Problématique internationale de la "détente" (première partie)

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  • Document gnr le 18 fv. 2018 12:05

    tudes internationales

    Problmatique internationale de la dtente (premire partie)

    Daniel Colard

    Volume 5, numro 3, 1974

    URI : id.erudit.org/iderudit/700456arDOI : 10.7202/700456ar

    Aller au sommaire du numro

    diteur(s)

    Institut qubcois des hautes tudes internationales

    ISSN 0014-2123 (imprim)

    1703-7891 (numrique)

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    Citer cet article

    Colard, D. (1974). Problmatique internationale de la dtente (premire partie). tudes internationales, 5(3), 476501. doi:10.7202/700456ar

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    Tous droits rservs tudes internationales, 1974

    https://id.erudit.org/iderudit/700456arhttp://dx.doi.org/10.7202/700456arhttps://www.erudit.org/fr/revues/ei/1974-v5-n3-ei2978/https://www.erudit.org/fr/revues/ei/https://apropos.erudit.org/fr/usagers/politique-dutilisation/https://apropos.erudit.org/fr/usagers/politique-dutilisation/http://www.erudit.org

  • PROBLMATIQUE INTERNATIONALE DE LA DTENTE

    (premire partie)

    Daniel COLARD l

    INTRODUCTION : DE LA GUERRE FROIDE LA DTENTE

    Dans un important article 2 passant en revue les derniers ouvrages consacrs aux diffrentes interprtations de la guerre froide , un spcialiste des relations internationales, Pierre Hassner, crivait dans la Revue franaise de science politique, il y a six ans :

    La guerre froide se meurt, la guerre froide est morte. Dj rpandu lors des diffrentes phases de dtente - comme en 1955 ou en 1959-ce sentiment a pris une force croissante et une sorte d'vidence massive depuis octobre 1962. Si les uns - surtout aux tats-Unis - insistent davantage sur le dclin ou l'absurdit dsormais incontestable de l'hostilit .-U.-URSS, et d'autres, surtout en France, sur ceux des deux blocs idologiques ou des deux hgmonies, chacun a le sentiment qu'une priode s'achve, qu' l'ordre anormal ou au dsordre tabli d'un monde domin par une bipolarit hostile centre en Europe, un autre ordre ou un autre dsordre commence confusment succder. Du coup, dans son quilibre effectif comme dans les craintes et les espoirs qui la dominaient, la priode de la guerre froide apparat plus nettement comme une aprs-guerre.

    Ce jugement formul par un connaisseur, la veille du Printemps de Prague > qui sera touff dans l'uf par l'intervention de PURSS et quatre de ses allis, le 21 aot 1968, se trouve-t-il confirm par les faits au printemps 1974. La guerre froide est-elle bien morte avec la crise des missiles de Cuba, ou bien reste-t-elle inacheve comme le pense le professeur Grard Bergeron3 ? Sommes-nous entrs pendant la dcennie 1963-1973 dans une re nouvelle : celle de la Dtente avec un grand D ? Bref, la structure du systme international issu de Yalta et Potsdam a-t-il ce point chang que le moment serait effectivement venu pour les politologues et les thoriciens de s'interroger en profondeur sur la signification, les modalits d'application, le contenu et la porte d'un concept aujourd'hui trs en vogue ? La dimension de cet article ne nous permet pas de

    1. Matre-assistant la Facult de droit et des sciences conomiques et politiques de l'Universit de Besanon.

    2. Cf. Revue franaise de science politique, fvrier 1968.

    3. La guerre froide inacheve, Presses de l'Universit de Montral, 1971.

    476

  • PROBLMATIQUE INTERNATIONALE DE LA DTENTE 477

    nous livrer une analyse exhaustive du phnomne de la dtente internationale ; nous voudrions cependant poser le problme et ouvrir la voie des recherches ultrieures. Tel est l'esprit de cette trop sommaire tude.

    L'introduction d'un terme nouveau dans le vocabulaire diplomatique n'est jamais le pur produit du hasard, surtout quand la plupart des chefs d'tat et de gouvernement l'emploient constamment dans leurs discours ou leurs allocutions : l'Est, l'Ouest, dans le Tiers-Monde, I 'ONU OU dans d'autres enceintes inter-nationales... Mais le succs du concept s'explique peut-tre par son imprcision et l'ambigut de la situation qu'il vise qualifier. Du point de vue smantique, la notion de dtente est l'antonyme de la notion de tension . Si nous consultons les dictionnaires, nous trouvons ce mot la dfinition suivante : Relchement de ce qui est tendu ; relchement d'une tension intellectuelle, morale, nerveuse : tat agrable qui en rsulte. Dtente aprs une crise. Ou bien encore : Dlassement, relche, rpit, repos, soulagement. Le Petit Robert est l'un des rares mentionner sous ce vocable la diminution de la tension internationale qu'il identifie la politique de coexistence et de dtente. Les Sovitiques et les tats socialistes, on le sait, parlent, eux, de coexistence pacifique mais galement de dtente. Les deux termes sont-ils alors synonymes?

