Roland BARTHES - th3.frth3.fr/imagesThemes/docs/Theorie_  · PDF fileRoland Barthes...

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Roland Barthes (1915-1980), critique littraire etsmiologue franais, publie LEmpire des signes en1970. cette date, il a dj beaucoup crit etctoy certains des auteurs et intellectuels les plusrenomms de lpoque. Il est notamment lun desprincipaux acteurs du structuralisme, mouvementintellectuel qui apprhende ses objets dtudescomme des systmes. Les structuralistes tudientces derniers en analysant les relations qui soprententre les diffrentes units lmentairescomposant ces systmes.

LEmpire des signes, dans lequel Barthes observe etanalyse le systme de signes de la ville de Tokyo,peut tre mis en relation avec un autre de sesouvrages majeurs, Mythologies, dit en 1957. Ilanalyse dans ce dernier un certain nombre demythes de la vie quotidienne franaise de sonpoque. Selon lui, le mythe est un signe, un outil delidologie dont la doxa (ensemble de prjugsgnralement admis) est le systme. Il dfinit lemythe comme une parole : le mythe est unsystme de communication, cest un message .

Roland BARTHESDans LEmpire des signes, Barthes fait une analysecomparable mais cette fois dun objet dtudetranger : Tokyo. Il tire des faits urbains (langage,nourriture, agencement de la ville, graphisme)partout o il le peut et essaie den tirer un sens. Iltransmet sa vision du pays en dtaillant la viequotidienne japonaise. Lintention de son ouvrageest de prlever quelque part dans le monde (l-bas), un certain nombre de traits (mot graphique etlinguistique), et de ces traits former un systme.Cest ce systme que jappellerai : le Japon. . Cettetude lui permet de montrer la possibilit dunsystme entirement diffrent. LEmpire des signes,crit la fin des annes 1960, fait aussi cho desrelations internationales de laprs-guerre et tentede briser certains imaginaires que lOccident se faitde lOrient.

Au fil des quatre chapitres (L-bas ; Centre-ville, Centre-vide; Sans adresses ; la Gare) lauteur sefforce de comprendre ladiffrence fondamentale qui oppose smiologie occidentaleet smiologie japonaise. Barthes dsigne le Japon comme unsystme form dune multitude de traits. Ses chapitres sontces traits culturels, ces clairs multiples caractristiquesde cet univers qui semble se distinguer en tout point de ceque nous connaissons.

Il sagit l du fruit vident dune exprience personnelle delauteur dans la ville, dune rencontre par un visiteurtranger, occidental, de la mgalopole japonaise. Nousdcouvrons tout au travers de ses yeux et avec le mmetonnement que lui ; comme si nous assistions ausurgissement dans son esprit dune srie dinterrogationsnes par la confrontation un vnement inattendu ouinconnu.Il constate dabord lopposition entre nos villes occidentalesconcentriques au centre-ville plein et Tokyo qui sorganisecirculairement autour dun centre-ville vide et interdit.Lauteur, sil stonne que les rues de limmense Tokyo neportent pas de noms, rappelle que le rationnel qui imprgnenotre intelligence occidentale nest quun systme parmitous les systmes permettant de matriser le rel. La villejaponaise possde ses propres dispositifs de classification etdordonnancement puisquelle sorganise gnralementautour de repres , gnralement prosaques, dfinissantglobalement les quartiers.

Le signe est mi-chemin entre lide de la ville et la ville elle-mme. Il est celui qui tmoigne de cette mentalitdiamtralement oppose entre le voyageur occidental et leTokyote, et il est celui qui met en uvre la constructionrelle et matrielle de cette ville conformment lamentalit quil illustre.

La Ville Le Quartier Le Trajet

LE SIGNE, LESPRIT, ET LE CORPSVoici des transpositions graphiques etsmiologiques des quatre thmes : vide, ville,quartier et trajet. La premire ligne tmoignede la vision occidentale et la seconde traduitlesprit japonais tel que Barthes le dcrit dansson ouvrage. Il apparait clairement quesopposent deux conceptions du signe.

Notre conception occidentale estlogique, rationnelle, cartsienne.Les signes sont souventgomtriques, statiques, rigides etclos. Ils traduisent davantage desconcepts. Il sagit de rendre comptedune ide.

A linverse, la faon japonaisedenvisager la ville et de lacommuniquer semble bien avantageptrie dune exprience sensible, dunrapport au corps en mouvement,circulant de repres en repres.

Le Vide

Nous hritons dun territoire bti et occup dans sa presquetotalit. Nous sommes conditionns par lensemble de ce mondevisible que nous frquentons, sa gographie mais surtoutlaccumulation de laction humaine sur cette gographie :lamnagement des territoires et des intrieurs habits, et lamultitude dartefacts qui en dcoulent. Tout cela constitueautant de signes qui se sont superposs et fixs au fil de notrehistoire.

