynamique des classes sociales, etc.) ou del’environnement mondial (par exemple l’effet dudeuxième conflit mondial). Cette démarche per-met à la fois de mettre en évidence les relationsentre le domaine social (pouvoir politique, insti-tutions, dynamiques des groupes et des classessociales) et les caractéristiques des systèmesd’approvisionnement et de distribution alimen-taires, puis de lier le changement de ces der-niers à la dynamique du premier pour com-prendre comment ils fonctionnent, aux dépensou au bénéfice de qui, avec quel type et quelniveau de contrôle étatique, et avec quels résul-tats à long terme (Guyer, 1987). La focalisationsur des périodes de crise met aussi en éviden-ce les points de continuité ou de rupture dansl’évolution des systèmes de distribution et lesrelations entre les caractéristiques de ces sys-tèmes et les facteurs sociaux et politiques quisont propres à chaque période. Cette approchese base sur l’hypothèse que dans les périodesde crise les intérêts des groupes sociaux et poli-tiques, aussi bien que leurs moyens d’affirma-tion, sont plus évidents que dans la normalité.

Guyer utilise une répartition de l’histoire desvilles africaines sur quatre périodes:

• la période pré-coloniale;• les années entre 1880 et 1940, avec la forma-

tion des classes administratives et salariées;• les années entre 1945 et 1970, avec la crois-

sance urbaine et l’affirmation du secteur infor-mel;

• les années après 1970, caractérisées par desinterventions sur les marchés.

Pour chaque période, les systèmes d’approvi-sionnement et distribution sont examinés enrelation avec de nombreux aspects, selon lescritères formulés précédemment en synthèse.

Les études de cas (études de villes) aboutissentaussi à des finalités comparatives lorsque, dansdes périodes historiques comparables, l’onobserve les solutions et les stratégies de chan-gement mises en place par les différentes socié-

tés urbaines (au sens large du terme, c’est-à-dire avec ses implications sociales, politiques,institutionnelles et économiques). On arriveainsi à déterminer des tendances très généralesd’évolution, d’une part en dépassant le particu-larisme des études de cas et, d’autre part, enéchappant à la tentation des généralisationssimplistes. Cette méthodologie répond aussi àune autre question. En surface, elle concerne larelation entre la méthodologie opérationnelledes études de cas et la possibilité de générali-sation des processus de changement. A unniveau plus approfondi, elle touche à un problè-me beaucoup plus important et général: leconcept de croissance («growth»); comment ilse déroule; s’il doit être vu comme une succes-sion de stades prévisibles, ou bien comme larésultante de situations critiques et originalesqui structurent et caractérisent la dynamiquedes systèmes. Cela entraîne la confrontation dedeux grandes écoles de pensée historique:

«La croissance, de toute manière, estune métaphore organique ambiguë, car elleentraîne, soit un développement sous l’aspectde l’accroissement, soit une métamorphose.Les deux plus grandes traditions intellectuellesdans les études africaines, les paradigmes néo-classique et néomarxiste, donnent un poids dif-férent aux deux aspects. D’après W.O. Jonesla dernière approche implique que la croissancedes marchés est en réalité un processus cumu-latif qui entraîne la croissance de la demande etde l’approvisionnement. D’après de nom-breuses critiques néomarxistes, la croissancedu marché est un processus d’aliénation com-merciale qui se développe de manière caracté-ristique à différents étages, tout en franchissantdes créneaux structuraux identifiables.» (Guyer,1987)21.

L’imprécision des deux approches citées relèvepeut-être de l’hypothèse d’une directivité à labase des phénomènes, ce qui porte à accordertrop de poids aux études de cas comme exem-plification d’un ordre universel. Par contre,selon l’approche historique, l’objet de l’analyseest le cours du changement lui-même22.Parmiles autres disciplines, la géographie tient uneplace très importante dans l’analyse des phéno-mènes liés à l’approvisionnement et à la distri-bution alimentaires. De plus, selon Franque-ville:

«Le ravitaillement urbain constitue dansla théorie géographique l’une des composantesde l’organisation fonctionnelle de l’espace qui a

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13L’approche historique

retenu l’attention des géographes dès la consti-tution de leur discipline comme science autono-me au XIXe siècle.» (Franqueville, 1996).

Comme pour d’autres approches, comme parexemple l’approche économique, il faut aussi engéographie;

• délimiter le domaine intéressé ainsi que lesniveaux auxquels cette discipline peut expli-quer les phénomènes qui intéressent lesSADA en milieu urbain;

• indiquer ses outils conceptuels;• montrer de quelle manière elle peut travailler

avec d’autres disciplines afin de contribuer àune explication plus ponctuelle des cas réels.

Il est évidemment très simple de dire que ladimension de la réalité concernée par la géo-graphie relève de l’espace. Mais quand onparle d’espace, on n’entend pas simplementson ampleur physique. En géographie, le con-cept d’espace revêt un sens scientifique et ana-lytique dès le moment où il se différencie et seconcrétise en structures articulées, en formes,fonctions et relations enracinées dans un espa-ce physique. La différenciation de l’espace, leprocessus de différenciation et ses dérivés fontdonc l’objet privilégié de l’observation du géo-graphe. Etant donné l’objet de cette étude, c’estdans le domaine des fonctions d’approvisionne-ment et de distribution alimentaires en milieuurbain qu’on cherchera à décrypter le langagegéographique et ses spécificités.

On peut ensuite délimiter des domaines d’étudeprivilégiés. Dans notre cas, ce sont les relationsentre l’espace urbain et le ravitaillement despopulations urbaines qui font l’intérêt de l’ap-proche géographique. Il s’agit donc de montrerschématiquement l’enjeu entre:

• la croissance urbaine et la dimension métro-politaine des villes;

• le déroulement des fonctions alimentaires enmilieu urbain.

Toutes les fonctions des SADA se confrontent etse heurtent à des logiques et à des contraintesqui sont aussi bien économiques que géogra-phiques.

On ne saurait donc parler de relations écono-miques sans prendre en considération leurdimension spatiale. On parle d’espace de pro-duction, d’échange, de communication et de lafaçon dont ces espaces s’affirment, changent,

entrent en relation les uns avec les autres. Onparle d’un espace rural et d’un espace urbain,des fonctions qu’ils recouvrent, des complé-mentarités et des conflits entre leurs éventuellesutilisations. Parler d’espace signifie parler d’uneressource rare et limitée. Le géographe enexplique les modalités d’organisation, les lo-giques propres et spécifiques et la manière d’enoptimiser l’utilisation en relation avec multiplesbesoins des populations.

Au fur et à mesure que la ville s’accroît, sesfonctions augmentent, se différencient et secompliquent à tous les niveaux du fait de sadynamique démographique, économique etsociale. Le rôle politique peut aussi changer:des questions se posent quant à l’influenceurbaine face à un territoire de plus en plus vasteet différencié, quant au rôle de la ville dans larégion et l’Etat, dans les rapports avec l’étran-ger, et quant au contrôle de la ville elle-même.Les espaces consacrés, par tradition ou par cal-cul, aux différentes fonctions changent sous lapression (résultant de forces très variées) decette croissance.

L’approvisionnement et la distribution alimen-taires, et les nombreux services qui y sont liés,ont besoin d’espaces qui ne sont pas anonymeset indifférenciés, en raison de leur dimension,de leur quantité, de leur équipement et de leurlocalisation. La croissance de la ville imposedonc une ré-affectation de ces espaces auxnouvelles exigences, sous faute d’inefficacitéstrès lourdes qui sont très vite ressenties par lespopulations. A ce niveau se pose donc le pro-blème de la connaissance de l’appareil urbain etdes relations espaces/fonctions, domaines quidemeurent vastes et riches même s’ils ne s’at-tachent qu’à un seul aspect, celui de la satisfac-tion des besoins alimentaires.

Ainsi, la géographie dispose d’un appareilconceptuel articulé, qu’on essaiera de définir dupoint de vue très spécifique du ravitaillementurbain.

Avant de parler de croissance urbaine, il fautdéfinir la ville en tant qu’entité géographique.Bien que lié à un vécu quotidien très étendu, leconcept de ville en géographie n’est ni univoqueni constant. A un niveau presque intuitif maistout à fait efficace, la ville, du point de vue géo-graphique, est un ensemble, une succession ouune stratification de produits manufacturés auxfinalités multiples: logement, production, échan-ge, transport, administration, loisirs etc., où des

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14 Les approches disciplinaires à l’analyse des SADA des villes dans les pays en développement

relations se nouent entre individus, groupes,institutions, et pouvoir. La ville n’est pas «unhasard»: elle se produit et change dans letemps selon des critères que les géographesont essayé de rationaliser. Il s’agit là de prin-cipes classiques d’organisation économique etspatiale tels que:

• l’agglomération, soit l’échelle de l’expansion etle niveau d’indivisibilité de l’agrégat urbain;

• l’accessibilité, soit la distance économiqueminimale, selon la théorie élaborée par VonThunen;

• l’interaction, qui se réfère aux phénomènes degravitation économique de la ville;

• la hiérarchie, qui dépend de l’endroit, de l’im-portance et du rôle que la ville a dans un espa-ce donné (par exemple la région) par rapport àd’autres centres urbains;

• la compétitivité, liée aux activités productivesde base qui permettent à la ville d’aboutir auxmarchés extérieurs (Prezioso, 1996).

Les principes qui contribuent à façonner la villedonnent lieu à des structures urbaines typiques.On fait alors référence à des modèles urbains(modèle centre-périphérie, multipolaire, réticu-laire) qui diffèrent selon le mode dont desespaces physiques et fonctionnels se distri-buent et sont mis en relation. Ils ont une signi-fication descriptive et interprétative de l’espaceet représentent un produit spécifique du travailconceptuel et théorique du géographe.

D’après Prezioso, le modèle est pour le géo-graphe un point d’arrivée, un outil d’interpréta-tion de la a posteriori, sans le but de prédiction,qui est propre à d’autres sciences25. Ses fonc-tions, en géographie, sont donc différentes durôle qu’il joue en économie, où il est un a priori,une forme et une méthode de connaissance ensoi, qui se superpose ou s’impose parfois à laréalité elle-même (Prezioso, 1996). Franque-ville décrit le modèle comme étant:

«Un essai de formalisation et d’interpré-tation des situations concrètes variées dont oncherche à établir les points communs (...); [il] nese rencontre bien sûr jamais tel quel dans laréalité, chaque espace géographique étant par-ticulier. Il n’est en rien statique: il décrit une sortd’état d’équilibre atteint à un moment donné,mais reste ouvert, évolutif.» (Franqueville,1996).

Le modèle se retrouve aussi au niveau de laplanification urbaine et, dans ce cas, avec unefonction normative. Les essais d’application deces schémas dans de nombreuses villes afri-caines et la confrontation avec des environne-ments tout à fait différents ont contribué à l’évo-lution de la pensée dans ce domaine. Ainsi, tantles modèles que les indicateurs démogra-phiques, urbanistiques et économiques qui for-ment la ville ont changé.Cette évolution a été remarquable lorsque lesgéographes ont cherché à comprendre le pas-sage de la dimension de «ville» à celle de«métropole». L’interprétation de ce phénomèneen Afrique s’est tout d’abord basé (dans lesannées 50) sur des paramètres relevant de l’ex-périence occidentale, modifiés pour prendre encompte certaines spécificités locales26, et sur leconcept de conurbation, qui dénote le phéno-mène par lequel, à l’intérieur d’une zone urbani-sée, on constate une continuité spatiale destructures de logement, de production, de ser-vices, d’échanges, etc., sans inclusion de ter-rains agricoles. A cette définition s’est substi-tuée, au cours des années 60, celle basée surle concept de continuum entre zone urbaine etzones limitrophes, ces dernières ressentant l’ef-fet de diffusion de la première, selon une rela-tion hiérarchique ou gravitationnelle. Entre1960 et 1970, ces conceptions de l’espacemétropolitain ont été dépassées par desmodèles de type géométrique dans lesquelsl’utilisation de l’espace se fonde sur le mécanis-me de formation de la rente (modèle applicableaussi à l’optimisation économique des espacesau niveau de la planification urbaine).

Plus récemment, un centre métropolitain enAfrique a été défini:

«Une agrégation complexe, exprimantune dotation de services de haut niveau (uni-versités, hôpitaux, centres commerciaux et dedirection); un système d’interdépendances pro-ductives dans la zone limitrophe; des fonctions«rares» ou «de pointe» (organisation de rap-ports internationaux) qui ont une influence dansune région plus vaste que celle limitrophe (àcause de la présence de holdings internatio-naux); point d’arrivée de flux migratoires en pro-venance de la zone d’influence.» (Prezioso,1996).

Au niveau théorique, les modèles métropolitainssont expliqués à l’aide de concepts spécifiques,relevant aussi du domaine économique, tels

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15L’approche historique

que les temps et les coûts de transport, lescoûts d’installation, la présence d’infrastruc-tures, etc. Ces mêmes modèles et concepts ontété utilisés au niveau de la planification pouraboutir à des plans urbains optimisant les fonc-tions du centre métropolitain27.

La croissance urbaine et le passage éventuel decentre urbain à centre métropolitain est un pro-cessus critique dans le développement de laville. Ce phénomène (dont le principal indica-teur est la démographie) a des aspects et desdynamiques spéciales dans les villes africainespar rapport aux phénomènes du même typedans les villes des pays industrialisés. Dansces pays, il se manifeste par des exigencesphysiologiques et représente la cause/effet del’affirmation de tous les secteurs économiques.Dans les pays économiquement en retard, il ades aspects pathologiques, et procède indépen-damment de l’évolution des activités produc-tives (ce qui a aussi donné lieu aux secteursinformels). Le dessin de la ville porte les signesde cette pathologie. Tandis que dans les payséconomiquement évolués le modèle d’expan-sion urbaine s’adapte de manière fonctionnelleaux exigences nouvelles, dans les pays enretard, les vieux schémas d’organisationdemeurent inchangés, héritage des anciensrégimes politiques mais aussi façonnés par desdynamiques récentes, chaotiques et incontrô-lables. On parle à juste titre dans ces cas de«malaise urbain». Pour identifier et interpréterces réalités, il est indispensable de faire appel àd’autres concepts, typiquement géographiques.

