Rente Des Énergies

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Rente des énergies

Transcript of Rente Des Énergies

Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales

Par Monsieur Romain PIRARD

Sous la direction de Monsieur Jean-Charles HOURCADE

Directeur dtudes EHESS

Session de septembre 2000

DEA Economie de l'Environnement et des Ressources Naturelles

Mmoire majeur

Prix des nergies fossiles: de la raret physique la contrainte climatique

Avertissements

L'EHESS n'entend donner aucune approbation ni improbation aux opinions mises dans les mmoires : ces opinions doivent tre considres comme propres leurs auteurs.

Remerciements

Ce mmoire naurait sans doute pas pu tre men son terme, sans la collaboration (presque) inpuisable de Laurent Gilotte. La construction du modle a bnfici de son exprience, et certains problmes techniques me trotteraient encore dans la tte sil navait mis la main la patte. Cest donc avec un grand plaisir et un grand soulagement que je le remercie.

Mon sjour au CIRED a t agrable en plus dtre studieux, et je suis donc reconnaissant Jean-Charles Hourcade de my avoir accueilli.

Daniel Thry, Pierre Matarasso, Abigal Fallot, mont soutenu par leurs marques dattention, ce qui ma permis de me dtendre quand les solutions ne venaient pas.

Quant Frank Nadaud et Pierre Courtois, je leur souhaite bonne chance pour la fin de leur thse.

Introduction

La lutte contre leffet de serre est devenu un thme populaire en quelques annes, alors que les problmes de dgradation de lenvironnement sont de plus en plus prsents dans lactualit. Les socits occidentales sont sensibilises, mais ne semblent pas toujours prtes en assumer les consquences. En cette anne 2000, lEurope smeut dune monte du prix du ptrole, mais se dclare prte faire des sacrifices, pour viter les dommages quentranerait une augmentation de la concentration de latmosphre en GES (Gaz Effet de Serre). Les pays de lOPEP dfendent un prix lev du ptrole brut, et sinsurgent contre la fixation hypothtique de taxes, dont ils seraient les premires victimes conomiques.

Cest dans ce cadre que nous nous sommes interrogs sur lexistence dun prix du carbone. En effet, les conomistes savent depuis larticle fondateur de Harold Hotelling de 1931, que le prix des ressources puisables doit, pour tre optimal, intgrer une rente due au caractre rare de la ressource. Cette thorie a connu de nombreux prolongements, comme la rvaluation rgulire des rserves, ou encore lapparition dun substitut en quantit illimite. Aujourdhui, les nergies fossiles (charbons, ptrole, gaz naturel) sont confrontes lapparition dune nouvelle contrainte, qui est le besoin de limiter la croissance des missions de CO2, pour prvenir un effet de serre trop important.

Pour satisfaire cette exigence, plusieurs solutions sont en discussion lchelon international: faire des changements structurels pour diminuer la part des nergies carbones, abaisser lintensit nergtique, diffuser les techniques propres des pays industrialiss aux pays en dveloppement, autoriser les pays riches metteurs financer des projets peu metteurs dans les pays pauvres, etc. Une des manires dimpulser des changements, consiste imposer une taxe sur les nergies fossiles, afin de prendre en compte le cot implicite dutilisation quengendre terme la contrainte de concentration. En effet, mettre une unit de carbone aujourdhui, cest se rapprocher de linstant o il ne faudra plus lmettre, et donc accepter de prendre en charge les cots gnrs dans le futur (Anderson D., Williams R., 1993).Afin de dterminer les relations entre la rente de raret et le prix du carbone, nous clarifierons ces termes et nous exposerons leurs dveloppements thoriques dans la littrature. Nous insisterons sur les diverses signification du cot du carbone, et nous aborderons les aspects socio-institutionnels qui influencent la diffusion des nergies non fossiles. Puis nous prsenterons le modle que nous avons construit afin dapprhender cette dynamique, et nous en commenterons les rsultats.

1 Premire partie: Elments thoriques

1.1 La rente de raret selon Harold Hotelling

La rente de raret, autrement appele rente dusage, est un concept qui trouva sa prsentation classique dans un article de Harold Hotelling (1931).

Une ressource puisable doit-elle tre vendue un prix de march galisant son cot marginal de production, suivant la thorie micro-conomiqueapplique une situation de concurrence pure et parfaite ? Le caractre non renouvelable de la ressource rend la question lgitime pour une raison simple: produire aujourdhui une unit interdit de produire cette unit demain.

Contrairement des ressources renouvelables telles que les produits de lagriculture, les nergies fossiles ne sont consommes quune seule et unique fois, sans possibilit de renouvellement du stock une priode ultrieure. Cest ce que Hotelling veut dire lorsquil indique que sa thorie ne sapplique qu desactifs absolument irremplaables.

