Solidarité Guatemala 199

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Edito: Doña Crisanta et des figures de la résistance guatémaltèques Talents: Caja Ludica et Grupo Sotz'il Entretien: Edgar Pérez Archila, avocat défenseur des droits humains Portrait: Claudia Paz y Paz, Procureure Générale de choc pour Ministère Public à l'agonie

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  • porte mal la distance. Enceinte de 8 mois, elle d-cide finalement de venir accoucher chez elle, au-prs des siens. Quelques jours aprs la naissance, un de ses frres, proche de lentreprise, appelle la police et la dnonce. Des policiers viennent la cap-turer dans la nuit et lemmnent au tribunal de San Marcos. Sur le chemin, des villageois sont prve-nus de larrestation de Crisanta et dcident de blo-quer la route. La voiture de police est stoppe par les paysans, Crisanta et son bb librs. Des actes de solidarit se multiplient dans le dpartement,

    mais aussi au niveau national et international.

    Crisanta devient une des principales figures de la rsistance contre lactivit minire au Guatemala, mais fragilise, elle souhaite avant tout reprendre une vie normale, dans son village. Un temps loi-gne de la lutte, elle est approche par la multina-tionale qui lui propose un poste et une forte rmu-nration, mais elle refuse. Sollicite ensuite par des ONG, elle prfre sengager dans la politique locale en participant au comit civique lors des

    dernires lections.

    Le 18 mai 2012, un tribunal guatmaltque or-donne le retrait du poteau lectrique de son terrain et annule le mandat darrt contre elle et les sept autres femmes. Cette victoire, symbolique mais importante, dbute la rcupration du territoire dAgel par ses habitants. Elle signifie aussi lchec de la stratgie de criminalisation et de perscution de la deuxime multinationale aurifre mondiale. Certes, lexploitation de la mine durera jusquen 2017 et les consquences sociales et environne-mentales de sa prsence se feront encore sentir pendant longtemps. Cependant , les communauts de San Miguel ont prouv par leur lutte, que les multinationales aussi puissantes soient-elles, ren-contreront toujours sur leur chemin des hommes et des femmes aussi dtermins que Crisanta pour

    dfendre leurs droits.

    Dans ce numro 199 de Solidarit Guatemala, nous retraons le parcours de certaines figures de la rsistance guatmaltque qui, comme Crisanta, ont marqu toutes celles et ceux qui ont eu la chance de les rencontrer. Alors que la situation po-litique et sociale continue de se dgrader, ces per-sonnes prouvent par leur engagement quil est pos-sible de vaincre la peur et mme de gagner quelques luttes sociales, peu importe ladversaire

    ou les intrts politiques et conomiques en jeu.

    la n 199 juillet - aot 2012

    Sommaire

    dito p. 1

    Doa Crisanta et des figures de la rsistance guatmaltque par Grgory Lassalle

    Talents p. 2

    Caja Ldica : graines despoir pour la jeunesse urbaine et rurale par Amandine Grandjean et Quentin Boussageon

    Grupo Sotzil : cration artistique des jeunes de la communaut maya Kaqchikel par Vanessa Gngora

    Entretien p. 6

    Edgar Prez Archila, avocat dfenseur des droits humains au Guatemala Par Quentin Boussageon, Vanessa Gngora et Marilyne Griffon

    Portrait p. 8

    Procureure Gnrale de choc pour Ministre Public lagonie par Cynthia Benoist

    Brves p. 9

    Agenda p. 11

    Collectif Guatemala p. 12

    Collectif Guatemala 21 ter, rue Voltaire

    75011 Paris - France Tel/Fax : + 33

    (0)1.43.73.49.60 collectifguatemala@gmail.com

    http://collectif-guatemala.chez-alice.fr/

    Permanence : Du lundi au vendredi 10h-18h

    Directrice de publication : Isabelle Tauty Chamale ISSN 1277 51 69

    Ont particip ce numro : Cynthia Benoist, Quentin Boussa-geon, Amandine Grandjean, Vanessa Gngora, Marilyne Grif-fon, Grgory Lassalle, Isabelle Tauty, Martin Willaume.

    D oa Crisanta Prez Bamaca habite dans la communaut Maya Mam dAgel, San Miguel, situe moins de 500 mtres vol doiseau de len-

    tre de la mine Marlin.

    En 2004, contre une somme dargent drisoire, elle accepte que la multinationale Goldcorp Inc. installe un poteau lectrique sur son terrain pour permettre lacheminement en nergie de la mine dor. Elle ne pensait pas quil serait si prs de sa maison, si imposant et avec autant de cbles. Elle entame alors un dialogue strile avec lentreprise

    qui refuse de le retirer.

    En 2006, des paysans bloquent lentre de la mine. Ils disent avoir t tromps lors de la vente de leur terre et sollicitent une rengociation. Lentreprise refuse et demande lintervention des forces de lordre. La police dloge les paysans et la justice

    met des mandats darrt contre sept paysans.

