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Les guérisseurs en Suisse romande : Relation avec le milieu médical 1 Immersion en Communauté MaiJuin 2011 Les guérisseurs en Suisse romande : Relation avec le milieu médical Emilie Bourgeois, Daniela Da Costa, Diana Marsovszki, Sarah Pralong Faculté de Médecine de Genève & Haute école de santé Genève
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  • Les gurisseurs en Suisse romande : Relation avec le milieu mdical 1

    08 Automne

    I m m e r s i o n e n C o m m u n a u t

    Mai-Juin 2011

    Les gurisseurs en Suisse romande : Relation avec le milieu mdical

    Emilie Bourgeois, Daniela Da Costa, Diana Marsovszki, Sarah Pralong

    Facult de Mdecine de Genve & Haute cole de sant Genve

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    Immersion en Communaut 2010-2011

    Remerciements Nous souhaitons remercier toutes les personnes qui ont contribu la ralisation de

    ce travail. Dune part, les professionnels mdicaux et les gurisseurs de la Romandie

    qui ont aimablement accept de rpondre notre enqute tlphonique ; et dautre

    part, pour le temps consacr lors dentretiens individuels : Mesdames Laurie

    Karsegard, Ingrid Perreira-Frankhauser et Magali Jenny, Monsieur Bernard

    Grandjean, ainsi que la Dresse Marie Besson et le Dr. Alexandre Bodmer. Par

    ailleurs, nous souhaitons souligner lappui et la stimulation de nos chres tutrices :

    Dresses Nadia Elia et Alexandra Calmy.

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    Table des matires 1. Introduction ........................................................................................................ 4

    1.2 Choix du sujet ................................................................................................. 4 1.1 Droulement du module ................................................................................. 4

    2. Notions gnrales ................................................................................................ 4

    3. Problmatique ..................................................................................................... 8

    3.1 Hypothses ..................................................................................................... 8

    4. Mthodologie ...................................................................................................... 8

    4.1 Qualitative ....................................................................................................... 9

    4.2 Quantitative .................................................................................................. 10

    5. Rsultats ........................................................................................................... 11

    5.1 Analyse qualitative ........................................................................................ 11

    5.1.1 Interviews du personnel soignant ............................................................. 11

    5.1.2 Interviews des gurisseurs ........................................................................ 12

    5.2 Analyse qualitative non-structure ............................................................... 14

    5.2.1 Entretien tlphonique avec une infirmire du service de radio-oncologie 14

    5.2.2 Interview de Mme Magali Jenny ............................................................... 14

    5.3 Analyse quantitative ..................................................................................... 15

    5.3.1 Mthode danalyse ................................................................................... 16

    5.3.1 Rpartition et participation ...................................................................... 16

    5.3.3 Rponses des soignants au questionnaire ................................................. 17

    5.3.4 Rponses des gurisseurs au questionnaire .............................................. 20

    6. Discussion .......................................................................................................... 21

    7. Mise en perspective ........................................................................................... 22

    8. Conclusion ......................................................................................................... 23

    Bibliographie ..................................................................................................... 24

    Annexes

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    1. Introduction

    1.1 Choix du sujet

    Notre groupe est compos de quatre tudiantes de la Haute cole de sant en filire Nutrition et dittique de 2me Bachelor. Avant daborder la thmatique des gurisseurs de Suisse romande, nous nous sommes aperues que nous navions pas les mmes connaissances. En effet, deux dentre nous avaient dj t exposes au phnomne des gurisseurs, tandis que les deux autres nen connaissaient que le nom. Lide du thme nous est apparue suite un stage pratique en milieu hospitalier dans le cadre de notre formation. En effet, lune dentre nous a t confronte une patiente qui avait fait appel un coupeur de feu pour attnuer les effets secondaires de la chimiothrapie. Suite cette rencontre, ltudiante a voulu savoir quelle tait la place de cette pratique dans les milieux hospitaliers de Suisse romande. Dans notre pratique de futures ditticiennes, nous serons frquemment amenes suivre des patients ayant recours diffrentes mthodes pour se soigner autrement que par la mdecine. De l est n notre intrt pour le sujet. Dans le cadre de notre travail, nous nous sommes essentiellement centres sur la thmatique : Les gurisseurs en Suisse romande : Relation avec le milieu mdical . Il nous a paru judicieux de dcouvrir la pratique des gurisseurs ainsi que dventuels liens entre ceux-ci et le milieu mdical. Ce travail nous a permis davoir un aperu de la conception que les deux milieux ont lun envers lautre.

    1.2 Droulement du module Nous avons dispos de quatre semaines pour laborer ce projet en collaboration avec la facult de mdecine. Tout au long de ce module : Immersion en communaut, nous nous sommes entretenues rgulirement avec nos deux tutrices, par le biais de messagerie lectronique et dentretiens de visu, afin de vrifier et discuter de lavance de notre travail.

    2. Notions gnrales Avant daborder la problmatique en elle-mme, il convient de dfinir certaines notions :

    Le gurisseur Un gurisseur nest ni un mdecin, ni un docteur et pas vraiment un thrapeute [] On les appelle aussi faiseurs ou panseurs de secret, leveurs de maux et de coups, rhabilleurs, rebouteux, magntiseurs, radiesthsistes, nergticiens, leveurs de sorts, exorcistes, etc. 1 (Jenny M., 2008, p.37). Ils nont pas de formation particulire et ne sont pas des scientifiques. Ils se situent sur le plan des croyances communes.

    1 Cf. lexique.

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    Le gurisseur est non seulement en accord avec son tre, mais il est galement intimement uni avec la nature, Dieu et/ou une force suprieure par lesquelles ils puisent leur nergie. La plupart dentre eux ont une activit professionnelle et ils ont le souci daider leur prochain et de faire le bien autour deux. Etre gurisseur, cest avoir un don et faire don de soi. Les gurisseurs possdent non seulement un don, un doigt pour des gestes prcis afin deffacer ou attnuer les maux, mais galement la bonne parole. Ils connaissent les mots qui apaisent, qui soulagent, qui redonnent confiance et espoir. Lorganisme humain est son premier gurisseur, condition que chacun de nous cre des penses, des actes positifs pour agir et ragir face aux maux et engendrer ainsi un renouveau physique et moral. (Bnzit M, 2006, p.15). On peut distinguer les gurisseurs en trois groupes, en fonction de leur mthode dapproche et de soins:

    Les gurisseurs utilisant principalement une nergie. Cela englobe les magntiseurs, radiesthsistes et nergticiens. Les rebouteux manipulant le systme musculaire ou osseux. Les faiseurs de secret rcitant une prire. Cependant, ces groupes ne sont pas fixes et une mme personne peut prsenter plusieurs comptences et dons. Pour Laurie Karsegard, ditticienne, le terme gurisseur est associ au charlatanisme : Hmmm Cest un terme pjoratif, pour moi Cest presque synonyme de charlatan. . Il sagit dune reprsentation courante. Le dictionnaire des synonymes Larousse de poche donne pour synonyme charlatan : imposteur, mdecin, gurisseur. Finalement, le charlatanisme peut se retrouver dans tous les secteurs dactivit. Indpendament de la dontologie professionnelle, cest ltre humain qui, par sa conscience, assure la valeur de ses travaux, lhonntet de ses actes. La doctoresse Sylvianne Bernasconi, radio-oncologue la Clinique de la Source dit : Les patients atteints de maladies graves sont des patients fragiles, qui sont prts entendre des choses quils souhaitent entendre, donc qui sont des proies faciles pour des charlatans et des beau parleurs qui chercheraient faire du profit [] Je pense que les pires et plus dangereux sont ceux qui prtendent avoir des recettes miracles pour gurir des cancers, outre que la mdecine traditionnelle et qui encouragent des patients arrter des traitements classiques [] Cest la raison pour laquelle je ne recommande mes patients que des gurisseurs en qui jai vraiment confiance.2 En gnral, un gurisseur demande une somme peu importante pour ses services, il ne conseille pas de mdicaments et ne demandera jamais un malade de stopper un traitement mdical. Cest le bouche oreille, qui bien souvent, permet de faire une rputation au gurisseur, tant en bien quen mal, permettant ainsi dviter certains charlatans. Monique Blanchard, gurisseuse qui intervient dans le suivi de plusieurs patients cancreux, donne son avis sur le sujet : Je ne prtends pas gurir les gens. Je ne mattaquerai jamais un cancer. Ce nest pas mon travail. [] Tout ce quils doivent prendre comme mdicaments, a continue suivre son cours. Nous ne sommes quun complment. 3

    2; 3 http://archives.tsr.ch/dossier-guerisseur/guerisseur-secret

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    Le don Un don peut tre inn, hrditaire, transmis de personne personne ou apparatre suite une exprience de vie douloureuse. Cest une force que lon a ou non. La possession dun don est indispensable pour gurir, mais il ne fait pas tout. Pour gurir, il faut que le gurisseur croie en lui et soit persuad de ses capacits. Attention, gurir ne veut pas forcment dire faire des miracles , a peut tre soulager une souffrance, ce qui est dj parfois norme pour le consultant. La passation de don se fait entre personnes de confiance, car quelquun de malintentionn pourrait faire du mal. Autrefois, des rgles strictes rgissaient la passation, ce qui a conduit la perte de certains secrets (par exemple lorsquil ny avait pas de descendants). Aujourdhui, la seule rgle qui subsiste est de transmettre le don un tre plus jeune.

    Les cots dun gurisseur La tradition veut que le gurisseur ne soit pas rmunr. Pour les faiseurs de secret ne reoivent gnralement pas de compensation, car ils ont souvent une activit professionnelle ct. Patricia Martin, coupeuse de feu et instrumentiste au CHUV, dit : On ne fait pas a pour la gloire, on ne fait pas a pour tre pay. En tout cas, moi je ne demande jamais rien aux gens, je ne veux pas tre paye pour faire a, si on a la chance davoir reu un don comme a, je pense quon ne doit pas lutiliser pour gagner notre vie ou pour tre pay. 4 Aujourdhui, la gratitude des patients envers les gurisseurs nest pas toujours la panace. Certains gurisseurs arrtent mme de pratiquer car cela prend du temps et de lnergie vitale. Il y a mme des gurisseurs qui disent tre tomb malade force de prendre les maux des autres. Les soins divulgus par le groupe des gurisseurs (magntiseurs, radiesthsistes, nergticiens) et des rebouteux durent plus longtemps (30 60 minutes). Cest pourquoi une rtribution est demande, celle-ci schelonne entre CHF 50.- et CHF 150.- par sance. Lorsque les gurisseurs ont une clientle fidle, le plus souvent, cela devient leur emploi plein temps.