Ainsi, produire aujourdhui une pomme de terre qui dgage un profit positif, aussi minime soit-il, est conomiquement rationnel, car cela nentame en rien les espoirs de profits futurs (si on fait abstraction de la dgradation de la productivit des sols). En revanche, produire aujourdhui une unit de ptrole ou de gaz sans dgager de profit (prix fix au cot marginal de production) a des consquence relles sur les espoirs de gains futurs, car cette mme unit ne pourra tre produite nouveau.

1.1.1 Le principe de Hotelling

Dans son article, Harold Hotelling se pose la question dun instrument conomique qui puisse viter un gaspillage et un puisement trop rapide des ressources minires. Si ceux quil appelle les conservationnistes dsirent une action rgulatrice de la part de lEtat, lui nest pas satisfait par ce moyen, et cherche justifier des mesures conomiques telles que la fixation dune taxe. Son raisonnement est motiv par la recherche dun prix exact de la ressource, tenant compte de son non renouvellement.

Si on considre le problme sous langle de lquit intergnrationnelle, alors on peut estimer quun rythme dextraction nest jamais trop lent. Quelle que soit sa faiblesse, on peut toujours arguer quil implique un puisement une certaine date, et que la gnration suivante est alors lse. Mais plus rationnellement, on peut postuler lexistence dun taux optimal dextraction, au sens de lutilit totale. Un monopole aura alors tendance aller en-dea, et imposer par suite au consommateur des prix trop levs. Or les conservationnistes, en prfrant la rgulation la taxation, avantagent les producteurs au dtriment des consommateurs.

Le calcul de cette taxe est cependant impossible, si on veut utiliser la thorie conomique qui repose sur des quilibres statiques. Lexplication est simple, les ressources concernes, par dfinition, ne peuvent pas tre exploites indfiniment au mme taux. Mais chaque instant, une exploitation trop rapide va faire baisser les prix, tandis quune exploitation trop lente va garder des profits pour le futur, mais qui ne seront sans doute pas suffisants pour compenser la perte due lactualisation de leur valeur.

Si le taux dintrt est r, le propritaire du gisement est indiffrent entre recevoir un profit p0 maintenant, qui peut tre plac au taux dintrt, et recevoir un profit p0.ert la date t. Hotelling en dduit que le profit, cest--dire le prix de vente au consommateur moins le cot dextraction, doit tre de la forme pt = p0.ert.

Rappelons que nous parlons bien, ici, du prix net du cot dextraction, et non du prix de vente au consommateur. Donc, si il arrivait que les cots de production baissent sensiblement, alors le prix de vente au consommateur pourrait aller jusqu diminuer.

Si: - la fonction de demande est q = f(p,t)

- les rserves totales sont A

- la date T les rserves sont puises,

alors nous pouvons calculer la valeur initiale de la rente p0, et la date dpuisement de la ressource.

La question de savoir si lpuisement se fait en temps fini ou infini, dpend de la forme de la fonction de demande. Si celle-ci impose un prix maximum, alors lpuisement est en temps fini, contrairement ce qui se passe si la demande est non nulle quel que soit le prix de vente.

1.1.2 Fixation automatique de la rente?

Cette rente est calcule par un raisonnement bas sur le profit du producteur, dans un contexte de concurrence pure et parfaite. Nous sommes donc loin du problme relev par Hotelling, la recherche dune gestion mnageant lutilit sociale. Or, quand il pose le problme sous langle dune optimisation de cette utilit totale, il retrouve le mme rsultat.

La conclusion qui vient naturellement lesprit est celle de lefficacit du laisser-faire.

Or dans la ralit, les gaspillages, au sens de lexploitation des prix ne refltant pas le cot dusage de la ressource, existent contrairement la rationalit conomique mise en vidence par Hotelling. Lexplication repose sur la difficult de transposer dans la ralit une hypothse fondamentale: la connaissance parfaite des conditions, en particulier celle du montant des rserves totales. En fait, de nouvelles rserves sont dcouvertes progressivement, et changent donc les rgles du jeu, par le biais dun abaissement de la rente de raret, conscutive une diminution de cette raret. En plus de a, la soudainet et limprvisibilit des dcouvertes de nouveaux gisements entrane la prcipitation chez les producteurs.

1.1.3 Aller plus loin que Hotelling

La thorie de Harold Hotelling, si elle sert souvent de rfrence aux travaux des conomistes de lnergie, a connu de nombreux prolongements.

Des critiques gnrales ont t formules par Robert Solow (1974), qui fait remarquer que le principe de Hotelling daugmentation de la rente au taux dintrt ne peut tre respect que si les conditions sont dfinitivement fixes. Dans la ralit, des surprises adviennent: rserves en augmentation, apparition dautres substituts, de nouvel