Sectes, controverses et pluralisme : une sociologie of Economics) et membre de l’Institut...

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    Véronique Altglas, Laurent Amiotte-Suchet

    Sectes, controverses et pluralisme : une sociologie sceptique des religions. Entretien avec le sociologue des religions James A. Beckford

    Pour citer cet article :

    Véronique Altglas, Laurent Amiotte-Suchet. Sectes, controverses et pluralisme : une sociologie sceptique des religions. Entretien avec le sociologue des religions James A. Beckford, ethnographiques.org, Numéro 15 - février 2008 [en ligne]. http://www.ethnographiques.org/2008/Amiotte-Suchet,Altglas.html (consulté le [date]).

    Sommaire

    Présentation :

    Des Témoins de Jéhovah aux Nouveaux Mouvements Religieux

    Du calvinisme au socialisme La conversion à la sociologie de Bryan Wilson Bryan Wilson et la S.I.S.R., une socialisation professionnelle Une montée en généralité

    Étudier les mouvements religieusement controversés : le sociologue face à l’expertise

    Le sociologue : expert en sociologie ! Les dangers de l’objet : déontologie et code de procédure

    La religion en prison : un analyseur pertinent

    Pluralisme et pluralité Conditions d’enquête La question des femmes détenues La recherche et ses usagers

    Des controverses au constructivisme

    Tout est en jeu, tout est en mouvement ! La recomposition du religieux n’est pas la bonne question Sociologie des religions et théories sociologiques

    Des passions, des regrets et des prévisions

    Notes

    Bibliographie

    Véronique Altglas, Laurent Amiotte-Suchet Sectes, controverses et pluralisme : une sociologie sceptique des religions.

    Entretien avec le sociologue des religions James A. Beckford ethnographiques.org - numéro 15 - février 2008

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    Présentation :

    Des Témoins de Jéhovah aux Nouveaux Mouvements Religieux

    Du calvinisme au socialisme

    Ce texte a pu voir le jour à partir de deux entretiens que James A. Beckford a eu le plaisir de réaliser en français. Le premier a eu lieu le 20 juillet 2005 à Zagreb (Croatie) à l’occasion de la 28ème conférence de la Société Internationale de Sociologie des Religions (S.I.S.R.). Le second entretien a été réalisé six mois plus tard à l’université de Warwick (Royaume-Uni), le 20 janvier 2006.

    James A. Beckford est professeur émérite à l’université de Warwick (Royaume-Uni) dans le

    département de sociologie. C’est un spécialiste des mouvements religieux socialement controversés.

    Vice-président de Information Network Focus On Religious Movements (I.N.F.O.R.M., London School

    of Economics) et membre de l’Institut Européen en Sciences des Religions (Paris), il a également été

    président de l’Association for the Sociology of Religion entre 1988 et 1989 et de la Société

    Internationale de Sociologie des Religions (S.I.S.R.) entre 1999 et 2003. James A. Beckford est

    régulièrement invité à l’étranger pour y dispenser des enseignements. Il a enseigné à l’université de

    Californie (Berkeley) et à l’université de Chicago (Loyola). En France, il a été régulièrement invité par

    l’École Pratique des Hautes Études et l’École des Hautes Études en Sciences Sociales. Auteur de

    nombreux ouvrages (cf. bibliographie), il s’attache dans ses travaux à mettre en articulation

    l’observation in situ des groupes religieux, les contextes socioculturels dans lesquels les groupes

    observés se développent et le comparatisme international.

    James A. Beckford, pourriez-vous commencer par retracer avec nous les premiers pas de votre

    parcours universitaire ? Comment vous en êtes arrivé à la sociologie des religions ?

    Je suppose que cela remonte à mon enfance. J’avais une socialisation religieuse particulière : ma

    mère en particulier participait à un petit groupe calviniste anglais, très très strict, très séparé du

    monde, donc en tant qu’enfant j’étais membre du groupe. J’ai passé tous les examens, les

    connaissances bibliques, etc. Mais, dès l’âge de douze ou treize ans, je me posais des questions,

    j’avais des doutes. Et puis, vers l’âge de peut-être quinze ans, j’ai fini par tout rejeter. À ce

    moment-là, je me suis déclaré sans foi religieuse. Mais je m’intéressais toujours à ce groupe, aux

    Véronique Altglas, Laurent Amiotte-Suchet Sectes, controverses et pluralisme : une sociologie sceptique des religions.

