Tem 10 Mayotte Doublepages

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Mayotte Cauchemars dans un décor de rêve Clandestins : les bannis de la République française Avenir : la départementalisation en questions Société : l’incompréhension entre communautés Tourisme : le désert Supplément réalisé par Alexis Hontang, avec Nicolas Barriquand Extramuros - N°10 - supplément Mayotte
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    02-Dec-2015
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Cette article pointe du doigt les principaux problèmes sociopolitiques à Mayotte:Clandestin,Avenir,Tourisme,Société.

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  • MayotteCauchemars dans un dcor de rveClandestins : les bannis de la Rpublique franaise Avenir : la dpartementalisation en questions Socit : lincomprhension entre communauts Tourisme : le dsert

    Supplment ralis par Alexis Hontang, avec Nicolas Barriquand

    Extramuros - N10 - supplment Mayotte

  • InstantansII III

    Une tude sociologique en bande dessine. Lau-teur, Charles Masson, mdecin rsidant la Runion qui se rend rgulirement Mayotte, croise les destins dune clandestine malgache, dun Mzungu employ SFR ou encore dune femme como-rienne enceinte entasse sur un kwassa-kwassa pour, elle lespre, donner la nationalit franaise son enfant en accou-chant Mamoudzou. Les rap-ports entre communauts sont abords sans complaisance : incomprhension culturelle entre le mtropolitain et son pouse native de lle, exploi-tation dune clandestine par une famille mahoraise, abus de trop jeunes soussous par de vieux Blancs libidineux Droit du sol se lit comme on prend une claque dans la figure. Pes-simiste certes, mais dramati-quement fidle la situation observe par Typo. Vu les piles dexemplaires en vente dans les quelques librairies de Mamou-dzou, louvrage a rencontr un certain cho Mayotte.

    Droitdusol,CharlesMasson,Casterman,24.

    Droit du sol de Charles Masson

    Un livre

    Rien voir avec le cervid canadien. Ce mot signifie Bienvenue en swahli, lune des deux langues parles Mayotte. Inscrit au nez des avions qui assurent la liaison Runion-Mayotte, au fronton des commerces dans les rues de Mamoudzou, partout caribou accueille le visiteur. Autres marques de bienvenue, les colliers de fleurs, en nombre laroport de Pamandzi et les mbiwi , petits btons de bambou que les femmes mahoraises frappent en rythme.

    CARIBOU

    Mahorais : Natif de lle

    de Mayotte

    Mzungu : Mtropolitain

    blanc , qui habite Mayotte

    Clando : Diminutif familier pour dsigner les clandestins, pour la plupart, des Comoriens dAnjouan, Mohli ou Grande Comore, les trois autres les de larchipel. Quelques-uns ar-rivent de Madagascar.

    Soussou : Prostitue

    Bwni: Madame en swahli.

    Kwassa-kwassa : Frles

    embarcations utilises par les clandestins pour rejoindre de nuit Mayotte depuis Anjouan.

    Swahlietshibushi : Langues de Mayotte. Pour dsigner la premire, plus rpandue, on emploie abusivement le mot shimaor qui signifie littralement langue ma-horaise . La seconde sappa-rente au malgache.

    Salouva : Tissu traditionnel, souvent aux couleurs vives, qui constitue lhabit tradition-nel des femmes de larchipel des Comores.

    Parlez-vous Mayotte ?

    Petit lexique en vigueur dans lle

    Moderne, spacieux et vide. Le front de mer de Mamoudzou sest dot dun march couvert flambant neuf, mais, pour le moment, inex-ploit, alors que les vendeurs de fruits et de vtements sen-tassent ses abords dans des bicoques en tles. En cause ? La frilosit des institutions selon Upanga, le journal poil gratter de lle. Ni la mairie de Mamou-dzou, ni le Conseil gnral qui a financ la construction de ldi-fice ne candidatent la gestion de lquipement la rentabilit incertaine. Sans compter quil gnrera des conflits : il ny aura pas de place pour tous les com-merants de lactuel march.

    March vendre

    Roulez jeunesse !

    La course de pneus ! Le sport mahorais par excellence. Sur les trottoirs, les terrains vagues ou dans les bourgs, des bandes de gosses roulent un pneuma-tique laide de deux bambous. Chaque anne, dbut juillet, se tient le Grand prix de la course de pneus.

    MA

    YOTT

    E

    Crainte et redoute. La scolopendre (nom abusivement masculi-nis), cest la bte noire de lle. lallure dun mille-pattes, cet insecte menaant qui se faufile la nuit sous les moustiquaires inflige ses victimes une rude piqre. Mzungus, Mahorais ou clandestins, chaque habitant de Mayotte ou presque la crois un jour sur son che-min. Dans le cou, sur le mollet ou la cuisse. Tous dcrivent une dou-leur digne dun coup de poignard . Rien de mortel pour autant. La scolo cest son petit nom provoque juste, parfois, des gonflements pour les personnes allergiques.

    Gare la scolo !

    En schant, la crme jau-ntre craquelle. Les bwni ( madame en swahli) recouvrent quotidiennement leur visage de cette mixture obtenue par le frottement de poudre de bois de santal sur une pierre de corail. Le masque, ou mtsinzano , protge leur peau des agressions du soleil et des insectes.

    Le masque des bwni

    GOGRAPHIESuperficie : 376 kmPopulation (2007) : 186 452Densit : 496 hab/km Ville principale : Mamoudzou (53 022 habitants) Gentil : Mahorais(e)SOCIALLangues : franais, swahili, shibushiReligion principale : Islam 95 %Indice de fcondit : 6,4 enfants par femmeEsprance de vie : 74 ans (2004)CONOMIEProduit intrieur brut : 610 millions deuros (2001)Taux de chmage : 26,4 % (en 2007)Taux dinflation : 2,9 % (2009)SMIG mahorais : 1 002,17 (au 1er juillet 2009)POLITIQUEStatut : Collectivit dpartementale doutre-mer (dpartement en 2011)Prfecture : MamoudzouPrsident du Conseil gnral : Ahmed At-toumani Douchina (UMP)Dput : Abdoulatifou Aly (MoDem)HISTOIREVIIIe sicle : premires migrationsFin XVe sicle : tablissement du sultanat de Mayotte par Attoumani Ibn Ahmed1503 : dcouverte de lle par les PortugaisDu XVI au XIXe sicle : fortes rivalits entre les sultanats de larchipel des Comores25 avril 1841 : Le sultan Andriantsouly cde Mayotte la France pour un millier de piastres et une rente verse vie.1846 1886 : La culture du sucre connat son ge dor1904 : tablissement du protectorat des Comores avec Mayotte, Anjouan (colonis en 1866), Grande-Comore (1886) et Mohli (1886).1956 : Dbut du processus dautonomie des Comores. 1958 : Transfert de la capitale du gouverne-ment de Dzaoudzi Moroni (Grande-Co-more). 22 dcembre 1974 : Ltat consulte les Co-moriens, le par le, sur leur indpendance. Mayotte se distingue en la refusant .6 juillet 1975 : Cration de lUnion des Co-mores. Mayotte reste franaise, malgr les revendications de Moroni. LONU condamne la France, coupable d occupation illgale de territoire .24 dcembre 1976 : Mayotte devient une Collectivit territoriale (CT).1995 : Le gouvernement Balladur instaure le visa pour entrer Mayotte. Des milliers de Comoriens deviennent clandestins.13 juillet 2001 : La Collectivit dpartemen-tale succde la CT.29 mars 2009 : Dpartementalisation (pr-

    vue pour 2011) vote 95,2 %. u

    Mayotte ? Cest o, a ? Dans lar-chipel des Comores ? Elle est o la France l-dedans ? Larrive sur le tarmac de Pamandzi confirma mes at-tentes : en dbarquant Mayotte, cest un autre pays que je dcouvre. 25 % des Ma-horais parlent la langue de Molire correc-tement. Et 100 % dentre eux revendiquent firement leur carte didentit bleu-blanc-rouge. NoussommesFranaisdepuispluslongtemps que Nice et la Savoie (Mayotte est franaise depuis 1841, NDLR.), NousseronsundpartementcommelaLozre!.

    Lanachronismejouanais ou les Mohliens quinontrienvoiravecnouspart le faitque lonpar-tagelammelangueetlammeculture.Le paradoxe ma dautant plus marqu au contact de ces Comoriens clandestins. Mes interlocuteurs maniaient brillamment notre langue et se rclamaient eux aussi de la France. Je suis Franais par les valeurs,pasparlespapiers,avait cri lun dentre eux aux agents de la Police aux frontires. Le dcalage ma longtemps boulevers. Com-ment un mme peuple car les Mahorais sont culturellement, gographiquement et historiquement des Comoriens peut-il se

    Repres Mayotte Lditopar Alexis

    Hontang

    Pourquoitiennent-ilsautanttreFranais?ParcraintedtreannexparlUniondesComores,quirevendiquetoujoursMayotte.Ces arguments passent en boucle sur les lvres des politiques locaux. Ils vont bien-tt se trouver des liens de parent avec Vercingtorix. Pourquoi tiennent-ils autant tre franais ? Par crainte dtre annexs par lUnion des Comores, qui revendique

    dtester ce point ? En voulant conserver un point stratgique dans le canal du Mozambique (que ne ferait-on pas pour ressasser notre empire colonial ?), la France a sem la pagaille dans larchipel. Dabord en 1958 (refus de lind-pendance par les Comores), puis

    en 1974 (rfrendum qui ancre Mayotte dans le giron franais), en 1995 (instauration dun visa pour les ressortissants de lUnion des Comores qui se rendent Mayotte) et enfin en 2009, en accordant le statut de DOM un territoire qui ne rclamait que a.

    CommentunmmepeuplecarlesMahoraissont

    culturellement,gographiquementethistoriquementdesComoriens

    peut-ilsedtestercepoint?

    toujours Mayotte. Si les colons avaient t amri-cains, leur argument aurait t : Nous appartenonsaux tats-Unis depuis pluslongtempsqueleTexas(rat-tach en 1845, NDLR.)!.

