SCHNELL Alexander La Genese de l Apparaitre

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Alezander Schnell

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  • La gense de lapparatre

    Etudes phnomnologiques sur le statut delintentionnalit

  • MMOIRES DES ANNALES DE PHNOMNOLOGIE

    VOLUME V

    Dj paru :

    Marc RICHIR, Linstitution de lidalitMoritz GEIGER, Sur la phnomnologie de la jouissanceesthtiqueAlbino LANCIANI, Phnomnologie et sciences cognitivesAntonino MAZZ, Lintriorit phnomnologique

    Association pour la promotion de la Phnomnologie20 Rue de lglise

    F 60000 Beauvais (France)ISSN : 16352025

    ISBN : 2951822669

  • Note ditoriale

    Dans la ligne des Annales de phnomnologie, lassociation ditrice a dcidde sadjoindre une collection de Mmoires indpendants, plus ou moinsbrefs, mais trop longs pour figurer dans une publication priodique. Cette d-cision est destine pallier lengorgement actuel de ldition savante, d no-tamment des raisons commerciales, et se mnager la possibilit de publierdes textes de haute exigence philosophique quils soient des originaux ou destraductions franaises douvrages autrement confins dans les bibliothquesspcialises. Cest en effet un lieu commun de dire que notre tradition cultu-relle est en pril, que nous risquons dtouffer, et quil est dsormais urgent derenouer avec elle des fils susceptibles de relancer nouveaux frais sa crativit.Et cest dessein que le terme Mmoires a t choisi : il faut le prendreen son sens ancien et non au sens aujourdhui banalis par ses usages univer-sitaires. Mmoires et non Essais , parce quil sy agira de maintenir aumieux les ncessits de la rigueur, parce que le risque y sera, non pas tant celuidu dbat dides que celui de la confrontation effective avec tel ou tel problme avec les choses et les concepts quil engage explicitement et implicitement,par del telle ou telle solution ventuelle, jamais dfinitive en philosophie.

    Les Mmoires sont une publication de lAssociation pour la Promotion de laPhnomnologie dont lactivit se veut aussi lieu dchanges et davancesdans la rflexion sur des problmatiques philosophiques notamment phnom-nologiques.

    Toute contribution du lecteur qui sinscrirait dans cette perspective, et danscelle de la note ditoriale ci-dessus, sera la bienvenue au bureau de lAssocia-tion, 37 rue Godot de Mauroy, 75009 Paris, ou par courrier lectronique auprsdu secrtaire de rdaction ladresse franzi@club-internet.fr.

  • Alexander Schnell

    La gense de lapparatre

    Etudes phnomnologiques sur le statut delintentionnalit

    Zinada

    ASSOCIATION POUR LA PROMOTION DE LA PHNOMNOLOGIE

  • Introduction

    Selon une thse communment dfendue, lhistoire de la philosophie oc-cidentale depuis la Renaissance serait marque par deux ruptures dcisives : la rvolution copernicienne ralise dans la Critique de la raison pure et le linguistic turn du XXe sicle (ligne qui promeut et manifeste avec forceune destitution de lontologie). Or une telle perspective - somme toute sim-pliste ou du moins, coup sr, rductrice - passe sous silence une troisime rvolution : celle, husserlienne, qui introduit la notion de phnomne entant que phnomne, cest--dire en tant que celui-ci est dpourvu dun fonde-ment ontologique - sans que cela ninvalide pour autant la question du sens lafois de ce qui apparat et de ce qui est au fondement de la gense de cet appa-ratre. Cest cette question - au centre de tous les projets phnomnologiquespost-husserliens importants - sinterrogeant sur le rapport entre la phnom-nalit et ltre (ou le non-tre) de cette dernire, que nous voudrions reposerici.

    Cette interrogation qui ne senferme dailleurs nullement dans un para-digme mental ou reprsentationnel est intimement lie celle du pou-voir constitutif de ce quon peut appeler la subjectivit transcendantale (sans quon ne lidentifie une conscience absolument auto-transparente ou quelque chose de la sorte) ; et aussi, au sein du rapport que cette derniremet en uvre, celle du statut du ple subjectif , du ple objectif ainsique de la relation de transcendance - la fois au sens de la Transzendenz et du Transzendieren - implique par le rapport entre ces deux ples (etce, sans quon ne retombe dans un dogmatisme de la chose en soi, ni dans une histoire de ltre dont les tenants et les aboutissants demeurent finalementobscurs). La perspective philosophique partir de laquelle nous croyons pou-voir justifier une telle conviction (ou plutt : une telle attitude) est circonscritejustement par la mthode phnomnologique. Cette mthode trouve son appli-cation la plus fidle principalement dans les manuscrits de travail de Husserl etdans les rflexions mthodologiques (sur ce travail qui, lui, est le plus souventabsorb par son objet dont il sagit prcisment dclaircir le sens) qui se sontmatrialises - en dehors des ouvrages programmatiques publis du vivant deHusserl - dans les manuscrits dEugen Fink lpoque o il fut lassistant deHusserl.

