Richard Wagner et sa réception en France - · PDF fileLes anciens et Les...

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Richard Wagner et sa rception en FranceDu ressentiment lenthousiasme

1883-1893

volume 1

Symtrie30 rue Jean-Baptiste Say69001 Lyon, Francecontact@symetrie.comwww.symetrie.com

ISBN 978-2-36485-053-8 dpt lgal : dcembre 2016 Symtrie, 2016

Les deux volumes : 978-2-36485-049-1

Crditsillustration de couverture : La Premire Reprsentation de Lohengrin (sur la place de lOpra), la une du Petit

Journal, supplment illustr du samedi 3 octobre 1891 collection Symtrie.conception et ralisation : Symtrieimpression et faonnage : Standart spaustuv, Vilnius, Lituanie www.standart.lt, info@standart.lt

Les anciens et Les nophytes. QueLQues remarQues sur Les ouvriers du wagnrisme

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Pour douard Dujardin, le plus important des premiers crits de Wagner tait le grand trait Opra et Drame (Oper und Drama, 185127). Le journaliste parisien rsumait ainsi ce quil considrait comme lessence de cet ouvrage :

Cest luvre la plus complte de cette premire priode, la fois critique et thorique. Dabord un principe gnral, que lon peut dire le caractristique du wagnrisme : cest une erreur, prendre pour fin, dans lart, la musique, qui nest quun moyen de lexpression artistique, tandis que, seule, laction est la fin vritable. Puis, critique de lopra et de la musique modernes : tous ces genres reposent uniquement sur lAir, qui est, lorigine, la chanson populaire et devient la mlodie, puis le duo ou lensemble. Weber restitue lopra sa forme populaire originelle ; avec Meyerbeer nat lopra effet, historique et mlodramatique. Durant toute cette volution, le rapport du pote au compositeur est toujours rest le mme, nul. Lopra nest que musique, et la musique est dans lart un lment fminin, qui doit tre fcond par le pote.

(La Revue wagnrienne, no3, 8avril 1885, p.66)

Et plus loin, il rsumait une autre ide importante du matre exprime par lui dans Oper und Drama :

La musique et la posie ont eu mme naissance, mme sort, et doivent se runir dans le drame complet. Pour exprimer pleinement la vie, lart doit montrer laction, et le dialogue vivant, fond exactement sur la prose de la conversation commune ; de cette prose lartiste prendra lessence, laccentuera, y joindra la rime, lallitration, et, par des modulations, notera la suite des sentiments. Mais sous le chant du pote, lorchestre dira le fond, intraduisible en paroles, des motions, au moyen des motifs dfinis, constituant un langage spcial, et cet orchestre ne devra pas tre entendu, pour ainsi dire, mais disposer seulement le spectateur vivre le drame.

(La Revue wagnrienne, no3, 8avril 1885, p.66)

Ayant indiqu les points, ses yeux, essentiels dOper und Drama, douard Dujardin fit le bilan des premiers traits de Wagner, o la proccupation de lartiste allemand reste la mme : rformer lart au moyen du drame musical, potique et plastique (La Revue wagnrienne, no3, 8avril 1885, p.67). Il mentionna notamment la clbre lettre Frdric Villot appele aussi lettre sur la musique qui avait servi de prface ses quatre pomes dopra (Le Vaisseau fantme, Tannhuser, Lohengrin et Tristan et Iseult) publis chez Bourdilliat en 1861, quelques semaines avant la premire parisienne de Tannhuser. En prsentant ce texte, douard Dujardin sattardait sur les remarques de Wagner au sujet de la mlodie :

Le Matre raconte ses hsitations devant lopra moderne : cest un genre italien, franais, mais impos-sible aux Allemands, De ce dgot pour lopra, nat en lui lintuition de luvre future. Cette uvre sera la musique, mais soutenue par le pome dramatique qui dira le Pourquoi ? des motions traduites. Suit lanalyse des premiers opras de Wagner, et comment ils reposent dj sur des motifs psychologiques. Mais la partie la plus importante de cette lettre est les pages sur Tristan et Isolde. [...] Au propos de ce drame, ralisation complte de lidal projet, Wagner se dfend de vouloir supprimer la mlodie, la mlodie tant lunique forme de la musique. Posons dabord que lunique forme de la musique est la mlodie, que sans la mlodie la musique ne peut pas mme tre conue, que musique et mlodie sont rigoureusement insparables. Dire dune musique quelle est sans mlodie, cela veut dire seulement, pris dans lacception la plus leve : le musicien nest pas parvenu au parfait dgagement dune forme saisissante, qui gouverne avec sret le sentiment. La vritable mlodie est dans Beethoven et la musique allemande, continue, varie et constante, expressive sans exagration. La symphonie et le drame sont deux formes successives de la mlodie

27. douard Dujardin donne une date errone de la publication de cet ouvrage important (1856).

