septembre-novembre 2014

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    La bataille de Verdun (fvrier-dcembre 1916)

    14-18 entre les lignes Histoire et mmoires de la Premire Guerre mondiale

    Acadmie de Toulouse Numro 4 septembre-novembre 2014

    SOMMAIRE Dossier documentaire.. La bataille de Verdun Les arts face la guerre Ren Naegelen, Les supplicis Fernand Lger, Verdun J. Tardi, J.-P. Verney, Putain de guerre ! 1914-1915-1916 Appel projets Contacts

    Ces clichs publis par Le

    Miroir, un hebdomadaire consacr la photographie, offrent un aperu de

    lampleur des bombardements devant

    les glacis du fort de Douaumont et

    dans le village de Damloup : les forts

    ont laiss place un sol trou par les

    obus do mergent a et l des troncs

    calcins ; les maisons sont en ruines, et

    les rues jonches de dbris. Le

    commentaire insiste sur le

    dchanement de la violence, la

    comparant aux grandes catastrophes

    naturelles : les fureurs des hommes

    dpassent aujourdhui celles de la

    nature . Par lampleur des moyens

    matriels et humains mobiliss de part

    et dautres, la lourdeur des pertes et

    des destructions, Verdun a

    durablement marqu les mmoires de

    la Grande Guerre.

    Le Miroir, 23 avril 1916, Bibliothque municipale de Toulouse.

    EQUIPE DE REDACTION

    Cdric Marty / Fabrice Pappola professeurs dhistoire-gographie

    chargs de mission

    Sous la direction de Franois Icher

    IA-IPR histoire-gographie

  • 2

    Comment sest droule la bataille de Verdun ? Comment les soldats lont-ils vcue ? Comment les journaux ont trait lvnement ? Quelques lments de rponse travers des documents et des tmoignages de la rgion

    De toutes les batailles de la Premire Guerre mondiale, celle de Verdun est sans conteste celle qui a le plus durablement marqu les mmoires franaises. Enjeu stratgique autant que symbolique, elle reste marque par lampleur des moyens dploys, des pertes subies et des souffrances endures.

    Entre des manuvres manifestement destines percer les lignes ennemies et le dsir affich de saigner blanc larme franaise, lobjectif du chef dtat-major allemand Falkenhayn lors de loffensive sur Verdun demeure aujourdhui encore lobjet de discussions entre les historiens. Toujours est-il quen janvier-fvrier 1916, face aux trois divisions franaises charges de tenir ce secteur relativement calme, il rassemble dix divisions, quelques 850 canons, dont 590 lourds, aliments par deux millions et demi dobus. Le 21 fvrier 1916, lattaque est dclenche par un intense bombardement. Au Bois des Caures, prs de 80 000 obus pilonnent un rectangle de 500 mtres sur 1000 (p. 3-4, A. Castex et C. Cambournac). A partir du 25 fvrier, le gnral Ptain est charg dorganiser la dfense du secteur. Du 21 fvrier au 10 mars, les troupes allemandes semparent de nombreux points dappui : le fort de Douaumont, le Mort-Homme, le bois dAvocourt. Dautres sont le thtre de violents combats, comme la cote 304, le fort de Vaux ou Thiaumont (p. 10, carte). En juin, Falkenhayn lance une opration simultane sur la rive droite et la rive gauche de la Meuse, aboutissant entre autres la chute du fort de Vaux. Aprs une ultime tentative allemande sur Souville, le 11 juillet, le centre de gravit du front occidental se dplace vers la Somme o une offensive franco-britannique a t dclenche le 1er juillet. A partir doctobre, les Franais sefforcent de repousser les Allemands Verdun. Le commandement est dsormais pass dans les mains du gnral Nivelle. Le 15 dcembre, une grande partie du terrain perdu depuis le 21 fvrier est repris.

    Les moyens dploys de part et dautre sont considrables. Du 21 fvrier au 23 juin, on estime que 20 millions dobus ont t tirs dans cette zone de bataille. La guerre sest industrialise (p. 5, J.-E. Tucoo-Chala). Aux obus de gros calibres sajoutent les projectiles chimiques librant des gaz de plus en plus toxiques dont les hommes tentent de se protger laide de masques rudimentaires (p. 3, A. Castex). 15 000 tonnes de substances chimiques ont ainsi t utilises en 1916. Lacheminement des hommes, du matriel et des denres sur un secteur relativement troit cre un flux continu de camions sur la seule route permettant de ravitailler Verdun, baptise la Voie sacre (p. 7, A.Vidal). Dans la zone des combats, lartillerie mutile les paysages, dtruit les villages (Ornes, Fleury, Damloup,), transforme les forts en terrains lunaires do nmergent que quelques troncs calcins. (p. 1, Le Miroir) Les tranches maintes fois prises pour cibles laissent place des trous individuels o survivent des combattants sous un dluge de feu et dacier.

    De part et dautre, le bilan est lourd : 140 000 soldats allemands et 160 000 soldats franais meurent Verdun. Les services de sant peinent faire face lafflux de blesss rclamant des soins (p. 4, 6 et 7, C. Cambournac, P. Viguier et J. Mejecase). Les souffrances endures par les soldats de Verdun distillent une inquitude pesante chez leurs proches et chez les autres combattants qui redoutent dy tre envoys (p. 8, P. Voivenel). Les expriences sont cependant trs diffrentes selon larme, le secteur ou le moment de la bataille (p. 5, J.-E. Tucoo-Chala).