    O se trouvent les gurisseurs en Suisse romande En gnral, le plus grand nombre de gurisseurs se situe dans les rgions rurales (Jura, Fribourg, Valais, Vaud). Ceci sexplique par lhistorique des populations qui navaient pas accs aux soins car les hpitaux taient dans les villes.

    Collaboration entre mdecins et gurisseurs La relation entre mdecins et gurisseurs sest avre dans un premier temps houleuse. Cest partir du XVIIme sicle que notre socit sest loigne du monde spirituel pour rejoindre la philosophie cartsienne, base sur la comprhension scientifique. En effet, lpoque de nos grands-parents et arrire grands-parents (XIXe et XXe), les personnes avaient plus lhabitude de contacter les gurisseurs, en qui ils avaient plus confiance. Le fait de ne pas comprendre et de ne pas pouvoir expliquer certains phnomnes engendre des peurs dues une mfiance culturelle. Les mdecins ont aussi d se faire une place et faire reconnatre leurs pratiques au sein de la population face aux gurisseurs qui taient l avant eux. 4 http://archives.tsr.ch/dossier-guerisseur/guerisseur-secret

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    Dautre part, pour ces populations rurales, les frais mdicaux taient trop onreux. Les gurisseurs taient pays par des vivres ou des changes de services. Ce nest quaprs les annes 1970 que lon constate un retour en force des soins populaires pour devenir un vritable phnomne de socit actuel. Dans notre socit actuelle, il ny a plus de lutte entre le vrai et le faux, entre le rationnel et lirrationnel, mais une cohabitation ; plus la mdecine devient technologique, plus on compense par ancrage dans le fondamental, originel ; la qute thrapeutique saccompagne dune qute de spiritualit. (Jenny M., (2008), p.72). Le manque de temps disposition des patients d une mdecine qui doit tre efficace et moindre cot interfre sur la relation daide. La situation de coexistence entre gurisseurs et mdecins en Suisse romande est unique par rapport aux pays limitrophes. En effet, on trouve des listes de gurisseurs dans les services durgence et de radio-oncologie de nombreux hpitaux de Suisse romande. Ces listes sont disposition des familles sur demande, le personnel soignant y fait mme appel dans certains cas selon leurs convictions. Selon Daniel Fischman (mdecin-chef des urgences de lhpital de Sion) : Une rgle toutefois : le secret ne doit en aucun cas interfrer avec les soins prodigus par lhpital. 5 Cependant, il faut relever que dans un hpital romand, cette liste a t retire, sur ordre du mdecin-chef des urgences. Dans leur pratique prive, certains mdecins vont mme jusqu conseiller les services dun gurisseur leurs patient. Cest le cas de la Drsse Bernasconi, radio-oncologue : Cest vrai que nous connaissons des coupe-feu et quil marrive parfois de recommander des patients le recours leurs services quand je peux prvoir quun traitement risque dtre mal support. 6 En conclusion, les gurisseurs sont plus ou moins bien tolrs par le milieu mdical, mais il sagit avant tout de croyances individuelles de la part du personnel soignant : la pratique des gurisseurs demeure encore tabou. Selon le prsident de la Fdration des mdecins suisses (FMH), Jacques de Haller : Les hpitaux pratiquent une mdecine de premier recours, dans des conditions de grande dtresse et dincertitude, et nont donc pas rponse tout. Si une solution existe et manifestement il y a des gens que les gurisseurs aident, il serait idiot de ne pas y recourir. . 7

    5 ; 7 http://largeur.com/?p=2137 6 http://archives.tsr.ch/dossier-guerisseur/guerisseur-secret

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    3. Problmatique Les hpitaux font partie dun systme de soins communautaires qui dispense des services la population. Le fait de faire appel aux faiseurs de secret constitue un de ses services. Nous pouvons dfinir comme tant une problmatique communautaire. Etant donn quune relation semble exister entre le milieu hospitalier et les gurisseurs, nous nous sommes intresses la vision quentretiennent les soignants par rapport aux gurisseurs et vice versa. Ds lors, quelle est la place des gurisseurs dans le systme de sant ? La mdecine se base sur des faits scientifiques qui laissent peu de place aux autres alternatives. A loppos, nous ne savons pas sur quoi se basent les faiseurs de secret.

    3.1 Hypothses

    Au fil de notre travail, les hypothses que nous avons mises se sont modifies. Au dpart, nous voulions vrifier que les patients souffrant de pathologies ou de douleurs chroniques avaient recours des gurisseurs de Suisse romande lors de leur traitement. Cette hypothse na pas pu tre vrifie. En effet, afin de mener une enqute auprs de patients, nous avions besoin de laccord de la Commission dthique, ce qui na pas t possible par manque de temps. Voici ci-dessous, les diffrentes hypothses que nous avons retenues lors de notre enqute :

    Il existe une relation/collaboration entre le milieu mdical et les gurisseurs.

    Le personnel soignant urbain intgre moins les gurisseurs dans sa pratique que le personnel soignant rural. Les patients ne parlent pas forcment du recours un gurisseur au

    personnel soignant. La croyance du personnel soignant envers les gurisseurs est individuelle. Les gurisseurs sont ouverts la mdecine traditionnelle.

    4. Mthodologie Lors de nos recherches sur la thmatique des gurisseurs en Suisse romande, nous avons t confrontes au manque de preuves scientifiques concernant lefficacit de ces pratiques. En effet, ce jour, aucune tude scientifique na t publie sur ce sujet. Pour cette raison, nous avons principalement eu recours des ouvrages et documentaires tout public . Ceci sexplique par le fait que nous ne pouvons quobserver les rsultats de ce phnomne et que cela dpasse notre entendement cartsien. Afin de bien dfinir notre thmatique de recherche auprs des interlocuteurs, nous avons systmatiquement dfini le terme gurisseurs dans le but dviter un biais dinterprtation.

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    4.1 Qualitative

    Afin deffectuer notre travail sur les gurisseurs en Suisse romande et leur relation avec le milieu mdical, nous avons de prime abord prvu de mener des entretiens qualitatifs. Nous avons choisi de rencontrer des mdecins de lHpital Universitaire de Genve (HUG) pour des raisons logistiques. Notre objectif tait de rencontrer des professionnels pouvant potentiellement tre confronts des patients ayant recours des gurisseurs. Nous avons donc slectionn les domaines de pathologies chroniques tels que le VIH, la radio-oncologie et la Consultation de la douleur faisant partie du service de Pharmacologie clinique des HUG. Nous avions galement envisag de prendre contact avec le milieu des grands brls : dune part, nous avons cherch contacter les soins intensifs de ladulte du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), mais la responsable du service, la doctoresse Mette Berger, na pas dsir rpondre nos questions et le secrtariat na pas donn suite notre requte ; dautre part, nous avons contact le service de chirurgie pdiatrique des HUG mais navons pas russi les rencontrer en raison de la dure limite du programme dimmersion en communaut. Au moyen dentretiens standardiss8, nous avons rcolt les avis dune ditticienne travaillant la consultation VIH des HUG : Madame Laurie Karsegard, dun mdecin radio-oncologue : Docteur Alexandre Bodmer, ainsi que dun mdecin travaillant la Consultation de la douleur : Doctoresse Marie Besson. Outre ces entretiens, nous avons pu rencontrer deux gurisseurs auxquels nous avons galement soumis un questionnaire standardis9 : la premire est Madame Ingrid Pereira-Frankauser, que nous avons contacte suite la lecture de louvrage de Mme Magali Jenny, dans lequel figure plusieurs tmoignages de gurisseurs. Celui de Mme Pereira nous a spcialement intresses. Elle avait galement lavantage de se trouver sur Genve. Quant au second gurisseur, Monsieur Bernard Grandjean nous cherchions un gurisseur du milieu rural et qui ne faisait pas partie de la liste du livre de Magali Jenny. Nous avons galement choisi cette personne car nous avions une connaissance en commun. Suite la rencontre avec le mdecin radio-oncologue, nous avons eu un contact tlphonique avec une infirmire du mme service, qui nous a renseignes sur la place des gurisseurs dans leur pratique. Nous avons galement men un entretien avec Madame Magali Jenny, auteure du livre : Gurisseurs, rebouteux et faiseurs de secret en Suisse romande, paru en 2008, afin dobtenir son opinion dexperte et ses conseils au sujet de notre recherche. Ces deux entretiens ne sont pas comparables avec les autres, tant donn que les questions et que les conditions dentretien ntaient pas identiques. Nous les avons donc analyss sparment.

    8 Cf. annexe n1. 9 Cf. annexe n2.

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    Immersion en Communaut 2010-2011

    Nous avons labor un questionnaire standardis comprenant une dizaine de questions pour les gurisseurs et un autre pour le personnel soignant. Au fil des entretiens, nous posions parfois des questions supplmentaires afin dapprofondir un sujet abord par notre interlocuteur, qui nous semblait intressant. Chaque entretien a t men par une tudiante, accompagne dune seconde charge de prendre des notes. Ils ont t enregistrs laide dun dictaphone afin de nous permettre, par la suite, de les retranscrire, mot mot. Nous avons ensuite labor une grille dvaluation pour chaque entretien (cf. annexe), laide de laquelle nous avons fait ressortir les principaux lments qui constituaient les rponses donnes par nos interlocuteurs, ceci afin de permettre une comparaison entre les diffrents tmoignages. Finalement, nous avons cr un schma pour chaque spcialit (gurisseur et personnel soignant) reprsentant les principales ides qui sont ressorties des diffrents tmoignages.

