[Quentin Meillassoux] Apr¨s La Finitude Essai s( )

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Meillasoux, su obra fundamental

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  • QUENTIN MElLLASSOUX

    APRs LA FINITUDE ESSAI SUR LA NCESSIT

    DE LA CONTINGENCE

    Prface d'Alain Baillou

    DITIONS DU SEUIL 27, rue.lacob. Paris VIe

  • L'QRDI PHILO$OPIDQtm COu..ecnONDIRIGIi; PAR ALAINBAI)10U Jrr BARBARA CAS.'iIN

    lSBN 2-2.084742-6

    wwwJieuil.com

  • A la mmoire de mon pre

  • Prface

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    TI est de la vocation de la collection L'Ordre philoso-phique de publier non seulement des uvres contempo-raines mries et acheves, non seulement des documents philosophiques essentiels de tons les temps. mais aussj des essais o se lit le sens d'un commencement. Des tex.tes qui rpondent la question: POUT gurir quelle blessure. pour ter quelle charde dans la chair de l'existence suis-je devenu ce qu'on appelle un philosophe '1 n se peut, comme Bergson le soutenait, qu'un philosophe ne dveloppe jamais qu'une ide. TI est certain en tout ca~ qu'il nat d'une seule qnestion. celle qui vient un moment donn de la jeunesse par le travers de la pense et de la vie. celle pour laquelle il faut, tout prix, trouver le chemin d'une rponse.

    C'est dans cette rubrique qu'Oil doit ranger le prsent livre de Quentin Meillassoux.

    n

    Ce court essai. fragment d'une entreprise philosophique (ou spculative. pour employer son vocabulaire) particu-lirement imponanle. reprend sa racine le problme qui a donn son mouvement la philosophie critique de Kant. et. par la solution que Kant lui a donn. a, en quelque sorte. cass en deux l'histoire de la pense. Ce problme. pOS sons sa forme la plus claire par Hume. pone sur la ncessit des

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  • APR.s I.A FINITUDE

    lois de la nature. D'o peUl bien provenir cette prtendue ncessit~ ds lors qu' l'vidence rexpriencesensible. dont provient tout ce que nous savons ou croyons savoir sur le monde, ne peut en gar~ntir aucune? La rpons~ de Kant, comme on liait. concde Hume que tout provientde 1" exp-rience. Mais. ne cdant pas sur la ncessit des lois de la nature. telles que depuis Newton on en connat ]a forme mathmatique et raccord formel avec l'observation empi-rique. Kant doit conclure qu'en effet cette nces~it. ne pou-vant provenir de notre rception sensible. doit avoir une autre source: l'activit constituante d'un sujet universel. que Kant appel1e le sujet transcendantal .

    Cette distinction entre la rception empirique ct la consti-rution transcendantale est en apparence le cadre oblig de toute pense moderne, et en particulier de toute pense des modalits. comme la ncessit et la contingence. C'cst encore sur elle que rflchissent Deleuze ou Foucault. Mais c'est aussi bien elle qu'on retrouve dans la distinction, fon-damentale pour Carnap cr ]a tradition analytique, entre les sciences formelles et les sciences exprimentales.

    Quentll Meillassoux montre avec une force Lonnante qu'une autre comprhension du problme de Hume, reste en que]que sorte dic;simule, bien que plus naturelle, abou-tit un tout autre partage. Comme Kant. Meillassoux sauve la ncessit, y compris la ncessit logique. Mais, eomme Hume, il admet qu'il n'y a aucun fondement acceptable la ncessit des lois de la nature.

    La dmonstration de Meillassoux - car c'e.{,jl bien d'une dmonstration qu'il s'agit - tablit qu'une seule chose est absolument ncessaire: que les lois de la nalure socnt contin-gentes. Ce nud entirement nouveau entre les modalits contraires installe la pense dans un toul autre rapport l'ex-prienccdu monde. un rapport qui dfait simultanment les prtentions ncessitantes de la mtaphysique classique; et le partage critique): entre l'empirique et le tranlicendantal.

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  • PR~FACH

    Quentin Meillassoux tire ensuite quelques-unes des consquences de sa reprise du problme fondamental (

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    L'ancestralit

    La thorie des qualits premires et secondes semble appar-tenir un pass philosophique irrmdiablement prim: il est temps de la rhabiliter. Une te11e distinction peut appa-m"tre au lecteur d'aujourd'hui comme une subtilit scolas-tique, sans enjeu philosophique essentieL C'est pourtant, comme on le verra, le rapport mme de la pense 1'absolu qui s'y trouve engag.