    Leur haine envers les Comoriens ma frapp tout au long du voyage. Il fallait voir Zaina Mresse, symbole de lattachement de Ma-yotte la France, vocifrer contre les An-

    Nombreux sont les Mahorais instruits dou-ter de la dpartementalisation. Comment dit-on lucidit en swahili ? u

    Merci ! Cette aventure extra-muros naurait pas pu se drouler aussi bien sans le concours de nom-breuses personnes. Nous tenons ici les remercier.

    Merci Delphine et Franois, ainsi quaux autres Mzungus de Tsoundzou 1 pour leur hospita-lit, Karen pour sa cactus-gurison, Jean-Paul Aniel, la famille Peulot et en particulier Quentin, aux clandestins qui nous ont accord leur confiance, en particulier A.S., Miftahou, J. et sa cousine, ainsi qu nos interlocuteurs qui ont dpass la langue de bois, Olivier Morin et ses enfants, Assiati et son papa Bacar Abdou pour un djeuner sur la route. u

  • SosytIV 18ClandestinsM

    AYO

    TTE V

    Sous sa salouva, un maillot de football. Celui de lquipe de France. Lela* est arrive il y a trois jours Mayotte bord dun kwassa-kwassa. Elle avait dj vcu dans lle durant six ans avant une pre-mire expulsion. Pour voquer la traverse prilleuse dans ces embarcations de linfor-tune, cette grande Comorienne dune tren-taine dannes se recroqueville, les genoux plis sur sa poitrine. Jtais dans cetteposition, explique-t-elle dans un franais hsitant. Durant le trajet Anjouan Ma-yotte (les deux les sont distantes de 70 ki-lomtres, NDLR.), noustions26personnes,dontdesenfants.Jaipay260.Sauf que les passeurs lont dpose sur llot MTzam-boro, un bras de mer du continent . Des pcheurs mahorais ont pris leur suite. Cinq minutes de navigation pour la somme de 200 . Cenestpasfini.Surterre,nousappelonsnosfamillesrespectives,quiorga-nisentparfoisdesbusconduitspardesMa-horais.Jerajoute10.Cestmkara, mkara ! (lesmagouillesen swahili, NDLR.).

    Plus de 450 . Chaque anne, des milliers de clandestins monnayent ce prix lentre sur le territoire franais. Tous nont pas eu la chance de Lela. Certains sont ramasss par les agents de la Police aux frontires (PAF) ; dautres environ 500 par an prissent au cours de la traverse. Ce petit bout de mer est dsormais connu comme le plus grand cimetire marin de locan Indien . Surlessixpremiersmoisdelanne2009,nousavonsprocd139interceptionsdekwas-

    sasentrants,167arrestationsdepasseursainsiqu3182capturesdESI, se flicite Patrick Valayer, directeur adjoint de la PAF. Dans le langage administratif, un clandestin est un ESI, cest--dire untrangerensituation irrgulire . Dshumanisation ? Le mot clandestin relve de lide dunerpression juridique et politique, sexplique Christophe Peyrel, secrtaire gnral de la prfecture de Mayotte. Le sigle ESI cernebien le rel statut de ces personnes-l : ilsnesontpasdescriminels!Juste des hors-la-loi, coupables dentre illgale sur le sol franais.

    Parce quelles sont voisines, les quatre les de larchipel des Comores ont toujours fait lobjet de flux entre elles. Une mme famille peut tre cartele entre Anjouan, Grande-Comore, Mayotte et Mohli. Lapplication, le 1er janvier 1995, du visa impos aux Como-riens pour se rendre Mayotte la Franaise a boulevers lquilibre de larchipel. Depuis, les populations entrant ou vivant sur lle sans visa ni carte de sjour sont consid-res comme hors-la-loi. Aujourdhui, sur les 186 000 habitants de lle, au moins 40 000 soit un clandestin pour cinq personnes vivent en situation irrgulire selon les esti-mations de lInsee.

    Un pilier invisible

    Parmi eux, donc, Lela. Pour gagner sa vie, elle travaille chez des Mahorais. Cuisine,repassage,mnage Je fais tout, dit-elle sur un ton des plus neutres, comme acca-

    ble par le fatalisme. Mes horaires : 6h-18hsanspause, six jours sur sept. Ilsmin-terdisentdemenourrirchezeux. Jetouche150parmois.. Le tout, sans tre dcla-re bien entendu.Le travail au noir consti-tue lunique ressource de ces clandestins. BTP, agriculture, pche, tches mnagres Les Comoriens occupent les domaines d-laisss par la population locale, jusqu de-venir un pilier invisible de lconomie de Mayotte. LesMahoraisetlesMzunguslesexploitent!Lesclavageexistevraiment ici ! sinsurge Jean-Michel Clerc, directeur de la seule agence Ple Emploi de lle.lafinduchantier, nombreux sont les entrepreneursquirefusentdepayerleursouvriersclandes-

    tins.Sicesderniersserebellent,ilsappellentdirectement la PAF ! MHamadi Abdou, premier vice-prsident (Nouveau Centre) du Conseil gnral, contre-attaque en affir-mant catgoriquement que lesComoriensne composent pas le fondement de notreconomie.Avant leur arrive, lesMahoraisvivaientdjdansdesmaisonsendur;lletait mme en autosuffisance alimentairegrcenosriziresetnotreagriculture!

    Micheline* est la cousine de Lela. Elle vit Mayotte depuis 1999. En dbardeur blanc, explicitement chancr, une cigarette sou-vent la bouche, cette originaire de lle de Grande-Comore, 27 ans, se prostitue pour

    vivre. Les bars du Picolo ou de la Gele, la fameuse bote de Mamoudzou, constituent ses lieux de travail. ladiscothque,ilyatropde jeunettes. La concurrencenestpasloyale ! , se plaint-elle. Elle ne fait quef-fleurer la nature de ses activits nocturnes. Lesgenslesaventcausedemamanirede mhabiller. Jai les paules dnudes,alorsquuneMahoraiseporteunesalouva, concde-t-elle. Comme sa cousine, Miche-line a t victime du comportement ddai-gneux des autochtones mahorais envers leurs frres clandestins. Mes clientsdeMayotteexercentsurmoiduchantage: soit cest dzini (sexe fminin en swahili, NDLR.), soitjappellelaPAF .

    60 par mois pour 9 m

    Elle vit cache dans un bidonville de MTsa-pr. Sa case de tle se situe au bord dun chemin dfonc en terre battue. Lextrieur est misrable, mais se fond parfaitement dans ce paysage de banlieue de Mamou-dzou. Aprs avoir franchi deux marches btonnes, un intrieur de 9 m, douillet, tranche avec lenvironnement extrieur. gauche, un lit baldaquin recouvert dune moustiquaire sur laquelle sont brods des oiseaux. Un peu plus loin, une gazinire. droite, un canap envelopp dun tissu vert, devant une table basse. Il est bord dun frigidaire et dun vaste cran plat, assis sur

    Un habitant sur cinq vit en situation irrgulire. Ils par-

    lent la mme langue, partagent la mme culture et la

    mme histoire que les Mahorais, mais les Comoriens

    ne sont pas les bienvenus Mayotte la Franaise. Entre

    coups de filet de la Police aux frontires, prostitution et

    kwassa-kwassas, rencontre avec ces destins tragiques.

    Les bannis de la Rpubliquepar Alexis Hontang

    Cetteclandestinetravaillesixjourssurseptdansunefamillemahoraise-cuisine,repassage...-pour150parmois.

    V

  • MA

    YOTT

    E ClandestinsVI

    Pamandzi,lentreducentredertention.Lesfamillesdesclandestinsretenusleurapportentquelquesvtementsetdelargent.

    LesruesdeKawni,leplusgrandbidonvilledelle,enbanlieuedeMamoudzou.Icisentassentdesmilliersdeclandestinsdansdesmaisonsentle.Lespneussontutilisspourretenirlaterredecequartierenpente.

    VII

    une pile range de cassettes. Jeloue60cettepiceunAnjouanaisquiaobtenulanationalit franaise , confie la locataire. Elle numre : 48pourlesatellite30pourleportable30pourpouvoirseser-vir la fontaine publique qui fonctionnepar carte Heureusement que la facture dlectricit le logement ne compte quune ampoule basse consommation est in-cluse dans le loyer. Car Lela, elle, dpense 30 pour la seule lumire de chez elle. Jecohabitedansunemmecaseavecplusieursautresclandestins.Quandlepropritairere-oitsafacturede30(elle correspond la consommation de lensemble des locataires, NDLR) il fait payer cette somme individuel-lementchacundentrenous.Ilentiredesbnficesincroyables!, accuse-t-elle.

    Des rafles dans quartiers cibls

    Micheline a le temps de soigner le dcor de son foyer : elle reste la trs grande majo-rit de son temps chez elle. La crainte dun contrle didentit inopin des forces de lordre la hante ds quelle sort. Ils arr-tent les taxis, organisent des rafles dansdes quartiers cibls, arrtent les gens dansles rues , soupire-t-elle. Une fois, jemebaladaisKawniavecmoncopainmzunguquand quatre policiersmahorais de la PAFmont arrte. Ils lui ont alors demand

    400pourchacundentreeuxpourmerel-cher.Ilapay, se remmore-t-elle. Nou-vellehistoire, il yaquelques jourspeine.Jemarchais avec Lela au bord de la routeversPassamainty.UnevoituredelaPAFar-rive.Encoreunefois,jemesuissauverapi-dement,prenantunscooterenauto-stop.Lela raconte la suite : Lespoliciersmin-terpellent.Jeleurdis: Ne marrtez pas ce soir. Demain matin, cest bon . Interloqus,ilssenvont.Troisjoursplustard,lesmmesagentsmarrtentchezmoi. Cest bon, tu peux venir ,mont-ilsintim.Etjesuismon-teaveceuxdanslavoiture.

