Blyton Enid Oui Oui Et Les Voleurs

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Enid Blyton Oui-Oui et les voleurs

Miniville est sens dessus dessous! Le gendarme est l'hpital et des voleurs en profitent : ils prennent les sous de M. Culbuto et les vlos de M. Polichinelle ! C'est moi qui retrouverai les voleurs ! dcide Oui-Oui. Plus facile dire qu' faire ! Ces voleurs ont l'air d'tre malins comme des singes...

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DE LA MEME SERIE dans la Bibliothque Rose

Oui-Oui la ferme Oui-Oui la fte Oui-Oui au Pays des Jouets Oui-Oui champion Oui-Oui chauffeur de taxi Oui-Oui et la girafe ros Oui-Oui et la gomme magique Oui-Oui et le cerf-volant Oui-Oui et le chien qui saute Oui-Oui et le kangourou Oui-Oui et le Lapinz Oui-Oui et le magicien Oui-Oui et les ours en peluche Oui-Oui et le vlo-car Oui-Oui et son ne Oui-Oui et son grelot Oui-Oui marin Oui-Oui va l'cole Oui-Oui veut faire fortune Une astuce de Oui-Oui Oui-Oui et le gendarme Oui-Oui et les petits nuages Oui-Oui fait des btises Oui-Oui et le roi Ho-Ho Oui-Oui et les bottes magiques Oui-Oui et la voiture jaune Oui-Oui et sou igloo Oui-Oui dcroche la lune Oui-Oui et les trois lutins

Oui-Oui fait les courses Les vacances de Oui-Oui Oui-Oui et le clown mcanique Oui-Oui voit du pays Bravo, Oui-Oui ! Oui-Oui s'envole Oui-Oui champion

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Enid Blyton

Oui-Oui et les voleursIllustrations de Jeanne Bazin

HACHETTE

TABLE 1. vos pinceaux! 2. Un gendarme sur une chelle 3. Attention, peinture frache! 4. Un accident! 5. Le gendarme est tout content 6. Potiron a des soucis 7. Lexploit dOui-Oui 8. Vive Oui-Oui! 7 19 31 41 51 63 73 83

1. vos pinceaux!

Miniville, la capitale du Pays des Jouets, il y a dans un joli quartier une toute petite maison btie avec un jeu de construction. A ct se trouve un garage, et dans ce garage une petite voiture jaune pleine d'entrain. Vous avez devin? Oui! Il

s'agit de la maison de Oui-Oui, le gentil chauffeur de taxi! C'est sa petitemaison-pour-lui-tout-seul, comme il dit. Ce matin-l, quand il se lve et tire ses rideaux, elle lui plat encore plus que d'habitude : un soleil radieux illumine son jardin. Il se sent si heureux qu'il invente aussitt une petite chanson: Quelle belle journe, vraiment! On voit bien que c'est le printemps ! Le soleil brille avec tant de gaiet Qu'il me donne envie de chanter! Alors il continue : il chante pendant qu'il s'habille, il chante

pendant qu'il prpare son petit djeuner, et tout en chantant, il n'arrte pas de sauter. Le soleil, qui l'aperoit par la fentre de sa cuisine, ne peut s'empcher de rire. Fais attention, petit Oui-Oui : sauter ainsi, tu vas finir par casser ton uf la coque ! Le laitier, qui vient lui livrer son

lait comme tous les matins, l'entend et trouve sa chanson charmante. Est-ce que tu me permets de la chanter pendant ma tourne, Oui-Oui? demande-t-il. En change, je te donnerai un pot de crme. Bien sr ! rpond le petit pantin de bois. Et puisque vous adorez a, monsieur le laitier, je vous autorise mme donner trois coups sur ma tte ressort. Elle ne pense qu' s'agiter, ce matin! Le laitier ne se le fait pas dire deux fois : il tape gentiment sur la tte de Oui-Oui et rit aux clats en la voyant s'agiter de haut en bas. Dommage que le bonhomme en bois n'ait pas encore mis son joli bonnet bleu : son grelot s'en donnerait cur joie !

Puis le laitier repart, chantant la nouvelle chanson de Oui-Oui. Un peu plus tard, tout le monde Miniville la connat et la trouve trs russie, mme le gendarme ! Un gendarme qui a chang de mtier, aujourd'hui : perch sur une grande chelle, il repeint la faade du poste de police. Avec ce soleil clatant, elle paraissait brusquement toute sale. Alors il badigeonne gaiement et chante pleine voix : Quelle belle journe, vraiment! On voit bien que c'est le printemps ! Le soleil brille avec tant de gaiet Qu'il me donne envie de chanter! Pendant ce temps, Oui-Oui ouvre

son garage pour sortir sa petite voiture. Elle est tellement impatiente d'aller rouler au soleil qu'elle en saute sur place ! Tut! Tut! lance-t-elle joyeusement pour saluer Oui-Oui. Tut! Tut! Le pantin de bois la regarde d'un il critique. Hum ! Tu aurais bien besoin d'une nouvelle couche de peinture, petite voiture. Il va falloir que je m'en occupe. Oh, j'entends Mme Bouboule qui m'appelle. J'arrive, madame Bouboule! II court chez sa voisine, l'ourse en peluche. Bonjour, Oui-Oui, dit-elle en souriant. J'aimerais que tu fasses une course pour moi, s'il te plat.

Trs volontiers. Qu'est-ce qu'il vous faut, madame Bouboule? Mon mari a dcid de repeindre la maison, aujourd'hui. Ce soleil de printemps est si brillant qu'il fait ressortir tous les endroits qui s'caillent. Voudrais-tu aller m'acheter quelques botes? Il ne

me reste plus qu'un demi-pot de peinture rouge. Bien sr, rpond Oui-Oui. Est-ce que Bastien va peindre, lui aussi ? Surtout pas! dclare l'ourse en peluche. Tu connais mon voyou de fils : il serait capable de peindre ma chemine en jaune et bleu, ou mme ta voiture en vert ! Quelle horreur! s'exclame OuiOui, pouvant. Ne le laissez pas toucher un pinceau, madame Bouboule, je vous en supplie ! Compte sur moi. L'an pass, il a peint ma corde linge en vert pomme et ensuite il s'est empress d'tendre la lessive pour moi. Tu ne te souviens pas? Tous mes draps avaient des rayures vertes!