Les modèles urbains, ainsi que leurs fonde-ments, se sont heurtés en Afrique à des réalitésparticulières. Une fois la spécificité de la crois-sance des villes africaines posée, il est impor-tant de caractériser des méthodes d’analyse etdes indicateurs qui soient à même de restituerla complexité du processus et des facteurs encause. L’analyse des «phénomènes significa-tifs» permet une interprétation de la structure ur-baine métropolitaine. Prezioso a esquissé cettedémarche de la manière suivante:

«Une innovation méthodologique pourlire la structure urbaine de type métropolitain enAfrique francophone est liée au repérage desphénomènes significatifs qu’il faut prendre enconsidération pour sélectionner les indicateursutiles aux fins de l’évaluation. Le point dedépart est le repérage des situations de malaiseurbain: aliénation, délocalisation, saturation. Si,

dans le premier cas, on peut ramener les phé-nomènes liés à la différenciation selon deszones fonctionnelles (monofonctionnalité), dansle deuxième, on peut associer les effets de laperte de dimension physique de la ville. Le con-cept de proximité n’est plus physique, sans pourautant aboutir à un équilibre dans l’utilisation detous les moyens de communication qui sont enmesure de transformer la proximité fonctionnel-le en proximité réelle, mais en créant des situa-tions de malaise. Cet effet semble relever enAfrique de la globalisation des marchés interna-tionaux, qui risque de replacer la ville au servicede sujets extérieurs. Cependant, c’est de la troi-sième condition, la saturation, que relèvent lesphénomènes avec le plus grand impact sur l’en-vironnement physique et sur la capacité du sys-tème entier.» (Prezioso, 1996).

Les indicateurs capables de décrire les transfor-mations structurales urbaines sont appliquésaux systèmes naturel, socio-économique, d’éta-blissement et relationnel de la ville (qui com-prend à son tour la relation alimentaire). Cettedémarche ne concerne pas simplement la distri-bution des espaces et leur utilisation, maisprend en charge les multiples événements etrelations qui se dégagent à l’intérieur de la ville.Elle se rapproche ainsi du concept d’analyse desystème, tout au moins du point de vue géogra-phique. L’historique, ou plutôt l’histoire de laville, joue un rôle important à ce niveau. Au filde l’histoire, en fait, on peut expliquer:

• comment et pourquoi les fonctions parfoisattribuées à la ville se sont transformées enprojets urbains;

• comment les populations s’y sont adaptées etont réagi;

• comment et pourquoi de nouveaux événe-ments urbanistiques se sont produits28.

De même que l’histoire, l’analyse conjointe desrelations économiques, des aspects sociaux,des formes de gouvernement et d’administra-tion, des interventions de planification tanturbaine que rurale, se prête à décrire et à expli-quer dans sa complexité la part géographiquedes relations alimentaires urbaines.

Après la description très synthétique de certainsconcepts et moyens de la recherche géogra-phique en milieu urbain, quelles sont les consé-quences de la structure urbaine sur les modali-tés d’approvisionnement de la ville? Les ré-ponses sont très nombreuses et variées. On se

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limitera donc à donner quelques exemples pourmontrer de manière synthétique les démarchescause/effet dans ce domaine.

En reprenant le processus de ségrégation, onconstate par exemple que:

«La première caractéristique de l’espa-ce d’approvisionnement urbain en Afrique est saconstitution en aires disjointes et souvent auto-nomes quant à leurs relations avec le marché. Ils’agit moins d’un espace ou d’une aire d’appro-visionnement, que d’îlots, ou parfois de zonesrelativement étendues mais sans connexions,dont une partie de la production agricole estacheminée pour les besoins de la consomma-tion urbaine.» (Franqueville, 1996).

Ainsi, à l’intérieur de la ville africaine on retrou-ve d’autres villes, relativement isolées les unesdes autres, à un point tel qu’on pourrait affirmerque chaque habitant a sa ville (Balbo, 1989)29.On peut rattacher cette situation à la croissancede la ville, par l’immigration, qui dégage denombreux effets intéressants au niveau spatial,avec des retombées sur l’approvisionnementalimentaire. L’immigration produit souvent enville un phénomène très évident: le bidonville.Loin d’être provisoire, le bidonville devient uneforme d’installation permanente, indice d’un pro-cessus typique de ségrégation urbaine, maisaussi indice du comportement des immigrésface aux modes de vie urbains30. Les habi-tudes alimentaires changent au fur et à mesurede la diversification et de l’élargissement dubassin de recrutement des immigrés (Franque-ville, 1996). La diversification des habitudes ali-mentaires entraîne aussi la différenciation desproduits demandés, des modes et des lieuxd’achat: en un mot, des marchés (qui, du pointde vue géographique, sont les espaces atta-chés aux échanges), de leur nombre, ampleur,spécialisation (selon les produits mais aussiselon le type de clientèle), localisation (centre-ville, zone intermédiaire, banlieue, axes rou-tiers), etc.

L’agriculture urbaine et périurbaine est un autrephénomène typique des villes africaines. Ellepeut se situer aussi bien au centre de la villequ’à ses alentours (parfois très éloignés), pou-vant à l’extrême aboutir à des formes de pro-duction «intra-muros» (Franqueville, 1996). Ellesert surtout à approvisionner la ville en produitsverts (agriculture maraîchère), à un coût raison-nable. Cette pratique a dessiné un paysage

urbain particulier, avec une affectation d’es-paces dont l’importance est évidente: pour lesagriculteurs urbains, qui y gagnent travail etargent, pour le consommateur moyen, qui aaccès à un produit cher mais moins cher que lemême d’importation et, du point de vue nutri-tionnel, en procurant une intégration alimentairetrès importante. Mais du point de vue dyna-mique, quel est l’avenir de cette pratique et àquelles conséquences peut-on s’attendre ducôté géographique et alimentaire?

«L’entreprise [d’agriculture urbaine] seheurte, au fil du temps, à deux types de difficul-tés, les unes locales, les autres d’ordre général.A mesure de l’avancée de l’urbanisation, laplus-value progressivement acquise par les ter-rains suburbains, et plus encore intra-urbains(...) ne peut laisser longtemps persister une acti-vité agricole dont la rentabilité relative va natu-rellement en diminuant. (...) L’autre obstacle,plus récent, rencontré par cette agriculture spé-cialisée dans des productions relativementchères, est la crise et l’ajustement structurel,dont l’effet immédiat fut la baisse du pouvoird’achat de la majorité des ménages urbains.»(Franqueville, 1996).

On pourrait continuer sur cette ligne de raison-nement en mentionnant par exemple le secteurinformel dans la distribution alimentaire et l’ali-mentation, souvent complété de manièreséquentielle par le circuit de production urbainesensible aux changements de revenus et destyle de vie urbaine. Le circuit de productiongarde lui aussi une dimension spatiale vitale.On se contentera ici de déplacer l’attention surle problème qui se pose donc au niveau de laplanification urbaine: toute intervention auniveau urbain se confronte avec l’espace et sesfonctions, où l’on peut imaginer non seulementdes complémentarités, mais aussi des conflits(par exemple entre logement et agricultureurbaine) dont la résolution ne manque pasd’avoir des conséquences sur la relation ali-mentaire de la ville.

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17L’approche historique

Synthèse

La mise en place de cette méthode et lesrésultats qui en découlent n’ont peut-être pastoutes les certitudes voulues et posent aucontraire nombre de questions en raison desfaiblesses de la méthodologie au niveau opé-rationnel.

A cet égard, les auteurs eux-mêmes dénon-cent le manque de données, l’imprécision etle caractère incomplet des études historiquessur de longues périodes. Ils mettent aussi engarde contre la tentation de tirer des conclu-sions simplistes à partir des données dispo-nibles:

«Le manque de données sur l’appro-visionnement alimentaire urbain (...) est unproblème dans la reconstruction d’une histoi-re sociale (...) Des périodes entières ou dessecteurs du marché, ou même des organisa-tions et des événements cruciaux peuvent nelaisser qu’une faible trace, tradition orale, oumême rien du tout (...). La plus grandecontrainte consiste à placer et interpréter lessources. Ainsi, les données sont en généralofficielles et, de ce fait, la documentationreflète la responsabilité du gouvernement.»(Guyer, 1987)29.

A l’exception des données statistiques aux-quelles on se réfère, l’application de cettedémarche se présente encore comme problé-matique. Telle qu’elle est présentée dans cetouvrage, elle paraît en théorie tout à fait réa-lisable. Mais il ne faut pas oublier la quantitéet la complexité des aspects à prendre enconsidération pour aboutir à des résultatsvalables, y compris l’aspect artisanal quientraîne des risques de subjectivité.Néanmoins, l’exigence à laquelle cettedémarche essaie de répondre (la vision sys-témique) est très vivante et les efforts pour yaboutir sont considérables.

En ce qui concerne les résultats, ils se pla-cent à un niveau plutôt général. Cetteapproche permet en fait d’intégrer dans unevision globale des variables qui sont en amontde l’objet de l’étude particulière (les SADAdes zones urbaines), soit dans le temps, soitdans les relations stratégiques. C’est donc à

ce niveau que l’on peut entrevoir des résul-tats: les grandes tendances d’évolution dansl’approvisionnement alimentaire, les intérêtsdes groupes sociaux et politiques, les straté-gies d’adaptation et de perpétuation dans lespériodes de crises, les moyens pour mettreen place ces stratégies. A un niveau un peuplus spécifique, les connexions existant entreles trois aspects des systèmes régionauxd’approvisionnement sont étudiés:

• la relation revenus/prix pour les producteurset les consommateurs;

• les formes d’organisation dans la productionet le commerce;

• la dynamique sociale élargie qui relève del’interaction entre organisation sociale etpolitiques coloniale et après-coloniale(Guyer, 1987)24.

On aboutit ainsi à des résultats suggestifs etcritiques qui sont en mesure de bouleverserdes points de vue désormais affirmés .

En s’interrogeant de façon critique sur lesmotivations de départ et les finalités des sys-tèmes d’approvisionnement, l’approche histo-rique procure des informations très impor-tantes sur le contexte où ces systèmesjouent, au jour le jour, leur rôle vital. Ceci estprimordial pour toute politique d’interventionqui ne considère pas le problème de l’appro-visionnement alimentaire comme un sujetisolé mais comme partie d’un système derelation. La méthode de comparaison entredes cas isolés, ou à des moments différents,pourrait s’avérer être la meilleure pour vérifierl’efficacité des schémas interprétatifs tradi-tionnels de type économique (souvent déduc-tifs). Les points faibles de cette démarche nesont cependant pas négligeables. Lemanque de données, voire d’études de l’his-toire économique de l’alimentation (Guyer,1987) ne sont sans doute pas plus importantsque l’absence d’un modèle de référence pourl’analyse des relations systémiques, ces der-nières présentant des points forts au niveauconceptuel et des points faibles au niveauopérationnel. Cette caractéristique qui nepermet pas la standardisation de la méthode,risque de rendre imprécis ou subjectifs lesrésultats de l’analyse.

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18 Les approches disciplinaires à l’analyse des SADA des villes dans les pays en développement

4L’approche géographique

Parmi les autres disciplines, la géographie tientune place très importante dans l’analyse desphénomènes liés à l’approvisionnement et à ladistribution alimentaires. De plus, selon Fran-queville:

«Le ravitaillement urbain constitue dansla théorie géographique l’une des composantesde l’organisation fonctionnelle de l’espace qui aretenu l’attention des géographes dès la consti-tution de leur discipline comme science autono-me au XIXe siècle.» (Franqueville, 1996).

Comme pour d’autres approches, comme parexemple l’approche économique, il faut aussi engéographie;

• délimiter le domaine intéressé ainsi que lesniveaux auxquels cette discipline peut expli-quer les phénomènes qui intéressent lesSADA en milieu urbain;

• indiquer ses outils conceptuels;• montrer de quelle manière elle peut travailler

avec d’autres disciplines afin de contribuer àune explication plus ponctuelle des cas réels.

Il est évidemment très simple de dire que ladimension de la réalité concernée par la géo-graphie relève de l’espace. Mais quand onparle d’espace, on n’entend pas simplementson ampleur physique. En géographie, leconcept d’espace revêt un sens scientifique etanalytique dès le moment où il se différencie etse concrétise en structures articulées, enformes, fonctions et relations enracinées dansun espace physique. La différenciation de l’es-pace, le processus de différenciation et ses déri-vés font donc l’objet privilégié de l’observationdu géographe. Etant donné l’objet de cetteétude, c’est dans le domaine des fonctions d’ap-provisionnement et de distribution alimentairesen milieu urbain qu’on cherchera à décrypter lelangage géographique et ses spécificités.

On peut ensuite délimiter des domaines d’étudeprivilégiés. Dans notre cas, ce sont les relationsentre l’espace urbain et le ravitaillement despopulations urbaines qui font l’intérêt de l’ap-proche géographique. Il s’agit donc de montrerschématiquement l’enjeu entre:

• la croissance urbaine et la dimension métro-politaine des villes;

• le déroulement des fonctions alimentaires enmilieu urbain.

Toutes les fonctions des SADA se confrontent etse heurtent à des logiques et à des contraintesqui sont aussi bien économiques que géogra-phiques.

On ne saurait donc parler de relations écono-miques sans prendre en considération leurdimension spatiale. On parle d’espace de pro-duction, d’échange, de communication et de lafaçon dont ces espaces s’affirment, changent,entrent en relation les uns avec les autres. Onparle d’un espace rural et d’un espace urbain,des fonctions qu’ils recouvrent, des complé-mentarités et des conflits entre leurs éventuellesutilisations. Parler d’espace signifie parler d’uneressource rare et limitée. Le géographe enexplique les modalités d’organisation, leslogiques propres et spécifiques et la manièred’en optimiser l’utilisation en relation avec mul-tiples besoins des populations.

Au fur et à mesure que la ville s’accroît, sesfonctions augmentent, se différencient et secompliquent à tous les niveaux du fait de sadynamique démographique, économique etsociale. Le rôle politique peut aussi changer:des questions se posent quant à l’influenceurbaine face à un territoire de plus en plus vasteet différencié, quant au rôle de la ville dans larégion et l’Etat, dans les rapports avec l’étran-ger, et quant au contrôle de la ville elle-même.Les espaces consacrés, par tradition ou par cal-cul, aux différentes fonctions changent sous lapression (résultant de forces très variées) decette croissance.