    4.2 Quantitative

    Lors de notre analyse, nous avons pris conscience que nous donnions la parole uniquement des soignants des HUG. Comme nous voulions investiguer le thme des gurisseurs en Suisse romande, il tait important dobtenir lavis de soignants et de gurisseurs des diffrentes rgions ; ceci dautant plus que cette pratique est plus rpandue dans certaines rgions plutt rurales. Etant donn que nous ne disposions pas des ressources ncessaires pour effectuer des interviews qualitatives dans ces diffrentes rgions, nous avons dcid de mener une enqute tlphonique. Cela a permis dajouter une dimension quantitative notre recherche. Afin dobtenir lavis de citoyens des diffrentes rgions, nous avons dfini la population du canton de Genve et de la ville de Lausanne comme une population de type urbain , et la population du reste du canton de Vaud, du Valais, de Neuchtel, de Fribourg et du Jura, comme une population de type rural . Nous avions une procdure dappel standardise : nous nous prsentions et posions les questions de la mme manire et nous notions les donnes recueillies sur une grille prdfinie. De cette manire, nous avons recueilli lopinion de physiothrapeutes, infirmiers en radio-oncologie, homopathes, mdecins oncologues, ditticiens, hmatologues, mdecins gnralistes, pdiatres, dermatologues et ostopathes. Afin dviter les biais de slection, nous avons utilis le numro des soignants dans les annuaires lectroniques, telsearch.ch et directories.ch, tels quils apparaissaient, dans lordre alphabtique. Nous nous tions donn pour mission de recueillir lavis dun professionnel de chaque type en milieu urbain et rural . Notre tche na pas t aise, car nous drangions souvent les professionnels dans leur journe de travail et devions presque systmatiquement passer dabord par les secrtariats. En ce qui concerne les gurisseurs, nous avons utilis la liste figurant dans le livre de Magali Jenny en veillant donner la parole aux diffrents cantons.

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    5. Rsultats

    5.1 Analyse qualitative Comme cit plus haut, nous avons rencontr deux gurisseurs, ainsi que deux mdecins et une ditticienne au sein des HUG. Les schmas prsents ci-dessous refltent les principaux points qui sont ressortis des diffrents entretiens.

    5.1.1 Interviews du personnel soignant

    Les membres du corps mdical interrogs soccupent principalement de patients souffrant de cancer, du VIH ou de douleur chronique. Leur interprtation du terme gurisseur est ngative pour deux dentre eux, dont lun pour qui il sapparente celui de charlatan . Pour ce qui est du troisime soignant, il interprte ce terme de faon positive, de par son exprience personnelle. De plus, il propose lui-mme une liste de gurisseurs ses patients, contrairement aux deux autres, dont lun nen connaissait pas lexistence. Leffet placebo est voqu par tous les soignants interrogs. Cependant, ils saccordent tous sur le fait que : si cela fait du bien au patient, tant mieux . Deux dentre eux parlent galement de laide psychologique apporte au patient par le gurisseur, de par le fait quil est son coute. Les trois membres du corps mdical interrogs nous disent que certains de leurs patients leur parlent spontanment du recours un gurisseur. Lun dentre eux nous raconte quils craignent parfois une ventuelle contre-indication ou interaction au fait de faire appel un gurisseur et lui demandent, par consquent, son accord. Lorsque nous les questionnons au sujet dune ventuelle collaboration entre les gurisseurs et le milieu mdical, un soignant prtend que celle-ci est dj prsente, tant donn quil transmet le numro de tlphone des gurisseurs au patient. Il considre cette collaboration comme tant une relation de soignant soignant qui pourrait tre largie. Quant aux deux autres, ils nous font part du manque de communication, d au fait que soignants et gurisseurs ont un langage diffrent. Cependant, deux dentre eux saccordent sur le fait quune communication entre les deux pratiques est ncessaire. Un des soignants avait dj fait appel un gurisseur pour une dmarche personnelle, les deux autres ny ont jamais fait appel, mais cela serait envisageable pour celui qui croit en leur efficacit.

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    5.1.2 Interviews des gurisseurs

    Lors de la retranscription des entretiens, nous avons pu constater des opinions divergentes au sein mme des gurisseurs. Cela est probablement d au fait que lun de ces gurisseur exerce, en plus du secret, la reboutologie, la rflexologie ainsi que des massages, ce qui reprsente son activit professionnelle. Le don quelle a reu provient de son grand-pre et la tradition continue car elle a donn le secret sa fille qui ne souhaite pas lutiliser pour linstant. Madame Pereira est davantage intgre dans le systme de sant, de par le fait quelle fait actuellement partie dun protocole dtude avec le service de pdiatrie des brls des HUG. Cette personne dit se sentir comme tant le dernier maillon de la chane , ce qui ne la drange pas pour autant. Suite la parution du livre de Mme Magali Jenny, dans lequel elle figure, son activit a augment. Les patients qui la consultent sont principalement des patients atteints dun cancer ou qui se sont brls. Madame Pereira dit galement ne pas connatre ses limites, elle ne refuse ainsi jamais de patient. Elle pratique le secret par tlphone et rpond toute heure, du jour et de la nuit. Quant ses aprs-midi, elles sont consacres la reboutologie ainsi qu la rflexologie et, dans ce cadre-l, les patients se rendent son domicile pour des consultations qui sont payantes. Elle refuse tout argent pour la pratique du secret car elle estime que le fait den tirer profit serait malhonnte. Lorsque nous lui demandons quelle est sa vision de la mdecine traditionnelle, elle nous rpond que celle-ci est indispensable et quelle recommande toujours aux patients dy avoir recours.

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    Quant au deuxime gurisseur interrog, la pratique du secret ne reprsente quune petite partie de son quotidien. En effet, il a une activit professionnelle plein temps et pratique le secret uniquement par tlphone. Le nombre dappels quil reoit varie (quelques appels par mois un appel par jour) et chacun ne dure pas plus dune minute. Pour lui, cest juste une petite prire et cest tout . Tout comme pour Madame Pereira, Monsieur Grandjean ne souhaite pas tre rmunr. Pour ce qui est des limites de sa pratique, il sent que a ne fonctionne pas lorsquil nest pas en forme. Il pense ne faire partie daucune liste et les personnes qui le contactent ont eu son numro grce au bouche--oreille . Ceux-ci sont principalement des individus qui se sont brls, mais il a galement aid une patiente qui suivait une chimiothrapie. Il a reu le don grce sa belle-mre, car son pouse na pas souhait le recevoir. Monsieur Grandjean dit avoir une bonne vision de la mdecine traditionnelle et ajoute que certains mdecins appellent pour leurs patients. Nous avons donc pu constater que les deux gurisseurs que nous avons rencontrs pratiquent tous deux le secret par tlphone. Cependant, les informations dont ils ont besoin divergent. En effet, Madame Pereira demande connatre le nom, la date de naissance, ainsi que lendroit de la brlure, tandis que Monsieur Grandjean a uniquement besoin de connatre lendroit de la brlure pour pratiquer le secret.

    Si le temps imparti avait t plus important, nous aurions apprci interroger davantage de gurisseurs pour avoir une meilleure vue densemble de leurs opinions.

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    5.2 Analyse qualitative non-structure

    5.2.1 Entretien tlphonique avec une infirmire du service de radio oncologie

    Dans le service de radio-oncologie des HUG, une liste de gurisseurs est disponible pour les patients qui souhaiteraient lavoir. Ils doivent faire la dmarche eux mme car cela fait partie du processus de gurison. Dans le cas o un patient ne peut pas le faire pour diverses raisons, le personnel soignant se charge de faire lappel. Cette liste nest en gnral pas propose spontanment sauf dans les cas o les patients se plaignent dimportante souffrance. Selon linfirmire, les patients quelle a suivis et qui ont eu recours aux coupeurs de feu, ont eu une attnuation de la douleur. Elle estime que 10 20% des patients font appel aux gurisseurs. Elle na pas davis favorable ou ngatif au sujet de cette pratique mais cela ne peut pas faire de mal.

    5.2.2 Interview de Mme Magali Jenny

    Durant notre projet nous avons eu loccasion dinterviewer lauteure du livre succs Gurisseurs, rebouteux et faiseurs de secret en Suisse romande . Magali Jenny a t sensibilise ce sujet ds son enfance lorsquelle a eu recours un rebouteux qui la beaucoup aide loccasion dun accident de ski. Elle a ensuite fait des tudes dethnologie, et, dans le cadre dun mmoire de licence, elle a choisi les gurisseurs comme thmatique. En discutant autour delle de son travail, elle a pu constater que de nombreuses personnes taient intresses par le sujet. Elle a donc dcid denvoyer son travail des maisons ddition ; elle a attendu deux ans pour quune maison lui rponde positivement. Le recensement des gurisseurs sest fait tout dabord grce des listes qui circulaient de main en main ainsi que les listes dhpitaux quun ami mdecin lui a fournies. Ensuite le bouche oreille a aussi jou un rle. Elle a t bien accueillie au sein des gurisseurs. Elle a pu constater que la plupart des gurisseurs sont indpendants mais on commence voir apparatre des groupes qui se forment et qui peuvent sentraider. Pour ce qui est du personnel soignant, il sagissait principalement de connaissances. Elle a parfois rencontr des difficults avec les mdecins car ctait encore peu courant quun mdecin fasse appel un gurisseur. Selon elle, les listes des gurisseurs sont peut tre apparues dans les hpitaux grce une infirmire qui sest charge den crer une la demande des patients. Elle a pu constater quen gnral, les hpitaux ont quelques noms de gurisseurs et ils ont lhabitude de travailler avec eux. Daprs Magali Jenny, une collaboration a commenc entre le milieu mdical et les gurisseurs. Les patients vont parler plus facilement quavant dune ventuelle visite chez un gurisseur leur mdecin traitant, ce qui selon elle, est probablement d la notorit de son livre car les personnes ont remarqu quelles ntaient pas les seules y avoir recours. Aprs des contacts avec certains mdecins, elle a pu constater un risque de drive au sein des gurisseurs (induisant un arrt de traitement).

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    Suite cela, elle comprend les mdecins qui se mfient deux. Cest pourquoi, un patient qui parle ouvertement son mdecin permet un contrle de la part de celui-ci. Finalement, lorsque nous demandons Magali Jenny son avis sur la relation entre les gurisseurs et le milieu mdical, voici ce quelle nous rpond : Je suis tellement pour cette complmentarit ! Mme si cest psychologique, mme si cest un effet placebo, mais quest-ce quon sen fout, pourvu que a marche, que a aide la personne qui souffre. Les mdecins se rendent aussi compte de a et pas seulement sur cette non explication scientifique, si a peut aider les gens, tant mieux .