Oui-Oui jette un coup d'il dans la maison. Bastien n'est pas l, ce matin? Hier il m'a emprunt mon petit tabouret et il ne me Fa pas rapport. Il est parti acheter des sucettes, rpond Mme Bouboule. Ds qu'il reviendra, je lui dirai d'aller te rendre ton tabouret. L-dessus, l'ourse en peluche donne Oui-Oui la liste des couleurs qu'il lui faut. Le pantin de bois hoche sa tte ressort. Diling! Diling! fait son grelot. Entendu. Je vous rapporterai tout a ds que je pourrai. Et je n'oublierai pas les pinceaux! II s'en va donc avec sa liste et se met au volant. Son petit taxi est toujours aussi surexcit. Il fait tous

les bruits dont il est capable : vroum ! vroum ! tut ! tut ! tut ! Ce n'est pas tous les jours le printemps ! Tout coup, Oui-Oui aperoit Bastien Bouboule qui marche sur le trottoir en suant une sucette. Il s'arrte et lui crie : H, Bastien! Tu penses mon tabouret? J'en ai besoin! Si tu me donnais une sucette, pour me remercier de te l'avoir prt? L'ourson en peluche hausse les paules. Et puis quoi, encore? Je n'ai pas de sucette en trop ! Et il continue son chemin en lchant sa sucette, bien que sa mre lui ait dfendu de manger dans la rue. Mais l'obissance n'est pas le

fort de Bastien, tout le monde le sait bien ! Oui-Oui arrive au magasin de peinture. Il y a des botes jusqu'au plafond et il les trouve trs jolies. Soudain, il a envie d'en acheter, lui aussi. Je pourrais repeindre les portes de mon garage, se dit-il. Et ma porte d'entre, aussi. Potiron serait

bien surpris ! Je pourrais mme repeindre ma voiture, comme je le lui ai promis! II achte les botes de Mme Bouboule, les range dans son taxi et retourne en acheter quelques-unes pour lui. Il va bien s'amuser! Lorsqu'il a termin, il remonte dans sa voiture et traverse Miniville dans l'autre sens. Tut! Tut! Tut! Oui-Oui se sent trs gai, avec toutes ces botes colores qui tintent derrire son dossier. Si gai qu'une petite chanson ne tarde pas clore sous son bonnet : Et tiqueta, et tiqueti ! Vous faites un beau chavirari, Les botes, dans mon taxi ! Et vous sautez, et vous cognez, Arrtez donc de chahuter, Sinon, je vous laisse tomber!

2. Un gendarme sur une chelle

Tandis que Oui-Oui fonce comme le vent, les bidons de peinture cliquettent gaiement l'arrire de sa voiture et les passants se retournent pour voir d'o vient ce bruit ru deux. Le petit pantin de bois agile la main et leur sourit. La vie est belle, les amis!

Il ralentit tout de mme un peu dans les carrefours, pour le cas o le gendarme surgirait avec son air svre, son bicorne et ses grosses moustaches. Or, ce jour-l, il ne se montre pas. C'est bizarre ! se dit Oui-Oui. Oh, monsieur Culbuto, avez-vous vu le gendarme ? crie-t-il au gros bonhomme tout rond en train de bavarder sur le trottoir avec Isidore Macaque. Il repeint le poste de police ! rpond celui-ci en criant aussi. Il est perch tout en haut d'une grande chelle ! renchrit le ouistiti. J'espre qu'il va tomber! M. Culbuto le regarde, fch. On ne dit pas des choses comme a, Isidore. C'est trs mchant.

Pourquoi? S'il tombe, il n'y aura plus personne pour nous gronder ou nous mettre en prison ! Moi, le gendarme, je ne l'aime pas. C'est parce tu es un vilain singe qui fait toujours des btises, dclare M. Culbuto. C'est une chance, d'avoir un gendarme qui veille sur nous et empche les voleurs de rentrer dans nos maisons la nuit.

N'est-ce pas, Oui-Oui? demande-t-il au chauffeur de taxi qui s'est arrt prs d'eux. Sapristi! Que vas-tu faire avec toutes ces botes de peinture? Elles sont presque toutes pour Mme Bouboule, rpond Oui-Oui. J'en ai juste achet quelques-unes pour moi ; je pense que je vais repeindre les portes de mon garage. Bonne ide! s'exclame le singe en peluche. Je t'aiderai. Merci, Isidore, mais j'aime mieux pas. Tu es comme Bastien, on ne sait jamais ce que tu vas inventer. Alors tiens-toi l'cart de ma petite-maisonpour-moi-tout-seul pendant que je peindrai, sinon je peindrai ta fourrure en vert, c'est compris? L-dessus, Oui-Oui repart en trombe.

Il a envie de passer devant le poste de police pour voir comment le gendarme s'en sort de ses travaux. Bont divine ! Quelle grande chelle il a! Elle monte jusqu'au toit! II est tout en haut. Pourvu qu'il ne tombe pas! se dit le pantin de bois. Il se ferait une drle de bosse ! Et qui est l, en bas, tenir l'chelle? Mais c'est Potiron, mon vieil ami le nain! Aussitt, il se met klaxonner comme un fou. Tut! Tut! Tut! Tut! Tut! Potiron ! Oh, Potiron ! crie-t-il tue-tte. Le vieux nain fait un bond sur place et se retourne, l'air furieux. Oh, c'est toi, Oui-Oui! J'aurais d m'en douter! On n'a pas ide,

de crier comme a! J'ai failli lcher l'chelle! Ne recommence pas! OuiOui est de si bonne humeur qu'il ne se vexe pas, au contraire : en regardant le gendarme si haut perch au-dessus de son ami, il lui vient mme une petite chanson. Il lve la tte et entonne : Monsieur le gendarme, soyez prudent! Potiron n'est pas grand! Si vous tombiez sur lui, Vous lui ferez mal! Le gendarme n'a pas entendu, heureusement. Il se penche vers OuiOui et lui crie : Tu as intrt tre sage, Oui-Oui ! Je vois trs loin, du haut de