    La question se complique car certains auteurs ont dtect des phases de dtente dans la priode historique de la guerre froide. C'est ainsi que Grard Bergeron, qui voit dans celle-ci la fois un ersatz la guerre totale et la formule impro-vise de remplacement un gouvernement mondial , construit un modle cyclique des rythmes de la guerre froide dont le point de dpart serait la reddition japonaise du 15 aot 1945 et le terme le rglement de la crise des fuses le 28 octobre 1962. Il dmontre que ces dix-sept annes se divisent naturellement en trois priodes quinquennales assez curieusement gales :

    1. seuil de dtente , confrence de Potsdam et capitulation japonaise, juillet-aot 1945 ;

    2. premier pic de tension , guerre de Core, le 25 juin 1950 ; 3. second seuil de dtente , confrence au sommet de Genve, juillet

    1955 ; 4. second pic de tension , le sommet manqu de Paris, mai 1960, rebon-

    dissant en un autre pic, celui de la crise de Berlin, aot 1961, prolong par l'alerte nuclaire d'octobre 1962 4.

    D'o l'unit des fluctuations ou des oscillations cycliques : dtente-> tension -> dtente-^ tension. La priodicit, les phases disparaissent aprs : la guerre froide se transforme en paix froide , la tension cde la place la dtente ou la coexistence pacifique, voire la normalisation 5. Le vocabulaire varie avec les spcialistes, les journalistes et les partis pris idologiques de chacun...

    4. Cf., op. cit., pp. 21-27 et pp. 193-225. 5. Voir notre article dans Chronique de politique trangre , n 2, vol. XXV, 1972, (revue

    belge publie par l'Institut royal des relations internationales) : La normalisation dans les relations internationales.

  • 478 Daniel COLARD

    L'entre-deux-guerres avait aussi sa propre terminologie : scurit collec-tive et paix indivise , conciliation et apaisement , scurit - arbitrage -dsarmement et paix par le droit. Les pripties de la guerre froide ont elles-mmes donn lieu une srie de mtaphores plus ou moins heureuses. Climatiques d'abord : gel et dgel ; mcaniques ensuite : dtente et tension ; thermodynamiques enfin : endiguement ou refoulement . chaque poque son jargon. Quoi qu'il en soit, il importe ici de prciser les caractres de la guerre froide si l'on veut dfinir la dtente qui se situe dans son prolongement.

    Le premier trait spcifique est qu'il s'agit d'un tat intermdiaire entre la paix et la guerre, une situation mixte. Ce n'est pas la paix puisque les rapports entre tats reposent sur l'hostilit et l'inimiti. La tension, la peur6, la crainte, la mfiance dominent leurs relations. D'autre part, les divergences qui existent entre eux sont telles que le dialogue s'avre impossible et que les diffrends restent absolument sans solution. Mais ce n'est pas non plus la guerre car si les units tatiques les plus puissantes cherchent renforcer leur position par des moyens divers, elles n'entendent pas aller jusqu' l'affrontement arm direct pour le rglement des questions litigieuses. L'expression de paix belliqueuse ou de guerre des nerfs conviendrait galement. Cette conception est la plus rpandue. Le professeur Hans Morgenthau, l'un des chefs de file de l'cole raliste amricaine avec G. Schwarzenberger, G. Kennan, Mac Dougal, H. Kis-s inger 7 - la fait sienne. Dans un article paru en 1967, il crit que la guerre froide se distingue des confrontations antrieures par l' impossibilit, pour les tats, de procder un marchandage et un compromis susceptibles de conduire un rglement, et donc par la ncessit , de dfendre leurs intrts en usant de toutes les pressions, l'exclusion du recours l'emploi de la force 8. Le deuxime trait est la bipolarisation des relations internationales qui engendra ce qu'on appelle la politique des blocs .

    La guerre froide est ne en effet de la comptition sovito-amricaine pour combler le vide laiss au cur du continent europen par l'effondrement du IIIe

    Reich. Lorsque, note justement Grard Bergeron, ces deux grandes armes opr-rent leur jonction sur l'Elbe, deux tats de taille impriale mais sans empire se trouvrent pour la premire fois en situation d'immediatete politique et en instance d'empires : ce nez nez tait gnrateur d'affrontements, de tensions, de crises. Les deux superpuissances ont rapidement pris la tte de deux formi-dables coalitions ou blocs qui se dotrent de structures politiques, conomiques et militaires antagonistes. Etnre le camp socialiste et totalitaire et le monde libre et capitaliste, ou plutt leur priphrie, la prsence d'un tiers monde , la fois objet et enjeu de la lutte entre I'