L’approvisionnement et la distribution alimen-taires, et les nombreux services qui y sont liés,ont besoin d’espaces qui ne sont pas anonymeset indifférenciés, en raison de leur dimension,de leur quantité, de leur équipement et de leurlocalisation. La croissance de la ville imposedonc une ré-affectation de ces espaces auxnouvelles exigences, sous faute d’inefficacitéstrès lourdes qui sont très vite ressenties par lespopulations. A ce niveau se pose donc le pro-blème de la connaissance de l’appareil urbain etdes relations espaces/fonctions, domaines quidemeurent vastes et riches même s’ils ne s’at-tachent qu’à un seul aspect, celui de la satisfac-tion des besoins alimentaires.

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19L’approche géographique

Ainsi, la géographie dispose d’un appareilconceptuel articulé, qu’on essaiera de définir dupoint de vue très spécifique du ravitaillementurbain.

4.1La croissance urbaine:ville et métropole

Avant de parler de croissance urbaine, il fautdéfinir la ville en tant qu’entité géographique.Bien que lié à un vécu quotidien très étendu, leconcept de ville en géographie n’est ni univoqueni constant. A un niveau presque intuitif maistout à fait efficace, la ville, du point de vue géo-graphique, est un ensemble, une succession ouune stratification de produits manufacturés auxfinalités multiples: logement, production, échan-ge, transport, administration, loisirs etc., où desrelations se nouent entre individus, groupes,institutions, et pouvoir. La ville n’est pas «unhasard»: elle se produit et change dans letemps selon des critères que les géographesont essayé de rationaliser. Il s’agit là de prin-cipes classiques d’organisation économique etspatiale tels que:

• l’agglomération, soit l’échelle de l’expansion etle niveau d’indivisibilité de l’agrégat urbain;

• l’accessibilité, soit la distance économiqueminimale, selon la théorie élaborée par VonThunen;

• l’interaction, qui se réfère aux phénomènes degravitation économique de la ville;

• la hiérarchie, qui dépend de l’endroit, de l’im-portance et du rôle que la ville a dans un espa-ce donné (par exemple la région) par rapport àd’autres centres urbains;

• la compétitivité, liée aux activités productivesde base qui permettent à la ville d’aboutir auxmarchés extérieurs (Prezioso, 1996).

Les principes qui contribuent à façonner la villedonnent lieu à des structures urbaines typiques.On fait alors référence à des modèles urbains(modèle centre-périphérie, multipolaire, réticu-laire) qui diffèrent selon le mode dont desespaces physiques et fonctionnels se distri-buent et sont mis en relation. Ils ont une signi-fication descriptive et interprétative de l’espaceet représentent un produit spécifique du travailconceptuel et théorique du géographe.

D’après Prezioso, le modèle est pour le géo-graphe un point d’arrivée, un outil d’interpréta-tion de la a posteriori, sans le but de prédiction,

qui est propre à d’autres sciences25. Ses fonc-tions, en géographie, sont donc différentes durôle qu’il joue en économie, où il est un a priori,une forme et une méthode de connaissance ensoi, qui se superpose ou s’impose parfois à laréalité elle-même (Prezioso, 1996). Franque-ville décrit le modèle comme étant:

«Un essai de formalisation et d’interpré-tation des situations concrètes variées dont oncherche à établir les points communs (...); [il] nese rencontre bien sûr jamais tel quel dans laréalité, chaque espace géographique étant par-ticulier. Il n’est en rien statique: il décrit une sortd’état d’équilibre atteint à un moment donné,mais reste ouvert, évolutif.» (Franqueville,1996).

Le modèle se retrouve aussi au niveau de laplanification urbaine et, dans ce cas, avec unefonction normative. Les essais d’application deces schémas dans de nombreuses villes afri-caines et la confrontation avec des environne-ments tout à fait différents ont contribué à l’évo-lution de la pensée dans ce domaine. Ainsi, tantles modèles que les indicateurs démogra-phiques, urbanistiques et économiques qui for-ment la ville ont changé.

Cette évolution a été remarquable lorsque lesgéographes ont cherché à comprendre le pas-sage de la dimension de «ville» à celle de«métropole». L’interprétation de ce phénomèneen Afrique s’est tout d’abord basé (dans lesannées 50) sur des paramètres relevant de l’ex-périence occidentale, modifiés pour prendre encompte certaines spécificités locales26, et sur leconcept de conurbation, qui dénote le phéno-mène par lequel, à l’intérieur d’une zone urbani-sée, on constate une continuité spatiale destructures de logement, de production, de ser-vices, d’échanges, etc., sans inclusion de ter-rains agricoles. A cette définition s’est substi-tuée, au cours des années 60, celle basée surle concept de continuum entre zone urbaine etzones limitrophes, ces dernières ressentant l’ef-fet de diffusion de la première, selon une rela-tion hiérarchique ou gravitationnelle. Entre1960 et 1970, ces conceptions de l’espacemétropolitain ont été dépassées par desmodèles de type géométrique dans lesquelsl’utilisation de l’espace se fonde sur le mécanis-me de formation de la rente (modèle applicableaussi à l’optimisation économique des espacesau niveau de la planification urbaine).

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20 Les approches disciplinaires à l’analyse des SADA des villes dans les pays en développement

Plus récemment, un centre métropolitain enAfrique a été défini:

«Une agrégation complexe, exprimantune dotation de services de haut niveau (uni-versités, hôpitaux, centres commerciaux et dedirection); un système d’interdépendances pro-ductives dans la zone limitrophe; des fonctions«rares» ou «de pointe» (organisation de rap-ports internationaux) qui ont une influence dansune région plus vaste que celle limitrophe (àcause de la présence de holdings internatio-naux); point d’arrivée de flux migratoires en pro-venance de la zone d’influence.» (Prezioso,1996).

Au niveau théorique, les modèles métropolitainssont expliqués à l’aide de concepts spécifiques,relevant aussi du domaine économique, telsque les temps et les coûts de transport, lescoûts d’installation, la présence d’infrastruc-tures, etc. Ces mêmes modèles et concepts ontété utilisés au niveau de la planification pouraboutir à des plans urbains optimisant les fonc-tions du centre métropolitain27.

4.2Le malaise urbain

La croissance urbaine et le passage éventuel decentre urbain à centre métropolitain est un pro-cessus critique dans le développement de laville. Ce phénomène (dont le principal indica-teur est la démographie) a des aspects et desdynamiques spéciales dans les villes africainespar rapport aux phénomènes du même typedans les villes des pays industrialisés. Dansces pays, il se manifeste par des exigencesphysiologiques et représente la cause/effet del’affirmation de tous les secteurs économiques.Dans les pays économiquement en retard, il ades aspects pathologiques, et procède indépen-damment de l’évolution des activités produc-tives (ce qui a aussi donné lieu aux secteursinformels). Le dessin de la ville porte les signesde cette pathologie. Tandis que dans les payséconomiquement évolués le modèle d’expan-sion urbaine s’adapte de manière fonctionnelleaux exigences nouvelles, dans les pays enretard, les vieux schémas d’organisationdemeurent inchangés, héritage des anciensrégimes politiques mais aussi façonnés par desdynamiques récentes, chaotiques et incontrô-lables. On parle à juste titre dans ces cas de«malaise urbain». Pour identifier et interpréterces réalités, il est indispensable de faire appel àd’autres concepts, typiquement géographiques.

Les modèles urbains, ainsi que leurs fonde-ments, se sont heurtés en Afrique à des réalitésparticulières. Une fois la spécificité de la crois-sance des villes africaines posée, il est impor-tant de caractériser des méthodes d’analyse etdes indicateurs qui soient à même de restituerla complexité du processus et des facteurs encause. L’analyse des «phénomènes significa-tifs» permet une interprétation de la structureurbaine métropolitaine. Prezioso a esquissécette démarche de la manière suivante:

«Une innovation méthodologique pourlire la structure urbaine de type métropolitain enAfrique francophone est liée au repérage desphénomènes significatifs qu’il faut prendre enconsidération pour sélectionner les indicateursutiles aux fins de l’évaluation. Le point de dé-part est le repérage des situations de malaiseurbain: aliénation, délocalisation, saturation. Si,dans le premier cas, on peut ramener les phé-nomènes liés à la différenciation selon deszones fonctionnelles (monofonctionnalité), dansle deuxième, on peut associer les effets de laperte de dimension physique de la ville. Le con-cept de proximité n’est plus physique, sans pourautant aboutir à un équilibre dans l’utilisation detous les moyens de communication qui sont enmesure de transformer la proximité fonctionnel-le en proximité réelle, mais en créant des situa-tions de malaise. Cet effet semble relever enAfrique de la globalisation des marchés interna-tionaux, qui risque de replacer la ville au servicede sujets extérieurs. Cependant, c’est de la troi-sième condition, la saturation, que relèvent lesphénomènes avec le plus grand impact sur l’en-vironnement physique et sur la capacité du sys-tème entier.» (Prezioso, 1996).

Les indicateurs capables de décrire les transfor-mations structurales urbaines sont appliquésaux systèmes naturel, socio-économique, d’éta-blissement et relationnel de la ville (qui com-prend à son tour la relation alimentaire). Cettedémarche ne concerne pas simplement la distri-bution des espaces et leur utilisation, maisprend en charge les multiples événements etrelations qui se dégagent à l’intérieur de la ville.Elle se rapproche ainsi du concept d’analyse desystème, tout au moins du point de vue géogra-phique. L’historique, ou plutôt l’histoire de laville, joue un rôle important à ce niveau. Au filde l’histoire, en fait, on peut expliquer:

• comment et pourquoi les fonctions parfoisattribuées à la ville se sont transformées enprojets urbains;

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21L’approche géographique

• comment les populations s’y sont adaptées etont réagi;

• comment et pourquoi de nouveaux événe-ments urbanistiques se sont produits28.

De même que l’histoire, l’analyse conjointe desrelations économiques, des aspects sociaux,des formes de gouvernement et d’administra-tion, des interventions de planification tanturbaine que rurale, se prête à décrire et à expli-quer dans sa complexité la part géographiquedes relations alimentaires urbaines.

4.3La ville et l’alimentation

Après la description très synthétique de certainsconcepts et moyens de la recherche géogra-phique en milieu urbain, quelles sont les consé-quences de la structure urbaine sur les modali-tés d’approvisionnement de la ville? Lesréponses sont très nombreuses et variées. Onse limitera donc à donner quelques exemplespour montrer de manière synthétique lesdémarches cause/effet dans ce domaine.

En reprenant le processus de ségrégation, onconstate par exemple que:

«La première caractéristique de l’espa-ce d’approvisionnement urbain en Afrique est saconstitution en aires disjointes et souvent auto-nomes quant à leurs relations avec le marché. Ils’agit moins d’un espace ou d’une aire d’appro-visionnement, que d’îlots, ou parfois de zonesrelativement étendues mais sans connexions,dont une partie de la production agricole estacheminée pour les besoins de la consomma-tion urbaine.» (Franqueville, 1996).

Ainsi, à l’intérieur de la ville africaine on retrou-ve d’autres villes, relativement isolées les unesdes autres, à un point tel qu’on pourrait affirmerque chaque habitant a sa ville (Balbo, 1989)29.On peut rattacher cette situation à la croissancede la ville, par l’immigration, qui dégage denombreux effets intéressants au niveau spatial,avec des retombées sur l’approvisionnementalimentaire. L’immigration produit souvent enville un phénomène très évident: le bidonville.Loin d’être provisoire, le bidonville devient uneforme d’installation permanente, indice d’un pro-cessus typique de ségrégation urbaine, maisaussi indice du comportement des immigrésface aux modes de vie urbains30. Les habi-tudes alimentaires changent au fur et à mesurede la diversification et de l’élargissement du

bassin de recrutement des immigrés (Franque-ville, 1996). La diversification des habitudes ali-mentaires entraîne aussi la différenciation desproduits demandés, des modes et des lieuxd’achat: en un mot, des marchés (qui, du pointde vue géographique, sont les espaces atta-chés aux échanges), de leur nombre, ampleur,spécialisation (selon les produits mais aussiselon le type de clientèle), localisation (centre-ville, zone intermédiaire, banlieue, axes rou-tiers), etc.

L’agriculture urbaine et périurbaine est un autrephénomène typique des villes africaines. Ellepeut se situer aussi bien au centre de la villequ’à ses alentours (parfois très éloignés), pou-vant à l’extrême aboutir à des formes de pro-duction «intra-muros» (Franqueville, 1996). Ellesert surtout à approvisionner la ville en produitsverts (agriculture maraîchère), à un coût raison-nable. Cette pratique a dessiné un paysage ur-bain particulier, avec une affectation d’espacesdont l’importance est évidente: pour les agricul-teurs urbains, qui y gagnent travail et argent,pour le consommateur moyen, qui a accès à unproduit cher mais moins cher que le même d’im-portation et, du point de vue nutritionnel, en pro-curant une intégration alimentaire très importan-te. Mais du point de vue dynamique, quel estl’avenir de cette pratique et à quelles consé-quences peut-on s’attendre du côté géogra-phique et alimentaire?

«L’entreprise [d’agriculture urbaine] seheurte, au fil du temps, à deux types de difficul-tés, les unes locales, les autres d’ordre général.A mesure de l’avancée de l’urbanisation, laplus-value progressivement acquise par les ter-rains suburbains, et plus encore intra-urbains(...) ne peut laisser longtemps persister une acti-vité agricole dont la rentabilité relative va natu-rellement en diminuant. (...) L’autre obstacle,plus récent, rencontré par cette agriculture spé-cialisée dans des productions relativementchères, est la crise et l’ajustement structurel,dont l’effet immédiat fut la baisse du pouvoird’achat de la majorité des ménages urbains.»(Franqueville, 1996).

On pourrait continuer sur cette ligne de raison-nement en mentionnant par exemple le secteurinformel dans la distribution alimentaire et l’ali-mentation, souvent complété de manièreséquentielle par le circuit de production urbainesensible aux changements de revenus et destyle de vie urbaine. Le circuit de productiongarde lui aussi une dimension spatiale vitale.

