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    Parcours - 2009-2010

    Charles Darwin,la religion,

    la sociologie,la scienceet lHomme

    Jean-Pierre Rouzire,Prsident du GrEP, philosophe

    Jacques Pri,Professeur honoraire de chimie-biochimie, universit Paul sabatier

    Introduction par Jean-Pierre Rouzire Dans le cours des sicles, la science a inflig lgosme naf de lhumanit deux graves dmentis. La premire fois, ce fut lorsquelle a montr que la terre, loin dtre le centre de lunivers, ne forme quune parcelle insignifiante du systme cosmique dont nous pouvons peine nous reprsenter la grandeur.[] Le second dmenti fut inflig lhumanit par la recherche biologique, lorsquelle a rduit rien les prtentions de lhomme une place privilgie dans lordre de la cration, en tablissant sa descen-dance du rgne animal et en montrant lindestructibilit de sa nature animale. cette

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    dernire rvolution sest accomplie de nos jours, la suite des travaux de ch. Darwin, de Wallace et de leurs prdcesseurs, travaux qui ont provoqu la rsistance la plus achar-ne des contemporains .

    Ce texte est extrait de lIntroduction la psychanalyse [Freud, 1916, chap. 18, PB Payot, 1970 p 266] connu sous le nom des trois blessures narcissiques (1). Trois, parce que Freud ajoute un 3e dmenti qui sera inflig la mgalomanie humaine par la recherche psychologique qui se propose de montrer au moi quil nest pas matre dans sa propre maison , cest la blessure psychologique qui vient donc sajouter la blessure cosmique et la blessure biologique.

    Il est intressant de noter que cette anne 2009 est, en quelque sorte, un anniversaire pour les deux premires blessures narcissiques. En effet 2009 a t consacre anne de lastronomie pour clbrer la dcouverte en 1609 - il y a donc 4 sicles - par Galile de la lunette astronomique qui porte son nom. 2009 est en mme temps un double anniver-saire pour Darwin : celui de sa naissance en 1809, et celui de la parution de Lorigine des espces en 1859.

    Si la blessure cosmique inflige par Copernic et Galile a valu ce dernier un procs retentissant et la disgrce par lglise car elle heurtait la vrit thologique, il nous est apparu vident que la blessure biologique inflige par Darwin est beaucoup plus pro-fonde et douloureuse. Ce que confirme Freud lorsquil crit : travaux qui ont provoqu la rsistance la plus acharne des contemporains . Ce qui est frappant, en effet, cest cette rsistance aux ides de Darwin qui est encore prsente aujourdhui, cest la mcon-naissance de sa thorie et des ruptures quelle introduit dans notre rapport au monde et la vie. Sans doute chamboulait-elle trop les repres existants, car il faut bien raliser que la thorie de lvolution, cest lhistoire de la vie donc aussi celle du sens de la vie. Elle touche directement ce que nous sommes dans notre chair et dans notre esprit.Mais qui tait donc ce Darwin capable de concevoir une thorie si nouvelle ?

    Qui tait Darwin ? par Jacques Pri

    Darwin est n en 1809, dans une famille de la bourgeoisie cultive britannique plutt conventionnelle.

    Son pre mdecin, layant rapidement orient vers cette discipline, le jeune Charles Darwin entreprend Edimbourg des tudes de mdecine. Mais la vue du sang leffraie et il renonce vite. Son pre loriente alors vers des tudes de pasteur. Charles devient ainsi tudiant en thologie Cambridge mais la discipline ne lintresse gure. Par contre, il est trs attir par les cours de botanique et de gologie, ayant au pralable t initi cette discipline par les travaux de Charles Lyell. Grce lintercession dun parent, Darwin obtient une place de biologiste bord du Beagle, un bateau en charge du relev des ctes du continent sud-amricain. Le voyage durera 5 ans et ne se limitera pas ce

    (1) Lhomme sest trouv dpossd de 3 illusions : concidence avec le centre du monde ; filiation singulire (divine) ; accs la totale conscience de soi.

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    continent puisque le Beagle naviguera galement vers lAustralie, la Nouvelle-Zlande et un certain nombre dles du Pacifique. Durant ce sjour, Darwin accumulera quantit dobservations mais aussi de spcimens de plantes, de roches et aussi espces animales, insectes, reptiles, oiseaux etc.

    Et Darwin est particulirement frapp par les volutions quil note chez certaines es-pces animales sur des distances nord-sud relativement courtes, en particulier dans les les Galpagos, au large des ctes pruviennes.

