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La vie humaine a-t-elle une valeur économique ?

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  • La vie humaine a-t-elle une valeur conomique ?

    Fernand Martin Department of Economics Universit de Montral P.O. Box 6128 Succursale Centre-ville Montral (Qubec) Phone : (514) 343-7216 Fax : (514) 343-7221 E-Mail : Fernand.Martin@UMontreal.CA

    15 fvrier 2003

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    Nous sommes dj six milliards dhumains prsents sur la terre, est-il rentable de subventionner

    les soins mdicaux ncessaires pour prolonger de quelques jours, mois ou annes, la vie dun

    septuagnaire cardiaque ? La rponse est oui sil sagit dun clone de Mozart encore productif,

    mais la rponse est non sil sagit dune personne ordinaire1 (comme moi et probablement

    comme vous). Il en est de mme des mesures favorisant la natalit et limmigration.

    ventuellement, il faudra aussi dterminer sil est rentable de cloner certains humains.

    Pour comprendre cette position amorale, il faut se rfrer la notion du bien-tre collectif

    dveloppe par des conomistes en vue dassurer lefficacit du fonctionnement du systme

    conomique. Pour eux, un projet est efficace sil amliore le bien-tre collectif i.e., sil

    procure un surplus certaines personnes (sous forme de surplus du consommateur ou du

    producteur) sans rduire celui des autres ou si les gagnants suite au projet peuvent compenser les

    perdants ou sil augmente (conomise) le stock de ressources. Comme lanalyse dun tel projet se

    fait laide de la demande pour les biens et que la demande correspond sous contrainte

    budgtaire la disposition payer pour les biens, la thorie conomique se trouve dire quune

    chose a de la valeur seulement sil y a des gens disposs payer pour elle. Cela vaut tant pour les

    biens et services que pour la vie humaine. Si la disposition payer est nulle, la chose na pas de

    valeur (quoiquen disent les experts). Dun autre ct, sil est impossible de dcouvrir la

    disposition payer par des mthodes relevant de la science conomique2, les conomistes sont

    inaptes valuer la chose.

    Ce raisonnement, en apparence trivial, a les implications suivantes :

    1. La vie humaine ne peut pas avoir une valeur conomique infinie ;

    2. La vie humaine a des substituts ;

    3. La multiplication des tres humains ordinaires augmente le revenu national mais pas le

    bien-tre collectif.

    1 Il est possible toutefois que cette personne soit soigne si elle a pralablement accumul, en contribuant une assurance maladie, les ressources ncessaires son traitement car les gens ordinaires tiennent la vie et ils lvaluent en dpensant sur des biens et services utiles au maintien de la vie et en payant des taxes pour financer un systme public de sant (nous compltons ce raisonnement notre section F). La subvention nintervient que si la personne na pas dassurance ou bien que le cot du traitement excde sa capacit de payer ou celle de son assureur. 2 Cest le recours la disposition payer qui rend conomique un modle danalyse, et non pas la technique statistique utilise qui elle, peut servir dautres disciplines.

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    4. Comme la vie des gens ordinaires ne modifie pas le bien-tre de la collectivit, la

    dimension de la population dun pays est immatrielle. Toutes choses tant gales, un

    pays na pas intrt augmenter sa population except laide dindividus

    exceptionnels3, car seuls ces individus produisent des externalits positives ou laissent

    des hritages qui augmentent le bien-tre collectif.

    5. Paradoxalement, dans les domaines du transport, de lenvironnement et parfois dans la

    sant, le gouvernement utilise lanalyse avantages-cots (conomique) pour justifier des

    projets qui sauvent ? des vies4, e.g. on justifie la reconstruction de routes qui, sans

    modifications, causent des accidents mortels, alors que lapplication de la thorie

    conomique pour valuer les vies sauves est tellement seme dembches quelle

    offre des valeurs incertaines, exagres ou arbitraires.

    Justification brve de ces noncs.

    A) Limpossibilit de mettre un prix infini sur la vie

    Comme on la dit auparavant, dans une problmatique defficacit, la disposition payer

    sexprime sous la forme dune demande. Or la demande est un dsir exprim sous une contrainte

    budgtaire. Comme le budget des gens et mme celui de la socit est fini, la demande ne peut

    pas tre infinie. Cest la position inconfortable de la condition humaine : nos dsirs sont infinis,

    mais nos moyens de les raliser sont limits. On ne peut donc pas, par exemple, demander aux

    mdecins de mettre tout en uvre pour prolonger la vie de tout le monde puisque la socit nen

    a pas les moyens5, dautant plus que la vie a des substituts.

