quel management alternatif

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18 OPTIONS N°538 / JUIN 2008 L’évaluation: qui, comment et surtout: pourquoi? La souffrance comme carburant? La santé au cœur du travail RENCONTRES D’OPTIONS: DES DÉBATS TOURNÉS VERS L’ACTION PAGE 19 TABLE RONDE N°1 PAGES 20-23 REPÈRES PAGE 24 POINT DE VUE DE MICHEL PATARD: “ON NE VEUT PAS SAVOIR COMMENT” SE DIT DANS TOUTES LES LANGUES D’EUROPE PAGE 25 TABLE RONDE N°2 PAGES 26-29 CONSTRUIRE UN MODE DE MANAGEMENT ALTERNATIF: UNE CAMPAGNE NATIONALE DE L’UGICT PAGE 30 w Pierre TARTAKOWSKY

Transcript of quel management alternatif

  • La souffrance comme carburant ?La souffrance au travail fait rgulirement la une de lactualit.Singulirement chez les salaris en situation de responsabilit.Rsum brutalement : notre pays se classe au premier rang de laproductivit horaire et au troisime rang mondial des suicides autravail. Il sagit donc du signal dalarme dune problmatiquecollective. Un signal qui ne peut laisser le syndicalisme niindiffrent ni silencieux. Car la crise du travail appelle dessolutions, des propositions.

    La sant au cur du travailLa premire table ronde des Rencontres dOptions se drouleautour dun constat : si la dvalorisation du travail entrane sonlot de souffrance individuelle, de stress, de pratiques deharclement, il faut logiquement lui opposer une revalorisationdu travail et du rapport de chacun son travail. Revisiter le modede management universel appliqu lidentique partout pourrequalifier lindividu, sa capacit penser, proposer, dcider ausein de collectifs de travail eux-mmes porteurs de sens, duneculture professionnelle sarticulant lintrt gnral.

    Lvaluation : qui, comment et surtout :pourquoi ?Lvaluation est au cur des processus managriaux ; elle seprsente comme le socle lgitime de telle affectation, telledcision, tel refus ; elle affecte donc carrire, salaire, estime desoi, et elle arbitre sans le dire en faveur de la comptence contre la qualification. Elle constitue, avec le processus quilentoure, un enjeu particulirement dcisif dans le rapport deforces entre employeurs et salaris. Comment faire en sorte quelvaluation soit mise au service du travail des salaris ? Cest lethme de la seconde table ronde des Rencontres dOptions.

    RENCONTRES DOPTIONS

    Quel management

    18 OPTIONS N 538 / JUIN 2008

    S O M M A I R E

    RENCONTRES DOPTIONS :DES DBATS TOURNS VERS LACTIONPAGE 19

    TABLE RONDE N1 PAGES 20-23

    REPRESPAGE 24

    POINT DE VUE DE MICHEL PATARD : ON NEVEUT PAS SAVOIR COMMENTSE DIT DANS TOUTES LES LANGUES DEUROPEPAGE 25

    TABLE RONDE N2 PAGES 26-29

    CONSTRUIRE UN MODE DEMANAGEMENT ALTERNATIF :UNE CAMPAGNE NATIONALEDE LUGICT PAGE 30

    CLAU

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    ILLE

    alternatif?

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  • Comment revisiter les modes de managementappliqus lheure actuelle aussi bien dans le sec-teur priv que dans le secteur public ? Comment,au-del des diffrences dues la taille des entre-prises, leur rapport la sous-traitance, leurnature plutt industrielle ou plutt de services,dgager des dominantes stables dans les proc-ds utiliss et analyser leurs consquences ?Rpondre ces questionnements implique dabord une prise en compte du terrain de travailet plus exactement des terrains de travail. Car lessalaris, confronts une rationalisation dontlobjectif implicite est dliminer les volets rela-tionnels et humains du travail, sont aux prisesavec des injonctions et des dsirs contradictoires.Dsir de libert dans le travail et hors travail, dereconnaissance et daccomplissement individuel,mfiance vis--vis dune mise en concurrencegnralise des uns avec les autresTirer de ces situations, de ces vcus des pistes de tra-

    vail revendicatif qui puissent dessiner les contoursdune aspiration collective et partage pour un autremanagement, un management alternatif, respec-tueux du travail et de la valeur de ceux qui le fontvivre, supposait confrontations et rflexions croises.Les Rencontres dOptions, tenues dans un contextede mobilisation sociale, ont constitu un momentfort de cette mise en dbat et dlaboration collec-tive. Avec la campagne de consultation sur la santau travail, partie intgrante de la donne manag-riale, elles tmoignent dune volont darticulationde lanalyse et de laction. Tant il est vrai que le syn-dicalisme ne saccomplit vritablement quen pla-ant sa capacit critique au service de son propreagenda, de ses propres propositions. En se mon-trant, en un mot, offensif. Sur des enjeux aussi dci-sifs que lorganisation du travail et de ses hirarchies,beaucoup reste faire, dbattre, proposer.Alors sachons multiplier les rencontres.

