Trust, Transparence et Traçabilité

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Trust, Transparence et Traçabilité. La confiance est essentielle pour la mobilisation des citoyens auprès des non-profit.

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TRUST, TRANSPARENCE ET TRAABILITELa confiance dans sa dfinition la plus forte ( trust ) est un pr-requis de la transaction quest le don. Quand la transaction ne dbouche pas sur une utilit individuelle immdiate comme cest le cas pour un achat classique, il faut se poser la question de la motivation de la transaction, et des freins qui peuvent lui tre associs. Pour les organismes non-profit, il est indispensable dtre transparent sur leurs actions, leur gestion, leur gouvernance. Ce premier niveau dutilit pour le citoyen (ainsi rassur lide de donner et/ou convaincu davoir bien fait de donner) peut tre tendu une notion plus forte que la transparence, la traabilit. Le don aujourdhui est une somme absorbe de manire anonyme, sans lien avec les actions de lONG. Nous tudions ainsi les trois T , Trust, Transparence et Traabilit, dans le cas spcifique des ONG, et des contraintes (fortes) de leur gestion et modes daction. Ceci nous permettra de voir lapport dun cosystme 2.0 tel que nous lavons introduit dans la section prcdente, en prsentant le cadre Citizenship 2.0 .

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I.

Trust ......................................................................................................................................................... 4 I. 1. Apprhender la notion de confiance ............................................................................................... 4 La confiance, premire approche ............................................................................................ 5 Quel est le degr de dpendance ? ........................................................................................ 6 Quelles sont les parties prenantes ? ....................................................................................... 7 Comment la confiance est-elle initie ? .................................................................................. 8 Comment sentretient-elle ? ................................................................................................. 11

I. 1. a. I. 1. b. I. 1. c. I. 1. d. I. 1. e. I. 2.

Comment mesurer la confiance ? ................................................................................................. 12 Comment mesurer lintensit de la confiance ? ................................................................... 12 Comment mesurer la qualit de la Confiance ? .................................................................... 13

I. 2. a. I. 2. b. II.

Transparence et Traabilit ................................................................................................................... 15 II. 1. Education ....................................................................................................................................... 16 Une vidence ......................................................................................................................... 16 Gohumanitaire..................................................................................................................... 17 Serious Game ......................................................................................................................... 17

II. 1. a. II. 1. b. II. 1. c. II. 2.

Transparence ................................................................................................................................. 19 Un acquis ............................................................................................................................... 19 LONG sur le terrain ............................................................................................................... 20 StoryTelling ............................................................................................................................ 21

II. 2. a. II. 2. b. II. 2. c. II. 3.

Traabilit ...................................................................................................................................... 22 Un idal .................................................................................................................................. 22 Etat de la traabilit............................................................................................................... 22 Traabilit Montaire ............................................................................................................ 25 Traabilit Financire ............................................................................................................ 25

II. 3. a. II. 3. b. II. 3. c. II. 3. d. III.

Pour lIdentit Numrique des Donateurs ........................................................................................ 27 III. 1. Traabilit des donateurs et identit numrique...................................................................... 27 III. 2. Mythe, rite, tribu et donateur ................................................................................................ 28 III. 3. Le modle Citizenship 2.0 .......................................................................................................... 29

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I. TRUSTPas dengagement envers un organisme non profit sans confiance. La susciter et lentretenir passe par une non-profit comprhension fine de la notion, qui nous conduira identifier les 3 leviers de confiance (ducation, transparence et traabilit).

I. 1.

APPREHENDER LA NOTION DE CONFIANCE

Voici les lments cls pour apprhender la notion de confiance, que nous dveloppons plus bas.

La Confiance Confiance : Sentiment de quelqu'un qui se fie entirement quelqu'un d'autre ou quelque chose , Le Larousse Une relation de dpendance

Entre Des individus : relationnelle Des organismes : institutionnelle La crer Tiers de Confiance Par un rseau Lentretenir Rputation, Loyaut, Transparence

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Trust, Transparence et Traabilit I. 1. a. L A CONFIANCE , PREMIERE APPROCHE Ltymologie du mot confiance vient du latin con (ensemble) et fidere (se fier). En premire dfinition, donnons celle du Larousse :

Confiance : Sentiment de quelqu'un qui se fie entirement quelqu'un d'autre ou quelque chose.

Ltymologie latine a pour avantage de montrer la projection vers lautre. Toutefois, abordons brivement les traductions anglo-saxonnes du mot confiance . En anglais, deux termes, trust et confidence, dsignent ce que le terme franais agrge. Jean-Michel Servet1 prcise :

Il est important de souligner que l o le franais ne dispose que dun terme, langlais en possde deux : trust et confidence. La sparation nest pas toujours simple tablir entre lapport linguistique germanique et lapport latin. Toutefois, trust parat beaucoup plus fort que confidence car il inclut lide de faith, de foi, de croyance, alors que confidence [] traduit une valuation beaucoup plus objective des capacits remplir une obligation et tablir une relation.

Pierre Salmon2 explique de manire similaire la distinction :

Langlais permet de sparer les deux ides, si on le souhaite, grce lexistence de deux mots au lieu dun seul en franais. Ainsi, pourra-t-on rserver le mot trust pour lide exprime dans faire confiance, se rfrant une dcision, et le mot confidence pour celle correspondant avoir confiance, se rfrant un tat cognitif, par exemple une probabilit; le mot trustworthy signifiant, avec une connotation plus neutre que cette expression franaise, digne de confiance.

1

Jean-Michel Servet, 1993, Le chapeau dans Philippe Bernoux et Jean-Michel Servet, La construction sociale de la confiance 2 Pierre Salmon, 2000, Accumulation et destruction de la confiance : un schma dinspiration popprienne Trust, Transparence et Traabilit Citizenship 2.0 5

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I. 1. b. Q UEL EST LE DEGRE DE DEPENDANCE ? Dun pont de vue ontologique, c'est--dire propre ltre accordant sa confiance, elle peut tre dfinie comme la manire de vivre au mieux lincertitude sur le comportement du destinataire. La confiance permet de sconomiser le doute. Par exemple, un enfant peut saccommoder de labsence momentane de sa mre, puisquil a confiance dans le fait quelle reviendra. De mme, un fonctionnaire a confiance dans le fait que son salaire sera vers la date adquate et convenue. Ce premier niveau de dfinition montre un rapport de dpendance, de dlgation avec le destinataire de la confiance. Monique Canto-Sperber, philosophe, a donn dans son Dictionnaire dEthique et de Philosophie Morale de 2004, la dfinition suivante :

Faire confiance une personne, cest se placer dans un tat de dpendance, ou prolonger un tat de dpendance, lgard de la comptence et de la bonne volont de cette personne; cest accepter dtre vulnrable et admettre que le dpositaire de sa confiance exerce un pouvoir sur soi, ou sur quelque chose dimportant pour soi.