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22 Les approches disciplinaires à l’analyse des SADA des villes dans les pays en développement

Encadré 1

Les principaux auteurs et théories urbanistiques

Le ravitaillement urbain constitue, dans lathéorie géographique, l’une des composantesde l’organisation fonctionnelle de l’espace quia retenu l’attention des géographes dès laconstitution de leur discipline comme scienceautonome au XIXe siècle. Il s’agissait déjà dela question de l’approvisionnement urbain,mais posée à l’envers, c’est-à-dire celui de larecherche des meilleures localisations agri-coles en fonction des marchés de consom-mation. Partant de l’existence d’un marchécentral, Von Thunen (1826) propose alors unmodèle composé de couronnes concen-triques de largeurs inégales dont l’étendueobéit à deux sortes de contraintes: le revenumaximum par hectare en fonction des prix dumarché et le coût des transports, deuxvariables qui permettent le calcul d’une dis-tance maximale de transport pour chaqueproduit, au-delà de laquelle le revenu que l’onpeut en attendre se trouve annulé. Ainsi peut-on construire autour de chaque marché unpolygone de maximisation des revenus,lequel peut néanmoins subir des distorsionsdiverses en fonction de l’existence de voiesde transports plus ou moins onéreuses, tellela voie fluviale. Ce polygone peut donc êtreconsidéré comme l’espace idéal d’approvi-sionnement du marché central, celui danslequel les agriculteurs trouvent intérêt à com-mercialiser leur production, et les citadins àse ravitailler.

Nombre d’auteurs ont, par la suite, cherché àperfectionner ce premier modèle, spéciale-

ment en le compliquant de façon à tenir leplus grand compte des complexités de la réa-lité, en particulier de la présence de plusieursmarchés centraux concurrents. Le pluscélèbre est Christaller (1933), avec sa théoriedes places centrales selon laquelle l’organi-sation de l’espace est régie par les relationsexistant entre trois ensembles: l’ensembledes distances, l’ensemble des populations etl’ensemble des fonctions, ces dernières étantles plus importantes dans la construction dusystème. Le principe du marché, selon lequeltout point du territoire théorique doit être éga-lement accessible à ses habitants, entraîne ledéveloppement d’une structure triangulairede l’espace, la juxtaposition des trianglesconstituant une trame d’hexagones emboîtéset hiérarchisés selon l’importance des fonc-tions de chaque centre.

On aboutit ainsi à une sorte de géométrie del’espace géographique basée sur trois prin-cipes et qui concerne directement l’analysedes SADA:

• le principe de centralité (ou de marché):cette notion, inhérente à celle de marchéd’échanges, veut que chaque point du terri-toire soit accessible à tous les biens et ser-vices possibles. Tous les centres devantêtre équidistants, le triangle équilatéralconstitue la figure de base du système et larégion complémentaire de chaque placecentrale doit être hexagonale. D’autre part,les biens et services n’ont pas tous uneimportance égale, de sorte que s’établit unehiérarchie des places centrales ainsi quedes aires d’influence correspondantes.Mais, quel que soit leur rang, les aires d’in-fluence gardent une forme hexagonale. Lesplaces centrales du haut de la hiérarchie

On se contentera ici de déplacer l’attention surle problème qui se pose donc au niveau de laplanification urbaine: toute intervention auniveau urbain se confronte avec l’espace et sesfonctions, où l’on peut imaginer non seulement

des complémentarités, mais aussi des conflits(par exemple entre logement et agricultureurbaine) dont la résolution ne manque pasd’avoir des conséquences sur la relation ali-mentaire de la ville.

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23L’approche géographique

sont plus espacées et leur aire d’influenceplus vaste que celles du bas de la hiérar-chie. Chaque place centrale commande unnombre «k» de places inférieur égal à 3;

• le principe de transport, liaison la plus éco-nomique entre les places centrales qui sefait selon des routes rectilignes réunissant leplus possible de centres de haut niveau hié-rarchique qui recoupent la trame hexagona-le. Ce regroupement des places centralesse fait sur la base de k = 4;

• le principe de hiérarchie administrative quidélimite des étendues de juridictions abou-

tissant à un cloisonnement en cellules,Christaller estimant que k = 7 constitue labase de ce regroupement.

Losch (1943) reprend et élargit cette théorie,Berry et Garrison introduisent deux nouveauxconcepts (1958): celui de seuil et celui de por-tée d’un bien. Le seuil est une limite de popu-lation ou de production qui permet l’apparitiond’une nouvelle fonction de la place centrale;la portée d’un bien décrit la taille de son airede vente ou d’influence (Franqueville, 1996).

Encadré 2

Les réseaux urbains

La théorie géographique détermine au mini-mum trois types de réseaux urbains:

• les réseaux à hiérarchie déterminée: forma-lisés dans les modèles de Christaller (1933)et Losch (1954), ils cherchent à représenterdes systèmes d’installation fermés en équi-libre dans une région dominée par la placecentrale de rang plus élevé (en général, lamétropole). Dans la place centrale, les rela-tions sont dissymétriques car elles repré-sentent des rapports de domination à l’inté-rieur d’une échelle de rangs très rigides.Ces modèles se fondent sur les «principesde seuil et de portée» des productionsoffertes à une demande diffusée de manièrespatiale et uniforme. Le réseau qui en résul-te est basé sur une aire. En particulier, lathéorie de Christaller naît du concept du«Daily Urban System» (DUS). Le DUS, endélimitant des systèmes individuels sur labase des flux quotidiens de déplacement enville, se prête, s’il est bien mis à jour, à décri-

re les flux migratoires temporaires dans lesbanlieues urbaines;

• les réseaux multipolaires (agglomérationsde Weber, pôles de Perroux): en vertu desexternalités de l’agglomération, les activitésproductives urbaines se distribuent parmiles différents nœuds. Ils forment des com-binaisons variées, pas tout à fait fortuites,qui décrivent des relations de complémenta-rité entre périphérie et centre. Les relationsà l’intérieur d’une région sont asymétriques,en raison de la force économique des sec-teurs actifs et du poids des infrastructures.La dimension du réseau n’est pas prédéter-minée et on le voit en Afrique dans le cas oùdes projets de développement rural intégréont été achevés;

• les réseaux équipotentiels: ils servent àexpliquer la distribution fortuite des fonc-tions urbaines en supposant que les activi-tés économiques dominantes ne sont passensibles aux facteurs d’établissement et/oudans le cas où ces facteurs sont distribuésde manière uniforme. Par rapport auxmodèles précédents, on n’a pas ici desynergies (...) car on garde un niveau élevéde mobilité et les relations sont de typesymétriques (Prezioso, 1996).

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24 Les approches disciplinaires à l’analyse des SADA des villes dans les pays en développement

Synthèse

L’approvisionnement alimentaire urbain estun sujet depuis longtemps au cœur de la géo-graphie. L’approche géographique se basesur la notion d’espace dont elle vise à inter-préter les modes d’organisation et de diffé-renciation par rapport aux fonctions qui s’ydéroulent. L’alimentation de la ville, du pointde vue géographique, porte à s’interroger surles phénomènes de croissance urbaine, quisont souvent à l’origine de problèmes d’ap-provisionnement et de distribution, et sur lesrelations entre le devenir de la ville et l’ac-complissement de la fonction alimentaire.

Le concept de ville, bien qu’intuitif, est sujet àune élaboration théorique complexe quicherche à décrire et interpréter les processusde différenciation de l’espace à l’intérieur decelle-ci. Des concepts spécifiques ont étéélaborés (agglomération, accessibilité, inter-action, hiérarchie, compétitivité) pour caracté-riser les facteurs de localisation des activitéshumaines en ville (spécialement celles d’inté-rêt économique) et les relations qui s’y éta-blissent. L’action de ces facteurs se trouvethéorisée à l’intérieur des modèles urbains quiconcrétisent, par ailleurs, l’effort scientifiquedu géographe.

La dimension de métropole est atteinte pardifférentes voies. Le poids démographiquedétermine la métropole, ainsi que de nom-breux facteurs et situations qui contribuent àformer son caractère. Cet aspect de la crois-sance urbaine est, dans la ville africaine, trèsoriginal et s’éloigne beaucoup des para-mètres occidentaux. La géographie a recon-nu cette originalité et a changé et enrichi sesschémas d’interprétation ainsi que les métho-dologies mises au point pour sa compréhen-sion.

En fait, la croissance des villes/métropolesafricaines révèle des malaises dont l’origineet la dynamique peuvent être expliquées pardes moyens d’analyse tenant compte dessystèmes naturel, socio-économique, d’éta-blissement et relationnel. Dans ce cadre,l’approche historique de la ville semble indis-pensable pour connaître sa structure actuelle.

Les relations entre la ville et sa fonction ali-mentaire sont multiples. Toute fonction desSADA se confronte et se heurte à deslogiques d’utilisation de l’espace, à descontraintes géographiques qui conduisent àune ré-affectation dynamique des espaces età des nouveaux processus de différenciation.

Si les concepts et les méthodes utilisés par legéographe pour décrypter les logiques d’or-ganisation de l’espace sont spécifiquementdu domaine géographique, d’autres disci-plines y sont également importantes. Onpourrait citer quelques exemples de l’interfé-rence des concepts économiques avec ledomaine géographique et de la place qu’ilsoccupent à la base des modèles urbains:

• l’utilisation de la rente foncière dans lemodèle de Von Thunen sur la localisationdes activités productives qui indique unerelation conceptuelle évidente (et nécessai-re) avec l’économie;

• le recours aux coûts de transport et d’éta-blissement (productif ou de logement) dansle modèle urbain de Burgess;

• le concept de seuil et de portée.

Mais l’histoire appliquée à l’interprétation dela structure urbaine des villes africaines peutexpliquer les situations actuelles et les forcesqui ont contribué à les produire. Ce point estsurtout évident dès le moment où on conçoitl’espace comme générant des actions quirelèvent d’exigences autres que celles pure-ment économiques, et dont l’explication sesitue au niveau de la politique (gestion dupouvoir, encadrement administratif, contrôledu territoire, dynamiques sociales dont l’inter-prétation de l’héritage colonial sur la structureurbaine).

Enfin, un rappel très utile vient de la géogra-phie au niveau méthodologique: en effet, laville et son influence doivent être analyséesau niveau territorial. La ville et la métropolesont des espaces dont les limites sont parfoisdifficiles à tracer, soit parce qu’elles sontdynamiques, soit parce qu’on ne peut pas seborner à les considérer de manière purementphysique (par exemple en considérant laseule continuité des établissements). La villeest, surtout du point de vue de l’approvision-

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25L’approche géographique

nement, beaucoup plus que cela. Il faut doncadopter la région comme une unité deconnaissance (concept qui à son tour doit êtreprécisé). Cette considération relève de plu-sieurs circonstances qui sont étroitementliées aux SADA, par exemple: le rôle que laville joue géographiquement sur ses alen-tours (rôle de domination ou de hiérarchie)aux niveaux social, économique et démogra-phique; les relations entre ville et campagne;l’importance de l’aménagement rural sur lesconditions de vie en ville, etc. A ce proposcitons encore une fois Franqueville etPrezioso, selon lesquels:

«Le qualificatif de périurbain resteimprécis; c’est l’hinterland, l’arrière-pays, lazone sur laquelle s’étend l’influence de la

ville. La distance jusqu’à laquelle celle-cis’exerce peut être variable, principalement enfonction du volume démographique de la villeet des activités qu’elle déploie. Dans les paysde petite dimension, la zone d’approvisionne-ment de la capitale peut même se confondreavec le territoire national.» (Franqueville,1996).

«C’est à l’échelle régionale, d’autrepart, qu’à notre avis on reconnaît l’originalitédes contributions géographiques à l’étude dephénomènes complexes, tels que ceux del’alimentation car, malgré la dimension nonnégligeable des villes africaines, en 1994,seulement 28 d’entre elles avaient une ampli-tude de un à cinq millions d’habitants.»(Prezioso, 1996).

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26 Les approches disciplinaires à l’analyse des SADA des villes dans les pays en développement

5L’approche nutritionnelle

La relation entre nutrition et SADA est évidente,étant la consommation alimentaire le but propreaux SADA et un déterminant essentiel de l’étatnutritionnel. De plus, toute politique d’intérêt ali-mentaire (agricole, de sécurité alimentaire ou dedistribution) ne saurait faire abstraction desmodèles de consommation et de leur adéqua-tion aux exigence nutritionnelles de la popula-tion. Mais, en parlant des SADA, il est indis-pensable de bien limiter les domaines de perti-nence à deux aspects, celui de l’approvisionne-ment/commercialisation et celui de l’état nutri-tionnel souhaitable pour la population. En croi-sant ces deux domaines, on cherchera d’abordà décrire les statuts scientifique et méthodolo-gique de l’approche nutritionnelle, donc la rela-tion de pertinence entre ce point de vue et lesfonctions des SADA31.

Tout d’abord, les aliments consommés en zoneurbaine sont pour la plupart achetés. Un SADAplus performant et une meilleure information duconsommateur urbain peuvent donc contribuerà améliorer la nutrition et la qualité de vie de lapopulation urbaine. Un premier aspect, propreau point de vue nutritionniste, implique donc quele SADA soit bien sûr analysé en termes de per-formance économique, mais aussi en termes deservice rendu au consommateur, à savoir lacapacité à mettre à disposition de tous et à toutmoment, une variété d’aliments sains et utili-sables à un prix abordable (une telle définitioninclut bien sûr les systèmes de distribution ali-mentaire non commerciale).

Différentes branches de la nutrition peuventcontribuer à l’analyse des SADA. Toutefois, laprise en compte des aspects nutritionnels estencore à l’état embryonnaire, à l’exception, dumoins, des aspects de contrôle de qualité.Dans une perspective un peu différente, il peuttoutefois être utile de rappeler que les nutrition-nistes ont été et sont impliqués ou consultésdans différents programmes d’aide auxconsommateurs (rationnement alimentaire de lapopulation en cas de guerre, programmes debons alimentaires ou allocations d’achat pourles groupes sociaux défavorisés et subventionsde certains aliments de consommation couran-te).