cette chelle. Pendant que je peins, je peux garder un il sur presque tout le monde. Oui-Oui est un peu inquiet. Il a roul un peu vite, ce matin. Mieux vaut dtourner la conversation. Est-ce que vous voyez ma maison? demande-t-il. Bien sr! Et je vois celle des Bouboule, aussi. Tiens! Voil le

petit Bastien qui se rend chez toi, justement. Oui-Oui fronce les sourcils. Qu'est-ce qu'il mijote, encore? Oh, il me ramne peut-tre mon tabouret ! En effet, il porte quelque chose, dit le gendarme. Oh, et j'aperois aussi la petite Mirou qui arrive avec son panier provisions. Elle est avec son chien Zim. Elle s'arrte pour parler Bastien. Qu'est-ce qu'ils disent? demande Oui-Oui. Potiron lui jette un regard furibond. Dcidment, Oui-Oui, tu es toujours aussi cervel ! Comment veux-tu que le gendarme les entende d'ici? Rentre vite chez toi, au lieu de dire

des btises. Mirou sera ravie de boire un verre de limonade. Je passerai te voir plus tard. J'ai envie de repeindre ma maison-champignon, moi aussi; il se peut que je te demande d'aller me chercher de la peinture. Oui-Oui hoche sa tte ressort. Quand tu voudras, Potiron. Tu n'auras qu' me prvenir. II repart sur les chapeaux de roues, ayant dj oubli que le gendarme est bien plac pour le surveiller. Doucement, Oui-Oui ! crie celuici. Mais le pantin de bois n'entend pas. Il est press de voir son amie Mirou, l'oursonne en peluche. Et puis il n'a pas envie que Zim mette son jardin sens dessus dessous!

Mirou l'attend devant sa porte; elle retient Zim par son collier. Bonjour, Oui-Oui! s'crie-t-elle avec un sourire ravi. Je t'ai apport du gteau au chocolat. Je l'ai fait moimme. Tu es formidable, Mirou! Oui-Oui saute de son taxi et embrasse son amie. Aussitt, Zim veut en faire autant : il bondit sur Oui-Oui pour lui lcher la figure. Le bonhomme en bois perd l'quilibre et se retrouve assis par terre, tandis que le chien continue ses effusions. Va-t'en, Zim! piaille-t-il. te-toi de l! Le petit taxi vient sa rescousse. Tut! Tut! Tut! lance-t-il d'un ton furieux. Zim, effray, lche Oui-Oui et

court se cacher derrire un buisson. Merci, chre petite voiture, dit Oui-Oui en se relevant. Tu n'as qu' klaxonner comme a chaque fois que Zim veut se jeter sur moi. Et toi, Zim, coute-moi bien : il n'y a pas d'os cach dans ce jardin, c'est compris? Inutile de creuser des trous partout! L-dessus, il rentre chez lui avec

Mirou. La premire chose qu'il voit, c'est son petit tabouret rouge, tout brillant. Parfait, dit-il. Tu prends la chaise, Mirou, et moi je prends le tabouret. Veux-tu de la limonade, avec le gteau? Oui, s'il te plat , rpond Mirou. Bientt, ils se rgalent. Ton gteau est dlicieux, Mirou, dclare Oui-Oui, la bouche pleine. Fe n'en ai famais manf de.. Soudain, il sursaute et s'interrompt : dehors, son taxi s'est remis klaxonner. Il semble furieux ! Que se passe-t-il encore ? Est-ce que par hasard Zim chercherait quand mme cet os qui n'existe pas? Maudit chien! s'crie Oui-Oui en bondissant de son tabouret. Tu vas voir ce que tu vas voir !

3. Attention, peinture frache !

Oui-Oui se prcipite dans le jardin. C'est bien ce qu'il pensait : Zim est en train de creuser un trou au milieu de ses fleurs! Rouge de colre, le bonhomme en bois se rue sur le chien en criant si fort que Zim prend peur : d'un bond, il franchit

la palissade et saute dans le jardin des Bouboule. Trs bien, reste l-bas si tu veux! gronde Oui-Oui. Mais je te prviens : si Mme Bouboule te surprend labourer son jardin, tu le regretteras! En se tournant pour rentrer chez lui, il aperoit Mimi Ouistiti et Mathurin le matelot, arrts sur le trottoir, qui s'esclaffent en le montrant du doigt. Qu'est-ce qu'il y a? demande OuiOui, surpris. Regarde derrire toi ! rpond Mathurin. Le pantin de bois se retourne. Tout ce qu'il voit, c'est une touffe de ross trmires qui pousse dans un coin. Le poupon et la petite guenon

rient de plus belle, le doigt point sur lui. Ils rient s'en rouler par terre. Riez tant que vous voudrez ! s'exclame Oui-Oui, vex. Tout ce que je vois derrire moi, ce sont ces ross trmires. Si elles vous amusent, tant mieux! Il rentre dans sa petite maison, furieux. Et nom d'un grelot, lorsqu'il referme la porte, voil que Mirou s'esclaffe aussi! Oui-Oui la contemple, ahuri. Qu'est-ce qu'il t'arrive? demande-til. Regarde derrire toi! rpond Mirou en riant de bon cur. Mais qu'est-ce qui vous prend, la fin? riposte le bonhomme en bois exaspr. Mathurin et Mimi

viennent de me dire la mme chose! J'ai regard derrire moi dans le jardin, il n'y avait que des roses trmires. Ici, je ne vois que la table et elle n'a rien de drle! Va te mettre devant ta glace, tourne le dos et regarde-toi , dclare Mirou qui continue pouffer. Perplexe, Oui-Oui fait ce qu'elle lui dit. Et l, il a un vrai choc : derrire, son petit short bleu est devenu tout rouge ! Saperlipopette! s'exclame-t-il. Qui a peint mon short en rouge? Qui a os me faire a? Et soudain il comprend. Bastien! Oh, le gredin! s'crie-t-il, furibond. Il a repeint mon tabouret juste avant de me le rapporter, et moi je me suis assis dessus!