Ainsi, le lien de confiance est un tat de dpendance. Mais la vulnrabilit voque doit tre lucide, lmetteur de la confiance doit rester vigilant selon Cynthia Chassigneux3 :Toutefois, pour viter toute forme dabus, lmetteur de la confiance doit demeurer vigilant. La confiance ne doit pas tre aveugle. Elle ne doit pas sapparenter un blanc-seing accord son destinataire. Elle ncessite donc une part dobjectivit. Ainsi, en adoptant une attitude objective, la personne qui donne sa confiance conserve un sens critique qui lui permettra de retirer celle-ci tout moment. La confiance nest donc pas une chose acquise. Elle peut se transformer en mfiance ou en dfiance.

Le degr de dlgation est alors reprsent par ce que perdrait lmetteur de la confiance si celle-ci tait rompue. Parfois montisable (salaire, investissement engags,), ce qui est engag en mme temps que la confiance et accord peut-tre intangible, mais tout aussi fort (affection, considration, informations personnelles et/ou confidentielles, voire sa vie dans des cas extrmes, par exemple dans les champs sportifs ou mdicaux).

3

Cynthia CHASSIGNEUX, La confiance, instrument de rgulations des environnements lectroniques , 2007

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I. 1. c. Q UELLES SONT LES PARTIES PRENANTES ? La confiance est toujours oriente vers autrui. Lmetteur de la confiance, son destinataire, le lien qui les unit peut tre explicit dans sa dimension sociale. Si lmetteur et le destinataire sont humains, on parle de confiance intuitu personae ou de confiance relationnelle . Faire confiance en un collgue lors de llaboration dun projet, le don de la main la main dans la rue en sont des exemples. Parfois, la confiance est oriente vers un organisme, une entreprise, un collectif. On parle alors de confiance institutionnelle . Par exemple, faire confiance sa banque, un prestataire, une ONG sont des exemples de confiance institutionnelle. Dans ce cadre, on dfinit la rputation de lorganisme, image quil donne, construite la fois sur ses actions passes et sa communication prsente. Accorder sa confiance un organisme en fonction de sa rputation revient analyser les risques potentiels lavenir : dception pour cause de dfaillance, dinadquation entre les visions

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I. 1. d. C OMMENT LA CONFIANCE EST - ELLE INITIEE ? Il existe un niveau de confiance ex-ante qui incite les individus se rapprocher. Cet tat social prexistant, pralable ltablissement de la relation est un aspect plus positif que lon peut retirer dans lanalyse de Christian Thuderoz4.

On ne peut carter la dimension morale de lchange et du lien social qui lui est attach. Elle permet donc tout autant ltablissement de la relation sociale que lapprentissage au sein de celle-ci, elle est lamont qui rend possible le contrat

La confiance peut tre initie de manire transitive, c'est--dire quelle peut-tre accorde parce quun tiers accorde sa confiance un objet. Deux cas se prsentent : la prsence dun tiers de confiance, ou lappartenance une communaut ou un rseau. T IERS DE CONFIANCE Limportance des tiers dans la relation de confiance apparat en tant qulment de rgulation lors des conflits. Les tiers ont donc un rle de mdiateur. Limage du tiers pour lmetteur est habituellement celle du label quil peut dcerner au destinataire de la confiance. La labellisation, si elle nest pas interne (politique de confidentialit, par exemple), est dcerne par des autorits de certifications. Sur Internet, lieu dchanges virtuels o les conflits sont bien plus dlicats rgler, la certification prend toute son importance. Il en rsulte une rgulation triangulaire entre lmetteur, le destinateur et lautorit de certification, selon Vincent Gautrais5 :

Le label de qualit est donc une image, un logo, un signe de reconnaissance quun marchand appose sur son site pour rassurer ses clients et notamment le plus dmuni dentre eux savoir le consommateur. Une relation triangulaire est donc mise en place, conformment au processus mme de certification, quil soit didentit ou de qualit. En effet, il implique une autorit de certification, un abonn, cest--dire un commerant qui emploie les services de lautorit de certification, et enfin lutilisateur final, le consommateur, qui magasine sur la base de la confiance que le sceau lui apporte.

4 5

Christian Thuderoz, Des mondes de confiance. Un concept lpreuve de la ralit sociale, 2004 Vincent Gautrais, 1999, La labellisation de qualit des sites Internet : un ssame vou la scurit du consommateur Citizenship 2.0 8

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Trust, Transparence et Traabilit Quelques exemples : Les labels sur internet ne sont pas rares, puisquils constituent lun des premiers leviers de confiance car crant une autorit de contrle du destinataire. En termes de privacy des donnes, on note le label TRUSTe (www.truste.org) En France, le label du Comit de la Charte pour le Don en Confiance fait rfrence (www.comitecharte.org)

Ces labels participent la rputation de lorganisme ainsi agre. Mais la rputation tient aussi un autre membre du lien de confiance, le rseau.

R ESEAU Lindividu metteur de confiance peut agir en tant que membre dune communaut. La communaut, par ses changes et interactions internes peut dvelopper sa vision de la rputation dun ventuel destinataire (souvent institutionnelle, sur des marques, par exemple). Sur internet, le rseau est une vidence. Les rseaux sont selon Manuel Castells6 :

[] un ensemble de nuds interconnects. Ce type dorganisation humaine qui remonte la nuit des temps entame une nouvelle vie notre poque avec les rseaux de linformation, dont la force motrice est Internet. Les rseaux sont des modes dorganisation aux avantages extraordinaires, parce quils sont naturellement flexibles et adaptables, qualits essentielles pour survivre et prosprer dans un environnement qui change vite.