    Tout.d'abord, de quoi s'agit-il '1 Les termes mmes de qua-lits premires et de qualit..~ secondes viennent de Locke; mais 1e principe de la diffrence se trouve dj chez Des-cartes 1. Lorsque je me brle une chandelle, je considre spontanment que la sensation de brtllure est dans mon doigt, et non dans la chandelle. Je ne touche pas une douleur qui serait prsente dans la flamme. comme rune de ses proprits: le brasier ne se brle pas lorsqu'il braIe. Mais ce que )'on admet pour les affections doit sc dire de la mme faon pour

    1. Parmi les principaux textes traitant de cette diffrence. OD petit. mention-Der: Descartes. Mdiwtions mtaphysique.,. sixime MditatioD. uvres td. par C. Adam et P. Tannc:ry (AT), Douvelle prsentation, Paris. V.nlCNRS. 1964-1974, r~d. 1996, vol. IX, p. 57-72; Les. Principes de la philosophlt. Seconde Partie. article 1 el article 4. AT,IX, n. p_ 63-65: Locke, Essai philoS(r phique concernant r entendement humain, introduction E. Naert, trad... Pelre Coste, rd. Paris. Vrin.1972.livrc 2, chap. 8, p. 87-97.

    n "'a de soi que Descart~s et LOl:kc n'entendent pa.. .. cette distinction de faon identique. D1llis on s'anacbeici II. ce qui panu"t tre un ncyau.conunun de significatiOll "

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  • APRES LA FINITUDE.

    les sensations: la saveur d'un aliment n'est pas gante par l'ali-ment et n'existe donc pas en celui-ci avant qu'il soit absorb. De mme, la beaut mlodieuse d'une squence sonore n'est pas entendue par la mlodie; la couleur clatante d'un tableau n'est pas vue parle pigment color de la toile, etc. Bref,rien de sensible - qualit affective ou perceptive - ne peut exister tel qu'il se donne moi en la chose seuJe, sans rapport moi-mme, ou un autre vivant. Si l'on considre en pense ceue chose en soi, c'est--dire indiffremment au rapport qu'eUe entretient avec moi. aucune de ces qualits ne parat pouvoir subsister. tez l'observateur, et le monde se vide de ses quali-ts sonores, visuelles, olfactives, etc., comme la flamme se vide de la douleur une fois le doigt t.

    On ne peut pourtant pas dire que le sensible serait inject par moi dans les choses la faon d'une hallucination per-manente et arbitraire. Car il y a bien un lien constant entre les ralits et leur sensation: sans chose capable de susciter la sensation de rouge, pas de perception de chose rouge; sans un feu bien rel. pas de sensation de brlure. Mais il n'y a pas de sens dire que le rouge ou la chaleur de la chose existe-raient aussi bien, titre de qualits, sans moi qu'avec moi: sans perception de rouge, pas de chose rouge; sans sensation de chaleur. pas de chaleur. Qu'il soit affectif ou perceptif, le sensible n'existe donc que comme rapport: rapport entre le monde et le vivant que je suis. Le sensible, en vrit. n'est ni simplement en moi la faon d'un rve, ni simplement en la chose la faon d'une proprit intrinsque: il est la relation mme entre la chose et moi. Ces qualits sensibles, qui ne sont pas dans les choses mmes mais dans mon rap-port subjectif celles-ci - ces qualits correspondent ce que les classiques nomment les qualits secondes.

    Or, ce ne sont pas ces qualits secondes qui ont disqualifi la thorie classique des qualits. Qu'il n'y ail pa~ de sens attri-buer la chose en soi (qui est, au fond, la chose sans moi) des proprits qui ne peuvent rsulter que d'un rapport

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  • LANCIiSTRAI.lTF.

    entre la chose et son apprhension subjective est en effet devenu un lieu commun que peu de phjlosophes ont remis en cause. On contestera sans doute vigoureusement, dans l'hri-tage de la phnomnologie, la faon dont Descartes ou Locke ont pens un tel rapport: comme modification de la substance pensante lie l'action mcanique d'un corps matriel et non, par exemple, comme corrlat notico-nomatique. Mais la question n'est pas de renouer avec la faon dont les classiques ont dtermin le rapport constitutif de la sensibilit: seul le fait que le sensible soit un rapport, et non une proprit inhrente la chose, nous importera ici. De ce point de vue. s'accorder avec Descartes ou Locke ne pose gure de difficuh un contemporain.

    nnten va plus de mme ds lors que l'on fait intervenir le cur de ]a thorie classique des qualits: savoir le fait qu'il Y aurait deux types de qualits. Car ce qui a disqualifi dci-sivement la distinction entre qualits secondes et qualits premires, c'est le fait mme de la distinction: c' est--dire la croyance suivant laquelle la subjectivation des qualits sen-sibles (la mise en vidence de leur lien essentiel la prsence d'un sujet) ne devrail pas s'tendre toutes les proprits concevables de l'objet. mais seulement aux dterminations sensibles. On entend en effet par qualits premires des propri-ts supposes cette fois insparables de l'objet: des propri-ts qu'on suppose appartenir la chose, lors mme que je cesse de l'apprhender. Des proprits de la chose sans moi aussi bien qu'avec moi - des proprits de l'en-soi. En quoi consistent-elles? Pour Descartes, ce sont toutes les proprits qui ressortissent l'tendue. et qui peuvent donc faire l'objet de dmonstrations gomlriques : longueur. largeur, profon-deur, mouvement, figure, grandeur l Pour notre part. nous viterons de faire intervenir la notion d'tendue, car celle-ci

    1. Locke. pour des raisons que nous ne pouvons examiner ici. ajoule cene liste la solidit..

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  • APIS LA FINITUDE

    est indissociable de la reprsentation sensible: on ne peut imaginer d'tendue qui ne soit pas colore. donc qui ne soit pas associe une qualit seconde. Pour ractiver en tennes contemporains la thse cartsienne, et pour la dire dans les termes mmes o nous entendons la dfendre, on soutiendra donc ceci : tout ce qui de r objet peut ~tre formul en tennes mathmatique