Sa maman de papier - beq. · PDF fileMax du Veuzit est le nom de plume de Alphonsine...

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Transcript of Sa maman de papier - beq. · PDF fileMax du Veuzit est le nom de plume de Alphonsine...

  • MAX DU VEUZIT

    Sa maman de papier

    BeQ

  • Max du Veuzit

    Sa maman de papierroman

    La Bibliothque lectronique du QubecCollection Classiques du 20e sicle

    Volume 383 : version 1.0

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  • De la mme auteure, la Bibliothque :

    Un mari de premier choixLhomme de sa vie

    Vers luniqueLa ChtaigneraieAmour fratricidePetite comtesse

    Les hritiers de loncle MilexSainte-Sauvage

    Linconnu de Castel-PicJohn, chauffeur russeArlette et son ombre

    Sainte-SauvageMon mari

    Chtelaine, un jour...

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  • Max du Veuzit est le nom de plume de Alphonsine Zphirine Vavasseur, ne au Petit-Quevilly le 29 octobre 1876 et morte Bois-Colombes le 15 avril 1952. Elle est un crivain de langue franaise, auteur de nombreux romans sentimentaux grand succs.

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  • Sa maman de papier

    dition de rfrence :

    Librairie Jules Tallandier, 1972.

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  • Premire partie

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  • 1

    Bonjour, Delphie, ma bonne Delphie ! Comme je suis contente de te voir !

    Debout au seuil de la maison do elle guettait larrive de ses matres, la vieille servante joignit les mains dans un geste de surprise merveille :

    Mamzelle Nicole ! Cest-y Dieu possible que vous reveniez enfin ? Vous vl ! Cest-y ben vous ?

    Mais oui, Delphie ! me voici ! Je tassure que cest bien moi, et bien vivante !...

    Vivante, certes, elle ltait, la frache jeune fille qui venait de sauter lestement de la voiture arrte devant la porte ! Maintenant, elle savanait vive et lgre vers Delphie et, la prenant dans ses bras, elle embrassait joyeusement les vieilles joues rides comme des pommes sches.

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  • Oui, ma bonne Delphie, je reviens pour toujours vivre la maison. Finis le pensionnat, les braves religieuses et les camarades de classe ! Vivent papa et la libert ! Vivent ma vieille Delphie et tous les htes du Ragon, y compris les chiens, les poules et les canards !

    Une profonde rvrence ponctua la fin de ce joyeux vivat.

    Un sourire panoui largissait le visage de la vieille.

    Ah ! mamzelle Nicole, toujours la mme ! Cest ben vrai que vous tes reste la chre mignonne dautrefois... toujours gaie, toujours cajoleuse et me faisant faire toutes vos volonts !... Vous tiez ma toute petite !... Mais quand mme, continuait-elle tout attendrie, vous ntes plus une enfant ! Cest une vraie jeune fille... bien belle et bien grande que vous vl devenue !

    Bien sr que je suis une vraie jeune fille ! scria Nicole en riant. Je viens davoir dix-huit ans, ne loubliez pas, Delphie... ! Une vraie jeune fille, cest certain... Quant tre belle et grande,

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  • ajouta-t-elle avec une petite moue comique, a, cest une autre histoire !

    Oh ! si on peut dire ! murmura la vieille femme presque indigne. Moi qui nai jamais rien vu daussi mignon !

    Il faut reconnatre que le dernier terme convenait, en effet, beaucoup mieux Nicole que ceux de grande et belle. Elle tait, en vrit, mignonne souhait avec une figure rgulire et douce, dun charme indiscutable. Elle possdait de beaux yeux clairs et une chevelure chtaine presque dore ; mais elle tait plutt petite et son expression avait quelque chose de trs enfantin encore.

    Si elle navait pas proclam aussi firement ses dix-huit ans, on aurait pu ne lui en donner que quinze. Son corps, cependant, tait bien proportionn, et tous ses gestes, souples et vifs, taient harmonieux.

    Elle rpta : Oh ! Delphie ! comme je suis contente !Et, avant de franchir le seuil de la maison, elle

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  • se retourna vers un homme encore jeune, au visage nergique, la peau bronze, qui venait de descendre de la voiture et qui soccupait rassembler les bagages.

    Viens vite, mon papa chri ! Laisse tous ces colis et viens me faire les honneurs de chez toi.

    Elle parlait dun ton imprieux et clin denfant gte.

    Lhomme releva la tte et sourit, les yeux soudain illumins par la grce printanire de la petite.

    De chez nous, mon Nicou, rectifia-t-il avec tendresse.

    Il entoura de son bras les paules fragiles et cest ainsi que tous deux entrrent dans la grande salle du rez-de-chausse.

    Tu vois, petite fille... rien nest chang. Ta chambre est prte : la maison tattend, elle aussi !

    Aprs la belle clart de ce matin ensoleill, la grande salle paraissait plutt sombre, et ce quon percevait avant toute chose, en entrant, ctait cette odeur particulire aux vieilles maisons de

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  • campagne o lon conserve, trs proches, les fruits du verger et o lon fait, la majeure partie de lanne, de grands feux de bois dans un tre sculaire.