    Sen suit la traditionnelle procdure. Inter-rogations et relevs dempreintes digitales au commissariat de Mamoudzou avant de dbarquer au Centre de rtention adminis-trative (CRA) de Pamandzi, Petite-Terre. Dans le langage des clandestins, le CRA est plus communment appel le peloton . Mamoudzou, jai donn un faux nom, avoue Lela.Silsmattrapenttroisfoisaveclamme identit,cest linterdictiondeter-ritoire!Autantgarderquelqueschancesdemon ct .Au peloton, jai dormi deuxnuits par terre dans une salle infeste demoustiques .Moins dune semaine aprs son expulsion, elle a repris le kwassa-kwassa pour Mayotte. Cestcommeuntaxi! , iro-

    nise-t-elle. Selon la PAF, 40 % des ESI ramas-ss en mer sont des rcidivistes.

    Un scoop qui nen est pas un

    Autre clandestin avoir connu les affres du CRA, Miftahou (lire son histoire page VIII) : Quand les policiersmont plac au pelo-ton, je souffrais dun dcollement de la r-tine.Jesouhaitaisappelerundocteuretdesproches.Lesagentsmerefusaientlaccsautlphone.Ilsmematraquaient!Pourman-ger, puisque la nourriture tait contenuedansunseulgrandrcipient,ontaitlesunssurlesautres.Des associations, comme la Cimade, qui a accs au centre, dnoncent rgulirement les conditions de rtention.

    Du ct de Pamandzi, Patrick Valayer loue les mrites de ladministration actuelle qui asumettreuntermeaulaxismedupass.unepoque,onestmont180rtention-nairesdansuncentrequipeutnencontenirque 70 . Le numro 2 de la PAF affirme que la dignit de lindividu na jamaist remise en cause.Nous travaillons pourcourter letempsdattenteauCRA.Actuel-lement,ilestde1,8jour.Notresystmeestdeplusenplusfluideetefficace.En 2000, le nombre de reconduites la frontire sle-vait 8 000. En 2008, il tait de 16 000. Pour 2009, la barre des 18 000 sera certainement

    franchie pour les six premiers mois de lan-ne, 9 000 expulsions ont t orchestres.

    Depuis la politique du chiffre lance par Nicolas Sarkozy, alors ministre de lIntrieur, en 2005, la situation a empir , dnonce Rmy Carayol, le journaliste lorigine du scoop de Libration en dcembre dernier sur les conditions indignes du CRA. Une ex-clusivit ? Tout le monde le savait ici ! Cest presque entr dans les murs. Plus aucun passager de la barge nest heurt par les ca-mions grillags, qui font le transfert des clan-destins de Grande Petite-Terre. Lactuel directeur de publication du bihebdomadaire Upanga a aussi t confront un paradoxe de taille pour vendre son reportage la presse nationale. Pendant des annes, jai contact des rdactions parisiennes. Mais gnralement, on se contrefout des DOM, alors Mayotte

    Sil existe bien un endroit sur ce territoire 83 fois plus petit que la Bourgogne o les clan-destins sestiment en sret, cest lcole. La loi protge les mineurs et les sans-papiers tant que leur scolarit est certifie. Provi-seur, jusqu juin dernier, du lyce profes-sionnel de Kahani, Jean-Philippe Decroux a ctoy de nombreux lves clandestins. Dentre, il lance : Jesuishorrifiparleursituation ! Pas une semaine sans larresta-tion de lun deux ! Frachement retrait, sa voix est tonnamment dtendue : Jenerisqueplus rien.Pasde languedebois . Il dnonce, donc : Jai reu des consignesmordonnantdorienterceslves-lverslesCAP.Leurscolaritainsicourte,ilsdevien-nentexpulsablesplusrapidement! Durant quatre annes passes dans lle, cet ancien responsable du syndicat SNPDEN qui re-groupe 80 % des principaux et adjoints de Mayotte a pu apprcier les mthodes de la PAF : Lesautorits utilisent deux tech-niquespourreconduirelesmineurslafron-tire.Soitilsvieillissentleurspapierspourles rendremajeurs. Soit ils les rattachentunadulte,souventprisauhasardEfficacitgarantie100%.En France, un clandes-tin de moins de 18 ans ne peut tre expuls seul. La loinousobligefixer laditeper-sonneunadultedontlaparentoulares-ponsabilitlgarddecelle-ci,estprouve.Noshommes lappliquentsansaucunabus.Pointbarre, rtorque Patrick Valayer.

    Je suis franais par mes valeurs et non par mes papiers !

    Jean-Philippe Decroux a tenu rendre compte du traitement que subissent les sans-papiers dans les tablissements sco-laires. Mayotte : O est donc la Rpu-blique ? a-t-il titr son brlot de sept pages rpandu sur la toile. Trop selon le vice-recto-rat de Mayotte qui a inflig un blme son auteur, pour dgradation de limage des proviseurs . Jenepouvaisesprermieux.Cetteerreurpolitiqueasufdrerautourde

    macause, relate-t-il, en lanant un nime sourire. Vous savez, jadorais ces lves.Ilstaientdunegentillesseetdunesponta-nit incroyables. Ils taient de surcrot lesmeilleurslmentsdesclasses!

    Professeur danglais au collge, Muriel Bonnet sest aussi heurte ce cruel para-doxe. Mes lves clandestins travaillentbeaucoupplus que lesMahorais, constate-t-elle. Ils mritent tous nos honneurs, sur-tout quil nexiste aucune solidarit entreeux et les locaux. En classe, de fortes ten-sionsexistent.Desinsultesfusentsouvent.Jeneconsidrepas lexpulsiondeslvesESI comme un gchis, tempre Christophe Peyrel, de la prfecture. Au contraire ! CesdiplmsoffrentmmedesperspectivesdedveloppementlUniondesComores!

    Tariq*, 23 ans, incarne cette image du brillant clandestin. Son kwassa-kwassa en

    provenance de Domoni la ville anjoua-naise do partent ces barques fond plat a accost Acoua, sur la cte Ouest de Mayotte, il y a six ans. Jenavaisrienpayauxpasseurs.PuisquejallaisMayottepourtudier,ilsmavaientproposderembourserpetit petitmon d aprsmon arrive , dtaille-t-il dans un franais impeccable.Hberg un premier temps chez son frre Tsoundzou 1, Tariq a multipli les demandes de scolarisation. Collges, vice-rectorat, Centre dinformation et dorientation (CIO) force de persvrance, jai obtenu uneplaceaucollgedeTsimkoura.Lejourmmeojaisuquemademandetaitaccepte,jemesuisrenduenclasseetjaitudi.

    Le voil parachut au collge, lui lAnjoua-nais de dix-sept ans. Jtais trop vieux etjen avais honte, confie-t-il. Pour gagner lerespectdemescamarades,jemesuismis

    Pamandzi, centre de rtention adminis-trative (CRA). Une dizaine de personnes stationne lentre dun portail vert. Ce sont des proches des rtentionnairesqui cherchent leur donner de largent , glisse un habitu des lieux. Aprs lentre, une cour o circulent des agents de la Police aux frontires (PAF) en polo bleu ciel et en rangers. Un bus est gar l pourtranspor-terlestrangersensituationirrgulire(ESI) laroport.Cestunenouvelleacquisition,se flicite Patrick Valayer, numro 2 de la PAF.Cetautocarpermetlafluiditdesrecon-duiteslafrontire,toutcommelesbateauxquenousemployonsdeplusenplus(la trs grande majorit des expulsions seffectue par voie maritime, NDLR.). Des clandestins qui risquent dtre de plus en plus nombreux aprs la future acquisition dun hlicoptre.

    Au fond de la cour, les btiments blancs du CRA. Impossible dy pntrer. En dcembre

    Un nouveau centre pour 2012dernier, une vido tourne dans ces murs et diffuse sur le site Internet de Libra-tion provoquait le scandale en dvoilant les conditions dplorables lintrieur du centre (lire les tmoignages dans larticle ci-contre). Aujourdhui, nous disposons duneantennemdicale,dunrfectoire,dunlocalpourrecevoir les famillesetduntlphonelibre daccs pour les rtentionnaires ,continue Patrick Valayer. Le meilleur reste venir. En mars 2012, un nouveau centre sera oprationnel, deux pas de l. Chambres individuelles, tlvision, salle daccueil 140 clandestins supplmentaires pourront y tre dtenus. Valayer, enthousiaste : Ceseraunevraiestructurehtelire!LesdroitsdesESIserontplusquerespects.Ilsontbiende lachancedtretraitsparnotreBonneMrelaFrance!Un avis loin dtre partag par tous ses pensionnaires. u

    A.H.

  • ClandestinsVIII Socit

    Dans son 4x4 dernier cri, le Mzunguquitte sa rsidence prive de Petite-Terre chaque matin pour travailler dans son bureau qui domine la baie de Ma-moudzou. Le soir, il sirote avec ses amis que des mtropolitains, comme lui un caf au restaurant le Caribou. Son voisin Maho-rais, lui, a toujours rv uvrer dans ladmi-

    Discriminations, xnophobie La socit de Mayotte cumule les excs.

    Tour dhorizon des relations entre chacune des communauts.

    Chacun chez soi

    nistration. Il porte sa plus belle cravate, mais se retrouve dans un bureau de 10 m o il collabore avec quatre autres collgues. Il a une employe de maison anjouanaise quil paye grassement : parfois 70 par mois, parfois moins, selon lhumeur. La clandes-tine, arrive en kwassa-kwassa, excute les ordres sans gmir : elle a trop peur dtre dnonce la Police aux frontires (PAF).

    Les diverses communauts ne se mlangent peu ou pas. Certains parleront dun sys-

    tmepostcolonial, dautres dune dco-lonisationtronque pour analyser les dfi-ciences dune collectivit qui a instaur une hirarchie entre chaque communaut.

