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    Stratgies de lutte contre la pauvret fminine : exemple des groupements de femmes de la rgion de Dakar (Sngal)

    Par Ndye Sokhna Guye IFAN-CAD, Universit Cheikh Anta Diop de Dakar, BP 206, Dakar, Sngal

    E-Mail : ndeye.gueye@orange.sn

    Il est aujourdhui communment admis que les femmes sont les plus touches par la crise conomique que traverse les pays du Sud ces dernires dcennies. Cette crise les plonge dans une pauvret endmique et de ce fait, elles (avec les enfants) forment la majorit la plus dmunie et la plus vulnrable dans le monde. Ainsi sur les 550 millions de pauvres recenss de par le monde, quelque 330 millions, ou 60 %, sont des femmes (l'OIT 2004:3). Selon le Rapport sur le dveloppement humain du Programme des Nations Unies pour le dveloppement (PNUD) de 2001, environ 53,9 pour cent des mnages au Sngal vivent en dessous du seuil de pauvret et plus de 58 pour cent sont des femmes. Ce constat va engendrer des rflexions, des approches et des actions en vue damliorer leurs conditions. Dans cette perspective, il a fallu repenser le dveloppement avec elles. Cette dmarche dintgration des femmes au dveloppement, qui est, par ailleurs, troitement lie lvolution des luttes fministes, sexprime au Sngal en termes de bien tre , d galit , d anti-pauvret , d efficacit ou de renforcement du pouvoir . Lapport heuristique de ces diffrentes approches est perceptible non seulement dans les actions menes par les associations fminines ou groupements de femmes mais elles influent galement dans les conditions de financement des bailleurs de fonds. Au total, lobjectif atteindre est un dveloppement durable qui offrirait aux femmes une socit plus juste, plus galitaire, plus solidaire et plus dmocratique. Toutes ces dmarches ou tous ces discours pistmologiques posent un postulat implicite, cest dire que l intgration des femmes au dveloppement se construit autour de la notion de travail et de sa visibilit. Cette construction prend en compte du lien existant entre le travail, la cration demplois et la lutte contre la pauvret1. (Mathias Kuepie & al, 2006: 2) Pendant longtemps le travail des femmes tait cantonn dans la sphre prive domestique ou dans lespace informel alors que la vie publique et le pouvoir politique sont du domaine des hommes. Dans cette espace prive et familiale, les femmes exercent des activits non rmunres, par consquent considres comme invisibles et informelles. A loppos, dans la sphre publique, o sexercent des activits conomiques visibles, productrices de richesses, les hommes dominent. Dans cette perspective, travers lexemple des femmes vivant en milieu priurbain de la rgion de Dakar, notre objectif est de rflchir sur les notions de sphres formelle/informelle, prive/ et publique et den valuer la pertinence dans cette espace. La femme priurbaine est

    1 Le sommet extraordinaire sur lemploi et la lutte contre la pauvret, organis par lUnion Africaine en septembre 2004 Ouagadougou, ainsi que le rapport conomique de la Commission conomique pour lAfrique (CEA) sur cette question, tmoignent de cette prise de conscience que la pauvret ne pourrait tre rduite sans la cration demplois et un meilleur fonctionnement des marchs urbains du travail (Mathias Kuepie, 2006 : 2).

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    dfinie ici comme un individu qui vit la priphrie des communes de la rgion de Dakar, notamment Rufisque, Gudiawaye, Bargny, Sangalkam et Pikine. Les informations quantitatives sur ces femmes proviennent des statistiques nationales et internationales. La rcente tude sur le secteur informel effectue par la Direction de la Prvision et des statistiques offre des informations chiffres nouvelles sur les femmes voluant dans ce domaine. Cependant ces donnes souffrent dabsence danalyse diffrencie des sexes. Labsence ou linsuffisance des donnes statistiques dsagrges selon le sexe rend imprcise toute comparaison quantitative base sur le genre entre les zones priurbaines ou une analyse fine des conditions de vie et de travail des femmes. Nanmoins, nous avons effectu en 2000 des enqutes qualitatives auprs de groupements de femmes se trouvant dans des communes de la rgion de Dakar (Pikine, Gudiawaye et Sangalcam). Des donnes secondaires ont t galement obtenues travers la littrature sur la pauvret2. La synthse de lensemble de ces donnes nous permet, dans la premire partie de notre prsentation, de dresser un tableau gnral des conditions de vie et de travail des femmes dans ces communes de la rgion de Dakar. La seconde partie est consacre aux diffrentes approches de la pauvret par le gouvernement Sngalais et des bailleurs de fonds. Cest une analyse des stratgies et des actions dveloppes pour les groupements de femmes, tablis en milieu priurbain de la rgion de Dakar, pour amliorer leurs conditions de vie et celles de leurs collectivits, en relation avec les discours sur le genre et sur le dveloppement. Cette rflexion nous permet ainsi de dgager le profil gnral de la pauvret fminine en milieu priurbain et dtudier sa dynamique de reproduction en rapport avec les programmes dajustement structurels. Ces visions sont confrontes aux ralits du terrain et avec les reprsentations que les femmes en milieu priurbain se font de leur situation au niveau de lindividu, du mnage et de la communaut. En dfinitive, nous valuerons les consquences de ces programmes de lutte contre la pauvret qui cantonnent les femmes dans des sphres informelles et domestiques. Zones dtudes et mthodologie denqutes Notre analyse des conditions de vie des femmes en milieu priurbain sintresse aux quartiers priphriques des communes de Bargny, de Rufisque, de Pikine, de Sangalkam, de Sebikotane et de Gudiawaye. Ces communes constituent un observatoire privilgi de la question des rapports entre le travail des femmes, la pauvret fminine et des actions menes pour lradiquer.