Le lien entre rseau et confiance a t explicit par Francis Fukuyama7 :

La confiance est lattente qui nat, au sein dune communaut, dun comportement rgulier, honnte et coopratif, fond sur des normes communment partages, de la part des autres membres de cette communaut

6 7

Manuel Castells, 2001, La galaxie Internet Francis Fukuyama, 1997, La confiance et la puissance. Vertus sociales et prosprit conomique Citizenship 2.0 9

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Trust, Transparence et Traabilit La rgulation amont de la transaction est assure par la normalisation des opinions au sein de cette communaut. Lopinion du rseau, voire de la communaut dans le cadre du Web 2.0, est donc primordiale dans le choix daccorder ou non sa confiance un organisme. Ce phnomne selon lequel un individu peut accorder sa confiance en fonction de la prsence ex-ante dindividus ayant eux-mmes prouv le destinataire (sa loyaut, son implication, son intrt) peut tre vu sous une autre forme. Prenons lexemple dun rseau social comme Facebook. Un internaute peut sy inscrire sur invitation de lun des membres (comme cest le cas sur tous les rseaux sociaux), qui laura alors incit voir convaincu rejoindre Facebook. On parle dexternalit dadoption (ou effet rseau), puisque chacun bnficiera de la nouvelle inscription. Pour le nouvel inscrit (qui bnficiera lui dune valeur ajoute consquente de la dcouverte de la plateforme et des usages associs), cette inscription en mode pull revient acclrer le processus dadhsion, et au final de confiance dans le rseau social. Leffet rseau, sous-tendu par la massification des mdias sociaux, est un vecteur de confiance. Si je minscris sur un rseau social, dans ce cas, cest parce que de nombreux inscrits sont dj prsents. Lexternalit dadoption nexplique cependant pas pourquoi les early-adopters font confiance a priori dans un tel systme. La dimension de dlgation prend alors tout son sens : pourquoi confier ses donnes personnelles un rseau social peu frquent, donc nayant pas encore acquis sa rputation ? Premirement, cest lusage traditionnel dinternet qui peut faire quun utilisateur franchira ltape de linscription, par curiosit. Ensuite, ladoption est un quilibre dlicat entre laspect chronophage de lapprentissage dun nouvel outil, et les valeurs dusages agrgeant notamment : lergonomie, la valeur des contenus, les usages offerts en termes dinteractivit, de web social, Une fois une taille critique atteinte, les externalits dadoption prennent le relais de la simple curiosit. Mais le point de ce cas est que les inscriptions lorigine ne sont pas le fruit dune confiance totale et bienveillante Cest sous une forme transitive quelle apparat : le nouvel inscrit a confiance en son ami qui lui a confiance en la plateforme (confiance prouve dans le temps par une utilisation plus ou moins rgulire et intensive).

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Trust, Transparence et Traabilit I. 1. e. C OMMENT S ENTRETIENT - ELLE ? Il convient de prciser que la confiance dans une relation se prsente bien comme un processus continu, qui a sa propre volution. Puisquelle est un processus inscrit dans le temps, elle est aussi le fruit de la rputation ne des changes entre metteur et destinataire de la confiance. Lucien Kaprik8 crit ce propos :

La confiance que les clients portent au producteur-vendeur est le produit de la rputation que ce dernier a acquis, avec le temps, par le maintien de pratiques loyales.

A ce titre dans lentretien de la confiance, la transparence (que la traabilit transcende) a toute son importance. Jean-Michel Servet9 dit ce propos :

Au-del de la lgitimit des rgles et de la croyance dans lautre, la transparence entre ceux qui sont impliqus est ce qui permet de maintenir la confiance ; transparence signifie ici un certain degr de savoir et dinformation. La confiance est impossible si linformation est nulle ; elle est inutile si linformation est parfaite et totale.

Lucien Karpik, 2003, Prface. Les fondements symboliques de la confiance dans Vincent Mangematin et Christian Thuderoz, Des mondes de confiance. Un concept lpreuve de la ralit sociale, 2004 9 Jean-Michel Servet, Paroles donnes : le lien de confiance, Revue du Mouvement anti-utilitariste en sciences sociales semestrielle 37 pp. 47-48, 1994 Trust, Transparence et Traabilit Citizenship 2.0 11

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I. 2.

COMMENT MESURER LA CO CONFIANCE ?

I. 2. a. C OMMENT MESURER L INTENSITE DE LA CONFIANCE ? Partant de cette description initiale de la confiance selon ses acteurs, la distance les sparant, les dimensions iption collectives,, il est possible de proposer un continuum de confiance afin de la quantifier. Christian Thuderoz tablit ainsi un continuum de la confiance : Dfiance Mfiance Confiance Croyance

Nanmoins, la quantification de la confiance doit passer par des disciplines telles que la neurobiologie, les neurosciences cognitives, voire lconomie exprimentale pour soprer. Les avances dans ce domaine sont rcentes, balbutiantes, et mme controve controverses. Dans un article10 publi dans Nature en 2005, Michael Kosfled a montr le rle de lOxytocine, une hormone peptidique, dans le mcanisme de confiance (le paradigme tant dobserver linfluence dune exposition un sp spray dOxytocine sur des clients dun banquier quant leur aptitude vouloir investir une somme dargent). Cette tude a t vivement critique par Louis Qur11, sociologue, arguant quil nest pas question de confiance dans cette exprience, mais de prise de risque individuelle. En 2006, une tude12 neuro-cognitive a permis de montrer par IRM fonctionnelle cognitive que la zone crbrale active lors du don un organisme de charit tait identique celle active lorsque lon reoit une rcompense montaire pure. De plus, le mcanisme dattachement une cause active la mme zone que lors dun attachement (ou aversion) sociologique. Gardons uniquement lesprit quil existe un degr de confiance, vu ici de manire unidimensionnelle, dans son intensit. La suite des travaux de Christian Thuderoz consiste projeter la notion de confiance sur deux axes qui la sous-tendent, approche qui savrera trs pertinente pour prouver lapport dun cosystme 2.0 tendent, pour le don en ligne.

