Sophocle Oedipe Roi

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  • OEDIPE ROIde

    SophocleTraduction de Rochefort et de La Porte du Theil, revue par Brvannes (1906)

    PERSONNAGES :OEDIPE.CREON.UN GRAND-PRTRE.T1RSIAS.JOCASTE.UN BERGER de Laos.UN MESSAGER.UN OFFICIER d'OEDIPE.LE CHOEUR, compos de vieillards thbains.

    La scne est Thbes, en Botie.

    On voit sur le Thtre une troupe d'enfants, de jeunes gens, de vieillards couchs sur les marches du palais du roi, situ sur la place publique de Thbes; prs du palais, le temple d'Apollon et les statues des dieux.OEDIPE, au peuple. Nouveaux rejetons de l'antique Cadmos, mes enfants! pourquoi venir ainsi vous prosterner sur les marches de ce palais, tenant en main les rameaux rservs aux suppliants? La fume de l'encens, les chants lugubres, les gmissements ont rempli toute la ville.Je n'ai point envoy vers vous, je suis venu moi-mme, mes enfants, m'informer du sujet de vos plaintes : oui, c'est cet OEdipe si vant dans la Grce, qui vient vous couter. Parle donc, vieil-lard, car c'est toi qu'il convient de t'expliquer pour eux : quelle crainte, quelle esprance vous ont rassembls? Comptez sur le dsir que j'ai de vous secourir. Je serais bien insensible, si je n'tais mu de piti par ce spectacle.LE GRAND-PRETRE. O toi qui rgnes sur ma patrie, OEdipe, vois combien de citoyens de tout ge sont prosterns devant les autels, les uns dans l'enfance et se tranant encore peine, les autres dans la force de la jeunesse. Regarde ces vieillards qui sont les pontifes des dieux, et moi,qui suis grand-prtre de Zeus. Le reste des Thbains, tenant en main les branches d'olivier, se rpand sur les places publiques, et devant les deux temples de Pallas, ou sur les bords prophtiques de l'Ismnos. Tu le vois, OEdipe, cette ville, trop longtemps en butte aux fureurs de l'orage, ne peut plus lever sa tte au-dessus des flots ensanglants qui la submergent. Les germes des fruits de la terre s'y desschent dans les calices des fleurs, les troupeaux y prissent, et les enfants meurent dans le sein des mres. Un dieu cruel, arm de feux, une effroyable contagion est venue fondre sur cette ville, et change en un dsert l'antique demeure des enfants de Cadmos. Le noir Erbe s'enrichit de nos gmissements et de nos pleurs. Ce n'est pas cependant que ces enfants et moi nous t'galions aux dieux en implorant ton secours; mais nous te regardons, entre tous les mortels, comme le plus capable de conjurer les malheurs qui nous accablent et nous sont envoys

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  • par les dieux. C'est toi qui, arrivant dans nos murs, nous as dlivrs du tribut cruel que le Sphinx nous avait impos, sans qu'aucun de nous t'en fournt, ou t'en prpart les moyens. Ce fut par la seule inspiration d'un dieu que tu sauvas nos jours en danger : chacun ici le publie et le pense. C'est donc toi, puissant OEdipe, c'est toi que nous venons, en suppliants, demander aujourd'hui une nouvelle assistance, si tu as entendu la voix des dieux, ou si quelque mortel a pu t'clairer. J'ai vu souvent de grands malheurs conjurs par les hommes que l'exprience a rendus habiles et de bon conseil. Viens, le plus sage des mortels, relever cette ville abattue; viens, et songe que cette contre te nomme aujourd'hui son sauveur, pour reconnatre ton ancienne prudence, et que nous pourrions bientt oublier tes premiers bienfaits, si, aprs nous avoir tirs de l'abme, tu nous y laissais retomber. Relve, rassure donc cette ville sur ses fondements. Songe ce que tu as dj fait pour elle, sous de favorables auspices; sois aujourd'hui ce que tu fus alors. Ne vaut-il pas mieux pour toi, tant que tu commanderas ici, y rgner sur des hommes, que sur des murs dserts. Que sont les remparts et les navires sans soldats et sans matelots?OEDIPE. Infortuns enfants, je suis loin d'ignorer l'objet de vos vux. Je ne sais que trop dans quel tat funeste vous ts tous plongs; et cependant, quelque malheureux que vous soyez, il n'en est point parmi vous qui soit aussi infortun que moi. La douleur de chacun de vous n'a qu'un seul objet; elle n'atteint que vous seuls, tandis que mon cur gmit la fois et sur la ville, et sur vous, et sur moi. Ne croyez donc pas m'avoir tir d'un profond sommeil. Sachez qu'il n'est point de larmes que je n'aie verses, point de moyens que mon imagination n'ait cherchs. Le seul que j'aie pu trouver propre vous secourir, je l'ai mis en usage. Le fils de Mnce, Cron, qui m'appartient par les liens du sang, je l'ai envoy Delphes, au temple d'Apollon, pour demander ce dieu ce que je dois ordonner pour le salut de cette ville. Je compte les jours, je les mesure par le temps qui lui tait ncessaire, et je m'afflige de son retard. Que fait-il? son absence est beaucoup plus longue qu'elle ne semblait devoir l'tre. Sitt qu'il arrivera, ou je serai le plus mchant des hommes, ou j'excuterai tout ce que le dieu m'aura prescrit.LE GRAND-PRETRE, qui des jeunes gens viennent annoncer l'oreille l'arrive de Cron. Tu ne pouvais en parler plus propos; on m'annonce l'arrive de Cron, qui s'avance vers nous.OEDIPE, apercevant CREON. O souverain Apollon! puisse-t-il, favoris de la fortune, revenir joyeux; son visage parat l'annoncer.LE GRAND-PRETRE. Son cur est satisfait, sans doute; ou bien il ne paratrait pas, devant nous, portant sur la tte un rameau de laurier charg de fruits.OEDIPE. Nous le saurons bientt. Fils de Mnce, cher prince, mon frre! quelle nouvelle nous apportes-tu de la part du dieu?CREON. D'heureuses nouvelles; car ce qu'il peut y avoir de fcheux sera pour nous heureux si le rsultat est tel que nous pouvons l'esprer.OEDIPE. Que signifie ce discours? Je n'y trouve pas sujet de crainte; mais je n'y vois gure de quoi me rassurer.CREON. Souhaites-tu que je m'explique au milieu de tout ce peuple qui nous coute, ou veux-tu que je te suive dans ton palais?OEDIPE. Parle devant eux, car je suis bien plus touch de leurs maux que des miens.CREON. Je te dirai donc ce que l'Oracle d'Apollon m'a fait entendre. Il nous ordonne, sans aucune obscurit, d'loigner de cette terre un monstre qui la souille et de ne pas y souffrir plus longtemps sa prsence odieuse.OEDIPE. Quelles purifications devons-nous faire? Quel est ce flau?CREON. Il faut bannir un coupable, ou que le sang qui a caus les malheurs de cette ville soit lav par le sang.OEDIPE. Et quel est le mortel dont il faut venger la mort?