    MzungusMahorais : tensions et incomprhension

    Rares sont les mtropolitains compterdesamismahorais.Moi-mme,jenenaipasassez, constate Raoul Lundan, restaurateur

    IX

    LunedesbargesquirelientPetite-TerreGrande-Terre,lundesraresendroits-sicenestleseul-quepartagentlesdiffrentescomposantesdelapopulationdelle.

    par Alexis Hontang

    lcart du monde. Mme la Nationale 2, qui traverse lle douest en est, ny p-ntre pas. Ouangani ressemble la planque idale. Miftahou Ali Moussa ne lignore pas. Ce clandestin de 22 ans loge pourtant deux pas dun carrefour frquent ; accepte les photographies ; consent mme dcliner son nom pour quil soit diffus. traversmon histoire, je souhaite servir dexemple.Autantsedvoiler!, lance-t-il.

    Miftahou a dbarqu Mayotte en 2002, bord dun kwassa-kwassa. En 2007, il obte-nait son BEP lectrotechnique au lyce de Kahani. Cinq annes durant lesquelles son certificat de scolarit le protgeait des arres-tations de la Police aux frontires (PAF) dans les textes, du moins.

    27 janvier 2006 : Des gendarmesmaho-raisdraguaientmapetiteamie.Ellearefusleursavances. IlsmontalorsmenottunpoteauprsdelamairiedeChiconi,ojha-bitais.Heureusement, ilsmavaientmalen-chan:jaipumenfuir.Troisjoursplustard,cesmmes hommesmemmenaient au pe-loton(le Centre de rtention administrative (CRA), NDLR.) Moncertificat ? Inutile !Au-cunevrificationnatfaite.Aprsunenuit

    Moi, Miftahou, clandestin

    desommeilsurlesolduCRA,jaitre-lchgrcelinterventiondemonlyce.

    Deux mois plus tard, cet Anjouanais, atteint dun dcollement de la rtine, se dirige vers lhpital. Manque de chance : un policier de la PAF larrte lors du trajet en taxi. Un nou-veau passage au CRA et des protestations du lyce plus tard, un avion le transporte la Runion o il est opr.

    Depuis lobtention de son bac, son certificat de scolarit est devenu caduc. Aujourdhui, Miftahou divise son temps entre les parties de dominos avec dautres hors-la-loi, lcri-ture de ses mmoires, lapprentissage de la gestion dentreprise via le CNED (Centre na-tional denseignement distance), et ldu-cation de son fils, quil a eu avec la petite amie de Chiconi , devenue sa femme. Ilentreralcolecetteanne, se flicite son pre.Mais sa scolarisationne leprotgerapas. Les policiers peuvent bien marrteravec lui. Si sa situation ne venait pas samliorer, un retour Anjouan le tenterait. Peut-trepourmonterunebotedlectri-citgrcelargentquejaiconomisici.Jevivraienfinlibre!u

    A.H.

    Miftahou,lepreetFayzade,lefils.LenfantquilaeuavecNassma,sa

    femmeoriginairedelledeMohlidevaitfairesespremierspaslcoleenseptembre

    dernier.Alorsquilseraprotgdesarrestations-en

    thorie,unenfantscolarisnestpasexpulsable-son

    prequiaobtenusonbacenjuinne

    possdepluslebouclierducertificat

    descolarisation.Ilenvisagederetourner

    Anjouan,sonledorigine.

    MA

    YOTT

    E

    travailler,liresurtout.Nimportequelboutdejournalramassparterremecontentait.Jenefaisaisquelire.Jaipurcolterlesfruitsdemontravail.Le brevet en poche, direc-tion le lyce professionnel de Kahani.

    Son histoire prend alors une nouvelle di-mension. En plus de reprsenter son lyce au Conseil acadmique de la vie lycenne (CAVL), de dvorer passionnment des milliers de pages, de dtenir les meilleures moyennes de sa classe et mme de son tablissement et de collecter des manuels scolaires pour les envoyer sur son le natale, Tariq donne bnvolement des cours de soutien aux enfants mahorais. Lesmairiesmattribuent gratuitement des salles ainsiquedeslivres,ajoute ce jeune homme la barbe de trois jours, sans jamais se dpartir de son humilit. Perfectionniste, il se corrige chaque fois quil corche une tournure grammaticale.

    En dehors de ses activits, il vit reclus dans de la tle MRamadoudou. La hantise de la PAF accompagne chacun de ses pas. Jemesuisfaitcontrlertroisfois.Ladernire,ctaitBamboOuest.Alorsque les forcesde lordre sapprtaient menfourgonner,je leur ai lanc : Je suis franais par les valeurs, et non par les papiers ! Ilsmontrelch.

    Au point mort

    Ses demandes de rgularisation auprs de la prfecture sont toutes restes vaines. Jestime partager lesmmes valeurs quelesFranaiscommelalibert, lgalitet lafraternit. Je comprends trs bien que lesMzungus refusent mes demandes. Ils ex-cutentdesordresquiviennentdenhaut,convient-il, lucide et la fois furieux en-vers ces hommes politiques qui pensentdabordeux-mmes.

    Une fois le bac obtenu, Tariq sest heurt des murs invisibles. tudier en mtropole ? Impossible sans papiers didentit. De-mander un visa depuis les Comores pour travailler dans un pays tiers ? Jenesuispasle fils dun politicien. Rester Mayotte ? Jesuisbloqudansmasituationillgale.Il rentrera de son gr Anjouan, auprs de sa famille quil na pas revue depuis sept ans. Jenervequedtudes.Jesuisprttoutpourrussir. Maisaujourdhui, la ra-lisation de ses ambitions est au point mort. Dans son le natale, il envisage de monter son entreprise. Peut-tre, ouvrir un garage. Mais les fonds manquent.

    Les bidonvilles de Kaweni ou de M-Tsapr grouillent de ces histoires. Lun des interlo-cuteurs de Typo voque une situationex-trmementgraveetintolrable. Dans une indiffrence quasi gnrale. u

    A.H.

    *Lesprnomssuivisdunastrisqueonttmodifislademandedesinterviews.

  • SocitX

    Kawni. Incompatibilit des cultures ? Ra-cisme ? Mdecin psychiatre officiant dans lle depuis 2002, Lionel Buron a observ un choc des systmes mahorais et occidental qui rend la socit deMayotte trs tan-gente.ParmilesMahorais,lesplusanciens,fortement attachs aux valeurs de lIslam,sont opposs aux plus jeunes, qui vivent loccidentale.Cesdiffrencespeuventengen-drerdefortestensions.

    Directeur de la seule agence Ple emploi de lle, Jean-Michel Clerc a dj reu des entrepreneurs qui souhaitaient nembau-cher que des Mahorais, soit disant pourdvelopperlemploilocal.linverse,jenaivuquinevoulaientquedesMzungus.Ova-t-on?.Actuel directeur de publication du bihebdomadaire Upanga, le journaliste Rmi Carayol, fin connaisseur de larchipel des Co-mores, observe lui un vritable racismequisedveloppedesdeuxcts.Lafauteausystmeactuel.conomiquement,lesmtro-politainsdcident ; lesMahorais sont leurssous-fifres.Mmepostegal,unfonction-naireimporttouchedeuxfoisplusquelelocal.Cherchezlesgalits!

    ce dcalage sajoutent les visions tron-ques de lautre, propice la propagation de clichs xnophobes. Le mythe du profes-seur se rvle, sans mauvais jeu de mots, un cas dcole. Pour la majorit de la popu-lation mahoraise, le professeur mzunguen-seigne Mayotte essentiellement pour tou-cher le jackpot (traitement double par rap-port ce quil peroit en mtropole, NDLR.). Souvent quinquagnaires, ces enseignants restent deux ou quatre ans sur lle et bas-ta ! Cette imagedplorableestenpartiefonde.Maisencoreunefois, ilnefautpasregroupertoutlemondedanslemmesac!met en garde Muriel Bonnet, professeur

    MA

    YOTT

    E

    danglais. Avant,ilfallaitmontrersamotiva-tionpourvenirici.Aujourdhui,onrecrutetout-vaetlesplusgsenprofitentpourseconstituer un bonmatelas pour la retraite.Ilstravaillenticipardpit,cequialimentelesstrotypesngatifs!

    Mahorais Clandestins : la loi du plus fort

    Au bas de lchelle, les clandestins. Ilssu-bissent, puisque les rapports de force avecles autres leur sont dfavorables, analyse Lionel Buron. Je leur conseille parfois deretournerchezeuxpour retrouver lasant.Maisrentreraupayssansavoirrussi,cestimpossible.Lapeurdtrelarisedeleurfa-

    millelesterrorise. Les Mahorais les exploi-tent alors sans vergogne. Et, pour se diff-rencier des Comoriens, une rinterprtation de lHistoire circule Mayotte. Tous les ar-guments sont bons : LesComoresnontja-maisexistsousunemmeentitpolitique!Avantlacolonisation,chaqueledisposaitdesonpropresultan, senflamme MHamadi Abdou (Nouveau centre), premier vice-pr-sident du Conseil gnral. Issouf Sadi, direc-teur de la communication de la mme insti-tution : Lesdiffrencessontaussidordresociologique. Mayotte rsulte dun peuple-mentbantou (ethnie originaire de lAfrique centrale, NDLR) etmalgache.

    Sils adoptent un discours et un comporte-ment si dogmatique et si tranch, cest que les Mahorais craignent dtre minoritaires dans leur le. Imaginezquil yaitplusdeComoriensquedeMahorais.Mayotterepas-serasouslegironcomorien.Cestuneques-tiondesurvie, pense MHamadi Abdou. La classe politique joue la peur collective pour rcolter les suffrages. Cestbienleseulsu-jetquimettoutlemondedaccord, proteste Sad Omar Oili, ancien prsident du Conseil gnral, lune des rares voix discordantes. Quellehypocrisie!Ceuxquiveulentexpulserlesclandestinssontceuxquilesemploient!

    En publiant Kashkazi, un hebdomadaire traitant de lactualit des quatre les de lar-chipel, Rmi Carayol a tent, modestement, de rconcilier les divers insulaires. En vain. Les avions qui transportaient les exem-plaires de Kashkazi partaient deMoroni etsarrtaient le par le. Certaines fois, despolitiquesmahorais,etmmeleprfet,exer-aient des pressions pour empcher laviondatterrir. Parfois ils russissaient se sou-vient le journaliste. Davoir bas la rdac-tion en Grande-Comore bloquait tout. Les

    DansluniqueagencePleEmploide

    Mayotte.LeRdacCV,unlogicielpourrdigersonCV,estpris

    dassaut.Peudefoyers

    sontencorequipsen

    informatique.