Nom d'un pantin de bois! Je vais lui peindre les oreilles en vert! Je vais... Tout coup, il s'arrte net. Zim vient d'apparatre sur le seuil de la porte; remuant la queue, la langue pendante, il attend qu'on lui permette d'entrer. Mais quelle allure a le pauvre chien ! Les oreilles

rouges, la queue rouge, de gros pois rouges sur tout le corps, il est affreux ! Mirou fond en larmes. Oh, mon pauvre Zim ! Quelle horreur! Regarde, Oui-Oui : ce poison de Bastien Ta peint, lui aussi! N'entre pas, Zim, tu vas mettre de la peinture partout! Comment as-tu

pu laisser Bastien te faire une chose pareille ? Ouah! rpond le chien d'un air penaud. Il reste plant l, la queue basse, et se sent trs malheureux. Lui qui se croyait magnifique ! D'abord, Oui-Oui regarde Zim avec des yeux ronds. Puis, brusquement, c'est plus fort que lui : il est pris d'un vrai fou rire! Il rit, il rit! Le petit chien lui jette un coup d'il chagrin et se blottt dans un coin, l'air triste. Tu n'es pas gentil, Oui-Oui! proteste Mirou en essuyant ses larmes. Ce qui arrive Zim n'est pas drle du tout! Tout le monde va se moquer de lui, dans la rue ! Et il va falloir que je lui donne au

moins trois bains pour enlever cette peinture. Ouah ! fait Zim, pouvant. Les bains, il a horreur de a. Un, c'est dj terrible. Mais trois \ Ah non, alors, pas question ! Il ressort immdiatement et s'enfuit, si vite qu'au passage il crase un massif de tulipes. Ah, ce Zim, un vrai vandale! peine a-t-il disparu, qu'un vritable tintamarre retentit soudain devant la maison. Des aboiements, des cris! Que se passe-t-il encore? Zim, c'est toi? s'exclame une grosse voix. Non, ce n'est pas possible! Le chien de Mirou n'a pas les oreilles et la queue rouges ! Et toutes ces taches, quelle horreur! Je n'ai jamais vu a. Mais o est donc Oui-

Oui? Il faut que je lui parle, c'est urgent! Le bonhomme en bois se rue vers la porte. C'est la voix de Potiron! crie-t-il Mirou. Que lui arrive-t-il? On dirait qu'il a des ennuis!

4. Un accident!

Potiron fait son entre, carlate, l'air boulevers. Il a laiss sa bicyclette devant le portail. Oui-Oui! s'exclame-t-il. Ouf, je suis bien content de te trouver! propos, qu'est-ce que c'est que ce monstre pois que je viens de croiser

dehors? Quelle horrible crature! J'ai failli repartir en courant! Ce n'tait que Zim, explique OuiOui. Bastien Ta peint en rouge, comme mon tabouret. Mais qu'est-ce que tu as, Potiron? Tu parais tout chose ! Je le suis, rpond le vieux nain en tirant un norme mouchoir de sa poche pour s'essuyer le front. Le gendarme est tomb de son chelle, Oui-Oui ! Il a dgringol tous les barreaux, du haut en bas ! C'est terrible ! s'exclame le pantin de bois. Est-ce qu'il est bless? Je n'en sais rien. En tout cas, il boite et son bicorne est tout caboss. Il faudrait l'emmener l'hpital pour qu'il voie un docteur.

Veux-tu t'en charger, Oui-Oui? Bien sr ! acquiesce de bon cur le petit chauffeur de taxi. Pauvre gendarme ! J'espre qu'il n'est pas cass! Prenons vite ma voiture et allonsy, Potiron. Est-ce que quelqu'un est avec lui, en ce moment? Pour a, oui! rpond le nain. Il ne manque pas de compagnie. Tout Miniville est en bullition ! Mais je dois dire que certains galopins comme Isidore et les guignols sont assez mchants pour se rjouir de son malheur... Eh bien moi, je ne m'en rjouis pas du tout, Potiron, dclare Oui-Oui d'un ton srieux. Le gendarme se met quelquefois en colre contre moi, mais je l'aime bien

quand mme et je pense qu'il fait trs bien son mtier. Je suis vraiment dsol de ce qui lui est arriv et je vais l'emmener l'hpital sur-le-champ! Mirou est bouleverse, elle aussi. Qui va faire la police, pendant qu'il ne sera pas l? demande-t-elle. MOI ! rpond Potiron d'une voix si svre que Oui-Oui prend presque peur. Vous avez intrt vous tenir tranquilles, tous les deux! Le bonhomme en bois court chercher sa voiture, et bientt les voil qui traversent Miniville en trombe. Vraouououm! rugit le petit taxi. Mais aujourd'hui, personne n'a envie de s'amuser en le regardant passer.

Ds qu'ils arrivent au poste de police, ils installent l'accident dans la petite voiture jaune et Oui-Oui repart, doucement cette fois, en direction de l'hpital. Le bonhomme en bois n'aime pas beaucoup cet endroit. Les docteurs et les infirmires lui font trs peur. Pour rien au monde il ne voudrait tre oblig d'y rester et d'avaler des potions et des cachets. Pauvre gendarme... Il est bien plaindre! Mais le gendarme se montre trs courageux. Pas une plainte, pas un grognement! Il est vraiment formidable. II n'y a qu'une chose qui m'inquite, avoue-t-il Oui-Oui. Laquelle? demande le pantin en bois.