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Les petits portraits de grands wagnriens

douard DujardinQuil nous soit permis de prciser demble que notre objectif nest pas ici dtudier linfluence relle ou hypothtique de Wagner sur luvre romanesque, potique ou dramatique ddouard Dujardin, de rpertorier les thmes wagnriens dans ses nouvelles, de tenter de prouver ou de contester lorigine wagnrienne du fameux monologue intrieur introduit par lcrivain en 1887 [dans Les lauriers sont coups roman publi dans La Revue indpendante] mais appel par son nom beaucoup plus tard : tout cela est dj fait, il existe des travaux o ces questions sont souleves avec une grande comptence, ceux notamment de Lon Guichard (1963), de Wiesaw Mateusz Malinowski (2003, p.89-130), de Ccile Leblanc (2005, p.241-321). Nous en rapporterons quelques fragments intressants la fin de ce sous-chapitre, pour ne pas rompre le fil de notre pense concentre sur autre chose : notre objectif ne sera pas danalyser comment Dujardin-crateur se servit ou se serait servi de Richard Wagner pour devenir lune des plus grandes clbrits dans le monde des lettres la fin du xixe sicle. Ce qui nous intresse ici uniquement, cest Dujardin au service de Wagner et de la promotion de son uvre, cest Dujardin-wagnrien, et non Dujardin-wagnriste (selon la distinction chre aux rdacteurs de La Revue wagnrienne).

douard Dujardin naquit le 10novembre 1861, donc environ huit mois aprs le scandale la salle de la rue Le Peletier. Aprs avoir chou au concours de lcole normale, il entra au Conservatoire o il essaya dtudier la composition musicale aux cts de Paul Dukas et de Claude Debussy, comme le remarque Lon Guichard (Guichard 1963, p.60). Il navait que quinze ans au moment o le thtre de la Colline verte, lt 1876, dbuta avec LOr du Rhin suivi des trois autres parties de La Ttralogie. Dujardin nassista pas ces spectacles. lpoque, il ne sintressait probablement pas encore la musique de Wagner. Mais sa passion nallait pas tarder venir.

En 1882, douard Dujardin fit ses premiers pas en tant que journaliste dans La Renaissance musicale dEdmond Hippeau, le futur auteur de louvrage intitul Parsifal et lopra wagnrien avec les princi-paux motifs des drames lyriques de Richard Wagner. Hippeau, la premire page de sa revue indiquait les noms de principaux collaborateurs (rels ou prtendus) et cette liste avait de quoi impres-sionner les lecteurs atteints de la wagnrite : Ernest Reyer, Jules Massenet, Camille Benot, Louis de Fourcaud, Victorin (de) Joncires, Adolphe Jullien, Georges Noufflard, Charles-Jean Grandmougin, douard Schur, Victor Wilder... Mais ctait un jeune homme, douard Dujardin, quon ne connaissait pas encore dans le monde de journalisme ou dans le monde de musique, qui fit beaucoup de bruit en crivant une lettre Richard Wagner et en faisant publier (probable-ment) linsu du directeur de la revue la rponse du matre cette lettre dans La Renaissance musicale. Dans le premier volume de notre tude, nous avons cit la lettre de Wagner in extenso, intressante en tant qulment de laffaire Angelo Neumann (voir Mrozowicki 2013, p.261-262).

RichaRd WagneR aux conceRts paRisiens ii (1883-1893)

747

Saison 1887-1888

3 mai 1887

Reprsentation unique de Lohengrin lden-Thtre (sous la direction de Charles Lamoureux)

30 octobre 1887

Charles Lamoureux et son orchestrePrlude de Tristan et Yseult

6 novembre 1887

Charles Lamoureux et son orchestrePrlude de Tristan et Yseult

13 novembre 1887

Charles Lamoureux et son orchestreOuverture de Tannhuser

20 novembre 1887

Charles Lamoureux et son orchestreLa Chevauche de La Walkyrie

27 novembre 1887

Charles Lamoureux et son orchestrePrlude de ParsifalFragments symphoniques des Matres chanteurs

4 dcembre 1887

Charles Lamoureux et son orchestreOuverture de Tannhuser

11 dcembre 1887

Charles Lamoureux et son orchestrePrlude du troisime acte de Tristan et Yseult

La Socit des concerts du ConservatoireMarche religieuse de Lohengrin (sous la direction

de Jules Garcin)

18 dcembre 1887

Charles Lamoureux et son orchestreOuverture du Vaisseau-fantmePrlude de Parsifal

La Socit des concerts du ConservatoireMarche religieuse de Lohengrin (sous la direction

de Jules Garcin)

25 dcembre 1887

Charles Lamoureux et son orchestreSiegfried-Idyll

8 janvier 1888

Charles Lamoureux et son orchestrePrlude des Matres chanteurs

15 janvier 1888

Charles Lamoureux et son orchestreLes Murmures de la fort de SiegfriedOuverture de Rienzi

22 janvier 1888

Charles Lamoureux et son orchestreLes Murmures de la fort de SiegfriedMarche funbre du Crpuscule des dieux

douard Colonne et son orchestreOuverture de Tannhuser

La Socit des concerts du ConservatoireMarche de Tannhuser (sous la direction de Jules

Garcin)

uvres de richard Wagner interprtes aux concerts parisiens entre le 3 mai 1887 et le 27 mars 1891

781

La bataille de Lohengrin

Cette fatale reprsentation de Tannhuser Paris en 1861, ne peut tre considre comme un commencement ; elle a t une plante sans racines,