10 11

M.Kosfeld et al., Oxytocin increases trust in hum humans, Nature, 2005 Louis Qur, How could trust be restored to nature?, Intellectica, 2007 12 Moll Jorge et al, Human frontomesolimbic networks guide decisions about charitable donation, 2006 mesolimbic

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I. 2. b. C OMMENT MESURER LA QUALITE DE LA C ONFIANCE ? La confiance est selon Thuderoz un concept qui peut tre vu comme bidimensionnel, puisquelle est en fait une dynamique de coopration et de gnrosit entre individus dans la socit. La relation sociale qui stablit est en effet une transaction qui peut comporter une part plus ou moins importante daltruisme, de don de soi, dinvestissement, tout en tant plus ou moins intense en matire de collaboration, dentente et comprhension mutuelle. A loppos de ces notions, on trouve de manire naturelle respectivement le conflit et lintrt. Lespace dans lequel nous pouvons donc qualifier la confiance est donc reprsent ci-dessous.

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Trust, Transparence et Traabilit On voit donc apparatre 4 rgimes de confiance, que Thuderoz qualifie comme suit :

La rciprocit

Ce rgime dintrt conjoint vers la coopration vise une maximisation les gains des deux parties. Lintrt prime devant la dimension de la gnrosit, mais la coopration trs forte permet une transaction que les deux parties cherchent optimiser. Laltruisme prdomine dans ce rapport, mme si concrtement, le principe Rousseauiste du travailler pour autrui, cest travailler pour soi y trouve un espace dinterprtation idal. Leffort de confiance existe en dpit des situations de conflits, par ailleurs structurantes. Cest par exemple la relation parent/enfant ladolescence. Ici, lintrt prime, et les protagonistes ont intrt ne pas faire confiance. La relation entre syndicats et patronat en est un exemple symbolique.

La bienveillance

La confiance mesure

La confiance calcule

Munis de ces dfinitions et analyse prliminaires sur la notion de confiance, nous abordons prsent le couple transparence et traabilit.

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II. TRANSPARENCE ET TRAABILITE ILITEUn point essentiel de la confiance pour son entretien est la notion de transparence puisque cest en tant transparence, conscient et convaincu des motivations de destinataire de la confiance que celle peut perdurer. Cette celle-ci notion de transparence a un support t triple : lducation (aux valeurs portes par lorganisme), la transparence (sur les projets mens, sur lorganisation des actions, sur la structure de ses dpenses et recettes), et la traabilit (suivi concret des actions, fourniture de preuves) preuves).

Education

Transparence

Traabilit

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II. 1.

EDUCATION

II. 1. a. U NE EVIDENCE Cette premire dimension est essentielle puisquelle reflte le premier contact quont les donateurs avec les organismes. Cette dimension ducative consiste prsenter ce que Franois Rousseau13 appelle le mythe de lorganisme non-profit : sa raison dtre, ses valeurs, son ambition, son objectif court, moyen et long terme. Il convient de former les donateurs aux enjeux humanitaires que dfend lONG. Ces explications de fonds peuvent notamment tre ment dans le cadre des Objectifs du Millnaire pour le 14 Dveloppement , apportant la fois les chiffres sur ltat des lieux, les objectifs atteindre, et les dlais respecter. La plupart des sites des grandes ONG sont trs dtailles ce sujet, lexercice ntant pas si complexe faire puisquil ne revient qu formaliser la raison dtre de lorganisme. Parfois, certaines ONG font dans ce domaine des efforts de pdagogie remarquables. Notons lexemple de Mdecins Sans Frontires, ayant un espac espace 15 ddi ses activits mdicales (ci-contre), et y dtaillant les diffrentes maladies auxquelles elle fait face sur le terrain terrain.

13

Franois Rousseau, L'organisation militante, Revue Internationale de lconomie Sociale, RECMA, n 303, mars 2007, pp.44-66 14 http://www.mdgmonitor.org 15 http://www.msf.fr/?page=medical&section=4&title=activites-medicales http://www.msf.fr/?page=medical&section=4&title=activites Trust, Transparence et Traabilit Citizenship 2.0 C 16

Trust, Transparence et Traabilit II. 1. b. G EOHUMANITAIRE

Dans le cadre des objectifs du millnaire pour le dveloppement (OMD), on trouve sur Google Earth16 leur reprsentation gographique. De nombreux spots apparaissent sur le globe, dtaillant des projets locaux de dveloppement, mis en lumire dans le cadre des OMD. del Au-del de lergonomie que confre Google Earth, la valeur ajoute est double : dcouvrir la plante, sa population, sa situation socio-conomique, bref, conomique, soffrir une belle leon de gographie, et comprendre les enjeux de dveloppement et les objectifs que la dclaration du Millenium17 a fixs. Cette reprsentation gographique e un webest service trs souple, facile dployer. Google offre 2 entres son service : un format de place nomme KMZ18, trs souple dutilisation19 une API (Application program Interface) ddie20, pour linclusion sur des sites Web.

II. 1. c.

S ERIOUS G AME

Une pratique innovante existe, et a limmense intrt de sorienter vers la jeunesse, ce qui rend cette que initiative particulirement forte en termes dimpact moyen et long terme. Il sagit du Serious Game (jeu srieux). Le principe consiste utiliser des ressorts ludiques tels ceux dploys par les jeux vidos traditionnels, en ressorts vue dune intention srieuse, quelle soit pdagogique, informative, communicationnelle, marketing, idologique ou d'entranement 21. Certains dentre eux, appels Serious Games Grand Grandes Causes (en annexe), consistent aborder des problmatiques socitales, mdicales, humanitaires, Food Force22 , serious game financ par la fondation Ubisoft en 2005 pour le World Food Program , est le premier dentre eux, et reste une rfrenc en la rfrence16 17

http://earth.google.fr/ http://www.un.org/millenniumgoals/ 18 http://en.wikipedia.org/wiki/Keyhole_Markup_Language 19 http://earth.google.fr/outreach/tutorial_kmz.html 20 http://code.google.com/apis/earth/ code.google.com/apis/earth/ 21 http://fr.wikipedia.org/wiki/Serious_game 22 http://www.food-force.com/ Trust, Transparence et Traabilit Citizenship 2.0 C 17

Trust, Transparence et Traabilit matire. Le joueur peut prendre le rle dun humanitaire dans des missions allant de la distribution de colis humanitaires (image ci-contre) au reprage en hlicoptre de populations en exil lors dun conflit arm. Limmersion permet la fois de comprendre la ncessit dune action humanitaire, les moyens ncessaires sa ralisation, et les difficults oprationnelles sous-jacentes. A court terme, un choc peut ainsi tre provoqu, dfaut de pouvoir vivre concrtement la situation. Ce choc doit tre envisag comme un prtexte au don (voire micro-don vu la population cible). A moyen et long terme, cest une initiative responsable, puisquelle consiste ancrer dans les esprits les ressorts de laction humanitaire, participant aux joueurs de se forger une identit de Citoyen.