Mon bicorne. Il est horriblement caboss. Potiron, est-ce que tu peux t'en occuper? Potiron le lui promet. Puis les deux amis laissent le bless entre les mains d'un docteur et de deux infirmires qui l'installent dans un fauteuil roulant. Venez me voir demain, leur dit-il encore. Je vais srement tre bien triste, tout seul. Et toi, Potiron, sois un bon gendarme ! Oui-Oui le regarde s'loigner, la larme l'il. Potiron, a ressemble quoi l'intrieur d'un hpital? demande-t-il au vieux nain. Moi, je ne pense pas que j'aimerais a! Nous verrons demain, en rendant visite au gendarme, rpond

son ami. Nous lui apporterons des fleurs. Oh, oui! Et des caramels, il les adore ! Et puis aussi du gteau au chocolat de Mirou. Et quelques pommes de mon pommier , ajoute Potiron tandis qu'ils remontent dans la petite voiture jaune. Oui-Oui dmarre sur les chapeaux de roues. Au bout d'un moment, Potiron fronce ses gros sourcils blancs. H, o vas-tu, petit tourdi? s'exclame-t-il. Je ne rentre pas chez moi, aujourd'hui. Emmne-moi au poste de police, et plus vite que a! Une fois arriv, Potiron coiffe tout de suite le bicorne de rechange

du gendarme. Puis il passe sa veste, qu'il ne peut pas fermer cause de son ventre rebondi. Quant au pantalon, inutile d'y songer, il est bien trop petit! Oui-Oui le regarde d'un drle d'il. Tu ne me plais pas du tout, habill ainsi, dclare-t-il d'un ton

mfiant. J'ai l'impression que tu vas me donner une amende ou me mettre en prison. Dis, Potiron, est-ce que tu seras un gendarme gentil ? Je serai gentil avec ceux qui sont sages et TRES SEVERE avec les autres! rpond le vieux nain d'une grosse voix. Tu n'as plus qu' bien te tenir, Oui-Oui!

5. Le gendarme est tout content

Dans tout Miniville, on ne parle plus que de l'accident du gendarme. La capitale du Pays des Jouets est sens dessus dessous. Sur les trottoirs, les jouets discutent par petits groupes, l'air inquiet.

Qui va nous protger contre les voleurs? demande Minouchette, la jolie chatte blanche. Qui va rgler la circulation et empcher les voitures d'aller trop vite? renchrit M. Culbuto, Qui va gronder Isidore Macaque et ces diables de guignols quand ils se moqueront de nous ou nous feront des grimaces? ajoute Mlle Chatounette. MOI ! rpond une grosse voix. C'est Potiron, qui passait justement par l! Et le vieux nain se prend trs au srieux, ma foi ! Regardez-le : quelle allure il a, plant au beau milieu du carrefour, brandissant son bton comme un gnral ! Et quelle autorit ! Mimi Ouistiti

s'en souviendra : plus jamais elle ne roulera du mauvais ct de la route avec sa bicyclette ! Potiron est si occup, avec ses nouvelles fonctions, que le lendemain il n'a pas une minute pour aller voir le gendarme l'hpital. Oui-Oui et Mirou s'y rendent donc tout seuls. Ils lui apportent des fleurs, des caramels, la moiti du gteau au chocolat et un livre. Ds qu'ils passent la grande porte, les deux amis sont un peu effrays. Mais une gentille infirmire vient leur rencontre et leur sourit. Vous venez voir le gendarme? demande-t-elle. Suivez-moi, je vous accompagne. Il a dj eu beaucoup de visites, aujourd'hui.

Est-ce qu'il va mieux? s'enquiert Mirou. Il n'est pas trop triste ? Il va beaucoup mieux, rpond l'infirmire. Et il n'est pas triste du tout, je vous assure ! Vous allez voir! Elle les conduit dans une grande salle o se trouvent un grand nombre de lits tout blancs. Le gendarme est assis dans l'un d'eux et parat tout rjoui. Sur sa table de nuit, trnent un bouquet de fleurs, une bote de chocolats, cinq livres et une bouteille de limonade et il porte mme un bicorne tout neuf! En fait, c'est un bicorne en papier que Bastien Bouboule a trouv dans une surprise et que Mme Bouboule lui a apport.

Bonjour! Bonjour! lance-t-il en voyant arriver Oui-Oui et Mirou. Comment allez-vous? Oh, ces belles fleurs sont pour moi? Et ce dlicieux gteau au chocolat? Et ces caramels? Ce livre me parat passionnant! J'espre que je resterai assez longtemps l'hpital pour avoir le temps de le finir. Asseyez-vous.

Vous semblez en pleine forme, monsieur le gendarme! s'exclame OuiOui, un peu interloqu. Et vous avez l'air trs content! C'est bien pour a qu'on vient l'hpital, non? rtorque le gendarme. Pour aller mieux et se faire dorloter! Je n'ai jamais t aussi heureux de ma vie. Tout le monde est si gentil ! Mme ce coquin de Bastien qui m'a apport des sucettes, ce matin ! Vraiment, je passe de trs bons moments. Mais vous ne souffrez pas? Vous ne vous tes pas fait mal, en tombant de cette chelle ? demande Mirou. J'ai quelques bleus, une bosse sur la tte et je me sens un peu endolori. Mais ces docteurs et ces

infirmires sont si gentils, ils m'ont si bien soign, pommad et band que je vais beaucoup mieux. L'hpital est un endroit formidable, vous savez? Je ne comprends vraiment pas qu'on puisse avoir peur d'y venir. C'est aussi bien que des vacances. Et mme mieux, car tout le monde vous apporte des cadeaux! Mirou hoche la tte, les yeux brillants. Si un jour je suis malade ou s'il faut m'oprer, je n'aurai plus peur, c'est promis! Moi non plus ! assure Oui-Oui en agitant son grelot. Quelle aubaine, de recevoir toutes ces visites et tous ces cadeaux ! Et puis, ici, on est tranquille : il n'y a personne pour vous gronder et

on n'est pas oblig de travailler! Trs juste, approuve le gendarme. Dites Potiron que j'ai l'intention de rester ici aussi longtemps que je le pourrai. Je m'y sens vraiment trs bien. Tiens! Un autre visiteur! C'est ce cher M. Culbuto. Et regardez ce qu'il m'apporte : une grosse bote de bonbons! Oui-Oui et Mirou disent au revoir au malade et s'en vont. Dire qu'ils s'inquitaient pour lui! En ralit, il ne manque vraiment de rien : il est couch dans un bon lit douillet, des tas de jouets viennent le distraire et il a tant de cadeaux qu'il lui faudra bientt une deuxime table de nuit pour les poser! Tu sais quoi, Oui-Oui? lance Mirou tandis qu'ils regagnent la

sortie. Tu devrais inventer une chanson pour dire aux gens que l'hpital est un endroit extraordinaire et qu'il ne faut pas avoir peur d'y aller. Nous la chanterons tous ceux qui nous demanderont des nouvelles du gendarme, et ainsi tout le monde sera rassur ! Tu as raison ! dit Oui-Oui. D'ailleurs, j'en sens une qui est en train de me monter la tte, justement. Oh, regarde : c'est Lonie Laquille et ses petits Quillons qui nous font signe ! Je crois que je vais pouvoir essayer ma chanson ! Lonie Laquille s'approche et leur demande en effet : Comment va le gendarme? a doit tre affreux pour lui, d'tre l'hpital !