    5.3 Analyse quantitative Vous trouverez un rcapitulatif des soignants et des gurisseurs que nous avons contacts, lors de notre enqute tlphonique afin de rcolter l'avis de spcialistes et de gurisseurs de diffrentes rgions dans le tableau ci-dessous :

    Soignants appels Genre : Nombre Hommes Femmes

    46 42

    Canton : Nombre Genve Vaud-Lausanne Vaud-Autres Neuchtel Jura Valais Fribourg

    31 7 5 8 12 11 14

    Profession : Oncologue Dermatologue Ditticien(ne) Infirmier(re) Physiothrapeute Pdiatre Mdecin gnraliste Homopathe Ostopathe Hmatologue

    16 7 4 3 8 6 10 19 11 4

    Gurisseurs appels Genre : Nombre Hommes Femmes

    38 20

    Canton : Nombre Genve Vaud-Lausanne Vaud-Autres Neuchtel Jura Valais Fribourg

    7 3 4 8 12 9 15

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    5.3.1 Mthode danalyse Aprs avoir rcolt les donnes de nos entretiens tlphoniques, nous les avons codes dans un fichier Excel, puis ces donnes ont t importes dans le logiciel Stata 10.0. Grce laide de notre tutrice, la doctoresse Elia, nous avons effectu des tests chi2 qui nous ont permis de comparer des variables binaires. Nous avons choisi dillustrer ces rsultats sous forme dhistogrammes. Lchelle des ordonnes est toujours reprsente en pourcentage et les valeurs effectives figurent dans les btons.

    5.3.2 Rpartition et participation

    0

    20

    40

    60

    80

    Urbain Rural Urbain Rural

    Soignants Gurisseurs

    Pou

    rcen

    tage

    Lieux Graphs by type

    Chi2(1)=14.0 P

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    0

    20

    40

    60

    80

    Oui Non Pas de donne

    Soignants Gurisseurs P

    ourc

    enta

    ge

    Participation lenqute Graphs by type

    10

    15

    6 5

    19

    2

    Chi2(2)=3.727 P=0.155

    Oui Non Pas de donne

    Rpartition des rponses des participants aprs avoir dcroch

    Sur les 88 soignants contacts, 31 ont dcroch et 15 ont t daccord de participer notre enqute, 10 ont refus et 6 devaient nous recontacter et ne lont pas fait. Sur les 58 gurisseurs contacts, 26 ont dcroch et 19 ont t daccord de participer notre enqute, 5 ont refus et 2 devaient nous recontacter et ne lont pas fait. Nous pouvons faire merger une tendance : Les gurisseurs taient plus enclins rpondre nos questions que les soignants. Cependant, ce rsultat nest pas statistiquement significatif, tant donn la valeur P suprieure 0.05. Cela sexplique probablement par la petite taille de notre chantillon.

    5.3.3 Rponses des soignants au questionnaire

    Lanalyse des rponses des soignants nous montre que :

    Les soignants croient majoritairement (60% sur les 15 rponses au questionnaire obtenues) en lefficacit des gurisseurs. Nanmoins, cela ne dpend pas de leur tiquette de soignants mais plutt de valeurs individuelles.

    93% des soignants qui ont rpondu disent que les patients parlent facilement et spontanment de leur recours un gurisseur

    Les soignants sont partags quant suggrer leurs patients de consulter un gurisseur.

    Il est intressant de constater que des personnes formes sur des bases scientifiques fassent appel des gurisseurs (46% parmi nos rponses).

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    5.3.4 Rponses des gurisseurs au questionnaire

    Lanalyse des rponses des gurisseurs nous montre que :

    La grande majorit (79% sur les rponses obtenues) des gurisseurs affirment que certains de leurs consultants viennent sur conseil mdical. Les gurisseurs nchangent gnralement pas avec le personnel soignant. Les gurisseurs conseillent majoritairement (79% sur les rponses obtenues) daller consulter un mdecin. Les gurisseurs affirment que des soignants font appel leurs services.

    6. Discussion Plusieurs hypothses sont lorigine de nos recherches, il sagit maintenant de les vrifier. Notre premire hypothse, savoir : Il existe une relation/collaboration entre le milieu mdical et les gurisseurs. se vrifie par nos analyses. Nous constatons que la collaboration seffectue au travers du patient plutt quentre eux proprement parler. Le manque de communication entre gurisseurs et le personnel soignant sexplique, dune part, par le fait que souvent les gurisseurs ne savent pas quel mdecin leur envoie un consultant et que sil sagit de consultation tlphonique, ils ne posent pas cette question. Dautre part, le terme collaboration est sujet interprtation puisque nous obtenons des rsultats divergents au sein de nos deux analyses. Nous remarquons que les gurisseurs recommandent vivement leurs consultants de faire recours la mdecine traditionnelle. Ceci montre quils se considrent comme complmentaires et non concurrents la mdecine traditionnelle. Il nexiste pas de net clivage entre mdecine traditionnelle et mthode de soin populaire, dans le sens ou certains membres du personnel soignant forms sur des bases scientifiques utilisent des mthodes populaires pour eux-mmes ou leurs proches et que les gurisseurs recommandent la mdecine traditionnelle. Dautre part, que pourraient-ils communiquer ? Dun ct, les membres du corps mdical sont lis par le secret mdical. Ils ne peuvent pas changer des informations au sujet de patients avec les gurisseurs qui ne font pas partie du corps mdical et qui ne sont pas tenus au secret de fonction. Il sagit l dune premire limite lgale leur communication. Dun autre ct, notre analyse qualitative montre que ces deux milieux nutilisent pas le mme jargon et que cela nuirait leur communication. Il convient galement de soulever que la relation entre les deux milieux est dfinie par des croyances individuelles propres chaque professionnel. Notre seconde hypothse, savoir : Le personnel soignant urbain intgre moins les gurisseurs dans sa pratique que le personnel soignant rural. est infirme par nos rsultats. En effet, il semble que les soignants urbains des domaines dinvestigation slectionns fassent tout autant appel aux gurisseurs que les soignants que nous avons classs dans le milieu rural. Ce rsultat nous a surpris tant donn que nous avions pu lire que cette pratique tait davantage dveloppe dans les cantons dits ruraux . Nanmoins, il est possible que certains services que nous avons contacts se trouvent uniquement en ville et quune partie importante des patients qui y consultent proviennent du milieu rural, amenant donc avec eux les traditions populaires.

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    Nous pouvons galement supposer que la mme ouverture desprit par rapport cette pratique prvaut au sein des deux milieux. En ce qui concerne notre troisime hypothse, savoir : Les patients ne parlent pas forcment du recours un gurisseur au personnel soignant , nous avons t agrablement surprises de constater que la majorit des soignants que nous avons rencontrs affirment quils ont au moins un patient qui leur en a parl spontanment. Lanalyse qualitative nous a rvl que certains soignants qui ne sont pas mdecins, pensent que les patients se confient plus facilement eux, en les considrant dj comme moins traditionnels . Notre quatrime hypothse, savoir : La croyance du personnel soignant envers les gurisseurs est individuelle se confirme clairement par le rsultat partag que nous obtenons auprs des soignants. Ce nest donc pas la formation qui induit une tendance de convictions, mais bien la croyance personnelle. Il est relever que certains membres du personnel soignant nous ont confi que leur croyance avait volu au fil des expriences quils ont eues en lien avec ce phnomne. Notre ultime hypothse, savoir : Les gurisseurs sont ouverts la mdecine traditionnelle sest trs nettement vrifie et ce autant par lanalyse qualitative que quantitative. Dans notre analyse, les gurisseurs ont tendance se considrer comme complmentaires la mdecine traditionnelle, la majorit dentre eux conseillent mme certains de leurs consultants daller voir un mdecin. Il ny a donc pas de concurrence entre ces deux milieux. Il est important de mettre en exergue les diffrents biais que peut prsenter notre recherche. En ce qui concerne la partie qualitative, le fait que les entretiens soient enregistrs peut constituer un biais. En effet, certains interviews peuvent tre gns de faire part de certaines opinions plus tranches et non acadmiques . Le choix des sujets interviews peut constituer un biais de slection car il na pas t effectu de manire alatoire. Nous avons limit les biais de confusion en prsentant une dfinition du terme gurisseur au dbut de chaque entretien. En ce qui concerne lanalyse quantitative, par notre mthodologie, nous limitons les biais de slection et reprsentons lavis des diffrentes rgions romandes. Il est possible que certains professionnels qui accordent peu de crdit la thmatique des gurisseurs aient refus de rpondre nos questions. La mthode de lenqute tlphonique peut galement comporter diffrents biais : nous navons par exemple pas pu obtenir lavis de personnes sourdes ou ne possdant pas de raccordement tlphonique. Dautre part, cette mthode a pu inciter certains refuser doffice de participer. Au niveau de lenqute quantitative, le taux relativement lev (37.5%) de refus de participer notre tude peut sexpliquer par plusieurs limites : appels durant le temps de travail, les secrtaires ont souvent t nos premires interlocutrices, ceci a parfois frein les contacts, refus de participer des sondages tlphoniques, certains professionnels sont peut tre rfractaires ce sujet. Lors de nos recherches, nous avons dcouvert diverses listes de gurisseurs possdant un ou plusieurs dons. Elles sont gnralement transmises de main en main ; cependant, leur origine demeure floue. Elles sont disponibles dans de nombreux hpitaux romands, mais sont parfois rserves lutilisation du personnel soignant et donc non accessibles au tout public : le service des urgences des HUG a, par exemple, refus de nous transmettre la sienne. Il est important de relever quun grand mystre entoure le thme des gurisseurs.

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    De lopinion gnrale, un effet placebo est possible, comme pour tout autre traitement. Il nexplique nanmoins pas la totalit des rsultats obtenus. Cet lment est dailleurs ressorti dans notre analyse qualitative. Finalement, tous saccordent pour dire que si a fait du bien au patient, tant mieux, peu importe leffet placebo. La rpartition majoritairement rurale des gurisseurs sexplique par le fait que pour avoir lopinion des gurisseurs de toutes la Suisse romande nous avons contact tous les cantons romands et donc des zones dfinies comme majoritairement rurale dans notre enqute. De plus, les lectures que nous avons faites confirment cette tendance et les listes de gurisseurs dont nous disposions taient galement majoritairement composes dhabitants de milieux dfinis comme ruraux.