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II. 2.II. 2. a.

TRANSPARENCEU N ACQUIS

Au sens des ONG, la transparence repose essentiellement sur la diffusion claire et intelligible des comptes emploisemplois ressources. Ainsi, la structure de financement (part entre subventions publics, mcnat et dons privs) et les dpenses (frais de gestion, frais de rais marketing, dpenses pour les actions oprationnelles) sont le plus souvent trs accessibles. contre, Ci-contre, une capture du site de la Croix Rouge23. On note aussi la mise en avant du label du Comit de la Charte pour le Don en Confiance24, certifiant une tenue des e comptes et une gestion respectant sa charte de dontologie. Ce tiers de confiance est comme expliqu dans la partie prcdente un atout consquent, dautant quil est rput. Cette rputation vient la fois de lexprience du Comit (20 ans) dans cette expertise, signe dune activit professionnelle sous ans sous-jacente, et des poids lourds prsents dans la liste (CARE, Perce neige, Handicap international, Action Contre la Faim,). Perce-neige, La pratique de transparence sur la comptabilit est galement prsente chez des organismes hors France, comme par exemple pour Unitaid.25

23 24

http://www.croix-rouge.fr/La-Croix Croix-Rouge/La-Croix-Rouge-francaise/Ressources http://www.comitecharte.org/ 25 http://www.unitaid.eu/images/news/annual_report_2008_en.pdf Trust, Transparence et Traabilit Citizenship 2.0 C 19

Trust, Transparence et Traabilit II. 2. b. LONG SUR LE TERRAIN

La transparence a une composante visuelle forte, au-del de la simple analogie optique. Etre transparent, cest aussi pouvoir montrer o lONG est engage, quil sagisse dun processus informationnel ou dargumentation en cho une vision (Pour la Croix Rouge : all over the world, round the corner ). A titre dexemples, citons lassociation Mdecins Sans Frontires qui dtaille sur une carte lensemble des pays o elle est engage.

A nouveau, Unitaid propose aussi une telle initiative, avec sur son site une carte des pays listant les axes sur lesquels les fonds collects par la taxe Chirac, dans le cadre des financements innovants26 pour les Objectifs du Millnaire pour le Dveloppement.

Une carte peut sembler bien mince en matire de transparence, mais tout mdia doit tre utilis en fonction de ses valeurs dusages (en loccurrence, ergonomie et interactivit).

26

http://www.unitaid.eu/images/NewWeb/innofinen.pdf Citizenship 2.0 20

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Trust, Transparence et Traabilit II. 2. c. S TORY T ELLING

Le storytelling consiste matrialiser lannonce dune action ralise par une ONG, comme la distribution de mdicaments, la construction de btiments publics (coles, cliniques,...), par un tmoignage dune partie prenante directement lie cette action. La caractristique principale du storytelling est dtre plus vivant, plus agrbable lire, et donc plus impactant. De lutilisation classique dun reportage incluant plusieurs tmoignages27 pour avoir une vue globale dun projet, des utilisations moins journalistiques, le storytelling est un lment cl de transparence. En effet, un tmoignage dune personne fragile ayant bnfici du soutien dune ONG est doublement plus impactant quun tmoignage dune heureuse consommatrice anonyme vantant les mrites de sa nouvelle lessive. Premirement, il est une premire preuve de laction. Ensuite, si le storytelling met en avant des personnes bnficiaires de laide, il constitue une valuation externe de laction de lONG (ce qui ajoute une composante de tiers de confiance). Il y a deux limites consquentes au storytelling. En premier lieu, le storytelling ne manipule que des informations quantifiables (on ne peut donc pas parler de traabilit). De plus, lauthenticit du tmoignage peut tre mise en cause. Un arbitrage est oprer entre une approche du tmoignage unique, concis, percutant (et son risque de slogan publicitaire fond sur une contrefaon) et une approche plus journalistique rigoureuse et dtaille (mais noyant le message dans les lments de prcision, et donc altrant limpact du message). La qute dauthenticit (telle quavance par Michael Welsch) des contenus sur Internet, o les contenus trop lisses et markets sont suspects, doit tre un argument pour militer en faveur dun storytelling authentique, sappuyant sur les terminaux mobiles et de lubiquit associe. Selon la direction de la communication de la Croix Rouge, le storytelling est une activit trs chronophage et coteuse. Or aujourdhui, prendre une photo dun appareil mobile, et luploader sur le rseau (par courrier lectronique, oumme aujourdhui sur des sites de partage de photos) prend peine quelques minutes selon le dbit de la connexion. La qualit des clichs est alors critique. Mais quand le march des tlphones portables propose dsormais en standard des capteurs mgapixels (suffisants pour des tirages papier traditionnels 10x15cm), et quand on sait que lauthenticit des contenus est trs apprcie sur le Web, largument ne tient plus. Ainsi, la structure concurrentielle de loutput Transparence pour les ONG a permis datteindre une qualit leve, tant sur la prcision des donnes que sur leur intelligibilit pour le grand public. Les leviers de transparence ne sont donc pas ce niveau de transparence financire.

Des bnvoles comme chez Mdecins du Monde : http://www.medecinsdumonde.org/fr/temoignages, de chercheurs comme lAFM (Association Franaise contre les myopathies) : http://www.afmfrance.org/ewb_pages/e/exclusivites_telethon-virage_traitements.php Trust, Transparence et Traabilit Citizenship 2.0 21

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II. 3.II. 3. a.