    2 ACDI,1997, Antoine P. et al, 1995, APAD, CODESRIA, ENDA, ECO AFRICA93, 1993, Banque Mondiale,1994, 1995, 1999, Bedenbecker, Ndiaye et Kah, 1996, IT, 2002, Gaufryau B. et Maldonado C., 1997, Bugnicourt J., Ndione E.S., Sagna M., 1987, Caicedo E., 1992, Diop MC., 1996, DSN, 1998, Fall A. S., Gaye A. et Ndao A., 1998, Fall A. S., 2007, Fassin D., 1993, FIDA, 1995,Gueye-Tall, S.,1989, ISRA/PASE, fvrier 1996, Kouidhi M., 1994, 1995, Mbow P. et Mbaye B.D., 1998, Ministre de l'conomie et des Finances et du Plan, Direction de la Prvision et de la Statistique, 1993, 1995, 1996a, b et c, 1997, 2004abc, 2005, Ndiaye A. I.1997, Niang A., 1997, Nzapayeke, A.1999, Programme de Gestion Urbaine, 1996, PNUD (1997, 1999, 2001), Sow F., 1991, Sy P.I., 1994, UNICEF SENEGAL, 1999.

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    Tableau 1. Reprsentativit des groupements fminins tudis en fonction des lieux denqutes

    Les donnes secondaires sur les groupements fminins proviennent du Rpertoire National sur les Associations fminines et Groupements de promotion fminines (GPF), publi en 1997 par le Ministre de la Famille, de lAction sociale et de la Solidarit nationale. Elles ont t confrontes avec les enqutes qualitatives que nous avons menes en juillet et aot 1999 Gudiawaye, Pikine, Bargny, Rufisque, Sangalkam et Sebikotane. Ces localits ont t considres en raison de la dynamique assez importante de la pauvret. Les informations de base recueillies sur les 92 groupements fminins sont lies lidentification de lassociation (sigle, dnomination, localisation, date et raisons de cration, nombre de membres, rcpiss, nom de la responsable, affiliation, historique), aux objectifs ou mission, au degr dorganisation travers lorganigramme, les ressources financires (droits dadhsion, cotisation, budget de fonctionnement), aux partenaires, aux formations reues, aux activits ralises, aux zones dintervention, aux difficults rencontres, leurs besoins et projets. Des entretiens individuels semi structurs ont t effectus auprs des femmes membres de ces organisations fminines de base mais galement auprs de leurs conjoints et auprs de tout autre habitant du quartier (vieux ou jeunes). Les informations de base collectes chez les 250 personnes interviewes sont lge, le statut familial, lge au mariage, la situation socioprofessionnelle, la religion (et/ou appartenance confrrique), le niveau dinstruction, les formations reues, les activits professionnelles, le degr de mobilit. Elles ont t interroges sur les contraintes ou difficults dinsertion socioprofessionnelle, sur les opportunits existantes, sur la nature de leurs besoins, sur leurs projets, sur leurs suggestions et recommandations pour lamlioration de leur situation. A travers les discussions de groupes (ou focus group) composs de 15 20 personnes, des questions plus prcises concernant leur dfinition de la pauvret et de ses manifestations aux niveaux de lindividu, du mnage et de la communaut ont pu tre dbattues. Laccs aux services de base (types, tat, nombre, distance, cot et qualit de ces services, qui les contrle) a t discut en insistant sur lducation, la sant, les ressources, le pouvoir dcisionnel, les diffrences de responsabilisation et de traitement entre les filles et les garons. Il leur a t galement demand les sources et affectations de leurs revenus par ordre de priorits, par ordre de priorits notamment pour la nutrition, lducation, la sant et autres La synthse de lensemble de ces donnes permet de dgager le profil gnral de ces femmes sngalaises et de dresser un tableau gnral de leurs conditions de vie et de travail. Ces informations permettent danalyser le vcu de ces actrices, des perceptions et des reprsentations quelles se font de la pauvret ainsi que des stratgies et des actions dveloppes par lEtat et les ONG pour amliorer leurs conditions de vie.

    Commune Nombre de groupements fminins tudis Gudiawaye 17 Pikine 9 Bargny 9 Rufisque 39 Sangalkam 8 Sebikotane 10 Total 92

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    Structuration des groupements