    Mahorais croyaient que lon voulait placerMayottedanslegironcomorien!

    La coopration entre la France et lUnion des Comores offrirait lunique solution de rcon-ciliation. Cestunencessitindispensable.Nous avons des projets,mais le passage lactesavreplusdifficile, reconnat Chris-tophe Peyrel, secrtaire gnral de la prfec-ture de Mayotte.

    Mzungus Clandestins : relations ambigus

    Les milieux associatifs dnonant le traite-ment des sans-papiers sont essentiellement constitus de mtropolitains. Certains se jouent parfois de la lgalit pour sortir une connaissance clandestine du Centre de r-tention, ou pour lui fabriquer un papier qui lui vitera lexpulsion. Dautres Mzungus emploient aussi ces travailleurs illgaux la maison. De nombreux mtropolitains ne connaissent pas de clandestins, ou alors ne font que les croiser. Je maperois que jai affaire lun deux quand il senfuit en courant ds que je lui adresse la parole , tmoigne un Mzungu install ici depuis 18 mois. Tous connaissent nanmoins les conditions de vie dplorables des sans-

    papiers. Sans forcment ragir : a fait partie de notre quotidien , se justifie une mtropolitaine. En vivant ici, jai compris comment Vichy a pu avoir lieu , lche, sans concession, Jean-Philippe Decroux, un an-cien proviseur de lyce, pour voquer lindif-frence gnrale.

    Dautres une minorit sillonnent les bars de Mamoudzou la recherche de mineures Mayotte reprsente un petit paradis pour les pdophiles. Lasexualiticiestplussponta-ne,sanslestabousdenotrereprsentationjudo-chrtienne.Deplus,lidedelafemmefacileesttrsrpandue, explique Lionel Bu-ron.Toutcela,liunecertainefrustration

    face son environnement, peut conduire des excs.Enfin, il y a la PAF. Toujours Lionel Buron : Cesagentsarriventsouventiciavecdes idaux,commetoutepersonnedbarquant sur un sol quasiment inconnu.Et l,onlesbombardedechiffresdumatinau soir. Mes patients de la PAF souffrentdevritablesdsillusions.Nest-ce pas les mmes qui dclaraient Rmi Carayol, dans les colonnes de Libration, que nous,onalapressiondelahirarchiepourfairenotreboulotsansriendirealorsquelesgenssonttraitscommedesanimaux? Et il y a les autres agents de la PAF, dont la simple vo-

    cation fait frmir nombre de clandestins. u

    Envivant

    Mayotte,

    jaicompris

    commentVichy

    apuavoirlieu

    pendantla

    SecondeGuerre

    mondiale.

    Jean-Philippe Decroux,

    proviseur la retraite

    Imaginezquil

    yaitplusde

    Comoriensque

    deMahorais.

    Cestune

    questionde

    survie.

    MHamadi Abdou,

    vice-prsident du

    Conseil gnral

    Tropdeprofs

    travaillenticipar

    dpit.

    Muriel Bonnet, professeur danglais

    SocitX XI

    Quand il fallait remplir le dossierdinscription, la question quel est lemploi recherch ? ,desdemandeursrpondaient chmeur , sourit, amer,Jean-Michel Clerc. Le directeur de lunique agence Ple emploi de lle, en poste depuis 2007, est arriv deux ans aprs sa cration. LesMahoraisnontpasencoresaisitoutesnosfonctions,poursuit-il.

    Limage qui rduit le Ple emploi un simple distributeur daides est encore trs rpan-due. Puisque laCaissedallocations fami-lialesestarriveavantnous,lapopulationacruquelANPEleurverseraitaussidesreve-nus!

    Six mois pour un trieur

    En arrivant dans lle, Jean-Michel Clerc ntait pas au bout de ses surprises. Lin-formatique nayant pas encore intgr les

    Ple emploi et dattractionMayotte ne compte quune seule agence Ple emploi pour

    13 500 chmeurs. Un bureau atypique.

    foyers mahorais, la gestion des dossiers sexcute manuellement ; le RdacCV (un logiciel daide la rdaction dun CV, NDLR.) fonctionne plein-temps, consquence dun fort taux dillettrisme, alors quil a qua-siment disparu en mtropole. Enfin, il y a lloignement de la mtropole ... Sixmoisdattentepourmontrieur!, compte, plus que perplexe, le directeur.

    Quand les agents mtropolitains du Ple emploi doivent inspecter dans les entre-prises, ce sont les socits qui se dplacent lagence de Kawni. Et quand la fusion ANPE-Assedic cause un tumulte dans lhexa-gone, 8 000 kilomtres de l, personne ne bronche. Fatouma, lune des onze agents, lucide : Ces deux institutions nont ja-maisexistavecleurpropreentitici.Onatoujourscumullesdeuxfonctions.Sur ce point au moins, lagence mahoraise a devan-c ses homologues de mtropole. u

    A.H.

  • 95,2 % pour devenir DOM : pourquoi un tel score ?

    Le raz-de-mare dans les urnes est sans quivoque : 95,2 % des 43 831 votants (taux dabstention de 38,6 %) se sont ex-prims pour la dpartementalisation de Ma-yotte lors du rfrendum de mars dernier. Un rsultat qui ne semble pas surprendre la classe politique mahoraise. Lescorepeutparatre sovitique,mais il montre que silexistebienunsujetquimettouslescitoyensdaccord, cest la dpartementalisation , senhardit Issouf Sadi, ancien journaliste politique aujourdhui directeur de la com-munication du Conseil gnral. Pour MHa-madi Abdou (Nouveau Centre), premier vice-prsident de cette institution, lesMahorais prouvent une vritable affec-tionpourlaFrance.Ilestdoncnormalquilssouhaitentancrerlerapprochementaveclamtropole . Figure historique de la lutte contre les Comores, la chatouilleuse Zna Mresse partage le mme avis : Commeen1974(anneollearefuslindpendancede larchipel, NDLR.), nous avons choisi laFrancepourlalibert!. Dans son ouvrage Comores-Mayotte : une histoire nocolo-niale, Pierre Caminade nuance : CommepourtouslesautresDOM-TOM,levotema-horais est tonnamment favorableaupou-voirinstallParis.

    En choisissant massivement le oui , les Mahorais ont aussi affirm leur volont de renforcer leur diffrence vis--vis du voisin comorien. Comprenez-nous, nous vivonsdans la seule rgion franaise revendiquepar un pays tiers ! tre dpartement, cestaussi arrter les vellits comoriennes ,

    En 2011, Mayotte deviendra le 101e dpartement fran-

    ais. Un choix vot lunanimit, ou presque, en mars

    dernier. Pourtant, le futur statut suscite toujours au-

    tant dinterrogations sur lle.

    dveloppe MHamadi Abdou. Peine perdue pour le moment. Depuis Moroni, la capitale, le prsident de lUnion des Comores,Ahmed Abdallah Sambi, a dclar que la consulta-tion tait nulleetnonavenue.La guerre diplomatique nest pas prte de sarrter.

    La campagne lectorale a-t-elle t tronque ?

    Au sein de la classe dirigeante, le choix de la dpartementalisation re-levait de lvidence. Du coup, inutile de lancer des dbats sur les aspects posi-tifs et ngatifs du nouveau statut de lle Linstauration future de limpt foncier ? peine aborde. Seul homme politique ma-horais dvelopper une analyse nuance, Sad Omar Oili, leader du parti Nouvel lan pour Mayotte , affirme avoir t victime de pressions et mme de menaces physiques. Touteslesconditionsntaientpasruniespourmenerunecampagnequiposelesv-ritables dbats de la dpartementalisation, martle-t-il. Certains politiques estimaientque si le pacte (document qui consigne lesspcificitsmahoraisesmaintenues dans lefuturDOM,NDLR.)taitclairementexpliqu la population, le non gagnerait ! Ilsprfraient penser : Aujourdhui, on voteouietdemain,onverra.Cet ancien prsident du Conseil gnral, de 2004 2008, va mme plus loin, en dnonant unpacte flou. Que lon claircisse la phrase :AvecMayotte,ilfautviterleserreursdesautresDOM.Quellessontceserreurs?Jamais,onnenouslesaexpliques!Bravoladmocratie!Du ct de la prfecture, ga-rante de la bonne tenue de la consultation,

    Christophe Peyrel, secrtaire gnral, se f-licite de la sensibilisation de la population. Leprfetatenuunerunionpubliquedansles17 communesde lle.Deplus, lepacteatpublienfranais,swahlietshibushi.Preuvequilnyaeuaucuntaboulorsdelacampagne!Cependant, ce haut fonction-naire ne dment pas la frilosit de certains hommes politiques aborder dans le dtail le texte

    Qui a vot non ?

    Cequiminterpelle,cenesontpasles 95,2 % de la population quiont vot oui . Mais bien les4,8%quiontchoisi lautreoption, relve Jean-Michel Clerc, directeur de lunique agence Ple emploi de Mayotte. Les no-nistes se concentrent Mamoudzou (15 % des votes) et Petite-Terre. Cestconnu,on

    vote plus librement dans les zones les plusurbanises , avance Christophe Peyrel. Curieusement, les Mzungus habitent pour la plupart dans ces endroits-l. Mais, tou-jours selon le secrtaire gnral, il seraitidiot de penser que les mtropolitains ontvotnon.Cechoix,cestenquelquesortecontrerledveloppementdundpartementfranais. Or un Mzungu travaille ici pouraffirmer la particularit franaise, et nonlecontraire!Qui a donc intrt refuser la dpartementalisation ? La classe ma-horaise laplusaiseabien compris que lesystmeactuelluiestprofitable.Avecled-partement,elledevrapayerdesimptsfon-ciers ! , analyse Jean-Michel Clerc. Issouf Sadi partage cette hypothse : ces lecteurs votentenfonctiondeleursintrtsperson-nelsetnondeceluidupeuple.Onaassistaummephnomneen1974.Enfin, crai-gnant la baisse de linfluence de lislam sur la

    socit, des musulmans ont aussi mis le bul-letin non dans lurne. Lecadivaperdrebeaucoupdimportance.Nilapolygamie,nila justicecadialenaurontunevaleuradmi-nistrative,explique Abdou Bacar, musulman convaincu qui tient aussi une madrasa (une cole coranique) chez lui.Dautresconnais-sancesontfaitlemmechoixquemoi,maisonlesainvitssetaire.