    Entretien avec le sociologue des religions James A. Beckford ethnographiques.org - numéro 15 - février 2008

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    La conversion à la sociologie de Bryan Wilson

    gens qui y participaient, aux idées, etc. Cela restait pour moi une sorte de fascination. [...] J’ai

    continué à avoir un intérêt pour les gens qui ont des idées et des convictions très fortes et c’est là, je

    crois, l’origine de mon intérêt pour le religieux. À l’université, j’ai alors fait des études de français. Ce

    n’était pas en premier lieu un intérêt pour la langue française mais pour l’histoire politique et la

    philosophie française. En 1962-1963, j’ai passé une année scolaire à la faculté de Lettres de

    l’université de Lyon. J’y ai suivi des cours et écrit un mémoire sur Léon Blum et le socialisme français.

    Et évidemment, j’étais socialiste ! Il me semblait que Léon Blum était un homme très intéressant, qui

    avait une expérience très variée, croisant littérature, esthétique, mais aussi le juridique et le

    politique. Après j’ai commencé à travailler sur une thèse d’histoire et de philosophie française du

    XIX° siècle. Mon projet principal concernait l’histoire du libéralisme catholique français et les débuts

    de la sociologie française. Je pensais à Robert Félicité de Lamennais, Henri-Dominique Lacordaire,

    Frédéric LePlay. Mais très vite, je me suis rendu compte qu’il fallait approfondir mes connaissances

    de la sociologie et de l’histoire de la sociologie, aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en France en

    même temps. Peu à peu, j’ai fait la transition d’une étude de la philosophie française vers la

    sociologie tout court, l’histoire de la sociologie et des théories, etc., et je me suis immergé dans ce

    projet. C’est comme ça que je me suis retrouvé dans le département de sociologie de l’université de

    Reading.

    Donc j’ai fait cette “conversion” à la sociologie et puis ensuite, j’ai réorienté mon projet doctoral.

    C’est à ce moment-là que j’ai lu un article écrit par Bryan Wilson (1963) qui avait été publié dans une

    revue rationaliste britannique. À ce moment-là, j’étais un militant humaniste, j’avais fondé un groupe

    humaniste à l’université et c’est comme ça que j’avais trouvé cet article. C’était un article qui portait

    sur les sectes, et j’ai trouvé ce sujet tout à fait passionnant. J’ai alors lu d’autres articles sur les

    sectes messianiques, etc., des articles de sociologues ainsi que d’anthropologues et finalement, je

    me suis dit : « C’est un bon projet, j’aimerais bien mener une recherche comme ça ! » Mais quel

    groupe ? Quelle secte ?

    Ce choix de travailler sur des groupes religieux controversés est donc directement lié à ce hasard de

    la découverte des travaux de Bryan Wilson ?

    Oui, mais à mon avis, ça remonte à mon enfance. Ce petit groupe calviniste, pur, très intense, très

    strict, que j’ai quitté en me disant : « C’est curieux, comment est-ce qu’on peut faire ça, choisir de

    vivre comme ça et pourquoi ? » C’est sans doute pour cette raison qu’ensuite je me suis intéressé

    aux sectes.

    Ecouter l’extrait sonore, MP3, 0,99 Mo.

    En 1966, j’ai pris contact avec Bryan Wilson, qui était à Oxford. Je lui ai écrit une lettre en lui disant

    que je m’intéressais aux sectes. Il m’a invité à Oxford, nous avons pris le thé ensemble, à All Souls

    College. C’était tout à fait formel mais il était très encourageant, très sympathique. Il m’a dit qu’il

    avait voulu faire une étude doctorale sur les Témoins de Jéhovah, mais n’avait pas pu car les

    Témoins avaient refusé de communiquer avec lui. Donc il avait choisi de comparer trois mouvements

    sectaires d’origine chrétienne : les Christadelphiens, les Pentecôtistes Elim et les Scientistes

    Chrétiens. Sa thèse doctorale date de 1955, son livre est paru en 1961 : Sects and society (Wilson,

    1961). Tout s’est donc très bien déroulé, je me suis lancé, j’ai contacté les Témoins de Jéhovah à

    Reading, j’ai demandé la permission de faire ce projet et ils ont accepté. Après négociations sur

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    Entretien avec le sociologue des religions James A. Beckford ethnographiques.org - numéro 15 - février 2008

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    Bryan Wilson et la S.I.S.R., une socialisation professionnelle

    l’étendue de la recherche, on est arrivé à un accord. Et c’est ce que j’ai fait : une thèse sur les

    Témoins de Jéhovah (1972).

    Quelle était la problématique de cette thèse ?

    La problématique particulière, c’était : « Comment expliquer l’appartenance à cette secte

    controversée, même en Angleterre à cette date-là ? ». J’ai privilégié trois explications, trois théorie