Pas du tout! rpond Oui-Oui. Il va trs bien et il est trs content. Il dit mme que c'est encore mieux que des vacances. coute la chanson que je viens d'inventer, Lonie. Et vous aussi, petits Quillons, coutez ! Aprs a, vous n'aurez plus peur du tout d'aller l'hpital, je vous le promets ! Oui-Oui hoche sa tte ressort, fait tinter son grelot diling! diling! diling! et entonne d'une voix de stentor : Si un jour je me sens mal, Je n'aurai pas peur du tout D'aller dans ce bel hpital Avec de jolis lits partout. On s'occupera de moi, quelle joie! J'aurai des infirmires, des visiteurs,

Plein de cadeaux et de fleurs, Je serai heureux comme un roi! Alors si vous tes malade aussi, Ne vous faites plus de souci : L'hpital, je vous le dis, C'est un petit paradis! Lonie Laquille est ravie. C'est vraiment une belle chanson, Oui-Oui! Puis elle se tourne vers ses Quillons, l'air radieux. Vous avez entendu, les petits? Si un jour vous devez aller l'hpital, il ne faudra pas pleurer! Rappelez-vous la chanson de Oui-Oui et vous serez tout guillerets !

6 Potiron a des soucis

Le lendemain, en partant pour une course, Oui-Oui rencontre Potiron en train de rgler la circulation. Avec le bton du gendarme et son bicorne de rechange, le vieux nain fait un excellent remplaant.

J'ai envoy le bicorne caboss chez le chapelier pour qu'il le remette en forme, dit-il Oui-Oui. Et je suis pass l'hpital, ce matin : le gendarme va de mieux en mieux. Au bout de trois jours, il ne s'ennuie toujours pas! J'espre qu'il ne sera pas trop triste de sortir, remarque Oui-Oui. Il se trouve si bien, l-bas! Mais qu'y a-t-il, Potiron? Tu parais tracass. Je le suis, en effet! rpond le nain, les sourcils froncs. Quelqu'un est entr chez M. Culbuto cette nuit et lui a pris tous ses sous. Et ce matin, M. Polichinelle m'a appris que deux bicyclettes ont disparu de son garage. Saperlipopette! s'exclame OuiOui. a ne peut pas tomber plus

mal, avec le gendarme l'hpital! Exactement. S'il entend parler de ces histoires, reprend Potiron, je crains qu'il ne bondisse de son lit pour se lancer la poursuite des voleurs. Pour ma part, je suis dbord. Je ne peux pas m'occuper de tout! Sapristi, Oui-Oui, je ne sais vraiment plus quoi faire ! Le pantin de bois se redresse, l'air conqurant. Calme-toi, Potiron. Je vais voir ce que je peux faire, moi. D'abord, j'irai trouver M. Polichinelle et je le questionnerai. Si on lui a pris deux bicyclettes, il doit y avoir deux voleurs, tu ne crois pas? Sans doute , rpond le nain, distrait. La mine svre, il surveille le

clown mcanique qui fait des pirouettes sur la chausse au lieu de marcher sur ses pieds, comme tout le monde. Oui-Oui le laisse son travail et file chez le garagiste. Il demande un plein d'essence, puis il interroge M. Polichinelle sur les voleurs de bicyclettes. Ils sont entrs dans ce local, l! dclare le garagiste en lui montrant un petit appentis situ derrire le garage. Comme la porte tait ferme, ils sont passs par la lucarne du toit. Oui-Oui pntre dans l'appentis, grimpe sur une chaise et observe avec attention la lucarne ouverte dans le toit. Soudain, il dcouvre quelque chose sur le rebord : une

sorte de petite touffe marron. Il la prend, la frotte entre ses doigts... Des poils! s'crie-t-il. Regardez, monsieur Polichinelle : des poils marron! Les jouets qui sont passs par l sont des jouets en peluche, c'est sr! Ils ont laiss un peu de leur fourrure sur le bord de la lucarne.

En tout cas, ils sont agiles, dclare le garagiste. Il a fallu qu'ils passent les bicyclettes par la lucarne, qu'ils les hissent sur le toit et qu'ils les redescendent de l'autre ct. Je ne vois pas quels jouets seraient capables de a ! Oui-Oui rflchit un moment. Brusquement, sa tte ressort se met se balancer toute vole. Moi si ! s'crie-t-il, les yeux brillants. Des singes ! On dit bien "agile comme un singe", non? Ces coquins-l sont capables de grimper partout. Et je suis sr que cette fourrure est de la fourrure de singe en peluche ! Isidore serait derrire tout a que cela ne m'tonnerait pas... J'ai bien peur qu'on ne les rattrape

jamais, soupire M. Polichinelle. Et ce sont srement ces voyous qui ont pris aussi les sous de M. Culbuto, ainsi que le collier de perles de Mlle Chatounette! Je vais les rattraper, moi ! affirme Oui-Oui d'un air froce. Laisser ces voleurs en libert? Pas question ! a ne se passera pas comme a! II se remet au volant de sa voiture et dmarre en trombe. Avant de commencer son enqute, toutefois, il va rendre visite au gendarme et lui apporte une grosse orange bien juteuse. Bien sr, il n'a pas l'intention de lui souffler mot des voleurs. Mais le gendarme, malheureusement, est dj au courant. Il est furieux et veut se lever sur-le-

champ pour regagner son poste. Potiron ne russira jamais attraper les voleurs! dit-il Oui-Oui. Il n'a pas l'habitude! Il faut absolument que je reprenne mon mtier. Je dois mettre ces gredins en prison avant qu'ils volent d'autres jouets. Donne-moi mes habits, Oui-Oui! Ils sont dans ce placard. Une infirmire arrive ce momentl. Voulez-vous tre sage, monsieur le gendarme? Votre bosse n'est pas encore gurie, vous devez rester ici. Tandis que le gendarme se remet au lit en bougonnant, Oui-Oui lui dcoche un grand sourire. Ne vous inquitez pas, monsieur le gendarme. C'est MOI qui

les attraperai, ces voleurs! Je vous le promets! Il quitte l'hpital et s'en va au volant de son petit taxi, bien dcid trouver ces vilains garnements.