    En 2007, dans un climat social de plus en plus ten-du, Crisanta dcide de passer, elle aussi, aux actes. Elle jette un cble sur les fils lectriques au-dessus de chez elle, coupant ainsi lapprovisionnement en lectricit de lentreprise qui est oblige darrter ses activits pendant plusieurs semaines. Les ac-tionnaires de la multinationale sinquitent. Gold-corp porte plainte. La police intervient. Entre temps, les femmes dAgel se sont solidarises et empchent les forces de lordre de rentrer chez Crisanta. La justice met un mandat darrt len-

    contre de huit femmes accuses de terrorisme .

    En 2009, un nouveau conflit clate. La compagnie minire veut tendre ses activits dans la commu-naut voisine de Saqmuj. Crisanta, dont la famille possde des terres dans cette commune, prend la tte de la lutte. Avec son enfant dans les bras, elle campe devant les chantiers de lentreprise : Cest facile pour vous. Vous buvez de leau en bouteille alors que nous, nous vivons de nos sources deau. Si la mine continue exploiter, nous nau-rons plus deau . La tension monte. Lentreprise ne veut pas ngocier. Une de ses voitures est br-le par des centaines de villageois. Crisanta, ab-sente au moment des faits, est malgr tout accuse. Le lendemain, le Ministre Public, accompagn des avocats de Goldcorp et de policiers, vient la

    capturer. Mais Crisanta est dj partie se cacher.

    Son exil durera plusieurs mois. loigne de sa maison, de sa famille et de ses enfants, elle sup-

    1

    Guatem Solidarit Lettre des adhrents du Collectif Guatemala Bimestriel

    Solidarit Guatemala n 19 9 j u i l l e t -a o t 20 12

    Doa Crisanta et des figures de la rsistance guatmaltque

    Par Grgory Lassalle

  • Talents

    2 Solidarit Guatemala n 19 9 j u i l l e t -a o t 20 12

    dans les rues. L'ide de ce festival est po-tique, elle suggre qu'il peut y avoir plu-sieurs Octobre pour faire cette rvolution, et pas forcment par les armes mais en provoquant un mouvement de jeunes, artis-tique, qui surgit aprs la guerre civile, avec l'intention d'occuper de nouveau les rues, et les espaces publiques pour que les gens puissent exprimer ce qu'ils ressentent, ce qu'ils pensent : former la critique sociale.

    Ces deux collectifs sorganisent alors pour dvelopper lexprience du festival afin de former ensemble une structure permanente : cest ainsi que nat Caja Ldica. A ses d-buts, les premiers ateliers sorganisent dans la rue, dans le Parc central, parfois sur des terrains de basket ou de football, ou proximit des marchs de quartier. Les jeunes, venant du Limn, de la Zone 18, de la Zone 7, Villa Nueva, et dautres secteurs des alentours de la capitale1, se rassem-

    blaient pour des ateliers thtre, de cirque, de musique, de posie avec lintention de gnrer une sorte dquipe, qui serait ca-pable dassumer lart comme forme de vie mais aussi comme une mthodologie pour continuer de provoquer et denseigner. Nous lappelons mthodologie ludique Action - Participation - Transformation: partir de lart et du ludique, en participant et en apprenant, on transforme des ides, non seulement ses propres ides mais en pensant transformer notre environnement. Cest ainsi qua commenc Caja Ldica. Notre politique est douvrir et de consolider des espaces pour lart et la culture, pour le dia-logue, les rencontres mais aussi les forma-tions, fondamentales selon nous. Nous croyons que la connaissance de soi-mme est importante : tu te connais bien toi-mme, tes aptitudes, tes capacits et ensuite tu te lies ton environnement et tu peux y apporter des changements.

    C omment s'est forme Caja

    Ldica?

    Samy : Caja Ldica est un col-lectif d'artistes qui se forme en 2000. Il regroupe deux collectifs dont Arte Urbano qui, dans le Guatemala de l'aprs-guerre, recommence utiliser l'espace public pour prsenter ses ides et en dbattre, pour provoquer et gnrer des rflexions sur comment vit la socit guatmaltque. En ce sens, nous avons intgr des valeurs que nous continuons de dfendre comme briser les peurs, briser le silence et la mfiance. L'autre influence vient d'une organisation de Medelln, en Colombie, qui dveloppe le travail via l'art et la culture dans les quartiers o s'est implant le trafic de drogue. De ces deux expriences qui se rejoignent, nat un festival : Octubre Azul, qui voque la Rvolution d'Octobre 1944, et dont l'objectif est de retourner

    Caja Ldica : graines despoir pour la jeunesse urbaine et rurale Par Quentin Boussageon et Amandine Grandjean

    Samy Ochoa fait partie depuis 8 ans du collectif artistico-ludique Caja Ldica qui agit pour l'mancipation des jeunes dans la socit guatmaltque. Il partage avec nous son exprience de militant au sein de cette organisation sociale et culturelle qui, m-lant l'art la culture, accompagne des processus de formation et d'incidence politique dans diffrentes rgions du Guatemala.

  • Talents

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    Quentin- Peux-tu dvelopper sur les formations de Caja Ldica?

    Samy- Nous avons cr deux formations de gestion culturelle et danimation culturelle, qui incluent une formation politique, et historique, sur le sens de la culture dans un pays comme le Guatemala, o il y a une grande diversit culturelle. Je pense que les richesses culturelles et cologiques de ce pays sont fondamentales, pour nous mais aussi pour le monde. Aussi, je sui