    Quel calendrier ?

    Le dpartement par tapes. Prcisions de Christophe Peyrel : Depuisle1erjan-vier 2008, Mayotte est entre dans ledroitcommun,partdanssixdomaines,lafiscalit, le droit du travail, les prestationssociales, lesfinanceslocales, lurbanismeetlentre et sortie des trangers. Ds 2010,les prestations sociales existantes serontrevalorises. En 2011, unenouvelle assem-

    bleuniqueseralue. Pas question donc de double assemble (Conseil gnral et Conseil rgional), systme remis en cause dans les autres DOM.En2012, leRevenude solidaritactive (RSA)dbarquera,unmontant estim 25%de son homologuerunionnais.Enfin,lafiscaliten2014, ter-mine Christophe Peyrel.Si elle deviendra of-ficiellement dpartement en 2011, Mayotte nintgrera compltement le giron mtropo-litain mmes impts, mmes prestations sociales quen 2025.

    Quelle place pour lislam dans le futur DOM ?

    Mayotte, 95 % de la population est de confession musulmane. Avec la dpartementalisation, limportance du cadi, juge musulman remplissant des fonctions sociales, juridiques et religieuses,

    La dpartementalisation en questionspar Alexis Hontang

    MosqueenbanlieuedeMamoudzou.Danslecadredeladpartementalisation,laplacedelislamparmilasocitreculera.Lescadis,dignitairesreligieux,deviendrontdesmdiateurssociaux.

    XII XIIIM

    AYO

    TTE Avenir

  • se rduira considrablement. La justice ca-diale ne possdera plus aucune valeur, alors quaujourdhui les locaux se dirigent plus facilement vers ce tribunal que vers celui di-rig par ltat. Lajusticefranaiseeffraie!Cest une forme de rgulation sociale querefusentlesMahorais, explique Paul Bau-doin, prsident du Tribunal suprieur dap-pel de Mamoudzou. Il faudra changer lesmentalits ! Mais en douceur. Linfluence des cadis ne disparatra pas. Ils seront limi-ts unefonctiondesage,demdiateur,dejugedepaix,selon les termes de Chris-tophe Peyrel, qui ajoute que lislammaho-rais, trstolrant,neposeaucunproblmeavec la Rpublique. De plus, la religion re-lvedudomainepriv. Lislamne toucheraaucunesubventiondelapartdeltat,toutcommelglisecatholique.

    Vers une deuxime Runion ?

    Vue de Mayotte, la Runion vhicule limage de mtropole sous les tro-piques. Une rgion dveloppe qui aurait perdu ses spcificits culturelles. Le futur DOM deviendra-t-il une Runion bis ? Dun ct, Issouf Sadi estime que lechoixdu dpartement permet dviter la dilutiondusystmemahorais.LepacteproposparNicolasSarkozyat trsclair l-dessus.De lautre, beaucoup de Mzungus craignent une perte de cachet . Avec pour exemple le tout nouveau lotissement des Trois-Val-les Kawni (voir page XVI). LeprogrsMayottenerservepasquedeseffetsposi-tifs.LesembouteillagesMamoudzousontdeplusenplusfrquentscommelaRu-nion!, remarque Christophe Peyrel.

    Mayotte-dpartement fonctionnera-t-elle ?

    Vaste dbat. Le systme mahoraisconsidre la France comme la mrenourricire. Cette socit correspondau stade de ladolescence, analyse Lionel Buron, mdecin psychiatre en poste sur lle depuis 2002. La dpartementalisation pro-voquera le passage lge adulte. Nul nesaitcommentsedrouleracettevolution:grosse crise ou normalisation de lle ? Encore une fois, les clans des optimistes et des pessimistes saffrontent. Les premiers vantent un dveloppement conomique de lle qui entranerait le progrs social. Dans10-15ans,llepossderacertainementunezone franche !, senthousiasme Jean-Paul Aniel, engag dans le milieu associatif, Mayotte depuis douze ans. Pour Christophe Peyrel, les Mahorais possdent des ca-pacits dadaptation qui forcent ladmira-tion .De lautre ct, la frilosit. cause de la campagne tronque , les citoyens mahorais nauraient pas pris entirement conscience des droits et devoirs imposs par la dpartementalisation, comme la fameuse taxe foncire. Lesjoursoilvafalloirpayer

    lesnouveauximpts,personneneseral!, rigole Paul Baudoin. MHamadi Abdou pense le contraire. Selon lui, lecitoyenmahoraisest dj le plus impos de France ! Avec

    1200derevenus,lemtropolitainneverseaucun impt. Avec 800 , le Mahorais enpaye!Limptfoncierpasserafacilement.Rponse dans les annes venir. u

    Dans son bureau du tribunal suprieur dappel sentassent des dossiers de toutes les couleurs. Paul Baudoin, le direc-teur de la Commission de rvision de ltat civil (CREC), estime 50000lenombredefichierstudier.Autant de personnes qui vivent actuellement sans papiers valables. Dans lle, ltat civil se rvle surprenant, en tout cas singulier. Jusqu rcemment, ce sont les cadis, les dignitaires musulmans, qui le graient. PourquoilesFranaisnont-ilspas imposunsystmenormalds leurar-rive,commeilslontfaitdanslesDOM?, sinterroge MHamadi Abdou, premier vice-prsident (Nouveau Centre) du Conseil g-nral. Les Mahorais ne facilitaient pas non plus la tche de ces fonctionnaires impro-

    viss : dans certains cas, le nom de famille attribu un individu ne correspondait ni celui du pre, ni celui de la mre. Certains utilisaient mme leur surnom comme nom officiel !

    Le systme revu

    Toutesceslargessessontresponsablesdelidentit incertaine de milliers dindividus.Cest un vritable mli-mlo que doit r-soudrelaCRECavantlchancedeladpar-tementalisation, dans deux ans, lance Paul Baudoin.QuandMayottedeviendraDOM,silecitoyennepossdepasdepapiersdiden-titvalables,ilneprofiterapasdeschange-ments.2011 comme date butoir donc. Un dfi pour cette commission, fonde il y a dix ans, que les locaux accusent juste titre de lenteurs. Effectifs insuffisants... incidenceculturelle sous-value , se dfend lac-tuel directeur. ces erreurs sest ajoute une prsidence vacante durant dix-huit mois. Mais lactuel directeur promet une fin heureuse pour la CREC. Lesystmeatrevu (au prix dune longue grve du person-nel, NDLR.).nousdaccomplirnotredevoirsrieusement ! Lacte li la parole : la table basse de son bureau qui accueillait les visiteurs pour un caf va tre remplace par un meuble de travail. u

    A.H.

    tat civil en vrac plus pour longtemps

    PaulBaudoin,directeurdelaCRECadeuxanspourrglerlaquestion.

    Lacampagnenapasabordlesvritables

    dbats.

    Sad Omar Oili, ex-prsident du Conseil gnral

    XIV

    Un norme btiment rouge sur le front de mer de Mamoudzou. Le comit du tourisme attire le regard du passant. Lintrieur ? Spacieux, climatis... mais d-sesprment vide. Une carte de Mayotte ? Allez la librairie, rpond une htesse souriante.

    Cette anecdote rsume ltat actuel du tou-risme dans lle. Pourvue de richesses natu-relles (le lagon, les tortues, etc.), Mayotte peine attirer les visiteurs. En 2007, 40 000 touristes se sont dplacs. Le site le plus vi-sit de Bourgogne, les Hospices de Beaune, en accueille neuf fois plus Toutlemondesaccorde dire quil faut dvelopper cedomaine, affirme Issouf Sadi, directeur de la communication du Conseil gnral. lheure actuelle, nous recherchons le tou-rismeidal.

    En attendant, lle paie ces dficiences. Les infrastructures htelires sont rares et chres La capacit htelire de lle est estime 1 113 lits ! Compter au minimum 35 pour une chambre double Mamou-dzou. Sans oublier que le touriste paye son billet davion au minimum 1 100 au d-part de Paris. Lunique piste de laroport de Dzaoudzi mesure 1 950 mtres, distance trop courte pour accueillir les long-courriers pleine charge. Consquence : Mayotte ne peut tre relie par vol direct la mtropole.

    Un lagon dsert

    Les tours operators et les touristes pas plus de 40 000 par an boudent la destina-

    tion Mayotte. Malgr les plages et les sites de plonge sous-marine.

    Pour se rendre de Paris Dzaoudzi, il faut obligatoirement transiter par la Runion. Toutefois, un projet dallongement est ac-tuellement ltude.

    15 % de touristes trangers

    Ces errements se retrouvent dans les statis-tiques. Prs dun touriste sur deux provient de la Runion ; moins dun sur sept est tran-ger ! 50 % des vacanciers rsident chez des proches : Mayotte, le tourisme affinitaire prdomine. Mais le rapport de lInsee, da-tant doctobre 2008, rvle aussi une nette augmentation du tourisme dagrment, dont

    la motivation premire du sjour est la d-couverte de lle. Aprs une anne 2006marquepar lechikungunya,cetourismeaparticulirement profit de lembellie, avecdessjourspluslongs(20 jours en moyenne, NDLR.) etuneclientletrangreplusnom-breuseest-il crit dans le prambule.

    Alors, comment attirer la clientle touris-tique ? Posons-nous plutt la question :Quepeut faireun touristeMayotte?De la plonge, cest tout, pense Rmi Ca-rayol, journaliste. Cest sr que le potentieldanscedomaineestnorme.Maiscelarestelimit,partirdumomentolonnaaucunautreprojet.