7 L'exploit de Oui-Oui

En vrai dtective, le bonhomme en bois retourne sur le lieu du vol, point de dpart de l'enqute. Il inspecte l'appentis et les environs avec soin. Et comme, par chance pour lui, il a plu dans la nuit, il

dcouvre des traces de roues imprimes dans la boue. Mes deux voleurs sont partis par l! s'crie-t-il, tout excit. Il ne me reste plus qu' suivre ce sentier! Le petit pantin se remet donc au volant de sa voiture et le voil parti. Il suit les traces un bon moment, sur le chemin, travers un champ, puis sur un autre sentier qui conduit dans un petit bois. L, les arbres sont trop serrs pour que son taxi puisse passer et il le laisse afin de continuer pied. Au dbut, tout va bien. Mais soudain, voil que les traces disparaissent comme par enchantement au pied d'un vieux chne! Oui-Oui n'y comprend rien. Il

fait plusieurs fois le tour du tronc : les traces ont bel et bien disparu. Ce n'est pas possible! se dit-il. Ces deux bicyclettes n'ont pas pu s'vanouir dans les airs! Et il n'y a mme pas d'empreintes de pas... Tout coup, un bruit bizarre le fait sursauter. On croirait entendre grogner le cochon de M. Paille, le fermier! murmure Oui-Oui. Et ce grognement vient de l-haut, ma parole ! II lve la tte vers la couronne du vieux chne et sa surprise est telle qu'il manque en tomber la renverse. Deux bicyclettes se balancent au-dessus de lui, suspendues dans les branches! Et ce n'est pas tout ! Blottis dans un creux du

tronc, deux singes dorment poings ferms en ronflant qui mieux mieux... Pas tonnant qu'ils dorment le jour, s'ils passent leurs nuits voler! pense Oui-Oui. En tout cas, je ne m'tais pas tromp : les voleurs taient bien des singes en peluche! Mais comment vais-je m'y prendre, prsent? Je ne pourrai jamais dcrocher ces bicyclettes sans les rveiller, et je ne suis pas de taille affronter deux singes la fois ! C'est alors qu'il remarque un dtail d'une grande importance : chacun des singes a dans le dos une cl, une grosse cl qui dpasse. Des singes mcaniques ! Quelle

chance! se dit-il. Si seulement je parvenais m'emparer de ces cls, ils ne pourraient pas me poursuivre bien longtemps. Une fois leur mcanisme arriv au bout, ils seraient forcs de s'arrter... Alors Oui-Oui, prudemment et sans bruit, entreprend d'escalader le chne. Il dtache la premire bicyclette et la descend trs doucement. Puis il remonte chercher la deuxime. Tout se passe bien. Les deux singes dorment toujours comme des bienheureux. prsent, le pantin de bois doit leur ter leurs cls. C'est le plus compliqu. Ae ! Il a failli glisser. Il se rtablit, tend la main... et voil! La premire cl est enleve. Formidable. La seconde, maintenant. Zut!

Elle est coince. Il la tourne un peu, tire de nouveau... Hourra, c'est fait! Ravi, Oui-Oui se laisse glisser au bas du chne et s'empresse de charger les bicyclettes dans son taxi. Mais une telle chance ne pouvait pas durer : les singes en peluche se rveillent, aperoivent le bonhomme en bois et se mettent crier. Furieux, ils dgringolent de l'arbre et se lancent sa poursuite. Ils n'ont vraiment pas l'air commode! Oui-Oui, heureusement, sait qu'il n'a rien craindre. Dans un moment, ils vont s'arrter et ne pourront plus redmarrer. Quelle bonne ide il a eue, d'emporter leurs cls ! Il est trs fier de son exploit. On va lui faire un triomphe, et Potiron ne va pas en revenir!

Il reprend donc le chemin de Miniville, tout joyeux, tandis que les deux bicyclettes bringuebalent l'arrire de son taxi. Et comme souvent quand il est content, il invente une chanson qu'il entonne pleine voix : Qu'est-ce que vous croyez? Je les ai trouvs, Les vilains voleurs que l'on recherchait ! Ils taient l-haut, dans un arbre perchs, Avec les vlos qu'ils avaient cachs. Et les vlos, maintenant, je les ai ! C'taient deux singes mcaniques Qui ne pourront plus bouger, Puisque j'ai eu l'ide magnifique

De les priver de leur cl. Normal que je sois content Et que j'agite mon grelot tout vent! Bientt, Oui-Oui arrive en ville. Il fonce toute allure, press d'annoncer sa victoire Potiron. Le vieux nain commence par le gronder.

Qu'est-ce que c'est que ces faons, Oui-Oui? Arrte-toi tout de suite, tu es un vrai danger public ! Le pantin de bois obit et se tourne vers son ami, un sourire jusqu'aux oreilles. Tu ferais mieux de me fliciter, Potiron : j'ai retrouv les bicyclettes voles et j'ai mme attrap les voleurs! Oh, Potiron! Si tu savais comme je me suis bien amus ! C'tait une aventure formidable ! Attends, je vais tout te raconter.