L’évolution historique de la pensée dans cedomaine n’offre qu’un intérêt limité, dans la

mesure où il n’existe pas vraiment d’écoles depensées différentes comme, par exemple, enéconomie.

Ce chapitre décrira brièvement les différentesméthodologies d’analyse de la situation alimen-taire et nutritionnelle qui sont applicables àl’étude des SADA. En ce qui concerne les ana-lyses de la situation alimentaire et nutritionnelleurbaine, les nutritionnistes se sont pour l’instantintéressés en priorité:

• à l’évaluation de l’état nutritionnel (dans lecadre par exemple de programmes de protec-tion maternelle et infantile ou de garderies);

• à l’analyse de la consommation et des habi-tudes alimentaires (en particulier en ce quiconcerne l’alimentation des enfants en basâge);

• aux problèmes de qualité.

5.1L’état actuel des théories et méthodologies

Le nutritionniste est confronté au dernier résul-tat du fonctionnement des SADA, c’est-à-direl’effet de la nourriture et de l’alimentation sur lapopulation. On se trouve donc au point qui suitla demande alimentaire et les réseaux commer-ciaux, officiels ou informels, dans un domainequi tient aussi bien des sciences médicales que,par exemple, des sciences sociales (économie,sociologie), où se synthétisent les effets quirelèvent de toutes les filières des produits parti-cipant à la préparation des produits (y comprisla préparation elle-même, qu’elle soit ménagèreou collective).

5.2L’analyse de l’état nutritionnel

Le nutritionniste a pour principal objectif derécolter des données concernant l’état nutrition-nel de la population, dans ce cas urbaine. Desméthodologies bien rodées (tel que l’IMC)32

sont utilisées comme indicateurs de vulnérabili-té pour la population urbaine. Ces indices four-nissent aussi une information indirecte de l’étatde performance des SADA, dans la mesure oùle consommateur urbain dépend essentielle-ment du système de distribution pour son appro-visionnement alimentaire. La prévalence designes cliniques de malnutrition, et notammentde carences en micronutriments (diagnosti-quées au cours d’études nutritionnelles ou, pluscouramment, par les centres de santé) justifie

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27L’approche nutritionniste

une étude même sommaire du régime alimen-taire des groupes de population concernés et deleurs connaissances, attitudes et pratiques enmatière alimentaire. Une telle étude permetaussi d’identifier les produits alimentaires défici-taires dont la consommation - et donc la dispo-nibilité et l’accessibilité financière - devra êtreencouragée. Toutes les données concernantl’état nutritionnel de la population peuvent en faitcontribuer au ciblage de l’étude des SADA ainsiqu’au suivi et à l’évaluation ultérieurs d’un pro-gramme d’amélioration de ces derniers.

5.3L’étude de la consommationalimentaire en milieu urbain

L’étude de la consommation permet de mieuxcaractériser la demande. Le nutritionniste s’at-tachera à préciser la consommation des diffé-rents groupes de population, les variations sai-sonnières et les grandes tendances de laconsommation, ainsi que ses déterminants.Dans ce domaine, le nutritionniste se sert deméthodologies souvent utilisées par d’autresdisciplines (l’économie par exemple).

Les enquêtes de «budget-consommation« com-binées aux «tables de composition des ali-ments« peuvent permettre de préciser et dequalifier le régime alimentaire de la populationurbaine. Le plus souvent, cette analyse est réa-lisée par des équipes multidisciplinaires (écono-mistes, nutritionnistes, statisticiens) en fonctiondes grandes catégories socio-économiques.De telles enquêtes sont en général lourdes entermes de temps et de coûts (personnel pour lesenquêtes, saisie et analyse). Il faut donc savoirs’il est justifié ou non de les entreprendre dansle cadre de l’analyse des SADA. Si elles sontentreprises, elles constitueront un élément d’in-formation secondaire important et devront êtrerevues par le nutritionniste pour en extraire lesinformations pertinentes à l’analyse des SADA.

L’étude des connaissances, attitudes et pra-tiques (CAP) en matière alimentaire et nutrition-nelle des consommateurs urbains peut per-mettre d’identifier les déterminants des choix ali-mentaires et donc des comportements d’achatdes consommateurs. Une telle étude devra êtrebasée sur une typologie de la population enfonction de critères socioculturels (par exemplela région d’origine).

L’étude du comportement des consommateursdéfavorisés (identifiés entre autres par un IMCinsuffisant) en termes d’approvisionnement ali-mentaire est particulièrement importante: analy-se rapide des modes de consommation(Combien de repas par jour? Où? Quoi?), duprocessus de sélection et des modes d’acquisi-tion des aliments (Lesquels? Pourquoi? Où?Comment?) et des contraintes rencontrées (àl’achat, au stockage, à la préparation, et à la dis-tribution intra-familiale).

Ces études seront essentiellement qualitativesdans la mesure où il s’agit de mieux appréhen-der des mécanismes complexes. L’accent estde plus en plus mis sur des méthodes d’analysethématique participative (de type MARP) combi-nant une variété de techniques (entretiens semi-structurés avec des groupes focalisés, exer-cices collectifs basés sur des techniques devisualisation, etc.) et faisant intervenir deséquipes multidisciplinaires comprenant desintervenants locaux. Ces méthodes peuventfournir la base pour des études quantitativesultérieures sur les points retenus les plus perti-nents.

5.4Le contrôle de la qualité des aliments

Les études dans ce domaine s’attachent à iden-tifier les diverses causes de contamination oud’adultération des denrées agro-alimentairesentrant dans les SADA.

Les programmes de surveillance de la contami-nation des aliments, développés au niveaunational ou ponctuellement pour une région,apportent les éléments essentiels à l’évaluationde la qualité des denrées alimentaires, y com-pris celles prises en compte dans les SADA. Detels programmes permettent non seulementd’identifier le type d’aliment, de contaminant oude fraude, mais aussi son origine dans la chaî-ne alimentaire (production, stockage, transport,distribution, commercialisation, etc.).

Le plus souvent, ces programmes sont conduitspar les services de contrôle de qualité des ali-ments dans le cadre d’une politique plus géné-rale de la qualité dans le pays. Ils impliquentune structure d’administration centrale, d’ins-pection, d’échantillonnage et d’analyse, ainsique du personnel qualifié, en particulier des ins-pecteurs, des microbiologistes et des chimistes.Etant donné leur coût, il est difficile de pouvoirrecommander la réalisation de telles enquêtes

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de contamination dans l’étude des SADA.Cependant, l’utilisation des données déjà exis-tantes peut fournir de bonnes indications sur lestendances de la qualité dans les SADA du paysconcerné. Les études sur la qualité peuvent parcontre être appliquées à l’étude spécifiqued’une filière ou d’un aliment.

Les rapports des services de contrôle sur lesinspections systématiques qui déterminentcomment les aliments sont manipulés, fabri-qués, entreposés, y compris dans les SADA,ainsi que les rapports des inspections spécialesqui se déroulent après un accident dû à laconsommation d’un aliment contaminé, aprèsun cataclysme pouvant entraîner la contamina-tion des approvisionnements alimentaires, ouaprès la réclamation de consommateurs ou deprofessionnels de la filière considérée, etc.,peuvent donner des indications fort utiles sur lescontaminants et les fraudes touchant divers ali-ments des SADA.

Les rapports de surveillance des maladiestransmissibles par les aliments qui collectent etanalysent les informations sur les maladies, lescontaminants associés, les aliments incriminés,l’incidence saisonnière, etc., sont aussi dequelque utilité dans l’analyse de la qualité desaliments impliqués dans les SADA.

5.5Le rapport de la discipline avec les autres disciplines

Il est difficile d’entrer dans les détails des rap-ports du nutritionniste avec les autres disci-plines dans le cadre de l’analyse des SADA,dans la mesure où ceux-ci dépendront des res-sources humaines et du contexte institutionneldans les villes considérées et devront donc êtredéfinis de façon pragmatique. Il est importantque le nutritionniste travaille avec l’ensembledes disciplines pour assurer la prise en comptedes considérations nutritionnelles dans l’analy-se des SADA. Il est vraisemblable que le nutri-tionniste sera amené, dans la plupart des cas, àcollaborer étroitement avec les économistes(analyse de la demande alimentaire et de sonévolution), les sociologues (analyse des com-portements d’achat et de leurs déterminants),les urbanistes (détermination de l’emplacementdes points de vente), les législateurs (analysedes problèmes de qualité) et le technologue ali-mentaire.

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29L’approche nutritionniste

Encadré 3

L’évolution méthodologique dans l’analyse de la qualité des aliments

L’évolution des approches d’analyse des pro-blèmes de qualité dans l’alimentation de ruefournit un bon exemple de l’évolution récentede la pensée dans ce domaine. Le but de cesétudes était d’identifier des mesures con-crètes visant à améliorer la qualité de l’ali-mentation de rue afin de protéger la santé desconsommateurs.

En ce qui concerne la première approche, il aété décidé de faire un échantillonnage repré-sentatif pour analyser les éventuelles conta-minations microbiologiques ainsi qu’une pos-sible contamination par des agents chi-miques, en particulier les métaux lourds, lesadditifs alimentaires ou les aflatoxines. Cetteapproche a permis de cerner les contami-nants les plus courants et les aliments lesplus susceptibles de contamination ou d’adul-tération. Les limites de cette approche te-naient principalement aux budgets qui limi-taient d’autant la taille de l’échantillon et, par-tant, la représentativité de certaines études.

La deuxième approche a consisté à affiner lesrésultats obtenus précédemment en limitantles études de la contamination aux alimentsidentifiés comme les plus susceptibles d’êtrecontaminés ainsi qu’aux contaminants lesplus retrouvés, en particulier les micro-orga-nismes. On a ainsi pu obtenir, avec des bud-gets semblables, des indications plus repré-sentatives des contaminations sur tel ou teltype d’aliment. Cependant, il n’était pas pos-sible, d’après ces études, d’identifier l’originede la contamination.

La troisième approche s’est donc concentréesur un type d’aliment en étudiant toutes lesétapes de la filière (achat des matières pre-mières, transformation, cuisson, stockage,conservation, transport, vente, etc.), ce qui apermis d’identifier des étapes à risque où lescontaminants peuvent être introduits ou n’ontpas pu être éliminés par le processus de pré-paration de l’aliment. Une telle approche per-met d’identifier plus aisément les bonnes pra-tiques de préparation à appliquer dans le sec-teur de l’alimentation de rue, les innovationstechnologiques réplicables et les pratiquesd’hygiène des aliments à mettre en œuvre.Cependant, là encore, cette approche s’estavérée limitée dans la mesure où lesméthodes permettant l’amélioration de la qua-lité dans la filière étaient peu appliquées pardes opérateurs non motivés et, en général,mal comprises par les consommateurs.

La quatrième approche a donc incorporé desméthodes de type participatif avec les opéra-teurs du secteur et des enquêtes auprès desconsommateurs afin d’identifier les con-traintes des préparateurs/vendeurs et demieux comprendre l’attitude du consomma-teur et ses attentes.

Ces diverses approches ont aidé à faire évo-luer les concepts de qualité dans le secteurde l’alimentation de rue, un des secteursimportants du SADA en Afrique. Parties deconsidérations purement scientifiques ettechniques sur les contaminants et la prépa-ration des aliments, les études couvrentaujourd’hui des aspects culturels, juridiques,fonciers, réglementaires, socio-économiques,urbanistiques, etc. Là encore, la nécessitéd’une approche multidisciplinaire s’est avéréeincontournable.

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30 Les approches disciplinaires à l’analyse des SADA des villes dans les pays en développement

Synthèse

Le travail du nutritionniste s’applique d’abordà la constatation de l’état nutritionnel de lapopulation. Les informations qui proviennentde cette analyse permettent de donner unjugement général sur les besoins alimentairesde la population, de caractériser le déficitnutritionnel ou le manque de certains apportsnutritionnels. A partir de ce constat, d’autresanalyses sont possibles. Elles visent, soit àcompléter le diagnostic de l’état nutritionnel,soit à décrire, pour des besoins de connais-sance plus généraux, les habitudes alimen-taires des populations et la manière de lessatisfaire. On rencontre alors des méthodesd’enquête qui relèvent de la recherche éco-nomique sur la consommation (analyse de lademande alimentaire) et dont les supplé-ments d’information concernent la composi-tion des aliments. Le coût élevé de cetteméthodologie et l’exigence de connaître dessituations critiques avec des moyens limités aconduit à substituer cette démarche par desanalyses rapides. Le contrôle de qualité poseaussi des problèmes qui sont dans ce cas liésà son coût direct ou à l’existence d’une orga-nisation technique et administrative ad hoc.Contrôle de qualité et analyse de l’état nutri-tionnel sont des indicateurs indirects et par-tiaux de l’efficacité alimentaire des SADA.

La relation entre l’aspect nutritionnel et l’effi-cacité des SADA peut être ramenée à deuxquestions:

• le décalage entre ce qui est consommé à unmoment donné et ce qui devrait l’être, pourrépondre le mieux aux besoins nutritionnels;

• les conditions de l’approvisionnement et dela distribution qui, dans la normalité, permet-

tent d’acquérir les aliments indispensablesd’un point de vue nutritionnel.

Le premier aspect est plus général, et portel’attention sur les règles de bonne nutrition àadopter; le deuxième nous amène à considé-rer plutôt la question de la sécurité alimentai-re par rapport à des couches ou phénomènessociaux particuliers, voire structurés dans lasociété (pauvreté, structure démographique,détérioration du pouvoir d’achat, etc.). Dansles deux cas, il faut se demander de quellemanière les SADA, confrontés à des pro-blèmes d’efficacité économique, peuventvéhiculer des messages nutritionnels à tra-vers les structures qui sont propres à leurlogique de fonctionnement, entièrement com-merciale.

Au niveau des actions d’amélioration, l’atten-tion se porte sur la possibilité de repérer dessynergies entre le développement des SADAet celui de l’état nutritionnel. On peut distin-guer à ce propos des situations différentes ense référant aux domaines que l’analyse nutri-tionnelle favorise, c’est-à-dire l’état nutrition-nel et le contrôle de qualité. Le premierretombe sur les SADA de manière indirectepar le biais de la demande, plus directementà travers les signaux d’inefficacité structurelle(voir le second point ci-dessus). Le deuxièmepeut de même indiquer des inefficacités dansles filières (problèmes de stockage, conserva-tion, transformation, d’hygiène, etc.) dont ilfaut analyser la relation structurelle avec lesSADA et la possibilité d’y intervenir.