    Jacques Charra, retrait dans lle depuis deux ans, a son ide : Pourquoi ne pasdvelopper le tourismeenpartenariataveclaRunion?Euxontlectmontagnes,nouslamer.Noussommescomplmen-taires !Chaque ide se heurte au mme obstacle : le logement. Les promoteurssont confronts au problme rcurrent dufoncier.Onnesaitpasquiappartiennentlesterrains!Commentdisposerdepermisdeconstruirevalables?, lance Muriel Bonnet, enseignante, installe dans lle depuis 2002. La dpartementalisation permettra dy voir

    un peu plus clair. u

    LaplagedeNGouja,rputecommelaplusbelledelle.Lesrarestouristespeuventicinageraveclestortues.

    LlotdeBandrl,proximitdelabarrirede

    corail,accessibleenbarqueouen

    kayak.

    Uncadreidylliquepeinetroubllesweek-endsparlebivouacdequelquesMzungus.

    XVAvenirM

    AYO

    TTE

    par Alexis Hontang

  • XVIIXVI

    par Alexis Hontang

    Mayotte

    Mayotte ne se limite pas Mamoudzou et Petite-Terre, o se concentrent les acti-

    vits politiques, conomiques et sociales. Au contraire. On dit que le cur mahorais

    bat ailleurs, en brousse. Road-trip travers lle.

    Grande-Terre et petites histoires

    Sur la route

    Un scooter de location pour seule arme, une tente et des habits de re-change comme moyens de survie. Une excursion sur Grande-Terre ne simpro-vise pas, ds lors que lon a pris connaissance des lieux : infrastructures htelires rares et chres, routes dfonces ou presque. Mme la nature et ses scolopendres, insectes aux innombrables pattes et la piqre redou-table (voir page III), nincitaient pas laven-ture. Pourtant, ce sont les mmes raisons

    lle conserve un aspect vierge et sau-vage. Le dpart est donn Mamou-dzou, la capitale, lendroit prcis o accostent les barges, ces bateaux qui assurent la liaison entre Petite-Terre et Grande-Terre.

    Km 8 Kawni : Lotissement-symbole

    Aprs avoir long la mangrove, la route senfonce dans Kawni, la banlieue de Mamoudzou. sa sortie, limmense parking et lenseigne lumineuse de lhy-permarch Jumbo Score nous projettent dans un dcor de mtropole. Derrire le magasin, le lotissement des Trois-Val-les : des immeubles larchitecture mo-derne dfilent. Des agences de banque, une boulangerie, une picerie fine et un vendeur de mobilier chinois se sont

    qui rendent cette escapade si attrayante. Encore relativement peu dveloppe,

    mme installs leur rez-de-chausse. Devant le caf, une place pave ! Cestunsymboledelvolutiondelasocitma-horaise, qui tend vers loccidentalisation, analyse Lionel Buron, mdecin psychiatre qui vit Mayotte depuis 2002.Noussommesicidans la lignedecequisefait laRu-nionetenmtropole.Peut-treyaura-t-ilunMcDonaldsbientt!Lhomme de la rue a dj rebaptis ce quartier, Mzunguland

    Km 10 Majikavo-Lamir : Quand Coca-Cola remplace la

    collectivit territoriale

    Le milieu urbanis de Kawni laisse place un monde plus rural. Sur les bords de lasphalte, des zbus broutent en toute tranquillit. Des bwni bordent la route, une bassine sur la tte. Majikavo-Lamir est rapidement atteint. Entre le gris de la tle des bicoques et locre de la terre, le rouge Coca-Cola des imposantes bennes ordures

    contraste furieusement. Ici, comme partout ailleurs dans

    lle, la

    multinationale amricaine se charge de la rcupration des dchets Un rle norma-lement dvolu aux collectivits territoriales. Rponse du Conseil gnral : Ils font dumarketing ! Cette opration leur permetaussi de rcuprer de lamatire premire.Cest lesyndromede lasocitdeconsom-mation.

    Km 21 Longoni : Port daujourdhui, super-port de

    demain

    Aprs Koungou, la Nationale 1 longe le si-nueux et accident front de mer. Au dtour dun nime virage, le port de Longoni. Aprs une petite zone industrielle o To-tal a notamment pris ses quartiers, une

    norme plate-forme btonne accueille toutes les importations de Mayotte. Des travaux en cours prparent laccostage

    de bateaux plus importants. On alongtempssouffertdelapetitessedenotreport. Certainesmarchandisesde mtropole effectuaient un d-tourparlleMauriceoellestaienttransvases dans de plus petits na-vires, explique Issouf Sadi, le directeur

    de la communication du Conseil gn-ral, gestionnaire du port. Les prix deve-naient alors exorbitants. En construisantunnouveauquai,onpourraimporterplusdesprixplusbas.LedveloppementdellepasseparLongoni.

    Km 45 MTsahara : Mariage la mahoraise

    Une effervescence soudaine agite MTsa-hara, bourgade niche dans une crique. Les haut-parleurs crachent de la musique locale, les bwni saffairent ranger les plats, les hommes dmontent les installations et les enfants samusent avec un pneu, en le fai-Enrouge,letrajetduroad-trip.

    sant rouler laide de deux btons de bam-bou. Des minibus quittent MTsahara. Il y a quelques minutes peine, un mariage cadi (selon la tradition musulmane, NDRL.) tait ft. Mayotte, les clbrations durentseptjoursetsedroulenttoujoursdanslevil-lagedelamarie, claire un invit membre de la famille de Fatima, la jeune pouse. Audbut,ilyalemariagecadipuisonvalamairie.

    Km 49 MTzamboro : Le village sucr

    La route sapparente toujours un trac de montagnes russes avant datteindre MTzam-boro, 2 800 habitants et une fiert le sucre. On dit mme que la rivire possde ici son got. Deux lgendes sopposent pour expli-quer cet trange phnomne. On raconte que les MTzamborois aimaient tellement le sucre quils y en ont dvers des quantits astronomiques afin de transformer ternel-lement le got de leau. Autre hypothse :

    lpoque des plantations de canne sucre sur lle, vers la fin du XIXe sicle, les plan-teurs originaires de la ville taient tellement furieux contre lun de leurs patrons un peu trop exploiteur, quils ont jet le fruit de

    leur travail dans la rivire pour manifester leur mcontentement. Quoi quil en soit, aujourdhui, lquipe de football locale est surnomme les Abeilles et les oranges assurent la rputation de MTzamboro.

    MTzanboro,latombe

    delanuit.SurlamaisonuneafficheduFN

    proclame:LesMahorais

    dabord.

    Leszbusbordentlesroutes.UnefourrirelasortiedeMamoudzouaccueillemmecesbtesquandpersonnenelesrclame.

    MA

    YOTT

    E

  • XVIII XIXSur la route

    Km 65 MTsangamouji : Vers le tourisme vert

    Arrive MTsangamouji. Ici, on teste une nouvelle forme de dveloppement, le tou-risme vert, comme le signale un panneau devant la mairie. Cartes de chemins de randonne, menant vers les plantations dylang-ylang (voir encadr) ou des levages de zbus lappui. Un choix novateur pour une le qui cherche encore sa voie concer-nant lindustrie touristique (voir page XV).

    Km 70 Entre MTsangamouji et Tsingoni :

    Efficace pouce mahorais

    Les cocoteraies stendent le long de la CCT1. Envahis par les plantes grimpantes, les vestiges dune usine de canne sucre rappellent le pass agricole de Mayotte (au-jourdhui cette culture a dfinitivement t abandonne). Devant elle, une poigne de Mahorais. Pas des touristes, mais des auto-stoppeurs. Parmi eux, Moustafa, instituteur, souhaite aller Combani, une quinzaine de kilomtres plus au sud. Ici, lauto-stopfonctionne trs bien. Une fois, lorsque jaiprisunvoyageurmzunguenstop,ilmaditquilconnaissaitdepuislamtropole,der-putation,lauto-stopmahorais!, rit-il, fier, avant dembarquer dans une voiture.

    firement, invitent les lecteurs voter oui pour le rfrendum de mars dernier. Il y a mme une section UMP Sada, fief de lancien dput de droite Mansour Kamar-dine. Si lle a prfr Sgolne Royal lors des lections prsidentielles de 2007, de-puis le vote sur la dpartementalisation, elle plbiscite lactuel prsident de la Rpublique qui lui a donn loccasion dapprofondir son attachement la France. Ici, comme le rap-pelle Rmi Carayol, journaliste Upanga, les partismtropolitains ne sont pas en-coretrsbienimplants.Ilyadixans,ilnyavaitqueleMouvementpopulairemahoraisMPM,partiquiavait luttpour leMa-yotte franais ! Dans la nouvelle classepolitiquemahoraise,onnesuitnilesordresnilesidesdupartiauquelonadhre.Lelea-derlocalduPSnerespectepaslesconsignesdemtropole.Lesclansrestentplus impor-tants, tout comme les rapports dintrts.Leshommespolitiquesretournentdailleurssouventleurveste!

    Km 108 Entre Sada et MRamadoudou :

    Le seul muse de cet archipel

    Aprs Sada, le bitume parcourt de longs ki-lomtres sans rencontrer la moindre trace dactivit humaine. Une exception : lcomu-se de lylang-ylang et de la vanille. Btiment traditionnel lov dans la fort, cest aussi le seul muse de cet archipel de 186 400 ha-

    Linstituteur-auto-stoppeurMoustafa.

    Km 101 Sada : Sarkozy aux portes

    Aprs un passage par les terres, la route re-trouve le littoral. Sada se dploie alors sur les versants dune crique. Quelques barques de pcheurs mouillent sur la mer dun bleu azur. Sur les portes des maisons, un autre bleu prdomine : celui de lUMP. Des af-fiches, sur lesquelles Nicolas Sarkozy pose

    bitants et de 376 km. Peut-tre plus pour longtemps puisque le projet dun tablisse-ment consacr lhistoire de Mayotte a t retenu aprs les tats gnraux de lOutre-mer. Affaire suivre.