TRAABILITEU N IDEAL

Rendre compltement compte au donateur de son activit implique de prouver techniquement chacune de ses actions. Dans lidal, il sagit de tracer un don du moment o il est ralis, jusqu sa conversion concrte sur le terrain. Par exemple, un donateur verrait son don converti en achat dune bote de mdicaments, quil pourrait suivre (par mapping sur Google Earth ou Google Maps par exemple) jusqu sa livraison dans un dispensaire dans le tiers-monde. Cette traabilit peut tre matrielle, montaire ou financire. Ce point des 3T est le plus sensible, il convient donc de discuter de cette potentielle innovation dans laction humanitaire. II. 3. b. E TAT DE LA TRAABILITE

La traabilit a pris ses lettres dor auprs du grand public lors de la crise de la vache folle. En rponse, lindustrie bovine amis en place un systme de traabilit allant de la production au point de vente. Une simple tiquette pose sur une oreille du bovin permet de lidentifier, coupl un identifiant de cheptel et un identifiant lors de labattage. Un identifiant composite est alors marqu sur toutes les pices issues de labattage, qui permet jusquaux circuits de distribution (grandes surfaces, restaurants,) de retrouver de manire univoque quel est lanimal dont elles sont issues. Nombre dONG exercent dans le domaine de la sant. Bien que ce cas de la traabilit pharmaceutique humanitaire soit un problme part entire, donnons quelques lments afin dillustrer les nombreuses difficults sous-jacentes. En 2006, lOMS a valu la quantit de mdicaments contrefaits entre 7 et 10% dans le monde, dpassant 30% dans certains pays du tiers-monde28. Tandis que la contrefaon sappuie sur Internet dans les pays dvelopps comme canal dimportation parallle, le tiers-monde la subit par le crime organis. Face ce flau mdical (les mdicaments contrefaits, quand ils ne sont pas ou peu actifs, peuvent aussi contenir des molcules aux effets secondaires tragiques), la mise en place dune chane de la traabilit (et donc dauthentification) est indispensable. Lutilisation de puces RFID, de codes-barres 2D, etc. permet de suivre la progression de lacheminement des mdicaments, condition que la chane logistique soit entirement en place, jusquau lieu ultime de distribution. Le Viagra (Laboratoires Pfeizer), en raison du taux lev de contrefaon le concernant, a t le premier mdicament bnficier dun systme de traabilit par puce RFID, en Janvier 2006. Cest un mouvement trs rcent, et cantonn des mdicaments ayant la fois un cot lev et un fort taux de contrefaon. Tout dabord, le cot relatif de la technologie nest pas forcment ngligeable par rapport au prix moyen du mdicament (3 selon Sanofi-Aventis). En France, ce surcot a mme cart la technologie RFID pour limpratif de traabilit

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http://www.who.int/medicines/services/counterfeit/impact/ImpactF_S/en/index.html Citizenship 2.0 22

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Trust, Transparence et Traabilit quimposera29 lAFSSAPS (Agence Franaise de Scurit Sanitaire des Produits de Sant). Au 1er Janvier 2011, tous les mdicaments soumis lAutorisation de Mise sur le March en France devront disposer dune authentification Data Matrix30 (code (code-barres 2D). Quel est le rle dune ONG dans cette mutation de la supply supply-chain pharmaceutique ? Quel est leur pouvoir tique dinfluence ? Quelle est la plus-value de la traabilit pour elles ? value On ludera les deux premires questions, tout en mettant de fortes rserves quant leur rle dans ce processus de coordination international. Bien que lgitimes en tant quintermdiaires, les ONG ne luttent lgitimes pas pour la mme cause : lenjeu nest pas tant de proclamer la protection des populations les plus faibles, mais une protection des intrts conomiques de lindustrie pharmaceutique. La traabilit de des mdicaments pour les ONG mdicales sera plutt un dividende dune coordination globale du suivi des mdicaments. Un niveau intermdiaire la traabilit matrielle ultime (celle de lidentification en tout point de la chane dun produit) est la notion dauthentification. Au lieu de scanner un mdicament en tout point de la chane authentification. (ce qui permettrait au donateur de voir o se trouve son don), il peut tre plus judicieux de considrer un processus galement bas sur une identification, qui naurait pour but que de certifier la qualit du produit, par une traabilit deux points (production/ lieu de consommation). Par exemple, le systme mPedigree31 est une solution de contrle de lauthenticit de mdicaments par lutilisateur final, qui se ralis par ralise simple envoi du code (pedigree) situ sur le rcipient par SMS. Vu le taux lev de pntration du tlphone mobile dans certains pays du tiers monde, il est tout fait envisageable de dployer cette solution. La traabilit, celle concernant le suivi du matriel Humanitaire, est un projet extrmement ambitieux, mais suivi qui derrire ses promesses cache une inadaptation structurelle des organisations humanitaires (black (black-box de la comptabilit, temps dabsorption des dons avant emploi), et un usage qui pourrait tre dcri par les pourrait donateurs qui pourraient souhaiter que plus de mdicaments soient achets au lieu de financer un surcot logistique.

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JORF n64 du 16 mars 2007http://www.gs1.fr/gs1_fr/assistance_technique/les_codes_a_barres_gs1/le_code_a_barres_gs1_datamatrix

http://www.mpedigree.org/ Citizenship 2.0 C 23

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AtoutsInstantanit et automatisation du reporting, puisquune traabilit ultime ferait entrer lONG dans lre de lInterne des Objets32 (o chaque objet trac est visible sur le rseau) Gains en authentification, augmentant la qualit (en termes de sant et de scurit) de laide apporte aux personnes fragiles

LimitesSurcot logistique, coupl aux freins dadoption sur toute la chane allant de la production la distribution des produits Pertinence, du moins dans lapproche un don un mdicament que je peux suivre , en raison du dlai dabsorption des dons bien trop lev (gnralement de 1 2 ans) entre rception du don et achat de matriel (perte de sens sur internet) Vampirisation, c'est--dire quun accident pourrait prendre des proportions dmesures puisquil serait aussitt mis au jour

