Tertuliano French

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Tertuliano en francés

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TERTULLIENCONTRE PRAXAS,ouSUR LA TRINIT.[Traduit par E.-A. de Genoude]I.Le dmon s'y prend de plusieurs manires pour contrefaire la vrit. Il affecte quelquefois de la dfendre pour mieux l'branler. Il prche un seul Dieu, Pre tout-puissant, Crateur de l'univers, afin de susciter une hrsie l'occasion de cette unit. Il soutient, par exemple, que c'est le Pre qui est descendu dans le sein d'une Vierge, lui qui est n d'elle, lui qui a souffert, en un mot, lui qui est Jsus-Christ. Le serpent s'est mis en contradiction avec lui-mme. Il oublie qu'au moment o il tenta Jsus-Christ, que Jean venait de baptiser, il l'aborda comme Fils de Dieu, certain que Dieu avait un Fils, ne ft-ce que par les Ecritures, en vertu desquelles il essayait de le tenter: Si vous tes le Fils de Dieu, commandez que ces pierres deviennent des pains; et encore: Si vous tes le Fils de Dieu, jetez-vous en bas, car il est crit qu'il vous a confi ses anges, le Pre apparemment, pour qu'ils vous portent dans leurs mains, et de peur que votre pied ne heurte contre la pierre. Ou bien, peut-tre qu'il a reproch aux Evangiles leur mensonge, en disant: Qu'importe Matthieu! qu'importe Luc! Quant moi, |178 c'est Dieu lui-mme que j'allai trouver; c'est le Tout-Puissant en personne que je tentai en face. Voil pourquoi je l'abordai; pourquoi je le tentai. D'ailleurs, si Dieu avait un Fils, je n'aurais jamais daign le tenter. C'est le dmon plutt qui est menteur ds l'origine, lui est l'homme qu'il infecte de son poison, tel que Praxas, par exemple.Praxas, en effet, transporta le premier de l'Asie Rome ce genre de perversit, homme d'un caractre inquiet, enfl par l'orgueil du martyre, pour quelques moments d'ennui dans une prison de quelques jours, a lors mme que, s'il et livr son corps aux flammes, il n'aurait rien gagn, puisqu'il n'a pas l'amour de Dieu, dont il a dtruit les dons. L'vque de Rome reconnaissait dj les prophties de Montan, de Prisca et de Maximilla, et par cette reconnaissance il donnait la paix aux Eglises d'Asie et de Phrygie, lorsque Praxas, en lui rapportant des choses controuves sur les Prophtes eux-mmes et leurs glises, et en dfendant l'autorit de ses prdcesseurs, le fora de rvoquer les lettres de paix qui taient dj parties, et le dtourna du dessein qu'il avait de recevoir les dons nouveaux. Praxas Rome rendit donc un double service au dmon; il chassa la prophtie et il introduisit, l'hrsie; il mit en fuite le Paraclet, et il crucifia le Pre. L'ivraie seme par Praxas avait fructifi; car elle avait t jete ici o nous sommes pendant que le grand nombre dormait, dans la simplicit de la doctrine; dnonce ensuite par celui qu'il plut Dieu d'y employer, elle paraissait entirement arrache. En un mot, l'hrtique s'tait prcautionn contre le pass; il devint docteur aprs sa rtractation; l'acte qui la constate est encore entre les mains des Psychiques, devant qui la chose eut lieu; depuis silence absolu. Quant nous, la connaissance et l'admission du Paraclet nous spara depuis des Psychiques. Mais cette ivraie avait rpandu sa graine. Aprs s'tre cache pendant quelque temps, par l'hypocrisie, sous une vitalit |179 qui chappait tous les regards, la voil qui fait invasion de nouveau. Mais elle sera de nouveau dracine, s'il plat au Seigneur, dans le temps prsent; sinon toutes les moissons adultres seront rassembles en leur jour, et brles dans des flammes inextinguibles avec tous les autres scandales.II.C'est donc le Pre qui naquit dans le temps, le Pre qui souffrit. Jsus-Christ, que l'on prche, n'est pas autre chose que Dieu lui-mme, que le Seigneur tout-puissant. Ainsi le veut Praxas. Quant nous, dans tous les temps, mais aujourd'hui surtout que nous sommes plus clairs encore par le Paraclet qui enseigne toute vrit, nous croyons en un seul Dieu, mais avec la dispensation ou l'conomie, comme nous l'appelons, que ce Dieu unique ait un Fils, son Verbe, procdant de lui-mme, par qui tout, a t fait et sans qui rien n'a t fait. Nous croyons qu'il a t envoy par le Pre dans le sein d'une Vierge, qu'il naquit d'elle tout la fois homme et Dieu, Fils de l'homme et Fils de Dieu, que son nom est Jsus-Christ, qu'il souffrit, qu'il mourut, et qu'il fut enseveli, selon les Ecritures, qu'il fut ressuscit par le Pre, et que, remont dans les cieux, il s'assied sa droite, pour en redescendre un jour afin de juger les vivants et les morts. Nous croyons que de l il a envoy ensuite, conformment sa promesse, l'Esprit saint, le Paraclet du Pre, pour sanctifier la foi de ceux qui croient au Pre, au Fils et l'Esprit saint. Que ce symbole nous ait t transmis ds le commencement de l'Evangile, mme avant les premiers hrtiques, plus forte raison avant Praxas, qui est d'hier, la postriorit des hrtiques aussi bien que la nouveaut de Praxas, qui est d'hier, va le prouver. De l donc il sortira contre toutes les hrsies la lgitime prsomption que ce qui est le premier est vritable; que ce qui est altr, c'est le