    7. Mise en perspective En 2002, lOFSP concluait quun tiers des suisses avaient recours des thrapies complmentaires (homopathie, mdecine chinoise, phytothrapie, anthroposophie, thrapie neurale), bien que le recours des gurisseurs ne fasse pas partie des thrapies complmentaires, et donc de cette enqute. Cela montre que les suisses ont tendance chercher des solutions ailleurs que dans la mdecine traditionnelle ; on peut supposer quils se tournent galement vers la tradition populaire des gurisseurs. Afin de comprendre les patients dans leur globalit, il est, notre avis, important que le personnel soignant connaisse le parcours des patients. Une connaissance des thrapies complmentaires et des traditions populaires de la part des soignants nous parat donc ncessaire. Certains gurisseurs seraient disposs faire leurs preuves lors dtudes scientifiques, par exemple dans les cas de brlures ou dhmorragies. Cette option serait galement envisageable pour certains soignants, mais il convient tout de mme de rappeler que la pratique des gurisseurs repose sur la tradition et parfois sur le spirituel, ce qui est bien loin de la dimension cartsienne de la recherche scientifique. Au vu de ces constations, il ne serait pas souhaitable dinstaurer une collaboration systmatique entre le milieu mdical et les gurisseurs car les convictions divergent de part et dautre. De plus, serait-il indispensable de prouver scientifiquement quelque chose qui repose sur le savoir populaire et la tradition ? La question reste ouverte

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    8. Conclusion Notre enqute nous a permis de trouver une grande ouverture desprit de part et dautre. La majorit des soignants que nous avons rencontrs sont ouverts une collaboration ou ont la volont de connatre davantage les gurisseurs et leurs pratiques. Il existe dj une relation entre certains milieux mdicaux et gurisseurs, dautres sont ouverts en dvelopper une. Il est important de respecter la conviction des soignants et gurisseurs qui ne souhaitent pas collaborer. De notre avis, le fait que cela reste tabou peut engendrer des drives : il serait prfrable que les soignants donnent des listes de gurisseurs reconnus , pour quils ne se dirigent pas vers nimporte quel prtendu gurisseur. Comme au dpart de ce travail, nous avions des opinions diffrentes au sein du groupe, elles ont donc volues diffremment. Pour les deux personnes qui ne connaissaient pas cette problmatique, ce travail leurs a permis de dcouvrir cette thmatique. Elles ont t tonnes que ce phnomne soit si rpandu au sein de la socit romande. Elles restent ouvertes ces pratiques. Pour ce qui est des deux autres personnes, elles ont t agrablement surprises de la place des gurisseurs au sein des milieux mdicaux et de louverture desprit de la part du personnel soignant. Grce limmersion en communaut, nous avons pu nous familiariser aux techniques denqute et aux mthodes danalyse ; ce qui pourrait savrer utile dans notre futur professionnel. Finalement, ce travail nous a permis de faire des rencontres enrichissantes, but premier de limmersion en communaut.

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    Bibliographie

    Ouvrages Beaud S. Weber, F. Guide de lenqute de terrain. Paris : La dcouverte ; 2003. Bnzit M. Confidences de gurisseurs : soigner, gurir, mditer. Paris : De Bore ; 2006. Collard J-C. Le gurisseur de Chtillon. Paris : Edition Trdaniel ; 2003. Genouvrier E. Dsirat, C., Hord, T. Dictionnaire des synonymes. Paris : Larousse de poche; 2004. Jenny M. Gurisseurs rebouteux et faiseurs de secret en Suisse romande. Lausanne : Favre SA, 8e d. ; 2008. Miles M-B. Huberman A.M. Analyse de Donnes Qualitatives. Bruxelles : De Boeck ; 2005.

    Article de revue

    Wietlisbach V, Gurtner F. Profil socio-demographique du recours la mdecine alternative en Suisse: Quels patients pour quels mdecins? Primary Care. 2002 ; 2 :587-591.

    Documents non publis Chatelain B. Evelyne, S. Guide pour la prsentation des travaux crits et des rfrences. [Polycopi]. Genve : Haute Ecole de sant ; 2008. Debons J. Tradition et adaptation de la pratique du secret dans le canton du valais. [Mmoire]. Lausanne : Facult des sciences sociales et politiques ; 2003. Zufferey S. Rebouteux en Valais : Entre savoirs populaires et professionnalisation. [Mmoire]. Lausanne : Facult des sciences sociales et politiques ; 2005.

    Internet

    LARGEUR.com. Lincroyable succs des gurisseurs. [Page web]. 2011 [consult le 25 mai 2011] ; Disponible : http://largeur.com/?p=2137 TSR.ch. Corps et me. [Page web]. 2011 [consult le 24 mai 2011] ; Disponible : http://archives.tsr.ch/dossier-guerisseur/guerisseur-baloises TSR.ch. Le secret lpreuve. [Page web]. 2011 [consult le 24 mai 2011] ; Disponible : http://archives.tsr.ch/dossier-guerisseur/guerisseur-secret TSR.ch. Marcel aux doigts dor. [Page web]. 2011 [consult le 24 mai 2011] ; Disponible : http://archives.tsr.ch/dossier-guerisseur/guerisseur-paju TSR.ch. Succs indmodable. [Page web]. 2011 [consult le 24 mai 2011] ; Disponible : http://archives.tsr.ch/dossier-guerisseur/guerisseur-mipo

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    Annexes Lexique : (Jenny, 2008, p.221-222) Energticien : qui soigne grce une nergie cosmique ou suprieure, prsente dans la nature, quil canalise pour la transmettre au consultant ou la diriger vers les zones malades. Exorciste : personne qui pratique un rituel, le plus souvent religieux, destin expulser une entit spirituelle malfique qui se serait empare dun humain ou parfois dun animal. Faiseur, diseur ou panseur de secret : celui qui possde un ou plusieurs secrets, et qui les utilise pour soigner. Fluide : dsigne ce don inn et naturel, ce quelque chose , cette nergie, cette force qui coule du gurisseur vers sont patient. Souvent utilis comme synonyme de magntisme . Magntiseur : qui utilise son magntisme personnel pour soigner. Travaille par imposition des mains sur les nergies corporelles. Utilise parfois un pendule. Magntisme : le magntisme est cette force que le gurisseur possde en tant que don et qui lui permet de soigner les gens qui souffrent. Radiesthsiste : qui canalise son magntisme, son fluide ou lnergie cosmique travers un objet, souvent un pendule ou une baguette de sourcier. Il utilise le pendule pour poser un diagnostic, retrouver des objets, dtecter des manques, etc. Rebouteux ou rhabilleur : qui remet bout bout les articulations, les muscles, les tendons. Il manipule et masse le systme musculaire ou osseux jusqu la disparition de la douleur. Secret : formule secrte contenu le plus souvent religieux que lon rcite voix base pour soigner les maux les plus divers. Les secrets contre les hmorragies et les brlures sont les plus connus.

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    1. Analyse qualitative personnel soignants 1.1 Mme Karsegard Laurie, ditticienne

    1.1.1 Entretien du 26 mai 2011

    1) Quel type de patient en gnral vous consulte ? Principalement des sropositifs, quelques patients atteints dhpatite C et un ou deux dnutris.

    2) Quelle est votre dfinition du terme gurisseur ? (Rflchi). Cest un terme pjoratif, pour moi... cest presque synonyme de charlatan. En gnral, je me braque quand on me parle de a, parce que je suis trs terre terre et pragmatique Et je ne suis pas porte sur les mdecines parallles. A une poque, la population se focalisait sur ces mdecines (avant les trithrapies), maintenant, les personnes prennent un peu de chaque.

    3) Que pensez-vous des gurisseurs ? -

    4) Selon vous, est-ce que leur intervention fonctionne ? Sils sont bons psy oui, en plus il y a leffet placebo. Cest clair que si on y croit, avec tout le rituel, a a un effet.

    5) Questionnez-vous vos patients sur une ventuelle consultation chez des gurisseurs ?

    Pas systmatiquement, a ne fait pas partie de ma trame dentretien. Jessaie parfois den discuter.

    Si non pourquoi ? -

    6) Est-ce que les patients vous parlent spontanment dun ventuel suivi chez un gurisseur ?

    Oui, je leur demande toujours quelle traitement ils prennent il cela vient toujours. Ils me disent quels autres mdicaments ils utilisent.

    7) Est-ce quil existerait une collaboration entre la mdecine traditionnelle et cette pratique ?

    a serait bien. Il y a un manque de communication, on na pas le mme langage donc on ne peut pas se comprendre, notre langage se base sur des preuves scientifiques, alors que les gurisseurs se basent sur des convictions, qui sapparente la foi pour moi. Et donc sans preuves scientifiques.

    8) Que pensez-vous sur le fait que certains services hospitaliers donnent accs des listes de gurisseurs ?

    Au secours a existe !!! Ca existe ! .

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    Cest surtout des listes avec des faiseurs de secret contre les brlures. Ah ouais, moi je ne parlais pas de cela, la majorit de mes patients sont africains, donc ce nest pas le mme type de gurisseurs. Ceux-l, ils ne sont pas dangereux ! Donc si a marche tant mieux

    Il y a aussi des gens qui coupent les hmorragies. Ah, mais alors a cest trs dangereux !!! Comment est-ce quils savent si a sarrte si cest une hmorragie interne ??! Quand ils sont tout blanc ?!... (Rire)

    Cest souvent employ pendant les oprations. Ah, je ne savais pas que a existait, bon pourquoi pas

    9) Avez-vous dj fait appel un gurisseur pour vous ou un patient ? Pour un patient non. Pour moi, il y a trs longtemps, ctait peu tre un ostopathe, quand jtais jene pour un lumbago mais a na pas march. En mme temps javais une hernie discale, donc il pouvait toujours essayer. (Rire) Jy suis jamais retourne Ctait un rebouteux, je crois.

    Si non, est-ce que cela serait envisageable pour vous ?

    10) Aimeriez-vous partager une information autre avec nous ? On aurait avantage discuter avec ces gens-l. Parce quon ne parle pas le mme langage. Il y a un manque de communication. Peut-tre quil y aurait des choses intressantes, on pourrait faire une collaboration, pour voir qui fait quoi. Je serai peut tre moins braque, et eux aussi, si on dialoguait. Autres questions :

    11) Est-ce que vous pensez que les patients parlent davantage vous ditticienne qu un mdecin sur ce sujet?

    Oui clairement, dj parce quon a plus de temps pour les patients, quon les coute. Alors que les mdecins ont moins de temps. Les patients ont peur de dire a aux mdecins, car ils pensent que ceux-ci pourraient se vexer sils prennent dautres traitements. dj la base on fait partie du paramdical, et en plus les patients nous considrent plus comme une mdecine parallle, avec nos petites herbes, graines, petites plantes (Rire).