    Ds les premiers jours de la bataille, Verdun focalise lattention de la presse. Pendant plusieurs mois, les unes et les articles commentent les vnements relays par le communiqu officiel. La tnacit du poilu est glorifie : sous les colossales marmites de 305 et de 420, pluie de fer, nos soldats ne bronchrent pas, lordre du jour tait catgorique : il faudra tenir cote que cote, et ils

    rsistrent ayant tous fait le sacrifice de leur vie. (Le Midi Socialiste, 28 fvrier 1916). Les conditions de vie sont rgulirement prsentes sous un jour extrmement favorable et les rcits dactes hroques se multiplient dans les colonnes des journaux. (p. 9, Le Tlgramme) Si la bataille de Verdun suscite galement nombre darticles et danalyses plus nuances, la rsurgence de topo outranciers dans la presse contribue un peu plus encore dcrdibiliser les journaux.

    Dossier : La bataille de Verdun (fvrierdcembre 1916)

  • 3

    Les premiers jours de la bataille vcus et raconts par

    Anatole CASTEX (Gers)

    N Masseube dans le Gers, Anatole Castex est un ancien lve du petit sminaire

    d'Auch et du collge de Gimont, fervent catholique et patriote, il entre dans la

    guerre avec le grade de sergent-Major au 88me R.I. Ses lettres ses parents, sa

    sur et son pouse, envoyes daot septembre 1916, donnent lire la guerre

    vcue par cet officier qui prend part aux combats autour de Verdun en 1914, puis

    essuie loffensive allemande du 21 fvrier 1916. Relev le 14 mars, il est renvoy

    Verdun en septembre. Il meurt le 6 septembre 1916 dans le bois de Vaux-

    Chapitre.

    25 fvrier 1916 : Excuse-moi si je suis un peu bref, mais je n'ai pas une minute. a barde dur chez nous et voil quatre nuits que je ne dors plus. A notre droite les Allemands ont avanc un peu mais au prix d'normes pertes et de munitions en quantit extraordinaire. Nous, pour le moment c'est supportable. Je n'ai eu jusqu' prsent qu'une section violemment bombarde qui n'a eu d'ailleurs que quelques blesss. En revanche nous avons tu des Boches qui voulaient arriver jusqu' nos tranches. []. Les ravitaillements nous donnent le strict ncessaire : plus de vin depuis deux jours, pas de lettres non plus, mais on sait qu'il le faut et qu'il vaut mieux avoir des munitions... 26 fvrier 1916 : Toujours la lutte qui se poursuit : les Allemands ont envoy sur nous une grle d'obus Leur avance a t enraye et aujourd'hui il y a eu un peu de calme. [] Je t'assure que nous sommes bien fatigus. Depuis sept jours et sept nuits je ne me suis pas allong. Si je marrte cest sur une chaise que je me repose. Avec ce bombardement continuel qui n'a cess pendant six jours, on est heureux aujourd'hui d'avoir un moment de rpit. Depuis deux jours tout de mme nous avons nouveau des lettres, mais pas de journaux. On ne sait rien de ce qui se passe. Ravitaillement aussi difficile, mais jusqu' prsent il est toujours arriv. Le moral est trs bon et tous feront bien leur devoir, je tassure que les hommes sont fatigus, ne dormant presque pas. Il y en a de mal fichus mais aucun ne va la visite. Les Allemands doivent avoir perdu beaucoup de monde. [] Joubliais de te dire que les Boches nous envoyaient des gaz lacrymognes, mais en mettant des lunettes on ne risque rien. 29 fvrier 1916 : Excuse-moi de ne tenvoyer qu'une carte mais je n'ai pas le temps car a barde dur. Pour le moment suis en bonne sant, ai bonne confiance et bon courage. Suis un peu fatigu, mais en ce moment la fatigue ne compte pas. [] Quelle bataille, si tu voyais ! Mars 1916 : Je te remercie, petite sur de tes bonnes paroles qui m'aident encore mieux avoir plus de courage. [] Je viens d'tre relev de la premire ligne o j'avais pass huit jours et huit nuits sans une minute de repos et bombards violemment. [] ils nous ont envoy jusqu' des 305 qui faisaient des trous de deux mtres de profondeur et six de large. Tu dois voir les journaux, eh bien je tenais le village Fleury ayant droite B... et S... pris par les Boches. Aussi notre situation est trs critique tant presque pris par derrire. Mais on s'y maintient quand mme, car on espre bien leur reprendre ce quils ont pris. [] Nous n'avons pas t tout de mme au point le plus violent de la lutte, mais de la division c'est notre rgiment qui a le plus souffert et cela par ce bombardement violent. En ce moment suis un peu en arrire 500 m environ de F..., donc pas trs loin et en rserve. Nous sommes bien bombards, mais des abris nous protgent. [] 3 mars 1916 : Ce soir nous allons tre relevs par l'autre brigade, nous tions un peu en arrire, quoique en alerte et toujours prt repartir au premier signal, mais on pourra se reposer un peu,