    Ce matin-l, un bon arme de pches mres dominait et Nicole retrouvait, dans ce parfum aux relents de fume, latmosphre accueillante de la maison qui la charmait chacune de ses arrives pour les vacances.

    Ctait bon, cela : ce plaisir de revoir les meubles familiers, si simples, en chne noir ; le naf bouquet de fleurs cueillies par Delphie, et jusqu cette impression bizarre de trouver chaque pice de la maison plus petite quelle ntait reste dans son souvenir... Cela provenait, sans doute, de ses yeux habitus aux grandes salles dtude et aux immenses dortoirs du pensionnat... une comparaison quinvolontairement sa rtine enregistrait.

    Ordinairement, Nicole attachait peu dimportance aux choses familires ; elle ne venait au Ragon que pour quelques jours, ou quelques semaines, le temps des vacances. Cette

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  • fois-ci, la jeune fille examinait les atres avec plus dattention ; ils prenaient pour elle un nouvel aspect... parce que la maison ntait plus un cadre passager, mais parce quelle allait vraiment y vivre... parce que le logis allait devenir son domaine.

    Dj, elle jetait sur les choses un coup dil rformateur et organisateur... Les deux mois quelle venait de passer en Allemagne, pour sy perfectionner un peu dans la langue quelle avait apprise au pensionnat, lui avaient ouvert de nombreux aperus sur lutilit de certains arrangements et la commodit prcieuse de quelques amnagements nouveaux.

    Sa tte, ce sujet, tait farcie de projets ; mais, pour le moment, elle tait toute la joie du retour... Sil y avait des modifications apporter dans la vieille demeure, on verrait plus tard.

    Ce jour-l, elle se contentait dtre heureuse pleinement... Si heureuse, surtout, de retrouver son pre !

    Elle lui jeta clinement les bras autour du cou ; et lobligeant se pencher un peu pour

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  • pouvoir lembrasser, elle murmura dans un baiser, son oreille :

    On ne va plus se quitter, mon petit papa ? As-tu pens ce prodige ? Je ne viens plus en vacances, cette anne ! Je viens pour rester toujours auprs de toi ! Cest a qui va tre chic !

    Elle se blottissait contre la solide paule paternelle, heureuse de cette affection profonde et de cette confiance rciproque qui les unissaient tous deux et qui satisfaisaient entirement tous les besoins de tendresse de son jeune cur.

    Oh ! oui, mon Nicou, ta prsence auprs de moi va mtre douce ! Il y a longtemps que je dsire ce moment, je tassure.

    Alors, pourquoi mas-tu laisse, si longtemps, loin de toi ? Tu aurais d me reprendre aussitt aprs que javais pass mon brevet.

    Il ne le fallait pas, mon petit. Je lai compris et te lai expliqu, ce moment-l. Notre pavillon du Ragon est un endroit charmant... quand on aime la solitude et la fort ! Mais, enfin, il est

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  • perdu en plein bois, isol de tout, et il faut avouer quil noffre aucune ressource pour lducation dune jeune fille... Jai fait le sacrifice de me sparer de toi deux ans de plus... je peux te le dire maintenant que cest fini...

    Oh ! pre chri ! Je lai bien compris... cependant...

    Il le fallait, Nicou... je voulais que tu te perfectionnes dans les arts dagrment et, aussi, que tu vives dans un milieu gai, avec des compagnes de ton ge. prsent, tu as des amies avec qui tu correspondras et que tu inviteras ici... Je ne veux pas que tu te trouves isole ni que tu tennuies auprs de ton vieux papa...

    Chut ! scria Nicole en mettant sa petite main sur la bouche de son pre. Chut ! mon papa. Ne dis pas de vilaines choses, je ne peux, nulle part, tre plus heureuse quauprs de toi...

    Lucien Grammont sourit avec un peu de mlancolie.

    Cette enfant tait sincre, aujourdhui ; mais il savait bien quun jour elle dsirerait autre

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  • chose... un autre amour, une autre prsence...Est-ce que cette autre tendresse serait aussi le

    bonheur ? Ah ! lui, il laimait tellement ! Il avait

    concentr sur cette unique enfant toute laffection quil avait eue pour la jeune femme trop tt ravie son amour... pour la mre de Nicole que celle-ci avait peine connue...

    Pour lenfant, il avait voulu tre la fois, le pre et la mre ; il avait dsir lui donner la forte protection de son cur dhomme avec toutes les douces caresses que labsente aurait prodigues... Il ne fallait pas, nest-ce pas ? que la petite fille souffrt du vide laiss, au foyer, par la mort de la maman ?...

    Lhomme embrassa Nicole et conclut : Nous allons tre aussi heureux lun que

    lautre, de ne plus nous quitter... Allons, mon petit Nicou, viens renouveler connaissance avec ta chambre et faire les ablutions ncessaires aprs ton long voyage... Ensuite, nous djeunerons !

    Dans sa chambre, la jeune fille trouva des

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  • roses sur la