    12) Est-ce que certains patients HIV arrtent la trithrapie pour des thrapies alternatives ?

    Aujourdhui cest trs rare, a arrive trs rarement. Cest souvent des personnes avec un profil psychique particulier, genre bipolaire

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    1.1.2 Grille danalyse de lentretien

    Donnes personnelles : Ditticienne des HUG travaillant dans le service VIH Thmes et opinions : - Type de patient qui la consulte :

    Principalement des personnes VIH, quelques cas dhpatite C et quelques dnutris mais cela reste rare. - Dfinition :

    Terme pjoratif apparent au charlatan , image ngative qui me braque. Apparent la mdecine parallle. - Avis sur les gurisseurs :

    Aucun. - Efficacit :

    Gurisseurs sont beaucoup lcoute, font un travail psychologique . Effet Placebo, rituel. Effet possible, si on y croit. - Questionnement au patient :

    Pas systmatique, pas dans la trame dentretien mais demande sur traitement dj essay. Patient en parle ouvertement et spontanment. - Collaboration milieu hospitalier et gurisseurs :

    Ncessaire, manque de communication, langage diffrent avec le milieu hospitalier. Mdecine base sur des preuves scientifique et les gurisseurs se basent uniquement sur des convictions, sapparentant de la foi. - Liste de gurisseurs :

    Ne connaissait pas. - Faire appel aux gurisseurs :

    A dj fait une fois appel aux gurisseurs. Concepts : - Pragmatisme, terre terre. - Avantage discuter avec les gurisseurs. - Collaboration ncessaire, car manque de connaissance du milieu hospitalier. - Besoin dune relle collaboration et discussion entre le milieu mdical et ce

    type de pratique.

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    1.2 Dr. Alexandre Bodmer, radio-oncologue 1.2.1 Entretien du 31 mai 2011

    1) Quelle est votre dfinition du terme gurisseur ? Je pense que cest principalement des personnes qui dtiennent le secret et qui ont cette possibilit damliorer des effets secondaires, coupeurs de feu, coupeurs dhmorragies Cest ces personnes-l qui je pense en premier par rapport gurisseur.

    Pour la suite des questions, nous voulions juste dfinir le terme gurisseur, pour quon parle des mmes personnes. Donc on sintresse particulirement aux faiseurs de secret comme vous lavez dit, aux rebouteux et aussi aux magntiseurs.

    Alors les rebouteux, je ne sais pas trs bien ce que cest. Magntiseurs, je vois dj plus, je sais que jai des patients qui font appel des magntiseurs qui agissent volontiers sur cette redistribution dnergie mais le rebouteux Je ne sais pas trs bien ce que cest. Vous savez ? Vous avez une dfinition ?

    Alors contrairement aux faiseurs de secret, ils rencontrent le patient et ils sont vraiment en contact avec le patient. Ils doivent en fait le toucher et cest au bout des doigts quils ressentent

    Alors cest un petit peu comme Vipret !? Vipret est un rebouteux Fribourg Mais lui il a encore il a encore plein de choses. Il arrive sentir, en touchant les personnes, de quoi elles souffrent. Alors quun rebouteux cest plus en touchant, il va travailler un peu plus comme un non pas un physio mais

    Jai deux patients qui sont all chez Vipret et qui mont racont la consultation. Il met ses mains sur ses paules et il dit Ah, vous avez mal au genou . Mais a dure une fraction de seconde, cest quelques minutes ! Cest assez inexpliqu quand mme. Mais cest vrai que le rebouteux, probablement cest lapproche que lon utilise le moins, que lon ne propose pas du tout. Ce qui est tonnant, ce qui est vraiment encr lhpital cest quand mme les faiseurs de secret, les coupeurs de feu. Cest quelque chose qui est une proposition assez systmatique post-radiothrapie ou ventuellement pour un suivi post-chimio et pour ce genre deffets secondaires. Le rebouteux, on ne le proposera pas. Mais cest vrai que cest aussi une dmarche des patients, qui, quand ils rentrent dans une maladie oncologique, ce nest videmment pas par choix, ils la subissent souvent, on est pris dans une situation o vous ne pouvez pas choisir vritablement. Si je prends lexemple dun cancer du sein, vous tes entrain vers une chirurgie et puis ensuite on vous dit Ah mais il y a des raisons de faire une chimiothrapie ou une radiothrapie et vous ne maitrisez plus rien, vous vous laissez transporter par le courant. Il y a certains patients qui ont besoin de reprendre les rnes en mains et au travers dune mdecine alternative, de gurisseurs, on reprend les rennes en main, on reprend une approche o cest le patient qui va dcider de son traitement. Mme si lalternative est de reprendre les rnes en main, cest souvent le patient qui va faire cette dmarche personnelle, qui nest pas propose forcment par lhpital. Mais les coupeurs de feu sont une exception. Pour ce qui est des magntiseurs on ne va pas non plus forcment les proposer. Cest souvent une dmarche personnelle des patients qui viennent et qui disent Quest-ce que vous pensez de cette approche ? .

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    2) Quand vous dites on propose , cest qui on ? a, cest une bonne question (rires). Cest une prise en charge multidisciplinaire. Cest videmment une quipe de mdecins, mais a peut tre aussi les infirmires. Et puis parmi les mdecins, a peut tre les oncologues, mais a peut tre aussi les radiothrapeutes ou les snologues qui sont les quipes chirurgicales ou encore les onco-gynco-chirurgicaux, par exemple, si on reste en onco-gynco. Mais cest un peu la mme chose pour loncologie gnrale. Cest une prise en charge pluridisciplinaire. Mais le on , cest lquipe mdicale dans laquelle jenveloppe vraiment mdecins et infirmires.

    3) Et puis vous, quest-ce que vous pensez de ces personnes-l ? Moi jaime bien les faiseurs de secret parce que Cest souvent selon son exprience personnelle. Je me souviens trs bien jtais premires annes dinterne dans un hpital en-dessus de Morges qui sappelle Saint-Loup et javais un petit enfant qui stait brl la main, il avait une norme cloque parce quil avait tenu un feu dartifice et il ne lavait pas lch. Impossible de le toucher parce que a lui faisait vraiment mal et puis, comme cest une rgion o il y a des faiseurs de secret, ses parents ont appel et ensuite, nous avons pu faire des changements de pansements et il na plus jamais eu mal ! Donc voil, on se pose des questions et on se dit : Ben si avec un enfant a marche, cest quil y a quelque chose derrire. Donc je suis assez favorable, par mon exprience personnelle. Et puis jaime cette ide quon fasse quelque chose pour les autres sans attendre quelque chose en retour. Ces gens ne sont pas rmunrs. Ils donnent volontairement leur numro de tlphone. Cest une chose qui a t transmise de gnration en gnration et ils sont dvous au patient. Il ny a pas de rmunration. Cest un autre lment, la diffrence dun marabout quon va rmunrer, alors que l, il ny a pas de gain derrire. Jaime bien la philosophie de ces faiseurs de secret. Jai travaill aussi en oncologie ORL, donc la radiothrapie de la cavit buccale, de la gorge, qui fait quil y a quand mme passablement de symptmes dans les muqueuses, impossibilit de manger et on voit quand mme une diffrence, bien que subjective, entre les patients qui ont eu ou qui nont pas fait appel un coupeur de feu, par exemple. (Rflchi) Non, il ny a aucune tude, il ne me semble pas, qui ait t faite dans le domaine.

    4) Vous avez parl l dtudes qui nont jamais t faites, est-ce que daprs vous il y aurait la possibilit den faire une ?

    Ah, on pourrait trs bien faire une tude, oui. Il faudrait dfinir les paramtres defficacit qui peuvent tre modifi ou quantifier la douleur des troubles de dglutition, davaler pour les patients ORL ou un aspect aussi cutan pour le cancer du sein, par exemple. Mais cest sr que si lon prend trois patients qui ont une radiothrapie au niveau de la peau, par exemple, les ractions seront trs variables selon la qualit de la peau. On est toujours trs diffrents dans les rponses au traitement quon a, inter-patient. Mais a pourrait trs bien tre une tude qui pourrait tre faite. Et il faudrait que les faiseurs de secret soient daccord de participer ce type dtude. Est-ce quils ont intrt ce que a soit quelque chose qui soit ensuite dmontr scientifiquement ou pas ? Je ne sais pas. Mais a pourrait en tout cas dj tre un sujet de discussion intressant.

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    5) Est-ce que vous questionnez vos patients sur une ventuelle consultation chez des gurisseurs, sils ne vous en parlent pas spontanment ?

    Si je demande, alors a cest une bonne question. Non, pas spontanment. Le coupeur de feu, oui. Pour les patients en radiothrapie, par exemple, je demande est-ce quon a fait appel, est-ce que vous avez fait appel, vous avez eu un numro ? . Un rebouteux, non. Magntiseurs (Rflchi) Je parlerais plus facilement dacuponcture, dhomopathie, mais cest ce qui est en dehors des gurisseurs. Mais un magntiseur, non je ne demande pas spontanment, je ne demanderais pas spontanment une consultation sil appelle ou non. Seulement le coupeur de feu.

    6) Est-ce quil y a une raison particulire qui justifierait que vous ne demandiez pas spontanment pour le magntiseur, par exemple ?

    Parce que, justement, on ne le propose pas de faon assez systmatique lhpital, je pense que a cest une des raisons. Mais a peut tre une dmarche personnelle du patient. Est-ce que jai forcment besoin de le savoir, non, pas dans ces domaine-l. Vous voyez, en oncologie, il y a quand mme une relation assez forte entre le patient et le mdecin ou linfirmire. Les patientes, en tout cas dans notre domaine, en onco-gynco, elles disent beaucoup de choses, souvent elles disent Ah, mais je voulais vous en parler avant de faire . Elles sont assez sensibilises se dire est-ce quil y a une interaction, est-ce quil y une contre-indication ? . Elles sont souvent trs ouvertes aux mdecines alternatives, mais elles demandent dabord une validation par lquipe mdicale. Elles men parlent assez spontanment.

    7) Est-ce que pour vous il existerait une collaboration entre mdecine traditionnelle et ce genre de pratiques ?