  • CREON. Prince, nous emes un roi nomm Laos; il rgnait sur celte ville avant qu'elle se ft soumise ton empire.OEDIPE. Je le sais, cependant mes yeux ne le virent jamais.CREON. Il a t tu, et Apollon nous ordonne aujourd'hui de punir ses assassins.OEDIPE. En quels lieux sont-ils? et comment retrouver la trace efface d'un crime aussi ancien?CREON. Ils sont dans ces murs, l'oracle l'a dclar. Ce qu'on cherche, on peut le trouver; ce qu'on nglige nous chappe. OEDIPE. Est-ce dans son palais, ou hors de la ville, ou sur une terre trangre que Laos est tomb sous les coups des assassins?CREON. Il allait (ainsi qu'Apollon nous l'a dit) consulter l'Oracle; et depuis l'instant qu'il a quitt ces murs, nous ne l'avons plus revu.OEDIPE. N'y aurait-il pas quelqu'un de sa suite, quelque compagnon de son voyage qui, ayant t tmoin du crime, pt servir nous guider?CREON. Ils sont morts; un seul subsiste que la crainte tient loign et qui, de tout ce qu'il a vu, n'a jamais pu raconter qu'une seule circonstance.OEDIPE. Quelle est-elle? Un seul trait peut en faire dcouvrir beaucoup d'autres, nous donner une lueur d'esprance.CREON. Il dit qu'une troupe de brigands avait assailli Laos, qui prit accabl par le nombre.OEDIPE. Mais comment des brigands auraient-ils montr tant d'audace, si quelqu'un ne les avait pays?CREON. Ce soupon est vraisemblable; mais Laos tant mort, personne, au milieu des maux de la patrie, ne s'leva pour le venger.OEDIPE Et quels maux, quand le chef de l'Etat fut tu, purent vous empcher d'approfondir le mystre de sa mort?CREON. Le Sphinx, avec ses nigmes enveloppes, nous fora d'abandonner ce que nous ne pouvions dcouvrir, pour nous occuper de nos malheurs prsents.OEDIPE. Eh bien, c'est moi de remonter la source du crime, et de la produire au jour. Ce ne sera pas en vain qu'Apollon et toi-mme aurez pris soin de venger la mort de Laos; vous me verrez justement associ vos desseins, servir la fois les intrts de la patrie et ceux du dieu. Car ce ne sera pas seulement pour la cause d'un roi qui n'est plus, mais pour ma propre cause. que je purifierai cette cit de sa souillure. Celui qui a os porter la main sur Laos, pourrait d'une main aussi hardie attenter mes jours. Ainsi je trouverai ma propre sret dans le soin que je prendrai de sa vengeance. Levez-vous donc, mes enfants, htez-vous, emportez ces rameaux, symboles des suppliants. Qu'on assemble ici le peuple thbain; je vais tout employer pour calmer ses peines. Nous verrons bientt, sous les auspices du dieu, si nous devons tre plus heureux ou plus misrables.LE GRAND-PRETRE. Levons-nous, mes enfants, levons-nous; ces secours que nous tions venus demander ici, notre roi nous les promet. Puisse Apollon, qui nous a envoy cet oracle, nous dlivrer de la contagion, et conserver nos jours!(LE GRAND-PRETRE se retire avec les enfants et la troupe de jeunes Thbains qui l'accompagnaient : il ne reste sur le thtre qu'OEDIPE et les vieillards qui composent LE CHOEUR,)LE CHOEUR. O douce voix de Zeus, qui, de l'opulent sanctuaire de Delphes es parvenue aux murs fameux des Thbains, que fera-tu pour eux? La crainte agite et consterne mon cur, saisi de respect devant toi, secourable dieu qui rgne Dlos. Est-ce aujourd'hui, est-ce dans un autre temps marqu par tes dcrets, que tu accomplira ton oracle? Parle, voix immortelle, fille de

  • l'heureuse esprance. Digne sang de Zeus, Athna, c'est toi que j'invoque la premire; toi aussi, Artmis, sa sur, vous qui aimez visiter la terre, et qui vous asseyez sur un trne glorieux,