    Bien entendu, il est ici question dune vie statistique envisage ex ante qui seule est

    susceptible dtre considre dans un calcul defficacit (conomique) des projets, cest--dire

    une valeur de vie utilisable pour prendre des dcisions pour la collectivit en matire de sant,

    3 Cest ce que reconnat en partie la politique dimmigration des tats-Unis. 4 Il sagit ici dun abus de langage car tout le monde finit par mourir. Ce que lon fait est simplement de retarder la mort. 5 Ce sont les nouvelles technologies qui vont empcher les gouvernements de remplir leur promesse de fournir des soins de sant adquats tout le monde. Par exemple, le recours au cur mcanique, utilis aux tats-Unis mais non disponible au Qubec (except sur une base exprimentale) cote 80 000 $ lachat et 70 000 $/an pour lentretien. Il pourrait lui seul accaparer ventuellement un dixime du budget de la sant du Qubec tout en maintenant en vie une infime portion de la population. Comme il sagit dune situation politiquement inacceptable, la solution sera de rationner le traitement en question. La consquence sera soit de permettre au secteur priv de fournir ce soin mdical, soit de fermer les yeux sur une prfrence donne aux patients influents ou qui achteront un cur mcanique aux tats-Unis.

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    dinfrastructures et denvironnement. Notons que cette valeur nest pas approprie pour les

    poursuites judiciaires ayant pour but de compenser des gens lses, puisque la base de la

    compensation est alors lquit6.

    Dans le cas de la vie dun individu identifiable priori, les ressources utilises pour prserver

    cette vie dpendent de sa capacit de payer et des dispositions motives des personnes

    intresses. La rationalit conomique ne joue pas de rle ici7.

    La mthode dvaluation base sur le capital humain nest pas utilise dans les analyses

    avantages-cots car elle est peu compatible avec lefficacit parce que comme on va le montrer

    plus bas, une augmentation de revenu national nest pas ncessairement une augmentation de

    bien-tre et de plus lapproche du capital humain ne couvre pas toutes les dimensions dune vie

    humaine, e.g. elle nglige la valeur du loisir (Zerbe et Dively, 1994, p. 431).

    B) La vie humaine a des substituts

    Comme les conomistes se fient sur le comportement des gens sur les marchs des biens et

    services pour tablir la valeur des choses, ils en dduisent que la vie humaine a des substituts. En

    effet, ils constatent que les gens consacrent dautres biens des ressources et/ou des efforts qui

    pourraient tre utiliss pour maintenir la vie. Par exemple, ils notent quen Amrique du Nord, 40

    pour cent de la population (e.g. les obses, les fumeurs, les alcooliques, les drogus et les

    individus qui ont dautres comportements risque, comme les cascadeurs, motocyclistes, etc.,

    ainsi que ceux qui se suicident) a un comportement autodestructeur qui value la vie zro ou

    presque.8

    6 La valeur dune vie humaine est dans ce cas base sur lapproche du capital humain o la valeur dune vie est variable puisquelle correspond la valeur du flux des productions supplmentaires de biens obtenue sur la prolongation de la vie de lindividu, moins les cots de maintenir la vie durant cette priode, y compris celui des maladies; le tout en dollars actualiss. Les cours de justice acceptent parfois dajouter des montants arbitraires correspondant aux souffrances morales des proches de la personne disparue. Par exemple, le congrs des tats-Unis a adopt une mthodologie semblable pour compenser les victimes de lattentat du 11 septembre 2001, qui a dtruit le World Trade Center de New-York. Dans cette mthodologie, la compensation des gens ordinaires est en fonction de lge de la victime, de son revenu (aprs impt) et de ses responsabilits matrimoniales. Pour une victime de 35 ans, marie sans enfant, dont le revenu est de 10 000 $/an, la compensation avant les dductions pour le montant dune assurances vie et bnfices similaires payables au dcs est de 573 402 $. La compensation dune victime du mme ge marie sans enfant ayant un revenu de 225 000 $/an est de 4 179 534$. (Source : www.usdoj.gov/victimcompensation) 7 Il est entendu que si lauteur de ces lignes tait avis par les mdecins que sa mort est imminente moins de dpenser un million de dollars en soins mdicaux spciaux, il ferait des pieds et des mains pour amasser cette somme. 8 Cest pour cela que dans un systme de soins de sant rationns par le gouvernement comme au Canada et en Grande-Bretagne, certains mdecins refusent de soigner les fumeurs. Bientt on cessera de soigner les obses, ceux qui ne bouclent pas leur ceinture

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    Pour les autres, i.e. la population dont le comportement est cohrent avec une valeur positive de

    la vie9, on a utilis, en labsence de marchs transigeant directement la vie10, deux sortes de

    mthodes pour dcouvrir le prix (la disposition payer) que les ge