    Oh, il y en a une ! Je pense quil y a une collaboration. Cest vrai que je pense quil y a beaucoup de faiseurs de secret. Cest vrai que je ne pourrais pas vous dire comment sest pass (Rflchi) Comment on a choisi les faiseurs de secret pour qui on donne le numro de tlphone. Le choix, je ne sais pas comment il a t fait, mais il y a dj cette collaboration-l qui pourrait tre largie. Cest vrai que jai des patientes, par exemple, qui ont quelquun dans leur famille qui sont faiseurs de secret et qui me disaient que cette personne na pas envie quon donne leur numro de tlphone parce quelle a dj assez de travail. Mais, oui, clairement, on pourrait avoir une relation enfin elle existe dj, cest une relation de soignant soignant.

    8) Est-ce quil vous arrive dentrer directement en contact avec ces personnes-l ?

    Moi non, parce que cest le patient qui appelle. Cest le patient qui fait la dmarche. Mais cest vrai que je nai jamais demand. Mais si un jour je suis patient, ou pour mes enfants, oui pourquoi, pas je ferais la dmarche, oui.

    9) Nous arrivons maintenant au terme des questions que nous avions prpar pour cet entretien. Est-ce quil y aurait encore une information que vous souhaiteriez partager avec nous ?

    Je pense que nous ne sommes plus dans une priode o lon pense que la mdecine allopathique est toute-puissante et quon a toutes les rponses. On en vient chercher quand mme des rponses alternatives.

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    Les gurisseurs font partie de cette mdecine alternative et ce ne sont pas les seuls. Et si je prends dans la globalit de ces mdecines alternatives, je pense quon a tout intrt collaborer. On a tout intrt, pour le bien des patients, parce que je pense que cest un plus. Mme sil y a un effet placebo, on sait quand mme que dans 15-20% des cas, il y a des rponses au placebo. Si a fait du bien au patient, pourquoi sen priver de ces choses qui sont simples ? a peut tre une apposition de mains, a peut tre simplement parce quun teneur de secret ou faiseur de secret pense vous certains moments. Mais puisquil ny a pas dinteractions avec les traitements allopathiques, pourquoi sen priver ? Parce que si a fait du bien, je pense quon a tout gagn. Je reste du principe quon devrait ouvrir lhpital ces approches-l. Mme lorsque a sort du cadre du gurisseur, avec lacuponcture, lhomopathie, je pense quon devrait louvrir, de manire en tout cas pouvoir proposer au patient davoir des consultations, mais alors faites par des mdecins spcialiss dans ce domaine-l. Et puis en ce qui concerne les magntiseurs, je reste toujours ouvert, tant donn quil ny a pas de contre-indication, en tout cas dmontre, en ayant un magntiseur qui soccupe de soi et pendant un traitement de chimiothrapie, radiothrapie ou aprs une chirurgie. Si on se sent bien aprs Nous on retrouve des choses simplement diffrentes, comme pour les femmes, le fait de retrouver une fminit on sait que rien que lapparence, si on se trouve jolie, on se sent dj mieux. Alors cest la mme chose sil y a quelquun qui soccupe de vous, que a soit un magntiseur, un masseur, un gurisseur, je pense que a vaut la peine.

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    1.2.2 Grille danalyse de lentretien Donnes personnelles : Mdecin radio-oncologue Thmes et opinions : - Dfinition personnelle:

    Personnes qui dtiennent le secret, coupeurs de feu et dhmorragies, ayant la possibilit damliorer les effets secondaires des traitements. - Avis sur les gurisseurs :

    Il les aime bien. Y croit de par son exprience personnelle (patients ayant fait appel). Il parle deffet placebo, mais si cela fait du bien au patient, je pense quon a tout gagn . Il parle galement de limportance pour un patient de faire cette dmarche pour avoir limpression de prendre les rnes en main et dtre impliqu dans son traitement. Apprcie le fait quils ne demandent pas tre rmunrs, quon fasse quelque chose pour les autres sans en attendre en retour [] Ils sont dvous au patient . - Questionnement au patient :

    Oui, pour le coupeur de feu. Ne demande pas sil y a eu recours un rebouteux ou magntiseur car ce nest pas propos assez systmatiquement lhpital et parce quil estime ne pas avoir besoin de le savoir. Souvent, les patients lui en parlent avant dy avoir recours car craignent quil y ait une contre-indication ou interaction. - Collaboration milieu hospitalier et gurisseurs :

    Il pense quil existe dj une collaboration entre personnel soignant et gurisseur, de par le fait que lhpital possde une liste avec leurs numros. Il parle dune relation de soignant soignant . Il pense que cette collaboration pourrait tre largie. On a tout intrt collaborer, pour le bien des patients, cest un plus . - Faire appel aux gurisseurs :

    Il na jamais fait appel un gurisseur mais lenvisagerait lorsquune occasion se prsenterait (pour lui ou ses enfants). Concepts : - Apprcie leur dvouement au patient et la gratuit. - Existence dune collaboration de soignant soignant

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    1.3 Dresse Marie Besson, centre de la douleur 1.3.1 Entretien du 1 juin 2011

    1) Pouvez-vous tout dabord vous prsenter et nous dire en quoi consiste la consultation de la douleur ? Car il sagit pour nous de quelque chose de nouveau.

    Donc, je travaille dans le centre multidisciplinaire dtude et de traitement de la douleur, cest un centre qui est localis en pharmacologie clinique et diffrents mdecins y travaillent. Ici, on a tous un FMH de pharmacologie clinique dabord, donc on a une approche sur la bonne utilisation du mdicament et puis par ailleurs, nous avons dautres FMH, moi, jai aussi une formation en mdecine interne et la directrice du centre a une formation en anesthsie et les autres personnes aussi en mdecine interne. Au centre, on collabore aussi avec dautres mdecins qui sont donc des collaborateurs dautres services, notamment avec la psychiatrie de liaison, la rhumatologie, la mdecine physique. Donc, le fonctionnement du centre est dabord ambulatoire et qui soccupe de douleur chronique, cest--dire que cest une population de patients qui ont mal depuis La dfinition de la douleur chronique est entre en tout cas 3 6 mois, mais nous, en rgle gnrale, on voit des patients qui ont des 10 ans de douleurs derrire eux. On a une approche quon appelle multidisciplinaire, cest--dire quon les voit avec diffrents spcialistes de manire aborder les diffrents aspects de la douleur qui est un phnomne multifactoriel. Donc, a cest pour la partie ambulatoire et par ailleurs, on a aussi une consultation intra-hospitalire, on se dplace dans lhpital la demande des diffrents services et l cest pour des problmes de douleurs rebelles, difficile traiter et l, cette consultation intra-hospitalire, on lappelle : consultation de la douleur et soins palliatifs. Donc, on est souvent appel pour des patients cancreux o le principal problme est la douleur.

    2) Le type de patient qui vous consulte sera en gnral des cancreux ? En intra-hospitalier, a sera essentiellement des patients cancreux, en extrahospitalier, a sera des patients douloureux chroniques toutes pathologies confondues.

    3) Quelle est votre dfinition du terme gurisseur ? Nous on sintresse aux gurisseurs Suisse traditionnels type : faiseurs de secrets, rebouteux, gurisseurs, magntiseur.

    (Silence) Je ne sais pas trs bien Quelquun qui gurit. Et en lien avec les faiseurs de secret, rebouteux, en lien avec ce type de pratique ?

    Oui, alors quelquun gurit par des mthodes Non-mdicales, enfin non-mdicales, non Comment pourrai-je dire a ? Non valide, je dirai.

    4) Que pensez-vous des gurisseurs ? Moi je pense que (Silence) Je nai pas un avis trs tranch sur la question, dans le sens que personnellement, je ny crois pas. Je fais des tudes de mdecine, jai t leve dans ce milieu l, la connaissance que jai sur les mcanismes physiopathologiques la source de la maladie fait que je crois beaucoup ces mcanismes quil faut couper.

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    Je crois pas aux gurisseurs, par contre, ce que je crois profondment, cest quon nest pas tout puissant, il y a vraiment des choses quon narrive pas gurir et finalement dans nimporte quelle maladie, il y a ce quon appelle, lvolution spontane favorable de la maladie. Alors typiquement, pour un rhume si vous ne le traitez pas, il volue de manire favorable au bout dune semaine, alors aprs pour dautres maladies, lvolution spontanment favorable, elle est quand mme beaucoup plus difficile voir mais cest des choses qui peuvent arriver et moi jaurais tendance mettre laction des gurisseurs, en gnral, sur le compte dune volution spontanment favorable de la maladie ou alors de quelque chose que je narriverais pas dcrire prcisment mais je narrive pas croire au pouvoir du gurisseur qui a le don, qui a le pouvoir. Et maintenant, je pense que part a, il y a beaucoup de gens qui croient et que si a peut tre bnfique, tant mieux, je pense que la mdecine nest pas toute puissante et quil y a pleins de choses quon ne sait encore pas traiter surtout quand cest des traitements symptomatiques : la douleur Enfin ces choses l. On est quand mme toujours dans ces contextes l. Maintenant, un gurisseur qui dirait : moi, je vous impose les mains et on vous donne pas lantibiotique pour une pneumonie, l, jai extrmement du mal. Voil, il y a des gens qui y croient et qui y ont recours mais cest aussi dans le devoir du gurisseur de dire qui peut pas tout faire, de la mme manire que le mdecin dit quil ne peut pas tout faire et quil atteint ses limites. Je pense que cest aussi dans le devoir du gurisseur de dire o sont les limites, parce que des accidents, il y en a aussi. Et bien videmment, pour peu quon y croit et quon considre, cest quand mme trs difficile de savoir qui a le don, de faire la diffrence entre une personne qui aurait un vrai don une personne qui ne laurait pas, qui essaierait de profiter de la crdulit de gens qui sont dans une priode fragile.

    5) Vous mavez dit que vous ne croyiez pas en lefficacit des interventions des gurisseurs.

    Cest a (hoche la tte).

    6) Questionnez-vous vos patients sur une ventuelle consultation chez des gurisseurs ?

    Oui, alors disons, on les interroge en tout cas, moi, je les interroge toujours sur quest-ce quils ont dj essay comme traitement. Alors, je ne dis pas forcment la phrase : Est-ce que vous avez consult un gurisseur ? Mais avec le temps, il y a beaucoup de gens qui se retournent vers des mdecines plus alternatives. Effectivement, avec le temps, jai appris poser plus de questions.

    7) Est-ce que les patients vous parlent spontanment dun ventuel suivi chez un gurisseur ?

    Oui, assez spontanment.