    Revenu en Angleterre, se marie et sinstalle, aprs un court sjour Londres, dans une grande maison la campagne dans le Kent, son patrimoine familial lui vitant davoir occuper un emploi rmunrateur. L, auprs dune pouse aimante et dvoue qui lui donnera dix enfants, il entreprend une uvre quil poursuivra jusqu sa mort en 1882, 73 ans. Son uvre traite bien entendu en premier lieu de lvolution mais ne se limite pas cela. Toute sa vie Darwin travaillera en gologie, fascin tout dabord par laction des vers de terre capables de remodeler compltement la surface des sols, mais aussi par une tentative pour expliquer les changements anciens de la surface de la terre, en rfrence des causes en train doprer . On peut noter que lide dvolution est l aussi bien prsente.

    Ce que lon sait par son autobiographie, cest quil poursuit son uvre avec beaucoup dassiduit ; il accumule les observations, rencontre dautres chercheurs auxquels il a confi certaines de ses collections, rencontre des leveurs et des agriculteurs de la cam-pagne environnante pour comprendre auprs deux les mthodes de slection despces ou de plants. On y apprend aussi quil est en proie des malaises physiques permanents, qui demeureront inexpliqus. On a voqu leur sujet soit une fivre ramene de son voyage, peut-tre la maladie de Chaggas dont il montrera tous les symptmes, soit des troubles psychosomatiques.

    Il dcide nanmoins de prendre son temps pour mettre en forme ses ides, dautant quil est dj un naturaliste de renom international et aussi parce quil bute sur un point majeur, note lun de ses biographes, Jean-Claude Ameisen, celui de la question du moteur interne de ce phnomne dadaptation : pourquoi les espces sadaptent-elles plutt que de dispa-ratre quand les conditions denvironnement changent ?Mais les vnements lamnent prcipiter le cours des choses : en 1858 (il a alors 49 ans), il reoit dIndonsie dun autre biologiste, Wallace, un texte que celui-ci lui confie pour avis et quil a intitul Variations observes partir dun modle initial chez les vivants . Darwin reconnat l des ides si proches des siennes quil a un instant le sen-timent davoir tout perdu ; puis il se ressaisit et rdige en quelques jours un texte dune dizaine de pages que lun de ses parents publie une socit savante de Londres, conjoin-tement celui de Wallace. Aucun des deux auteurs nassiste la sance : Darwin vient de perdre un enfant et Wallace est en Nouvelle Guine. Il sagit de 3 publications crites en septembre 1858, dun total de 18 pages comportant des extraits dun texte que Darwin a rdig 14 ans auparavant. Puis il sattaque la rdaction dun texte plus complet, quil publie en 1859, aprs 13 mois de travail. Un travail sans doute harassant puisquil en dit la chose suivante : mon abominable volume, qui ma moiti tu .

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    Darwin ne donne quune diffusion limite cette premire dition, non par prudence mais par rserve vis--vis des convictions de ceux qui lentourent. Cest comme confesser un meurtre , confie-t-il un ami (sous entendu, celui du Crateur dans une vision littrale de la Gense). Puis plusieurs rditions suivront, Darwin continuant chaque tape y prciser ses ides.

    Paralllement cela, il poursuivra ses rflexions dans de nombreux autres domaines et publiera des ouvrages, toujours en lien avec des questions dvolution :

    Sur lorigine des tres humains,

    Sur la gnalogie de lhomme et la slection lie au sexe,

    Sur lexpression des motions chez lanimal et lhomme (ou comment ce qui semble tre le propre de lhomme existe aussi chez dautres espces).

    Sur les plantes, sur les mouvements des plantes grimpantes, leffet de la fertilisation croi-se et de lauto-fertilisation dans le domaine vgtal. Sur les diffrentes formes de fleurs et de feuilles dans les mmes espces. Sur les plantes insectivores. Sur la capacit des plantes se mouvoir. Sur les relations entre les plantes et les animaux. Sur les variations induites chez les animaux et les plantes par leffet de la domestication. Sur la fertilisation des orchides par les insectes ; et son dernier livre, paru lanne prcdant sa mort, traitait de la formation de lhumus vgtal sous laction des vers de terre.

    Puisque nous parlons de lhomme Darwin, sans doute faut-il rajouter un autre trait de son caractre : sa conception profondment respectueuse de toutes les races humaines entre lesquelles il ne peut admettre de hirarchie, convaincu quil est quil ny a quune seule espce humaine. Cest ainsi par exemple quil rentre en vif conflit avec le Cdt du Beagle, Fitz Roy lors de rencontres dautres peuples, indiens en Amrique du Sud, mlansiens lors de la suite du voyage, propos des jugements trs ngatifs de Fitz Roy sur les peuples de couleur rencontrs. De sorte que lorsque certains de ses successeurs tendront lide de slection une comptition entre humains pour la survivance du plus apte ils op-reront une vritable trahison morale, tout en se rclamant de Darwin.

    Le cur de la thorie de lvolution

    Ce que Darwin a conclu de toutes les observations accumules quil a faites - et ctait avant tout un fantastique observateur trs mthodique - cest bien cette loi naturelle selon laquelle on peut rendre compte de lextraordinaire diversit du monde vivant partir