8 Vive Oui-Oui !

Ds que la nouvelle se rpand, Miniville est en bullition. Potiron, qui ne peut pas abandonner son poste, envoie M. Bouboule, M. Culbuto et M. Polichinelle arrter les voleurs. Ils les trouvent assis au pied

d'un arbre, fous de rage parce qu'ils ne peuvent plus bouger. Vous allez venir avec nous ! dclare M. Bouboule qui a pris son air le plus svre. Ou plutt, nous allons vous emmener jusqu' Miniville, o Potiron vous mettra en prison. Vous avez t trs vilains. a vous apprendra voler, petits coquins! Un peu plus tard, le vieux nain satisfait boucle les deux coupables double tour. Voil une bonne chose de faite ! dclare-t-il. Au moins, maintenant, le gendarme pourra se reposer tranquillement. Je vais aller le voir tout de suite pour le mettre au courant. Quand le gendarme apprend la nouvelle, il est tout content. Il

s'appuie contre son oreiller et pousse un gros soupir. Ouf! J'aime mieux a! dit-il. Grce Oui-Oui, je vais pouvoir profiter encore un peu de ce dlicieux petit hpital. Gentil Oui-Oui. Il a t formidable. mon avis, Potiron, il mrite une rcompense. J'y ai pens, rpond le vieux

nain d'un air rjoui. Et j'ai mme trouv une ide. Il y a quelques jours, Oui-Oui a achet de la peinture pour repeindre sa porte d'entre et les portes de son garage. Mais en vrit, il n'est pas trs dou pour manier un pinceau... Si nous demandions Thodore Bouboule, l'oncle de Mirou, de le faire pour lui? C'est le meilleur peintre du Pays des Jouets. Bravo ! Excellente ide ! approuve le gendarme rayonnant. Ce cher petit Oui-Oui ! Quand je pense qu'il a captur tout seul deux voleurs ! Il est parfois bien turbulent, mais il a trs bon cur, n'est-ce pas? Potiron hoche la tte avec vigueur. Pour a oui ! s'exclame-t-il d'une

voix forte. Et vous savez quoi, monsieur le gendarme ? Quand vous sortirez de l'hpital, nous organiserons une grande fte pour clbrer votre retour! Sa visite termine, le vieux nain se rend chez Thodore Bouboule pour lui expliquer son projet. Le gros ours en peluche est enchant, car il adore peindre. Je suis entirement d'accord, dit-il. Et mme, Potiron, si tu pouvais t'arranger pour qu'il laisse son taxi au garage une journe, je le repeindrais aussi. Ce petit Oui-Oui est si gentil! Mais ne lui dis rien, surtout! Il faut que ce soit une surprise. Un peu plus tard, Thodore explique Mirou ce qu'il a l'intention

de faire. La petite oursonne est ravie. Je sais comment loigner Oui-Oui pour la journe, dclare-t-elle. Je vais lui demander de prendre le train avec moi pour aller voir ma grand-mre Nounoursville. Tu auras tout le temps de peindre tout ce que tu voudras, oncle Thodore ! Et le lendemain, en effet, le pantin de bois s'en va tout guilleret prendre le petit train du Pays des Jouets avec son amie Mirou. Une belle journe en perspective ! Mais pendant que les deux amis se distraient, d'autres travaillent dur : Thodore Bouboule a demand de l'aide son frre, le pre de Bastien. L'ourson en peluche aimerait bien participer, lui aussi, mais les deux peintres ne veulent pas en

entendre parler. Pas question qu'il vienne semer le dsordre. Tu serais capable de peindre des pois rouges n'importe o, comme tu l'as fait sur ce pauvre Zim ! dclare M. Bouboule. Mirou n'a pas russi le nettoyer et on dirait qu'il a la rougeole. Dguerpis, sinon je vais peindre ta truffe en vert, petit galopin!

Le soir, quand Oui-Oui rentre de Nounoursville avec Mirou, il n'en croit pas ses yeux : sa porte d'entre, peinte en vert pomme, brille de mille feux. Son garage tincelle d'un superbe jaune soleil et... et sa voiture elle-mme, toute pimpante, luit comme un sou neuf! Mon petit taxi ! s'exclame le pantin de bois, suffoqu. Il est transform ! Et mon garage, et ma porte d'entre! C'est magnifique! Mais qui a fait tout a, et pourquoi? Sa tte ressort bouge sans arrt, le grelot de son bonnet est dchan. Diling! diling! diling! sonne-t-il toute vole. Alors, tout coup, voil que M. Bouboule, Mme Bouboule, Thodore, Bastien et Zim arrivent et

l'entourent dans un joyeux tohu-bohu. Il y a mme Potiron avec son bicorne et son bton ! C'est pour te rcompenser, Oui-Oui, explique M. Bouboule. Tu as arrt les voleurs, et grce toi le gendarme a pu rester l'hpital pour finir de se soigner. Tu mritais bien une petite surprise ! Hourra! Vive Oui-Oui, notre petit chauffeur de taxi! s'crient tous les autres en chur. La petite voiture jaune veut aussi participer. Tut! Tut! 7ut! lance-t-elle avec entrain. Quant Zim, son habitude, il bondit comme un ressort. Il saute sur Oui-Oui pour lui lcher la figure et, bien sr, le bonhomme en bois se retrouve par terre !

Mais Oui-Oui est trop content pour se mettre en colre. Il se relve en riant aux clats et serre tous ses amis dans ses bras : Potiron, Mme Bouboule, M. Bouboule, Thodore, Mirou et mme ce coquin de Bastien ! Aprs quoi, pour le plus grand plaisir de tous, il entonne lai dernire chanson de son invention, peut-tre la plus gaie qu'il ait jamais chante :

Je me sens si heureux, aujourd'hui! J'ai beaucoup de chance, je l'avoue : J'ai une maison-pour-moi-toutseul, Un garage, des amis partout, Et je n'oublie pas mon petit taxi, Avec son klaxon si joli ! Grce lui, je peux emmener mes clients O ils veulent, en un instant! J'aime Miniville, j'aime le Pays des Jouets, J'aime Zim, les Bouboule, Potiron et Mirou, Pour rien au monde je ne voudrais les quitter, Car ils me donnent envie de chanter ! Tra la li, tra la lou, c'est tout!

Tout le monde applaudit. Bravo, Oui-Oui ! Tes chansons sont de plus en plus russies ! dclare la gentille Mme Bouboule. Et nous t'aimons beaucoup aussi! ajoute Mirou, tout mue. Hum ! Pour a oui ! grommelle Potiron dans sa barbe. Je suis bien content de t'avoir trouv, le jour o tu es arriv au Pays des Jouets. Et pour rien au monde on ne voudrait un autre chauffeur de taxi, mme si parfois tu es un peu tourdi!