Selon les hypothèses données, l’aspect nutri-tionnel peut être considéré l’une des dimen-sions de l’efficacité des SADA.

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31L’approche juridique

6L’approche juridique33

Les activités qui se déroulent à l’intérieur desSADA, aussi bien que celles qui les entourent,font référence à un cadre de règles. Qu’ellessoient écrites ou coutumières, elles ont deseffets plus ou moins importants sur les SADA,dans le sens qu’elles contribuent à leur structu-ration et à leur fonctionnement, donc, à leur effi-cacité. Ce cadre fait l’objet d’étude de la disci-pline juridique et définit les règles du jeuvalables pour les acteurs.

Du point de vue juridique, les SADA sont unobjet très articulé et complexe qui échappe àune définition simpliste. En fait:

«L’approvisionnement des villes n’estpas une problématique juridique mais une pro-blématique socio-économique. Les régimesjuridiques impliqués (...) sont de toutes natures:droit administratif, droit civil, droit pénal, droitcommercial, droit de l’entreprise, droit fiscal etdes finances publiques, droit de la consomma-tion, droit des transports, droit de l’environne-ment, droits spéciaux de l’hygiène, de la santépublique et de l’alimentation, droit de l’urbanis-me, libertés publiques, droit des douanes, etc.»(Ferro, 1996).

Cela pose des problèmes du point de vue del’analyse, qui nécessite au préalable la délimita-tion du domaine de pertinence juridique desSADA, tâche qui s’avère plus difficile en raisonde l’informalité (normes non codifiées mais effi-caces dans les faits) qui caractérise une grandepartie des relations sociales et économiques enmilieu africain. Du point de vue scientifique etméthodologique, il vaut mieux accepter cettecomplexité et considérer le droit des SADAcomme un droit composite et ouvert qui remplitson rôle à côté des domaines disciplinaires inté-ressés à l’analyse du domaine social, et commeoutil opérationnel de la décision politique. Celan’entraîne pas l’indétermination du domaine enobservation, mais la nécessité de se doter d’ou-tils d’analyse plus articulés. On fera alors appelà d’autres disciplines, en particulier à la sociolo-gie et à l’anthropologie, dans le cadre d’uneapproche interdisciplinaire.

6.1Le rôle et les limites du droit dans l’analyse des SADA

L’analyse de la matière première de l’approchejuridique (les lois, les règles) donne un élémentde connaissance indispensable de l’environne-ment dans lequel l’activité des SADA se dérou-le. Elle porte sur l’ensemble des règles sociale-ment acceptées et reconnues auxquelles lesacteurs se rapportent, de manière positive ounégative. Mais le droit est aussi l’outil techniquequi concrétise la volonté publique d’agir et depoursuivre des objectifs par la modification desrègles établies.

L’application de la méthodologie juridique auxSADA consiste alors à identifier d’abord lessources du cadre réglementaire (au sens large)en vigueur, puis à reconnaître les différentsdroits sectoriels qui participent aux SADA eux-mêmes.

Pour repérer les sources du cadre global quiorganise les rapports généraux entre la sociétécivile et les pouvoirs publics, il faut prendre enconsidération:

• la colonisation, avec les formes d’organisa-tions et institutionnelles dont le monde africaina hérité;

• le droit musulman;• les règles de comportement, non écrites mais

acceptées et appliquées comme lois, qui fontpartie de la tradition locale.

Les éléments de ce cadre ne sont pas forcé-ment en accord. Le fonctionnement du systèmedemande la solution de situations de conflit, quià leur tour, demandent des pratiques de régle-mentation entre les centres de pouvoir, officielset non officiels, même au niveau de la vie quoti-dienne. Cette contradiction donne lieu à desrelations spécifiques qui sont aussi des phéno-mènes bien connus dans la réalité africaine.Les SADA plongent à l’intérieur de cet environ-nement qui a un pouvoir de structuration trèsimportant sur les relations marchandes:

«Les SADA s’insèrent dans un milieusocial qui n’obéit qu’imparfaitement au droit for-mel. L’interaction entre droit officiel et pratiquesinformelles relève dès lors d’une logique dialec-tique.» (Ferro, 1996).

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32 Les approches disciplinaires à l’analyse des SADA des villes dans les pays en développement

Cette situation est bien sûr une source d’ineffi-cacité. Du point de vue juridique, on pourraitdire en fait que l’informel est le signe de l’ineffi-cacité de l’officiel34. La production exagérée denormes s’accompagne souvent aussi d’unesource additionnelle d’inefficacité et de coûts(par exemple, à travers la corruption).

Comme il a été dit précédemment, le droit estporteur d’indications sur la société qui l’a pro-duit, sur sa représentation sociale et sur les pro-jets qu’elle se donne. Il est donc un point d’ob-servation privilegié du social et, en mêmetemps, un de ses produits, un document vivantde l’analyse sociale, mais il n’est pas son expli-cation. Au niveau technique, il donne forme auxdécisions politiques erga omnes. Mais, auniveau méthodologique, l’approche juridique nedispose pas des outils pour comprendre lasociété dont il relève et qu’il contribue à façon-ner:

«Au-delà de l’objectif politique auquelest astreinte l’intervention juridique, le droit nevient pas réguler des terres vierges de touteorganisation sociale ou juridique. Il doit s’adap-ter aux situations pour pouvoir espérer s’immis-cer dans le jeu social. Bien que les institutionsjuridiques soient un observatoire privilégié deséchanges sociaux et économiques, la disciplinejuridique en soi ne possède pas d’outils métho-dologiques fiables permettant d’observer et demesurer ce qui se noue dans la sphère dudroit.» (Ferro, 1996).

Pour accomplir au mieux sa tâche, le droit doitutiliser d’autres disciplines, telles la sociologie etl’anthropologie juridiques, qui disposent desoutils d’analyse et d’interprétation nécessairespour comprendre la logique de fonctionnementdes sociétés et des individus dans les sociétés:leurs règles originaires, pourquoi et commentelles se sont formées et affirmées, de quellemanière ils (l’individu, les sociétés) perçoiventles règles innovatrices relevant d’autres héri-tages culturels et historiques35, et les compor-tements qui s’établissent par rapport à l’appareiljuridique écrit.

Deux aspects sont à retenir qui concernent enparticulier les SADA:

• la relation entre l’Etat et l’individu, la percep-tion du rôle de l’Etat par l’individu, qui donnelieu à des formes de clientélisme et de confu-sion entre intérêt publique et intérêt privé;

• les relations contractuelles (marchande,d’échange, etc.), qui sont fortement influen-cées par le statut social des acteurs, rarementou faiblement garanti par le droit officiel(manque de l’aspect synallagmatique dans lecontrat).

Ces deux aspects structurent en fait les rela-tions commerciales et sociales dans les SADAen dehors des règles écrites et peuvent êtrecause d’inefficacité et des surcoûts sociaux ouindividuels36.

6.2Les droits sectoriels des SADA

Les activités typiques des SADA sont soumisesà nombre de réglementations qui concernentdes domaines normatifs différenciés. SelonFerro, ils peuvent être regroupés en trois caté-gories:

• la gestion de l’espace urbain: l’espace urbainest le support physique des structures et desinfrastructures de l’activité marchande. Sagestion porte aussi sur le projet de la ville etsur sa signification37;

• la gestion de l’activité commerciale: ce voletcomprend nombre de politiques intérêt généralmicro- et macroéconomiques, de la réglemen-tation de la concurrence aux régimes juri-diques de l’entreprise, à la fiscalité et a lasécurité des produits 38;

• la police de l’activité urbaine: il s’agit desmesures de réglementation qui, au niveaumunicipal, touchent à plusieurs aspects parti-culiers de l’organisation spatiale et logistiquedes SADA39 (Ferro, 1996).

On pourrait élargir cette liste, surtout au niveaudu second point relatifs aux politiques écono-miques sectorielles de portée macro-écono-mique qui ont force de règle pour les acteursdes SADA et une influence (directe ou indirecte)sur les SADA: politique agricole, politique com-merciale, politique monétaire, etc. Elles fontaussi partie de l’environnement des SADA,agissent de manière efficace sur certainsaspects de l’approvisionnement et de la distri-bution alimentaires des villes, même si l’espacede compétence concerné s’étend au-delà deslimites géographiques de la ville.

De toutes manière, l’ensemble de ces règlesdoit prévoir une marge variable d’évasion àlaquelle on ne peut pas échapper dans la réali-té, pour les raisons déjà mentionnées.

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33L’approche juridique

6.3Le droit des SADAau niveau opérationnel

Une fois défini le statut scientifique du droit, sesatouts et ses limites, il s’agit maintenant de voirle rôle qu’il joue en tant qu’élément dynamiquedans les faits.

«Dans cette acception, le droit est unensemble de règles formulé en référence à uneobservation de la réalité sociale et établi pourrépondre à une volonté politique de transforma-tion sociale.» (Ferro, 1996).

A ce niveau, on rentre dans la démarche prag-matique de la formalisation des normes innova-trices dans un milieu juridique donné, dans unsystème spécifique, tel que les SADA. Demanière générale, on peut reconnaître troisétapes fondamentales dans ce processus:

• l’analyse de la compatibilité avec le contextejuridique global;

• l’analyse de la compatibilité avec le contextefactuel;

• l’analyse de la cohérence avec les objectifshiérarchisés.

La démarche qui aboutit à cette méthodologiesur le plan technique entraîne l’identification desstructures, des régimes juridiques et desacteurs qui agissent dans les SADA. Il estcependant souvent difficile de trouver lessources juridiques qui structurent les relationsaux différents niveaux (institutionnels, indivi-duels, des associations, etc.) pour obtenir lecadre de normes efficaces dans le système.Cette recherche vise justement différentsniveaux et fonctions qui, à partir des aspects lesplus généraux (qu’on pourrait appeler macro-juridiques) porte à la caractérisation des statutsjuridiques des individus et des acteurs particu-liers (le côté micro-juridique), c’est-à-dire l’orga-nisation du droit au niveau constitutionnel, l’or-ganisation judiciaire, le cadre des responsabili-tés ministérielles et des compétences adminis-tratives, les règles de police, les statuts desacteurs et des biens impliqués dans les SADA,ainsi que les régimes fiscaux et contractuels.

L’insertion d’une éventuelle norme innovatricedans le cadre préexistant dessine le rôle tech-nique du juriste:

«D’une manière générale, la finalité dutravail technique juridique est de justifier l’en-semble des décisions prises par le politique. Ace titre, il n’existe pas une formulation justificati-ve, «un« régime de droit, mais «des« régimesde droit susceptibles de répondre à un mêmeobjectif. Le juriste ne décide pas de «la« for-mule juridique mais il propose un éventail desolutions. Il appartient au décideur (...) d’adop-ter la formule juridique la mieux adaptée à sescontraintes et à ses objectifs.» (Ferro, 1996).

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34 Les approches disciplinaires à l’analyse des SADA des villes dans les pays en développement

Synthèse

L’approche juridique revêt une place particu-lière dans l’éventail des disciplines entraînéesdans l’étude des SADA. L’analyse du cadreréglementaire qui préside aux relations éco-nomiques et sociales révèle l’image de lasociété, sa représentation en tant que telle,aussi bien que son projet de développement.Mais la loi est l’outil technique qui permet à lavolonté sociale de s’exprimer, à travers ladécision publique.

Au niveau juridique, la société africaine estencore assez complexe, elle ne manque pasde contradictions et de conflits relevant de lacœxistence d’héritages culturels et institution-nels très différents. N’importe quelle innova-tion juridique doit prendre en charge cettecomplexité, doit comprendre le milieu visé,s’intégrer dans le corps juridique existant,faute d’efficacité de l’appareil juridique. Cettedémarche est possible à l’aide d’une visioninterdisciplinaire, qui relève des apportsscientifiques de la sociologie, de l’anthropolo-gie et de l’histoire.

Dès que le cadre interprétatif est dessiné,l’approche juridique utilise cette base scienti-fique pour esquisser (concevoir, améliorer) lastructure juridique et réglementaire. Cela nese fait pas sans l’aide d’une politique discrimi-nante, c’est-à-dire l’identification et la hiérar-

chisation des objectifs à atteindre par lasociété.

La matière juridique des SADA est bien sûrtrès articulée. Elle se prête à une analysejuridique visant l’efficacité des normes exis-tantes, leur degré de cohérence, soit interne,soit par rapport aux objectifs propres auxSADA (par exemple, l’efficacité dans l’alimen-tation). L’intégration de la vision juridiqueavec celles sociologique et anthropologiquepeut contribuer à la compréhension desaspects apparemment pervers qui se nouentau sein des relations sociales et économiquesdes SADA (activités informelles, phénomènesde corruption, illégalité répandue, inefficacitédes institutions, etc.) et qui ont des répercus-sions sur l’efficacité des pratiques commer-ciales. De plus, les nouvelles données del’environnement économique africain (tellesque, par exemple, le libéralisme économique)remettent en discussion non seulement l’an-cien cadre politique mais également lesobjectis et les moyens d’intervention. Lecadre juridique est appelé en cause dans lecontexte de la transition.

La fonction outil du droit mène nécessaire-ment, sur le plan méthodologique, à l’intégra-tion de l’approche juridique aux autresapproches scientifiques qui gardent, elles,une fonction beaucoup plus explicative parrapport aux SADA.

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35Conclusions

7Conclusions

Dans l’introduction, on a défini les objectifs, leshypothèses fondamentales et la méthode. Ils’agissait respectivement de:

• construire une méthodologie d’analyse inter-disciplinaire applicable à une généralité decas;

• considérer les SADA comme le résultat dedynamiques se développant dans un territoiredonné, à un moment précis de son devenir,dont la gestion était confiée à des agentsayant des objectifs précis;

• décrire l’appareil méthodologique de chaquediscipline pour en déterminer le rôle spécifiquedans l’analyse.