Lire la ville et ses signes est une activit permanente pour toutun chacun et a fortiori pour les architectes et urbanistes qui necessent danalyser la chose urbaine. Cette activit de lecture dela ville sest tablie comme un comportement irrpressible, unautomatisme. Elle nest possible que parce que la ville existe entant que territoire smiotique. Dans toute ville il y a des imagestridimensionnelles (btiments, monuments, places, rues) et desimages bidimensionnelles (peintures murales, graffitis etpanneaux publicitaires). partir de celles-ci, nous construisonsdes images mentales qui constituent des concepts didentit. Lafaon dont les rues sont disposes, les diffrents stylesarchitecturaux des btiments, les images commerciales, lesrepres que les habitants ont sur leur propre ville, tout celaconstitue une identit collective.

Ces constats nous ont conduit rflchir linfluence que les signes visuelsurbains exercent sur lespace public et notamment sur lidentit collective deshabitants dune ville. Ltude sintressera plus particulirement Tokyo qui seprte trs bien une analyse smiologique et qui, selon Barthes, est LEmpiredes Signes . Comment la prsence de ces signes vient faonner notreperception de la ville ? Est-ce que ces signes parviennent remplir leur rlepremier et basique (renseigner sur la nature dun lieu, sur une direction prendre, etc) ? Ou bien outrepassent ils leur rle ? Et dans ce cas, le font-ils audtriment de larchitecture avec laquelle ils composent ? Ou viennent-ilscombler justement les lacunes de la ville pour ne former quun tout harmonieuxou du moins fonctionnel avec larchitecture en place ?

Nous considrons ici signes tous les objets et images prsents dans lespacepublics mais nous nous sommes concentrs ici sur les signes commerciaux quisont les plus tape--lil, justement parce quils ont cette fonctioncommerciale. Ces signes commerciaux sont particulirement prsents Tokyoet constituent en eux-mmes une vraie identit collective pour la ville. Danscertains endroits, la fonction commerciale faonne compltement lespaceurbain et se substitue larchitecture. Les panneaux commerciaux sont unedeuxime peau pour larchitecture, un habillage, de nouvelles mergences quifont sens pour les usagers quotidiens.

Mathias COVILLE Tho MULARD Martin GRANG

LE SIGNE COMME MARQUEUR DE LESPACE PUBLIC

Le signe semble tre le propre dune vie publique. Lespace dela vie prive et intime est connu et familier. La ville publique,elle, a besoin du signe pour se caractriser, se prsenter ,tre comprise et reconnue.

Un espace qui nest pas renseign renvoie alternativement deux ralits. Soit cest un espace qui na pas besoin dtrerenseign car il est dj parfaitement connu de tous sesusagers ; cest donc un espace priv. Soit cest un espace quiaurait besoin dtre renseign mais qui ne lest pas ; dans cecas-l il sagirait dun espace publique en thorie- mais qui nesatisferait pas aux exigences de sa fonction car il seraitincapable daccueillir correctement un public qui ne le connaitpas pralablement.

Le signe met donc en uvre la publicit dun espace, ilconstruit la ville publique.

Entre un restaurant ouvert tous, dont la grande baie clairede nuit semble tre le prolongement naturel de la rue, et unescne de vie familiale vue depuis la cour dune maison, il ny aquun signe.

Mathias COVILLE Tho MULARD Martin GRANG

Mathias COVILLE Tho MULARD Martin GRANG

LA PROFUSION DE SIGNES COMME LANGAGE

Prive de la profusion de ses signes, cette rue de Tokyo changelittralement de visage. Lespace en question a chang denature, de caractre. L o on lon pouvait trs clairementidentifier une rue extrieure de nuit, on ne sait dsormais plussil sagit de lintrieur color dune galerie commerante, dunhall de cinmaLes murs publicitaires tokyotes apparaissent comme dessystmes en eux-mmes ; ils sont construits comme de vraislangages avec de nombreuses petites units lmentaires (lesdiffrents panneaux publicitaires) qui constituent des signesidentifis, bien comprhensibles des usagers japonais. Sans lescaractres Kanji de ces publicits, le langage conserve sastructure, son support mais perd sa signification premire. Lesfaades deviennent compositions picturales, lespace changede nature.

Mathias COVILLE Tho MULARD Martin GRANG

Mathias COVILLE Tho MULARD Martin GRANG

LE SUPPORT COMME STRUCTURE DU SIGNE

Le signe graphique devient bien plus quune information, dslors quil a besoin pour exister dun support physique.Le rle quil a dans la modlisation de la ville passe dabordpar un phnomne bidimensionnel. Il vient sapposer au murde la manire la plus simple qui soit. Le mur est construit dansun objectif architectural ou structurel et se prte au jeu dusigne.

Mais la prolifration de ce dernier amne une visibilit deplus en plus floue de lui-mme, qui engendre son dcollementdu mur, pour simposer parmi dautres.Ce dcollement est dj un support en soi, il est un parasitedu mur, un mini mur pour le signe, un nouvel obstacle dans lepaysage.

La disparition du mur en tant quarchitecture, justifie icilvolution qui dcoule de ces extrusions, un nouveau mursort du btiment, indpendant, et sert uniquement desupport aux signes nouveaux qui nont pas trouv pl