    Pierre TARTAKOWSKY

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    Rencontres dOptions Des dbats tourns vers laction

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  • Alain Carr : La question pose en cette journeporte en elle celle de la prvention des risques dutravail. Sur ce terrain, les cadres se trouvent prisdans un certain nombre de situations qui engen-drent de la souffrance, et ils sen dfendent. Cettedouble dimension est assez spcifique : les nou-velles organisations du travail engendrent destroubles comportementaux physiologiques,mme si on met surtout laccent sur les troublespsychosociaux. Comme les autres salaris, lescadres sont face au management, vritable orga-nisation politique du travail visant optimiser lesalari en lindividualisant. Cette stratgie passepar la casse des ples de dfense collectifs : alorsle systme peut rifier les individus, les rame-nant au statut dobjet. Ce qui permet dintensifierle travail et de le densifier, ce quoi se prte par-faitement linformatique. Pour le salari, il sen-suit un sentiment de dperdition professionnelle ;les cadres se voient dlests dun certain nombrede capacits daction ; la doctrine est laboreailleurs, par les ressources humaines. Comme ilny a pas de distance possible avec lidologiemanagriale, ils doivent y adhrer ou se dmettre,dans un contexte o la concurrence entre cadresest vive et o la non-conformit est un handicap.Pour les cadres, la ralit de terrain devient alorsproblmatique. Thoriquement, ils doivent larinjecter dans les objectifs et la faon de lesatteindre. Le risque tant dtre en porte fauxvis--vis des salaris dexcution. Mais sils fontremonter hirarchiquement les difficults de cerel, ils se retrouvent en posture de critique impli-cite des instructions donnes en amont. Cest lemcanisme mme des injonctions paradoxales,qui engendrent de la schizophrnie.Comment les cadres peuvent-ils se dfendre ?Lexcution peut se dmobiliser, relativement,sentend. Mais le cadre ne le peut pas, cest soncontrat de base. Il ragit donc en mettant enplace des dfenses, un mur inconscient, un fonc-tionnement tendanciellement pathologique.Cest donc une construction sociale, collective,qui passe par le dni de ralit. Gnante, elle est

    vacue ; do un turnover soutenu ; elle passegalement par le dtournement pjoratif delexcution et par lintgration de la bataille dela concurrence : la guerre des marchs est l, ettout est bon pour la gagner, car cest lintrtbien compris de lentreprise et de ses salaris.Ces idologies dfensives sont lourdes pour lin-dividu, et vient fatalement un moment o ellesseffondrent. Cest le retour du refoul, accom-pagn de souffrance thique, de rupture avec sespropres valeurs et datteinte lestime de soi. Lespassages lacte deviennent alors possibles.Certains patients vont dire cette souffrance, et le mdecin du travail pourra alors tenter de les dculpabiliser, dindiquer des pistes qui rompent lisolement. Dautres

    Christine Guinand : La souffrance au travailnest pas nouvelle, mais elle a explos parmi noscatgories. Ses risques psychosociaux touchent tous les secteurs, privs et publics. Pour laffron-ter, le premier pas consiste identifier les situa-tions, notamment en distinguant le stress et lasouffrance. Le stress nat de lcart entre les exi-gences de lorganisation du travail et les moyensmis disposition. La souffrance, elle, est multi-factorielle ; elle se nourrit du harclement, desdiscriminations, et dterminer ses causes savrecomplexe, mme si elles senracinent dans lesstratgies librales, avec le sous-effectif, le chan-tage lemploi et le chantage lchec, les me-naces de fermeture, de dlocalisation, les haussesde rmunration indexes sur des objectifs indi-viduels Chacun se voit somm den faire tou-jours plus, et les modes de management nientlexpertise et la technicit, ne considrant que laperformance. La reconnaissance salariale estdonc trs coteuse en termes dintensification. Lafinalit du travail est mise en cause, les objectifsntant ni ngocis ni discuts Dans ce contextetendu, les entreprises mettent en place des outilsde gestion du stress ; mais il sagit de le grer, pasde le prvenir, et cette gestion est mise la chargedes encadrants, qui doivent donc apprendre

    LES CADRES SONT FACE AU MANAGEMENT,VRITABLEORGANISATIONPOLITIQUE DUTRAVAIL VISANT OPTIMISER LE SALARI ENLINDIVIDUALISANT.CETTE STRATGIEPASSE PAR LA CASSE DES PLES DE DFENSECOLLECTIFS :ALORS LE SYSTMEPEUT RIFIERLES INDIVIDUS,LES RAMENANT AUSTATUT DOBJET.

    RENCONTRES DOPTIONS

    Table rondeLa sant au travail

    20 OPTIONS N 538 / JUIN 2008

    PARTICIPANTSDE GAUCHE DROITE SUR LA PHOTO :

    SERGE DUFOUR,CONSULTANT MERGENCES.

    NICOLAS MATHON,DIRECTEUR SANT-SCURIT CHEZ VEOLIA.

    DBAT ANIM PAR ALAIN BASCOULERGUES, DE LA MUTUELLE FAMILIALE.

    CHRISTINE GUINAND,COLLECTIF SANT UGICT.

    ALDINO RIZZI,RESPONSABLE PRVENTIONSANT AU TRAVAIL LA MUTUELLE FAMILIALE

    ALAIN CARR, MDECIN DUTRAVAIL, COLLECTIF UGICT.

    La sant, singulirement la sant individuelle, est videmment un enjeu en elle-mme.Elle fonctionne galement comme alerte face aux processus qui la menacent. Elle constitue donc un mode dapproche clairant des politiques managriales, tant pour ceux qui les subissent que pour ceux qui les mettent en uvre.

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  • grer leur propre stress et apprendre aux salaris grer le leur. Les cellules dcoute et autresstructures curatives, elles, posent un problmediffrent : contractualises avec les employeurs,elles permettent dchapper aux organisationssyndicales et aux institutions reprsentatives dupersonnel. La problmatique qui simpose alorsest celle de la sphre prive et de la culpabilisa-tion du salari. Les formations la gestion dustress contournent dailleurs soigneusement ladimension collective des organisations du travail.Le collectif Sant au travail de lUgict a soulignlimport