second. Mais indpendamment de cette prescription, pour instruire comme pour prmunir quelques-uns, il faut |180 engager la discussion, ne fut-ce que pour empcher de dire que toute doctrine errone est condamne sur une simple prsomption, et non aprs avoir t examine, surtout la doctrine qui se vante de possder la vrit pure, en s'imaginant que la seule manire lgitime de croire l'unit de Dieu, c'est de confondre dans une seule et mme personne et le Pre et le Fils et l'Esprit saint; comme si un seul n'tait pas tout, quand tout drive d'un seul, en gardant nanmoins le sacrement de l'conomie qui divise l'Unit en Trinit, o nous distinguons trois personnes, le Pre, le Fils et l'Esprit saint. Ils sont trois, non pas en essence, mais en degr; non pas en substance, mais en forme; non pas en puissance, mais en espce; tous trois ayant une seule et mme substance, une seule et mme nature, une seule et mme puissance, parce qu'il n'y a qu'un seul Dieu duquel procdent ces degrs, ces formes et ces espces, sous le nom de Pre, de Fils et de Saint-Esprit. Comment admettent-ils le nombre en rejetant le partage? La discussion va le prouver mesure qu'elle avancera.III.Les esprits simples, pour ne pas dire les ignorants et les hommes sans instruction, qui forment toujours la plus grande partie de ceux qui croient, en voyant la rgle de la foi faire passer l'homme de la multitude des dieux du sicle au Dieu unique et vritable, oublient que non-seulement il faut le croire unique, mais avec son conomie tout entire, et se dconcertent l'aspect de cette conomie. Ils prennent pour la division de l'Unit le nombre et la disposition de la Trinit, tandis que l'Unit drivant d'elle-mme, la Trinit, loin de s'anantir ainsi, est administre par elle. Vous prchez deux et mme trois Dieux, nous crient-ils; quant eux, ils se disent les adorateurs d'un seul Dieu, comme si l'Unit, rduite elle-mme hors de toute raison, ne constituait pas l'hrsie, de mme que la Trinit, raisonnablement comprise, constitue la vrit. Nous sommes pour la monarchie, rptent-ils. Et |181les voil prononant ce mot en vritables Latins, en vritables Opiques, afin de nous convaincre sans doute qu'ils comprennent la monarchie aussi bien qu'ils l'articulent.Mais, Latins, ils s'appliquent prononcer monarchie; Grecs, ils ne veulent pas mme comprendre le sens d'conomie. Quant moi, si j'ai recueilli quelque notion des deux langues, la monarchie, mon sens, ne signifie pas autre chose que le commandement d'un seul. La monarchie, toutefois, n'exige pas imprieusement que, reprsentation du gouvernement d'un seul, celui auquel appartient le pouvoir n'ait pas de fils, ou devienne soi-mme son propre fils, ou enfin qu'il n'administre pas sa monarchie par qui bon lui semble. Il y a plus, j'affirme qu'aucune domination n'est tellement la domination d'un seul, tellement une domination singulire, tellement monarchie enfin, qu'elle ne soit administre par d'autres personnes, rapproches d'elle-mme, et dont elle fait ses auxiliaires. Mais si le matre de la monarchie a un fils, la monarchie ne sera point divise et ne cessera point d'tre monarchie, parce qu'il aura associ ce mme fils son pouvoir. Loin de l; elle appartient avant tout celui qui en dlgue une partie son fils, et en tant lui, la monarchie possde par deux personnes si uniques subsiste toujours. Consquemment, si la monarchie divine est administre par tant de lgions et tant, d'armes d'anges, ainsi qu'il est crit: Mille millions le servaient, et dix mille millions taient devant lui, sans toutefois avoir cess d'tre le pouvoir d'un seul ni avoir perdu le caractre de la monarchie, parce qu'elle a pour ministres tant de milliers de vertus, quelle absurdit de prtendre que la Divinit va sembler partage et dissmine dans le Fils et dans l'Esprit saint, qui obtiennent le second et le troisime rang, et d'ailleurs participent la substance du Pre, tandis qu'elle ne souffre ni partage ni dissmination dans cette multitude incommensurable d'anges, qui n'ont rien de commun avec sa substance! Les membres, les fils, les |182 instruments, la vertu elle-mme, toute la substance enfin de la monarchie, en sont l'anantissement, dis-tu. Erreur! J'aime mieux que tu t'exerces au sens de la chose qu' l'articulation du mot. Tu ne dois regarder la monarchie comme dtruite, que si on lui ajoute une domination d'une nature et d'une essence particulire, et qui consquemment devient sa rivale; que si on introduit un autre dieu oppos au Crateur. C'est un blasphme impie que de reconnatre plusieurs dieux avec les Valentin et les Prodicus. C'est dtruire la monarchie que d'anantir le Crateur.IV.Pour moi qui ne drive le Fils que de la substance du Pre, puisque le Fils ne fait rien sans la volont du Pre, et que le Pre lui a donn toute puissance, comment puis-je de bonne foi dtruire la monarchie que je conserve dans le Fils, dlgue au Fils par le Pre? J'en dis autant du troisime degr, parce que l'Esprit ne procde pas d'ailleurs que du Pre par le Fils. Prends garde plutt que ce ne soit toi qui dtruises la monarchie, toi qui en renverses la disposition et l'conomie