Par la suite, les points fondamentaux abordésdans la description des diverses approchesméthodologiques seront brièvement traités, per-mettant ainsi la vérification des hypothèses debase et une réflexion méthodologique plusapprofondie.

7.1Les relations entre les diversesapproches disciplinaires

• L’approche économique permet d’analysercertains aspects fondamentaux des SADA(cadre économique général, demande et offre,modèles d’achat, marges de commercialisa-tion, etc.). Dans ce contexte, l’analyse de l’ef-ficacité des marchés assume une importanceparticulière. Deux approches méthodolo-giques ont été individualisées, l’approche néo-classique et l’approche filière. Cette dernièreprésente des avantages évidents, surtout à lalumière de deux considérations:- dans l’évaluation de l’efficacité, l’approche

filière rejette les modèles absolus et pré-constitués en faveur de procédés plus facile-ment adaptables aux cas spécifiques. Ceciest obtenu en délinéant le champ d’observa-tion (la filière) et en tentant d’en comprendrela logique de fonctionnement ainsi que lesobjectifs et les stratégies des acteurs. Leconcept néoclassique d’efficacité est ainsidépassé car l’analyse de l’efficacité est aban-donnée au profit de l’analyse des points deforce et de faiblesse des différents segmentsde la filière face à des problèmes réels;

- à travers l’approche filière, l’approche écono-mique est intégrée à d’autres approchesméthodologiques dont, comme indiqué pré-cédemment, les approches géographique etsociologique, ce qui permet de comprendreplus efficacement les caractéristiques desmarchés africains dont les particularitéséchappent souvent aux modèles de typenéoclassique rigoureusement fondés sur desconcepts économiques;

- enfin, il faut rappeler que le concept de filièreimplique un modèle conceptuel de la réalitéproche du concept de système, la filière pou-vant être considérée une unité d’analyse àl’intérieur d’un système plus vaste.

• Le point de vue sociologique devient partieintégrante de l’analyse des SADA et permetd’insérer le comportement économique dansle contexte culturel de la société et de consi-dérer l’échange économique comme une acti-vité concrète exprimée par des sujets sociauxconcrets. Les motivations des différentsacteurs dans l’accomplissement d’une activitééconomique peuvent être déterminées par desconsidérations qui ne sont pas uniquementéconomiques. En outre, la condition sociale(sexe, rang, religion, etc.) peut déterminer lamanière dont se déroule l’activité économique.Le point de vue sociologique permet donc decomprendre comment les caractéristiquessociales des acteurs influencent les activitésdes SADA. Comme on le verra ci-après, lerecours à la sociologie caractérise égalementd’autres approches (par exemple, lesapproches juridique et nutritionnelle);

• L’approche géographique fournit les instru-ments propres à analyser le rôle de l’espacedans le fonctionnement des SADA. Cetaspect nouveau est fondamental car son rôleest de démontrer que l’espace n’est pas seu-lement une donnée, mais le résultat de l’activi-té humaine mise en relation avec des aspectséconomiques, sociaux, juridiques et adminis-tratifs. En pratique, l’approche géographiquepermet, au sein des SADA, de:- localiser et définir les espaces selon les fonc-

tions et les hiérarchies fonctionnelles (pro-duction, commercialisation, transport, etc.);

- décrire les relations existant entre lesespaces à la lumière de leurs fonctions res-pectives»;

- choisir les échelles géographiques perti-nentes à l’analyse des différentes fonctions(rurale, urbaine).

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36 Les approches disciplinaires à l’analyse des SADA des villes dans les pays en développement

L’approche spatiale comprend également:• l’espace urbain en tant qu’unité particulière

d’analyse (plus aisément définissable au seind’une approche urbanistique);

• l’organisation des structures et infrastruc-tures des SADA (logistique) face aux flux debiens et de services se développant dans leterritoire intéressé.

• L’aspect juridique des SADA est une matièretrès complexe car celle-ci influence l’activitémême des SADA à différents niveaux, à partirde ceux qui sont d’ordre général, comme lapolitique économique, jusqu’à ceux plus secto-riels qui concernent la gestion d’activitéslocales et particulières (urbanisme, gestiondes marchés, code du commerce, etc.). Dupoint de vue méthodologique, l’analyse de cetaspect des SADA comporte:• une liste complète de toutes les activités sou-

mises à une réglementation, et leur insertiondans l’ensemble des règles en vigueur;

• la vérification de la compatibilité des normesavec les objectifs fixés;

• l’analyse de la compatibilité des normes avecl’environnement social.

Ce procédé conduit à utiliser un concept d’effi-cacité normative qui pourrait rejoindre celui del’efficacité économique dans l’analyse desSADA. Le déroulement de ce processus estnécessairement interdisciplinaire. En outre, ceprocessus oblige à considérer l’aspect juri-dique, même dans un environnement sectoriel(celui des SADA), comme un système denormes qui est en relation avec le systèmeéconomique, social et institutionnel:

• L’analyse des aspects nutritionnels partageavec d’autres approches (en particulier écono-mique et sociologique) certains moyensconceptuels et opérationnels (demande ali-mentaire, styles de vie, coutumes sociales,etc.). Une relation intéressante s’établit égale-ment avec l’approche juridique (comme parexemple le contrôle qualitatif). Dans le domai-ne spécifique de la distribution alimentaire, lepoint de vue nutritionnel peut devenir l’un desindicateurs d’efficacité des SADA, surtout ence qui concerne l’influence que les conditionsstructurelles et infrastructurelles des SADAexercent sur l’accès, la disponibilité et la qua-lité des aliments, de même que sur l’individua-lisation des couches sociales et économiquesqui sont systématiquement exposées aurisque alimentaire en raison des dysfonction-nements des SADA (conditions d’hygiène desmarchés, commerce informel, restauration derue, etc.);

• L’approche historique tient compte, dans uncadre général, des différents aspects liés à lasécurité alimentaire urbaine. Cette approcheoffre différentes idées pour une réflexionméthodologique, à savoir:- la nécessité de considérer le problème ali-

mentaire urbain actuel comme le résultatd’un processus évolutif qui existe à unmoment déterminé et dans un territoiredonné, avec des caractéristiques géogra-phiques, économiques, sociales et institu-tionnelles qui lui sont propres;

- la possibilité d’effectuer une synthèse d’inter-prétation globale des différents points de vuedisciplinaires, dans une optique interdiscipli-naire;

- la nécessité de mettre la ville au centre duproblème alimentaire.

Ce dernier aspect revêt une importance parti-culière pendant tout le parcours méthodolo-gique. Outre fournir un soutien ultérieur à l’im-portance du problème, il tend aussi à confirmerque la ville est un cas d’étude complexe où lesphénomènes variés liés aux SADA trouventune part de synthèse.

7.2Les considérationsméthodologiques générales

En conséquence, il ressort de ce qui a été ditprécédemment, que certaines considérationsgénérales peuvent être faites en ce qui concer-ne la discussion méthodologique, notamment:

• l’examen des diverses approches indique clai-rement que l’approvisionnement et la distribu-tion alimentaires sont des phénomènes com-plexes. Cette complexité ne peut être compri-se ni par un point de vue exclusif, ni par lasimple addition de points de vue disciplinaires.Les différentes disciplines doivent concourir demanière cohérente à la définition d’un cadrelogique global au sein duquel elles doivents’intégrer;

• l’approvisionnement et la distribution alimen-taires se développent à travers une série d’ac-tivités particulières de nature diverse qui sontguidées par une logique et des objectifs spéci-fiques. Ces activités peuvent être considéréesde manière identique à un système agissanten relation avec d’autres systèmes avec les-quels s’établissent des liens d’influence réci-proque;

• ce dernier aspect est étroitement lié à uneinterdisciplinarité. En effet, l’analyse des phé-

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37Conclusions

nomènes, dans une optique de système,implique la considération, pour ce même sys-tème, de tous les aspects marquants de la réa-lité. Ces aspects font normalement l’objetd’enquêtes relatives aux différentes disci-plines. Ceci doit pouvoir se concrétiser lors del’élaboration de la méthodologie au moyen derecherches adéquates. Dans certaines disci-plines, ces recherches ont déjà été accom-plies, mais cet aspect doit être vérifié et déve-loppé à la lumière des objectifs spécifiques dela recherche sur les SADA, dans leur contexteactuel (croissance urbaine, transition écono-mique, ajustement structurel, etc.);

• l’approvisionnement et la distribution alimen-taires se manifestent par le biais de la com-mercialisation où émergent deux conceptsfondamentaux de nature économique, le mar-ché (demande et offre) et le prix, qui prennenttoute leur importance dans un contexte carac-térisé surtout par l’augmentation de la deman-de urbaine, la congestion des structures decommercialisation, l’incertitude du pouvoird’achat et la libéralisation économique. Enconséquence, le point de vue économiquerevêt une importance primordiale, bien quenon pas exclusive, pour l’analyse des SADA etleur relation avec la dynamique urbaine;

• ceci nous entraîne à considérer l’analyse del’efficacité économique qui peut être dévelop-pée à l’intérieur d’au moins deux différentscadres méthodologiques: l’approche néoclas-sique et l’approche filière. A ce sujet se posentdeux interrogations relatives à une réflexionméthodologique préliminaire, en particulier:- comment l’efficacité doit-elle être comprise

s’il s’agit d’une méthodologie de recherchequi se veut interdisciplinaire et systémique?;

- quel modèle économique, parmi ceux qui ontété cités, est le plus pertinent à la lumière desobjectifs fixés?

Pour répondre à la première question, il fautconsidérer que l’efficacité économique est unaspect fondamental des SADA. Le fonctionne-ment des marchés et les modalités de formationdes prix (coûts et marges de commercialisation)sont des informations essentielles pour juger dufonctionnement du système tout entier. La com-préhension d’un tel fonctionnement n’est toute-fois possible que dans une optique de système,c’est-à-dire en tenant compte de tous lesaspects qui déterminent la formation des prix etle fonctionnement des marchés. Cette observa-tion permet alors de répondre à la secondequestion. En tenant compte des objectifs fixés,il est bon de retenir que l’approche filière s’a-

dapte mieux aux exigences méthodologiquesproposées (intégration disciplinaire, approchedu système).

7.3Les considérationsméthodologiques spécifiques

D’autres considérations méthodologiques con-cernent la manière dont les simples approchesméthodologiques peuvent s’intégrer au seind’un cadre cohérent. A la lumière de ce qui aété dit au paragraphe 7.1, il est nécessaire dese demander sur quels aspects particuliers il estopportun de réfléchir pour obtenir une telle inté-gration. La figure ci-dessous indique de maniè-re simplifiée quelques-unes des relations disci-plinaires significatives de l’analyse des SADA.Les aspects particuliers sur lesquels on peutréaliser des convergences et des synergiesparmi les diverses approches méthodologiquesont été soulignés pendant tout le parcours. Lespriorités disciplinaires sont indiquées dans laconvergence des diverses approches vers l’ap-proche économique, et aussi dans les finalitésde l’analyse (évaluation de l’efficacité écono-mique). Dans ce modèle, chaque approchesignifie qu’il existe des phénomènes dont l’ana-lyse a des retombées dans le cadre conceptuelde cette approche. De tels phénomènes sonten mesure d’influencer le comportementd’autres phénomènes qui ont des retombéesdans d’autres approches. Les flèches indiquentle sens prédominant de telles relations.

On peut désormais proposer d’autres argu-ments de réflexion, notamment:

• l’intégration disciplinaire qui doit préciser lesphénomènes particulièrement importantsdécoulant des diverses approches discipli-naires et analyser les relations qui les caracté-risent. Ceci permet de dessiner le cadre com-plet de tous les aspects du problème et deréfléchir sur ceux qui s’y rapportent;

• la complexité du sujet d’étude qui nécessitel’adoption de critères adéquats afin de délimi-ter le champ d’analyse de même que le degréd’approfondissement nécessaire et les éven-tuelles hiérarchies ou priorités qui se posent àl’intérieur de ce cadre.

Un premier critère discriminant a déjà été indivi-dualisé au niveau de la priorité de l’approcheéconomique et de la recherche de l’efficacité: ceprocédé logique devrait être étendu et articulé;

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38 Les approches disciplinaires à l’analyse des SADA des villes dans les pays en développement

• l’analyse des relations entre les diversessphères disciplinaires qui permet de réfléchirégalement sur le concept d’efficacité écono-mique. En particulier, il est nécessaire de sedemander si, à l’intérieur du cadre méthodolo-gique que l’on tente de définir, le concept d’ef-ficacité économique est un indicateur suffisantpour juger du fonctionnement des systèmesd’approvisionnement et de distribution alimen-taires, ou bien si une sorte d’ «approche-effi-cacité» doit être appliquée à l’analyse desrelations existant entre toutes les variables.Cette dernière hypothèse semble mieuxrépondre aux finalités de l’analyse. Une ré-flexion mineure a déjà été faite dans l’ap-proche juridique, mais celle-ci pourrait êtreétendue à d’autres aspects techniques desSADA (par exemple à l’aspect logistique ounutritionnel). En termes opérationnels, il s’agi-ra de réfléchir sur la nature des indicateurs àadopter;

• l’approfondissement des aspects logistiques:l’organisation spatiale des flux des biens etservices, ainsi que des structures et infrastruc-tures (en particulier les marchés, les trans-ports urbains et extra-urbains) devrait être ap-

profondie. L’analyse des aspects logistiquesfait la synthèse de différents points de vue:économique (coût et gestion des services),géographique (organisation spatiale des ser-vices), juridique (normes et modalités de ges-tion) et sociologique (pratiques sociales dansla gestion des services). En conséquence, ce-ci apparaît particulièrement intéressant dupoint de vue méthodologique et d’une utilitécertaine pour une analyse de l’efficacité globa-le des SADA;

• l’approvisionnement et la distribution alimen-taires se développent actuellement dans unmilieu économique et institutionnel enconstante et rapide évolution, ce qui entraîneune forte adaptation des ressources humaineset techniques. Un tel processus crée des inno-vations techniques et organisationnelles ausein des SADA. Ce processus devrait en con-séquence être analysé, non seulement auniveau du résultat final, mais également à celuides modalités de développement. Dans cebut, une approche de type évolutionniste de-vrait inspirer l’analyse des SADA de mêmeque la construction d’une méthodologie de re-cherche innovatrice40;

Approchespatiale

Aspectslogistiques

Approchejuridique

Approcheéconomique

Approchesociologique

Approchenutritionnelle

Approche

historique

Efficacité

Figure 1

Relations disciplinaires dans l’analyse des SADA

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39Conclusions

• tous les aspects ci-dessus doivent confluervers une stratégie opérationnelle de recherchesans laquelle une méthodologie ne saurait seconcrétiser. L’approche interdisciplinairenécessite la participation d’une équipe derecherche. En outre, il est nécessaire de réflé-chir sur le moyen par lequel une innovationméthodologique devrait être traduite entermes opérationnels afin de pouvoir établirdes hiérarchies disciplinaires, ainsi que descritères de délimitation des compétences, undegré d’approfondissement des recherches,etc. afin d’établir une routine de recherche effi-cace.