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  • 8 ALEXANDER SCHNELL

    Ce nest pas par hasard quavec E. Fink dont luvre (phnomnologique)majeure na pas encore trouv toute lattention et lapprobation quelle mrite,ce soit une seule et mme personne une seule et mme priode - de la findes annes 1920 jusqu la mort de Husserl - qui ait travaill simultanment une dition des Manuscrits de Bernau 1 de Husserl et une fondation mtho-dologique de la phnomnologie en gnral. Quoi quon en dise, et peut-trepas dune manire exclusive, mais dans tous les cas de faon insigne, ces Ma-nuscrits sur le temps et lindividuation de 1917/18 tablissent la fois ce queFink a lui-mme exprim ainsi : Lexplicitation du sens intentionnel se meuttoujours en direction des horizons (in die Horizonte hinein) de la temporalit,laquelle - en tant que ce en quoi saccomplissent les unifications synthtiqueset les rapports des intentionnalits individuelles - prsente le thme fonda-mental et originaire de la phnomnologie en gnral 2. (Nous verrons queles analyses du temps livrent effectivement des concepts cl pour la mthodephnomnologique : sphre pr-immanente, construction, noyau, etc.) Et ilsouvrent la voie, grce des descriptions phnomnologiques dune nou-velle sorte, ce que Fink a nomm une phnomnologie constructive -terme que nous reprendrons notre compte en un sens, nous le verrons, un peudiffrent de Fink : une phnomnologie, donc, qui descend dans la sphre ulti-mement constitutive de tout ce qui apparat et qui mobilise, pour ce faire, desanalyses qui ne se contentent pas de dcrire ce qui satteste phnomno-logiquement dans la sphre immanente de la conscience, mais qui doivent en construire - en se tenant certes aux choses mmes que sont les phno-mnes - les dispositifs transcendantaux ncessaires en tant quils se prsententcomme les conditions phnomnologiques de tout apparatre.

    Si notre intention nest certes pas, dans cet ouvrage, de reconstituer la ph-nomnologie husserlienne du temps la lumire des acquis des Manuscrits deBernau 3, les rsultats importants que nous retenons de ces Manuscrits (pourle statut et la mthode de la phnomnologie) sont cependant toujours lho-rizon du cheminement que nous parcourrons dans ce qui suit - et le Husserlqui nous intresse ici est donc prcisment celui de son uvre majeure 4 .

    1. Les Manuscrits de Bernau qui datent de 1917/18 ont t publis en 2001 par R. Bernet etD. Lohmar aux ditions Kluwer (Husserliana, tome XXXIII : Die Bernauer Manuskripte berdas Zeitbewusstsein).

    2. E. Fink, Vergegenwrtigung und Bild , dans : Studien zur Phnomenologie (1930-1939), Phaenomenologica 21, M. Nijhoff, La Haye, 1966, p. 17 (cest nous qui soulignons).Cette phrase est extraite de la thse de doctorat de Fink laquelle, selon ses propres aveux,Husserl se ralliait sans rserve.

    3. Cf. ce propos notre ouvrage Temps et Phnomne. La phnomnologie husserliennedu temps (1893-1918), Hildesheim, Olms, 2004 auquel de nombreuses analyses ici renvoientimplicitement.

    4. Tel est lattribut ( mein Hauptwerk ) avec lequel Husserl a qualifi devant Roman Ingar-den les Manuscrits de Bernau ; cf. les notes de R. Ingarden dans : E. Husserl, Briefe an RomanIngarden. Mit Erluterungen und Erinnerungen an Husserl, M. Nijhoff, Phaenomenologica 25,La Haye, 1968, p. 154 (cit par D. Lohmar, dans Husserliana XXXIII, p. XVIII). Plus tard, ilutilisera exactement ce mme terme pour caractriser ses Mditations Cartsiennes, cf. la lettre

  • INTRODUCTION 9

    Notre propos consiste ainsi la fois descendre en de des laborationsconcrtes de 1917-18 pour y dcouvrir des outils permettant de prciser leurstatut ; et ouvrir le champ intentionnel (car cest de cela quil sagit) desdimensions plutt dlaisses par Husserl mais ayant attir lintrt de certainsde ses successeurs. Cela ncessite de mobiliser des auteurs qui - quils laientsu ou non - ont contribu une telle ouverture, dexposer, ngativement, lesrsultats de ces contributions des positions critiques qui, elles, ne mobilisentjamais que des aspects partiels de la phnomnologie husserlienne (et, en par-ticulier, de la phnomnologie husserlienne du temps) et enfin, positivement,de voir sil nexiste pas des tentatives plus contemporaines (et il y en a) quipermettent dinstaurer le dialogue avec un Husserl peut-tre moins connu.

    *

    * *

    Trois questions traversent cet ouvrage. Trois questions quaborde, selon unangle particulier, plus ou moins chacune des sept tudes qui le composent.

    1. Tout dabord, nous nous interrogeons sur le sens de la corrlation noti-co-nomatique, cest--dire de la corrlation acte-objet intentionnel. Plus pr-cisment, nous nous demandons ce que signifie lide selon laquelle tout sens objectif ou nomatique est constitu dans et par son corrlat subjec-tif ou notique . Peut-on dire que la description des composantes inh-rentes la sphre de la conscience - la sphre que Husserl nomme la sphreimmanente - suffit rendre compte du sens et des nomes et des noses?

    2. Il y va ici, pour considrer les choses par un autre biais, du statut du transcendantal phnomnologique . On sait que le