Les ONG sont sans doute mal places lheure actuelle pour pousser cette technologie. La traabilit matrielle idale, mme si elle peut tre un objectif moyen ou long terme (le temps que lindustrie sen empare), nest pas un enjeu crucial aujourdhui. Non seulement les donateurs peuvent comprendre quune ONG nest pas un acteur de qui lon peut aujourdhui exiger la traabilit, mais la plus-value en terme daccountability (le rendre-compte) ne serait quagrge dans un indice valuant la quantit de matriel correctement achemin. Face cela, les frais de fonctionnements des ONG resteront encore le meilleur moyen dvaluer lefficacit dune ONG (en annexe) Il faut replacer ce problme dans ltat actuel du fonctionnement des ONG. Entre le don et le matriel daction se situe une black-box. Au-del du dlai de la conversion, il ny a pas dearmarking (affectation dun don sur un des emplois de lorganisme). Certaines collectes durgence, comme pour le Tsunami montre le problme sous-tendu par un earmarking. Parfois, trop de fonds peut contribuer aggraver une situation (fournir des colis alimentaires nuisent aux producteurs locaux). Ceci sest notamment observ lorsque Mdecins Sans Frontires a demand ses donateurs de cesser leurs dons pour le Tsunami, et leur a propos33 de les rembourser sils refusaient une raffectation de dons sur des crises oublies (seuls 0.02% des dons pour le Tsunami MSF ont t rembourss). Pour le donateur, la plus-value pour limage de lONG (et au fond, de confiance) serait que la traabilit, dans sa dimension dauthentification et de lutte contre la fraude, serait laffirmation du caractre non contrefait (et donc defficacit humanitaire) des produits quelle achemine sur le terrain.

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Linternet des Objets, quels enjeux pour les europens ? , PJ Benghozi, S. Bureau, F. Massit-Folla, 2008, http://www.voxinternet.org/IMG/pdf/IdO.pdf 33 http://www.msf.fr/2008/01/22/260/les-chiffres-des-fonds-affectes-au-tsunami-section-francaise-de-msf/ Trust, Transparence et Traabilit Citizenship 2.0 24

Trust, Transparence et Traabilit II. 3. c. T RAABILITE M ONETAIRE

Le problme dual de la traabilit montaire est la lutte contre la fraude. Le degr de traabilit montaire est donc directement li la qualit de la scurisation de la transaction. Tout comme les ONG ne peuvent pas facilement pousser technologiquement les standards de lindustrie pharmaceutique, ltat de la cryptographique des e-transactions sur les sites des ONG peut difficilement dpasser ceux de blockbusters du e-commerce comme Amazon. Des systmes reconnus comme Paypal34 ou les solutions de cryptage standards du e-commerce (protocoles de cryptage SSL35) sont des gages de scurit. Ces marques jouent dailleurs dans la relation donateur-ONG le rle de tiers de confiance, leur logo tant prsent par les ONG comme un label. II. 3. d. T RAABILITE F INANCIERE

Il est trs difficile de tracer les flux financiers. Une fois que lorganisme suit le plan comptable gnral, on peut dployer des progiciels ERP (Enterprise Ressource Planning) visant structurer est suivre les mouvements de fonds. Mais quel est lapport dune telle traabilit quand un don prend 1 2 ans avant dtre effectivement dbloqu pour une dpense ? Faible. Et dans un contexte web, nul. De plus, les dtournements de fonds, la corruption, etc., restent des enjeux dlicats notamment dans les pays bnficiant de programmes daide publique au dveloppement36, auxquels une traabilit des flux financiers saurait difficilement rpondre. Nanmoins, depuis le plan de relance amricain, une traabilit des investissements trs mdiatise lchelle des Etats-Unis a t mise en place.

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http://www.paypal.fr/ http://www.verisign.fr/ssl/ 36 Guillaume Olivier, Laide publique au dveloppement : un outil rinventer, dition Charles Lopold Mayer Trust, Transparence et Traabilit Citizenship 2.0 25

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PrsentationLadministration Obama a lanc le site recovery.gov, montrant sur une carte les montants allous au plan de relance amricain. Les chiffres sont aussi disponibles par secteurs. Il sagit en premier lieu des intentions conomiques, ce qui est plus du ressort de la transparence. Mais un reporting dont les premiers chiffres seront rcolts en Septembre prouvera les sommes alloues par notifications des bnficiaires. La socit Onvia a propos une initiativ similaire, initiative recovery.org, en proposant la premire traabilit du plan de relance par ltude des donnes disponibles sur internet et publications papiers. Ils sappuient sur une expertise dans le suivi des appels doffres publics, danalyse concurrentiel concurrentielle sur ces marchs, en montisant auprs dentreprises des fichiers de ressources publiques mais non agrgs sur le Web.

MthodologieDs Septembre 2009, les diffrentes parties prenantes des contrats de relance retenus devront fournir un reporting dtaill auprs de ladministration amricaine des sommes effectivement perues. Le dispositif fonctionne en analysant prcisment les appels doffres publics diffuss (rcolte manuelle de donnes sur Internet et dans la presse).

L, le fonctionnement de ce dispositif est beaucoup plus encourageant pour les ONG voulant montrer une traabilit financire, au vu de lchelle de linitiative amricaine. Tous les projets des ONG ne sont pas des projets dUrgence (dailleurs, rien nempche de les inclure dans une telle approche).Des budgets pour des missions sont raliss et galement suivis par des membres de ces organisations sur le terrain. Coupl lergonomie de cartes, ce suivi en temps quasi rel (moyennant un reporting des quipes sur place) est un quasi-rel levier de traabilit aujourdhui accessible et pertinent pour la traabilit des dons er dons.

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III.