    8) Est-ce quil existerait une collaboration entre la mdecine traditionnelle et cette pratique ?

    (Silence) Dans quel sens dune collaboration ?

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    Est-ce que la mdecine traditionnelle et les gurisseurs pourraient collaborer et intervenir ensemble ?

    Disons que cest difficile, parce que je pense que cest des fondamentaux de base quand mme trs diffrents et puis aprs cest une question de cohrence, je veux dire que si une fois vous suivez le patient avec vos mthodes et puis que une fois sur deux vous lenvoyez chez le gurisseur, au final, on va vous dire : pourquoi continuer cette voie l. Maintenant, une collaboration au sens, comme jai dit tout lheure. (rflchi). Par exemple, dans les services durgences, ils ont des numros pour les brlures, cette collaboration l, oui, je veux dire, si les patients la demande et si la personne qui fait le tlphone y croit, parce que je pense quil faut y croire pour que a doit jouer mais pas une collaboration plus pousse, je dirais.

    9) Que pensez-vous sur le fait que certains services hospitaliers donnent accs des listes de gurisseurs ?

    Encore une fois, je pense que si cela nentrave pas Quand on arrive nos limites et si le patient le souhaite, je pense que cest bien de le faire. Est-ce quil existe une liste de gurisseurs dans le service de la douleur ? Non.

    10) Avez-vous dj fait appel un gurisseur pour vous ou un patient ? Non.

    Si non, est-ce que cela serait envisageable pour vous ? Pour un patient, sil me le demande, oui je le ferai et pour moi, non, je ne le ferai pas.

    11) Aimeriez-vous partager une information autre avec nous ? Non.

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    1.3.2 Grille danalyse de lentretien Donnes personnelles : Mdecin de la consultation de la douleur au HUG (pharmacologie clinique), possdant un FMH en pharmacologie et en mdecine interne. Thmes et opinions : - Type de patient qui la consulte :

    Consultations intra-hospitalires : Des patients souffrant de douleurs rebelles de toutes pathologies confondues. Consultations ambulatoires : Essentiellement des patients cancreux. - Dfinition personnelle :

    Personne qui gurit par des mthodes non-mdicales, non valides. - Avis sur les gurisseurs :

    Avis pas trs tranch sur le sujet. Action des gurisseurs engendre par lvolution spontanment favorable de la maladie ou par quelque chose non expliqu. Narrive pas croire que des personnes peuvent avoir un don, un pouvoir. Est contre le fait de ne pas donner de traitement mdicamenteux en le substituant pas lintervention dun gurisseur. Comment reconnatre un vrai gurisseur avec un don et quelquun qui souhaite profiter de personnes fragiles. Si a fait du bien au patient, tant mieux . - Efficacit :

    Elle ny croit pas. - Questionnement au patient :

    Demande systmatique sur les traitements dj essays mais pas en particulier sur les gurisseurs. Beaucoup de patients se tournent vers la mdecine alternative et en parlent spontanment, sans aucun souci. - Collaboration entre milieu hospitalier et gurisseurs :

    Difficile, car ils nont pas les mmes fondamentaux de base. Pas de cohrence sur le suivi de ces 2 pratiques en alternance. Possible au service des urgences, sur demande du patient et si la personne qui appelle y croit. - Liste de gurisseurs :

    Uniquement sur demande du patient. Seulement si cela nentrave pas aux pratiques mdicales. Lorsquon arrive nos limites dans le domaine mdical. Pas de liste disponible la consultation de la douleur. - Faire appel aux gurisseurs :

    Personnellement, na jamais fait appel et ne le ferait pas. Pour un patient, si celui-ci le demande, oui, elle le ferait. Concepts : - Croyance en la mdecine et les mcanismes physiopathologiques tudis. - La mdecine et les gurisseurs ont leurs limites et doivent lavouer. - La mdecine nest pas toute puissante, il y a encore des manques de

    connaissance surtout dans les traitements symptomatiques telle que la douleur.

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    2. Analyse qualitative gurisseurs 2.1 Mme Ingrid Pereira-Frankauser

    2.1.1 Entretien du 31 mai 2011

    Pas denregistrement camra : car matre mots : humilit, simplicit, discrtion.

    1) Quel don possdez-vous ? Moi je ne dis pas que cest un don, parce que je trouve que cest prtentieux Je dis que cest un plus. Cest toujours mon ct (Alors quels sont vos plus ?) Mes plus, cest que jai un grand-pre qui tait dj radiesthsiste, je pouvais poursuivre ce quil avait dj fait depuis de trs nombreuses annes. Cest--dire que je lve la brlure, que jarrte les hmorragies, a cest avr et sr Je me suis rendue compte au fil des annes que je pouvais aussi aider dans dautres domaines, comme la radiothrapie, qui sapparente aussi une brlure. Puisque aprs la peau est inflamme, cest comme un norme coup de soleil. Je peux aussi aider en chimiothrapie, contre les nauses par exemple. a cest au fil du temps que je men suis rendue compte, parce que les gens me disaient ah mais vous ne pourriez pas maider , je disais coutez je nai jamais fait, aprs javais le retour, oui a ma aid javais plus de pep Aprs je ne peux pas vous dire si cest psychologique ou autre, en tout cas, je ne sais pas si 100% a marche mais les personnes qui me lont demand, je sais que a a march. Et puis, il y a encore lorsque les personnes ont des oprations pour aider contre la douleur. (Par rapport aux oprations, comment a marche, est-ce que cest avant ou pendant ou aprs que lon vous appelle ?) Il y a les deux, soit les personnes me connaissent dj et ils tlphonent avant : exemple dun jeune garon lors dune opration [] : rveil de meilleur qualit et douleur moindre (moins de morphine). Suite lopration : jessaie aussi. Cest comme si la douleur tait 10 et quon descend 5. Mais a ne disparat pas compltement, on est daccord.

    2) Comment lavez-vous reu ? Lorsque ma grand-maman est dcde subitement, mon grand-papa a t tellement choqu, quil na plus pu pratiquer. Jai dcouvert le don, lorsquune petite fille a mis la main sur une plaque lectrique qui tait encore chaude, et elle a hurl bien sr, l je pense que jai t aide l haut, ce nest pas possible, je suis un canal vous savez je ne fais que transmettre Jai fait en me souvenant de ce que faisait mon grand-papa, et la petite ctait fini, il ny avait plus rien Le lendemain je tlphone la maman pour lui demander comment va Vanessa et elle me dit elle a juste des rougeurs sur les coussins, je me suis dit : A revrifier Jai affin au fil des annes. Cela fait au moins 30 ans maintenant. Ctait un petit peu dans un cercle ferm au dbut, et depuis quil y a eu ce bouquin. (Jai pu lire que votre fille a aussi le don) Jai donn ce don ma fille, parce que jai tellement peur de men aller et de perdre a. Ce serait ridicule. Ma fille tant que je suis l, elle nose pas le faire. [] (Quest-ce que vous lui avez donn concrtement ?) Cest un rituel.

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    3) De quelle manire procdez-vous ? Les gens me tlphonent, me disent quils se sont brls. Je demande le prnom, la date de naissance et o ils se sont brls. Il faut que ce soit fait le plus rapidement possible, si vous faites a le lendemain la brlure est dj diffrente. Ensuite mon attitude est la suivante, si cest une brlure dune grande surface, je coupe la brlure, cest--dire que jvite que la brlure ne descende plus profondment dans les diffrentes couches de peau, et jenlve la douleur, mais je dis toujours quand il sagit dune grosse brlure daller consulter au moins un pharmacien, parce que la brlure est une plaie qui sinfecte facilement. [] Je conseille toujours soit daller voir le mdecin, soit au moins le pharmacien. Quil donne un gle de protection. Je demande que la main ne soit pas dans leau, sinon cela ne passe pas Cest comme si il y avait une espce disolation. Au niveau des aides que je peux apporter, il y a aussi pour le zona qui est une forme de brlure, les gens disent que a brle, jessaie de les soulager. Toujours le plus rapidement possible le rsultat sera meilleur, et dans le dheure qui suit il ny a plus de douleur. La plus grande surface que jai soigne,ctait tout lintrieure dune jambe. [] Les mdecins ont constat que la plaie se referme plus rapidement et surtout quelle ne laisse pas de trace.

    4) Quel type de patient vous consulte ? (VIH/douleurs chroniques) Cest principalement des personnes qui ont le cancer qui demandent pour la radiothrapie et la chimio. VIH jen nai pas eu, pas que je sache sinon les brlures cest des brlures domestiques

    5) Certain gurisseur demande tre rmunr et dautre le considre comme un don qui doit tre offert, quen est-il de vous ? Demandez-vous une rmunration ?

    Zro, zro franc, jamais JAMAIS ! La personne qui demande de largent est malhonnte, enfin cest ma manire de penser. Jestime quon na bien voulu me donner ce plus, faisons-en profiter un maximum de gens. Les gens figurez-vous, et a, a ma bien tonn, son vexs de ne pas rtribuer quelquun qui a fait quelque chose pour eux. Alors je leur demande de penser moi lglise sils sont croyants ou de donner une uvre de bienfaisance. Il y en a quand mme qui menvoient de largent, alors cet argent, je le partage entre mes deux enfants. Mais je ne le touche jamais, je reois parfois des fleurs [] ou des petits mots sympas, la reconnaissance cest comme a. Cest une thique cest une manire dtre, chacun fait comme il le veut, mais moi on me la donn ce don, pourquoi jirai en soutirer de largent. Si je demandais de largent, jaurais peur de ne plus pouvoir lutiliser et honntement je trouverais a normal, parce quon ne doit pas faire de profit l-dessus.

    6) Quelles sont vos limites dans votre pratique, est-ce quil y aurait des cas que vous refuseriez de traiter ?

    Je ne refuserai jamais de voir un patient : quelque soit sa religion, couleur de peau, profession, dailleurs je ne les vois jamais ces gens puisque je les ai toujours au tlphone. Aucune restriction, il y a des fois je sens diffrentes choses qui mimportunent, mais jessaie de passer au-del.

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    7) Comment vous situez-vous par rapport aux autres mdecines alternatives ?

    -

    8) Avez-vous une autre activit professionnelle ? Je suis rebouteuse de mtier. (a vous le considrez aussi comme un plus ?) Ah oui, cest mon grand-papa qui ma donn a. Jai une image que mavait donn mon professeur de massage et de rflexologie, mo