    Km 135 Saziley : L o pondent les tortues

    partir de MTsamoudou dbute le sen-tier de randonne qui mne la plage de Saziley, accessible uniquement aux mar-cheurs ou aux bateaux. 3,8 kilomtres de rude monte, une descente pic, et enfin, ltendue de sable noir. Ici, impossible de bivouaquer sur le rivage : la place doit tre laisse aux tortues qui viennent pondre la nuit tombe (voir encadr). Des agents de la cellule de gestion des terrains du Conser-vatoire du littoral recensent les amphibiens et indiquent les mesures de prvention aux visiteurs. Nepaspointerdelumiresurlattedestortues,nepasbougeretresterlcartlorsdelasortiedeleau, assnent-ils. Cette nuit, quatre heures du matin, deux tortues ont tran leur carapace sur le sable ; seule une a pondu.

    Km 155 Plage de NGouja : L o nagent les tortues

    De MTsamoudou Kani-Kli, les plages se succdent. Les bleus de leur rivage rivalisent de luminosit. A NGouja, louest, cest

    lapoge. Situ sur le lagon, le lieu attire plongeurs et visiteurs, venus apprcier avec masque et tuba les beauts de la barrire de corail. Entre deux poissons multicolores et les anmones, une tortue marine peut faire son apparition, broutant sereinement lherbe sous-marine. Paradoxalement, mal-gr la proximit dun htel de luxe qui a construit un ponton en bois, la plage de sable fin reste vide, rappelant au passage les difficults de lle pour attirer les touristes.

    Km 178 Chirongui : Dsastre cologique

    Chirongui, aprs lune des rares stations services de Mayotte - le groupe franais To-tal a le monopole de la distribution du car-burant dans lle - changement de dcor. Le mont Choungi - deuxime point culminant de lle avec 594 mtres daltitude - do-mine le paysage. Mais la carte postale vire au cauchemar avec, en contrebas, une d-charge ciel ouvert. Des piles de dtritus DanslacuisinedAssiati.Maniocetbananesfritesaccompagnerontlaviandedebuf.

    ctoient, dans une odeur pestilentielle, des carcasses de voitures ronges par la rouille. Le contraste avec NGouja est saisissant. Dun point de vue cologique, lle peut se vanter de possder un des plus beaux lagons du monde ; mais elle enfreint la loi en au-torisant des dcharges ciel ouvert sur son territoire

    Km 199 Tsararano : Djeuner chez Assiati, prs de

    lcole coranique

    On remonte vers le Nord. Depuis la cte Est, des lots se dessinent sur le lagon, comme celui de Bandrl. Tsararano, des bwni vendent des fruits lentre du village. As-siati Bacar, une jeune habitante des hau-teurs de la ville nous invite djeuner chez elle. Lycenne la Runion, elle retourne

    pendant les vacances dt ou dhiver aus-tral chez ses parents, auprs de ses douze frres et surs. Chez elle, pas deau cou-rante : on se fournit la source dune rivire voisine. Quant llectricit, cest le pre, Abdou, qui a branch le systme de la mai-son au compteur situ plus bas. DansmonquartiercohabitentAnjouanaisetMahorais.Sans aucun problme , observe la jeune femme en faisant frire le manioc et les ba-nanes. Parfois,lespoliciersdelaPoliceauxfrontires(PAF)arriventetcourentderrirelesclandestins!Une madrasa, cest--dire une cole coranique, se situe juste ct de chez elle. Des enfants rcitent tue-tte les versets du Coran. Avec la dpartementalisa-tion, la place accorde lIslam sera rduite. Abdou, musulman convaincu maon de mtier, il soccupe de la madrasa aprs le tra-vail a dailleurs vot non au rfrendum (voir page XII).

    Km 218 Mamoudzou : Retour la civilisation ?

    Aprs les passages successifs de Tsoundzou 2, Tsoundzou 1 et du bidonville de MTsap-r, le scooter retrouve les rues accidentes de Mamoudzou, la prfecture. Dans la plus grande ville de lle, population estime 53 000 habitants, les imposants btiments du Conseil gnral, de lHtel de Ville et de la Prfecture sont visibles mme de la barge. Au march, des enfants se ruent vers les poubelles afin dy dnicher quelque nourri-ture ; sur le port, des camions grillags de la PAF, dans lesquels sentassent des clan-destins frachement ramasss , attendent patiemment la barge, sous le regard de la population locale. Pour eux, un autre voyage les attend. u

    DchargeaupieddumontChoungi.

    Pendantlaponte,lesgardedu

    Conservatoiredulittoralbadgent

    lestortuespourmesurer

    lafrquencedeleursvenuessur

    laplage.

    Une ponte de tortue au lever du jour

    On la distingue dabord peine. Dans la pnombre de la nuit mahoraise, elle passerait pour un rocher. Mais elle bouge. Quitte locan en ravinant le sable sur son passage. La tortue cherche son lieu. Au creux des racines dun baobab ? Finale-ment, ce sera sous les branches dun buis-son. Commence le terrassement. Elle creuse une cuvette dans laquelle elle disparatrait presque.

    Sa carapace sagite soudain, secoue par des spasmes. Elle pond. Entre 80 et 120 ufs

    semblables des balles de ping-pong qui sortent de son corps par paquet de trois ou quatre. Puis elle recouvre, longuement, sa progniture, laide de ses nageoires quelle utilise comme dimmenses pelles pour d-placer le sable. De son passage restera une trace circulaire sur la plage.

    La voil repartie. Elle tend son cou pour goter la mer. Puis senfonce rapidement dans les vagues. On devine sa carapace. Puis plus rien. Le jour sest lev. Le ballet a dur quatre heures. u

    La fleur qui parfume Mayotte

    Littralement la fleur des fleurs , lylang-ylang occupe une place importante dans lactivit agricole de Mayotte et constitue lune des rares matires exportes de lle. Si lexploitation de cette fleur a dbut aux Philippines au XIXe sicle, larchipel des Comores (outre Mayotte, Anjouan compte aussi de nombreux champs dylang-ylang) se place en tte de la production mondiale.

    Le long des routes et des chemins, des champs entiers darbres de la prcieuse fleur jaune diffusent un parfum particulier, trs fleuri, proche de celui du jasmin.

    La plante aux longs ptales est distille laide dun alambic. Lopration peut durer entre 12 et 20 heures. Son essence jauntre

    entre dans la composition de nombreux parfums, de savons et de dtergents. La Runion cultivait aussi cette fleur avant de labandonner au cours du XXe sicle. u

    MA

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  • XX

    par Alexis Hontang

    Yooouuuu ! Yooouuuu ! Un cri strident rsonne dans le hall de laroport de Pamandzi. Le si-gnal dalarme. Un groupe de bwni se rue vers Mohamed Dahalani, ministre comorien de lAgriculture. Sous le supplice des doigts agiles des Mahoraises, il se dsarticule, gagn par un rire qui ne semble plus finir. 1966 : les chatouilleuses ont fait leur pre-mire victime.

    Parmi ces femmes se trouvait Zaina Mresse. Elle a 22 ans lorsque son policier mzungude mari la quitte pour travailler Moroni (en 1958, la capitale du protectorat des Co-mores fut transfre de Dzaoudzi lle de Grande-Comore, NDLR.). Le dpart massif des fonctionnaires provoque le clibat for-c de centaines de Mahoraises. En plus,nous tions pauvres, quasiment oublis dugouvernementdeSadMohammedCheikh.En1970,ilnyavaitquedeuxvoituresdanstoutelle!se souvient Zaina dans un fran-ais approximatif. Il fallaitabsolumentagir.Enfrappant?Non,onpourraitnousarrterpoura.NousallonsalorschatouillerlesCo-moriens de passage Mayotte ! Personnena jamais t emprisonn pour des cha-touilles!

    Malauxpieds

    Pierre Caminade, dans son livre Comores-Mayotte:unehistoirenocoloniale, dfinira les Chatouilleuses comme unemilicefmi-nine.Lune dentre elles, Zakia Madi, sera mme fusille par les gardes comoriennes en octobre 1969. LaFrance,pourtrelibre!LesComores,nousnenvoulonspas!,reste

    la devise ftiche de Mresse, maintes fois rpte, hier comme aujourdhui. Elle est comme a, Zaina, elle aime assner des affir-mations brutales et violentes. lvocation de limmigration clandestine, sans aucune empathie : IlfautrenvoyerlesAnjouanais

    chezeux!Lapolitiquemeneactuellementmeconvient.

    Mayotte, elle symbolise lattachement sans borne des insulaires la mtropole. Aux cts de Zaina MDr ou de Buni MTiti, autres grandes chatouilleuses, nousfaisions notre propagande pied. Au-deldes routes goudronnes, dans les sentiersdeterrebattue,deMTzamboroKani-Kli,nous marchions pieds nus distribuer destracts, poursuit-elle.Sijaimalauxpiedsau-jourdhui,jaimesraisons!

    La dpartementalisation de Mayotte ? Une question rhtorique. Nos revendicationssont lgitimes. Allez dans la rue, les bou-tiques et les voitures fleurissent. Lle sedveloppe, tantmieux !Affaisse sous le poids des annes, Zaina Mresse, 67 ans, qui a t conseillre gnrale durant quatre ans, attend aujourdhui la venue de Nicolas Sarkozy Mayotte. Ilnousapromislad-partementalisation.Ilatenusespromesses.Nous laccueillerons bras ouverts. Sans chatouilles, bien sr. u

    Entre 1960 et 1970, les Mahoraises luttent, parfois avec violence, pour maintenir

    Mayotte en France : elles attaquent les hauts-fonctionnaires comoriens en les

    chatouillant. Rencontre avec lune des dernires survivantes du mouvement, Zaina

    Mresse.

    Zaina la guerrire

    LachatouilleuseestaussichevaliredelaLgiondhonneurdepuis2004.

    PortraitM

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    Lachatouilleuseen1959.

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