POUR LIDENTITE NUMERIQUE DES DONATEURSIII. 1. T RAABILITE DES DONATEURS ET IDENTITE NUMERIQUE

La traabilit matrielle nest peut-tre pas la premire tape dans ce processus de mise en place de la traabilit. Si elle tait la preuve de la force considrable dinnovation de la part des ONG qui la dploieraient, elle nen serait pas moins prcipite. Est-ce des organismes non-profit de financer par exemple un tel dploiement de puces RFID pour tracer toutes les botes de mdicaments distribues, alors que les supply-chains de lindustrie pharmaceutique des pays dvelopps ny sont pas encore converties ? Quel est le gain rel de confiance que cette traabilit matrielle apporterait au donateur ? A quels risques sexposent les ONG dans ce projet ? Face ces nombreux doutes, la conviction de devoir mettre (temporairement) cette traabilit matrielle de ct est forte. Nous avons vu que la traabilit peut avoir lieu sur diffrents points de la chane du don. La transaction online est dj scurise, les actions, si elles ne sont pas traces matriellement, sont toutefois transparentes. Les financements de projets sont traables techniquement, en suivant le cas de Recovery.org. Mais en amont de la chane du don, avons-nous dj parl de tracer le donateur ? Nous avons vu que la notion de confiance implique un lien troit, dautant plus que lon volue dans un environnement virtuel. Or aujourdhui, le seul lien existant entre le donateur et lONG laquelle il a accord un don est un mail de remerciement (non personnalis), et un contact ultrieur sous forme dune newsletter. Nous proposons, en parallle dune transparence modernise (en tirant profit de lutilisation facilite du reporting dinformations du terrain, messages, photos, vidos,, et dune traabilit financire similaire au plan de relance amricain), daccorder au donateur une relle identit numrique. Tracer les donateurs est bien plus simple aujourdhui, innovant (sur le Web des ONG) et potentiellement un levier de confiance et de mobilisation aisment accessible. La traabilit implique de donner une identit aux lments que lon souhaite suivre, ainsi, fournir une identit numrique aux donateurs en est la cl. Tout comme Amazon fournit un compte client ses e-acheteurs, les ONG doivent fournir un compte donateur leurs soutiens individuels. Son identit numrique permettra denregistrer (le CRM aidant) ltat civil du donateur, sa golocalisation, les dons raliss, les dates daction, les sujets de prdilection du donateur (suivi de sa navigation), La transparence cre sera gage de confiance, puisque le donateur ne sera plus un internaute comme un autre, mais le donateur dont on sait le patronyme et les efforts pour lutter pour les plus grandes causes humanitaires.

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Trust, Transparence et Traabilit III. 2. M YTHE , RITE , TRIBU ET DONATEUR

Quelle est la place du donateur dans des organismes tels que des ONG ? Actuellement, il nest que contributeur financier, ce qui le place au rang de simple ressource. Pour appuyer largument de lidentit numrique du donateur, nous en appelons la thorie de lOrganisation Militante37 de Franois Rousseau. Franois Rousseau, chercheur lEcole de Paris, milite pour une grille de lecture propre aux organismes de solidarit (mutuelle, associations, ONG,). Ces organismes, en plus de la gestion de flux financiers et matriels grer (comme une entreprise traditionnelle), doivent en plus grer le sens de son action. Cette thorie repose sur un triptyque "Mythe, rites et tribus" : Mythe : renvoie au projet inaccessible, tel qu'radiquer la pauvret dans le monde, c'est l'intention poursuivie Rites : actions tangibles dployes par l'organisation Tribus : collectif des militants ralisant les rites permettant de les reconnatre, et ports par le mythe La reprsentation de ce triptyque est la suivante : Le triangle reprsente limpact socital, tangible, de lorganisation. Le cercle circonscrit reprsente le sens, dans sa dimension intangible. Par exemple, l'association "les Restos du Cur", qui pourrait tre vue comme une entreprise de restauration collective vu le nombre de repas qu'elle distribue (80 millions de repas en hiver 2006/2007), doit bien tre analyse par cette grille. Le mythe est celui que Coluche a pos la cration, celui que personne ne doit avoir faim dans le monde. Il a personnifi de manire tangible ce mythe. Les rites sont ceux de la distribution de repas (dimension tangible du service), crant du lien social entre bnvoles et bnficiaires. La tribu est celle des bnvoles qui collectivement distribuent des repas, sachant que chacun a des raisons qui lui sont propres d'agir. Ainsi, le triangle reprsente les outputs (rsultats) de lorganisme, et le cercle, ses outcomes (effets). Dans ce cadre, le donateur nest plus considr comme input. Il partage le mythe (passage lacte du don), il peut donc faire partie de la tribu, grce llaboration de rites qui lui sont propres. Pour ce faire, nous devons expliciter la mthode adopter pour dpasser le stade de simples ressources pour lONG.

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Franois Rousseau, L'organisation militante, Revue Internationale de lconomie Sociale, RECMA, n 303, mars 2007, pp.44-66 Citizenship 2.0 28

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Trust, Transparence et Traabilit III. 3. L E MODELE C ITIZENSHIP 2.0

Nous introduisons le modle Citizenship 2.0 . La question derrire la problmatique de confiance et de traabilit des dons touche directement limplication de citoyens pour une cause. Nous affirmons quun cosystme fond sur un rseau social de donateurs autour de la cause dfendue par une organisation non-profit est le vecteur dune nouvelle relation de confiance. En plus de la confiance acquise par la reconnaissance du donateur via son identit numrique, cette traabilit du donateur est un outil fort en matire de mobilisation. La possibilit de connecter les identits numriques dans les plateformes de rseaux sociaux, de permettre la prise de conscience de lexistence dune communaut de donateurs, de permettre les interactions entre ces donateurs, voire leur collaboration pour participer au fundraising de lONG, est une opportunit saisir. Les usages seraient tout dabord ceux des rseaux sociaux tels quon les connat : des plateformes o les utilisateurs partagent un centre dintrt. Ils y puiseraient lactualit du monde du dveloppement, avec la fois ltat des lieux de la situation humanitaire mondiale, et lavance des projets tels que ceux soutenus par lONG, ce qui apporte une nouvelle dimension de transparence et daccountability (savoir rendre compte). Lagrgation de contenus varis, touchant aux problmatiques de lHumanitaire et du Dveloppement, seraient le carburant de ce rseau social, en plus des convictions de ses membres... De plus, ils y trouveraient les moyens dune mobilisation forte, en suivant les modles dempowerment du site de campagne dObama, par exemple. Ce triple usage (communautaire, empowerment, informatif) serait dautant plus innovant que les ONG reconnatraient enfin leurs donateurs, leur feraient confiance pour participer au fundraising et la mobilisation gnrale, et enfin, leur rendraient compte de lavance de tous leurs projets grce la puissance.

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Le projet "Citizenship 2.0" est une initiative de Think Digital, Think Tank de Cap Digital. " Il a pour objectif d'esquisser, de dfenir et d'expliciter collectivement les contours d'un Web plus social, d'un Web d' , d'engagement et degnrosit.

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