Tout ceci devra s’accompagner d’une définitionprécise du sujet à l’étude qui tienne compte desméthodologies discriminantes proposées (inter-disciplinarité et approche systémique) ainsi quedes situations particulières au sein desquellescette définition s’insérera (expansion urbaine,croissance de la demande, transition écono-mique et institutionnelle).

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40 Les approches disciplinaires à l’analyse des SADA des villes dans les pays en développement

Liste des notes

1. Cet aspect est moins évident dans l’ap-proche nutritionniste.

2. Traduit de l’anglais par l’auteur.

3. Un «Marketing Channel» est défini commeun ensemble d’organisations interdépen-dantes qui opèrent afin de transférer desbiens, des producteurs aux consomma-teurs, à travers des marchés, tant formelsqu’informels. Ces marchés sont intégréspar un processus d’arbitrage, plus ou moinsefficace, dans le temps et dans l’espace,analysé par le biais des différentiels de prix.La théorie des organisations industrielles(dont relève l’approche de «MarketingChannel») vise à comprendre le comporte-ment d’une entreprise dans le marché ensupposant une relation étroite entre laconduite des entreprises, les aspects struc-turaux du marché et son efficacité (voir per-formance) dans la distribution. L’analyseSCP découle elle-même de cette théorie.La théorie de l’entreprise s’écarte de cettevision en faveur d’une approche plus indivi-dualiste: le rôle de l’organisation industrielleest substitué par l’action innovatrice desentrepreneurs individuels, qui jouent le rôled’arbitrage, poussés par le processus decompétition. L’approche de filière critiqueaussi l’approche organisationnelle car ellene donne pas d’importance à l’intégrationdes canaux commerciaux dans la produc-tion et la consommation. Un aperçu tout àfait alternatif des forces qui façonnent lesmarchés est donné par l’approche institu-tionnelle («Institutional Economics») qui meten lumière l’importance de la minimisationdes coûts de transaction et de l’incertitudedans l’interprétation du comportement desorganisations économiques. Dans cetteoptique, les agents/institutions ne visent pasl’efficience économique et sociale maisl’établissement de règles de comportementen fonction des intérêts et de la stabilité desgroupes de pouvoir économique (Lutz, C.1994).

4. Traduit de l’anglais par l’auteur.

5. «Un chercheur peut prendre une décisionconsciente pour limiter son étude à des rela-tions particulières dans un secteur (parexemple, la commercialisation du maïs).

Les avantages de la limitation résident dansle fait que l’étude peut être focalisée sur leprocessus d’arbitrage, ce qui garantit suffi-samment d’attention sur les aspects com-merciaux, mais est difficile à obtenir dansles études macroéconomiques ou dans l’ap-proche de filière» (Lutz, 1994).

6 et 7. Traduit de l’anglais par l’auteur.

8. L’efficacité néoclassique se base sur lesconditions d’efficience définies par Pareto:rationalité des agents, divisibilité et homo-généité des produits, pluralité d’entreprises,conditions d’accès et connaissance parfaite.Ces conditions ne sont jamais atteintes enmême temps. Le modèle de concurrencefonctionnelle («Workable Competition»)relativise le concept de concurrence parfaiteen fonction des circonstances inévitablesqui l’empêchent de se concrétiser. Leconcept de marché contestable («Contes-table Market») concerne plutôt le problèmedes barrières à l’entrée, et atteint en dernierressort les conditions de concurrence (Lutz,1994; Goossens, 1995).

9. Traduit de l’anglais par l’auteur. L’efficacitétechnique se réfère à l’allocation des res-sources mesurables par le rapport intrants-extrants. L’efficacité opérationnelle se tra-duit par la fourniture adéquate de biens etservices au prix le plus bas possible (satis-faisant la condition prix = coût marginal).L’efficacité économique se rapporte à lamanière dont la demande du consommateurest satisfaite (stabilité, conformité, prix d’ap-provisionnement); absence d’imperfectionsde marché et surcoûts relatifs; réponse desprix aux incitations de la demande et auxconditions de l’offre. La progressivité relèvedu degré et de la manière dont des innova-tions de biens et services sont appliquées etse répandent sur le marché. L’équité toucheau mode de répartition des bénéfices (pro-fits) à l’intérieur du système de commerciali-sation (Goossens, 1995).

10. L’approche filière est développée de maniè-re ponctuelle et synthétique, même dansune perspective opérationnelle, parN.Terpend, 1997.

11. Cela se traduit pratiquement dans l’analysedes stratégies d’acteurs, par les comporte-ments que les acteurs développent face auxcontraintes et aux opportunités qui leur sont

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propres dans l’acquisition des moyens del’entreprise (capital fixe et circulant, main-d’oeuvre, informations, savoir-faire, placesde marché, etc.) pour atteindre des butsspécifiques (revenu, épargne, stabilité, etc.).Des exemples de stratégies seraient parexemple: la diversification des activités, lasécurité dans l’approvisionnement et l’écou-lement des produits, l’association en organi-sation, etc.

12. Il faut rappeler toutefois que l’espace et letemps sont inclus dans la démarche tradi-tionnelle à travers la notion d’intégration desprix, mesurée à partir des différentiels auniveau régional et saisonnier. L’aspectsocial en général n’est pas inclus dans cetteanalyse, à l’exception de certaines réfé-rences à l’approche institutionnelle.

13. «Les filières agroalimentaires se définissentselon un couple espace/temps. Nous pou-vons distinguer l’espace de la filière définipar la localisation des opérations et par l’ho-rizon des acteurs et les espaces urbains,système socio-économique au sein duquel ily a intersection des filières ou des segmentsde filière» (Hugon, 1985).

14. Les aspects sociaux et culturels mérite-raient d’être traités dans un chapitre spécial.Les approches sociologique et anthropolo-gique peuvent expliquer plusieurs situationsqui caractérisent le fonctionnement desSADA. L’intégration dans l’approche filièrene rend pas de manière exhaustive leurrichesse. Malheureusement, le ProgrammeFAO n’a pas permis de sélectionner desapports spécifiques dans ces domaines, àl’exclusion d’une contribution de I. Dia(1997) concernant tout particulièrement leconsommateur urbain africain. Dans sonarticle, l’auteur trace les lignes méthodolo-giques principales d’une approche sociolo-gique à l’analyse des unités de consomma-tion (individus, ménages, etc.) en tant quesujets sociaux. Un aperçu problématiquede cette approche est aussi esquissé.

15. Un aperçu de l’application de cette méthodeest fourni dans un ouvrage de Leplaideur,qui résume en bref les résultats d’unerecherche beaucoup plus importante sur lafilière du riz en Guinée Conakry (Leplaideur,Forbeau, Meneux & Orrit, 1990), toutd’abord, à travers la détermination de l’es-pace économique du produit (lieux de pro-

duction, structure d’importation, axes de cir-culation du riz) puis on suit «le produit à tra-vers les hommes». Enfin, on analyse «lesformes des rapports socio-économiquesdes agents commerçant du riz: leur origineéconomique, la part du riz dans leur activité;l’histoire de leur accumulation, de leurs pra-tiques commerciales et de leur réseau spa-tial d’opération; enfin, les événements tech-niques économiques et politiques qui ontétouffé ou accéléré leur activité autour duriz.». Ainsi, «il s’agit (...) non plus de suivrele produit mais de suivre les hommes quis’occupent du produit» (Leplaideur, 1994).

16. Il s’agit ici des approches du type SCP, indi-quées auparavant.

17. Il faut rappeler à ce propos l’approche socio-économique qui se retrouve dans l’analysede filière.

18. 19, 20 et 21. Traduit de l’anglais par l’auteur.

22. Il faut remarquer l’analogie entre cette posi-tion et la position de l’approche évolution-niste à l’innovation.

23. Traduit de l’anglais par l’auteur.

24. Guyer, par exemple, se demande si la crisealimentaire ne peut être considérée commeune crise de consommation plutôt que d’ap-provisionnement et si le poids qu’on a luidonné ne va pas au-delà de sa dimensionréelle, là où nombre d’études dénoncent lacroissance des dépenses pour d’autresbesoins primaires, tel que le logement. Laréponse réside, peut-être, dans le fait que lafocalisation sur la crise alimentaire est justi-fiée par sa faisabilité et son avantage poli-tique pour les décideurs, lorsque l’interven-tion dans le foncier porterait sur des intérêtsprivés très coûteux et, en pratique, intou-chables.

25. Les modèles sont «des représentationsschématiques, parfois avec une valeurpurement descriptive, avec en tout cas unefonction instrumentale (...), moyen utile pourarranger logiquement une partie de la réali-té observable, sans exclure la possibilité depenser la même réalité de manière différen-te». (Dematteis, G. Rivoluzione quantitati-va e nuova geografia, Torino 1970, cité parPrezioso, 1996).

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26. «En 1950, le USA Bureau of Census éta-blissait qu’on pouvait définir «StandardMetropolitan Area» (SMA) une ville centrale,de 50 000 habitants au moins; ou bien deuxvilles jumelles, pratiquement contiguës dontla population atteignait le même taux. A cenoyau on agrégeait ensuite des comtés etdes districts limitrophes, avec une densitéde population plus grande que 150 000habitants/km2.

27. Burgess théorise un modèle de métropoledessiné sur cinq niveaux fonctionnels(«business district», zone de transition,zone des établissements productifs, ban-lieue résidentielle, zones suburbaines) quise basent sur deux facteurs: la distance du«business district» et son coût de transport.Losch a fondé l’étude de la métropole surtrois types d’agrégats, formés par: les airesde marché individuelles; le réseau des airesde marché; le système des réseaux de mar-chés. Ce schéma aboutit à la définition duconcept de «district» ou «région système»qui se prête à saisir le processus de concen-tration métropolitaine en Afrique (Prezioso,1996).

28. Les villes africaines ressentent l’héritage dela période coloniale. Elles résultent soit decréations ex novo, soit de la superpositionde la ville coloniale au centre originaire (parexemple, les médinas). Dans ce derniercas, il s’agit de villes à deux faces, quidemeurent séparées, au point qu’on peutalors parler de phénomènes de ségrégationurbaine. Ce phénomène se renouvelleaussi dans le temps, en s’appliquant à dessituations différentes, et conduit parfois àdes révisions substantielles des espacesurbains et de leurs fonctions. La ville, pré-ou post-coloniale, se caractérisait, en fait,par une présence très forte du commercealimentaire. Ceci se faisait au cœur mêmede la ville. Au cours des années suivanteset jusqu’à nos jours, les centres urbains sesont transformés en «business district», enpoussant les autres fonctions urbaines versl’extérieur (logement, commerce alimentai-re). Dans les périphéries, d’autres phéno-mènes de ségrégation se sont avérés, avecla création de banlieues accueillant les fluxmigratoires, de zones de marchés le long devoies de communication principales et dezones de production agricole, des zones quidemeurent à leur tour plus ou moins sépa-rées sans former un véritable organisme

urbain. Dans l’espace rural, on peut aussibien dépister, à l’aide de ces outils d’analy-se, une histoire des espaces agricoles, deleur structure et de leur propriété (Prezioso,1996).

29. Cité par M. Prezioso, 1996.

30. Le bidonville montre, de la part des immi-grés, le «refus des conditions de vieurbaines dont le premier principe est l’indif-férence par rapport aux origines de la ville,pour garder les liens culturaux et ethniquesavec les zones de provenance, souvent trèséloignées» (Prezioso, M. 1996).

31. Cette partie a été composée avec la contri-bution de Mme Florence Egal, FAO, Servicenutrition et alimentation, FAO, Rome.

32. Indice de masse corporelle:(IMC = taille/poids au carré).

33. Cette partie à été élaborée à l’aide desnotes de réflexion «Amélioration du droitdes Systèmes d’approvisionnement et dedistribution des alimentaires en Afrique fran-cophone», rédigé par P. Ferro sous la direc-tion de F. Feral, Université de Perpignan,Centre d’Etude et de Recherche Juridiquesur les espaces méditerranéens et africainsfrancophones, décembre 1996. Des pointsde vue intéressants sur l’aspect juridique àl’intérieur des SADA sont traités aussi parCullinan (1997a; 1997b).

34. Ce qui n’entraîne pas forcément l’inefficaci-té des SADA. En effet, sans aboutir à desconsidérations extrêmes et généralisantes,on peut considérer que l’informel est, d’uncôté, une forme anarchique de gestionmais, de l’autre, un signe de la capacitéd’adaptation à un milieu juridique officiel nonapproprié, inefficace.

35. Par exemple, du modèle colonial.

36. Il faut rappeler à ce propos que ce phéno-mène a aussi des aspects positifs car il per-met en même temps de dépasser des obs-tacles économiques ou administratifs: c’est,par exemple, le cas du crédit entremembres d’une communauté familiale, reli-gieuse ou ethnique.

37. A ce propos, on peut faire référence au pointde vue géographique.

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38. Ferro en fait une liste: 1) Police des prix, dela concurrence, des fraudes commerciales;2) sécurité des produits; c) régime juridiquedu commerçant; 4) régime juridique de l’en-treprise; 5) régime juridique de l’acte com-mercial; 6) régime fiscal du commerce.

39. Polices de la voirie, des déchets, des mar-chés, de la circulation, des transportsurbains, statut de l’eau, de la distributiond’énergie, réglement sanitaire.

40. L’approche évolutioniste est traitée parMontaigne (1996).

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