Portail Petit-Bazar Cadillo - tecfa.unige.chtecfa.unige.ch/tecfa/maltt/memoire/Cadillo08.pdf ·...

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  • Universit de Genve - TECFA Facult de Psychologie et de Sciences de lEducation

    Le Portail Petit-Bazar Environnement virtuel destin aux enseignants de lcole primaire genevoise

    Mmoire dans le cadre de lobtention du M Sc MALTT Master of Science in Learning and Teaching Technologies

    Prsent par Silvia Cadillo

    Directeur :

    M. Daniel Peraya, Professeur, TECFA, Universit de Genve Membres du jury :

    Mme Mireille Btrancourt, Professeure, TECFA, Universit de Genve M. Paul Oberson, Directeur adjoint, SEM, Genve M. Amaury Daele, Universit de Fribourg Mai 2008

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    PREFACE Ce mmoire constitue la ralisation du premier objectif du stage effectu par lauteure auprs du Service Ecole Mdias (SEM-Formation) du Dpartement de lInstruction Publique (DIP). Il consiste analyser dun point de vue ergonomique et pdagogique la communaut en ligne le Portail Petit-Bazar , frquent par les enseignants du primaire genevois. Le SEM-Formation sest interrog sur les pratiques dusage du portail par les enseignants et sur les raisons pour lesquelles cet espace virtuel ne semblait pas rpondre lun des ses objectifs qui est de permettre lchange et la mutualisation de ressources pdagogiques. En effet, si un certain nombre denseignants consultent ces ressources, peu en mettent disposition. Le SEM-Formation semble postuler lexistence dune communaut de pratique denseignants pour laquelle le Portail Petit-Bazar jouerait un rle central et fdrateur, or la ralit du terrain semble diffrente. Les concepts et processus rseau, communaut et dveloppement professionnel, relis au terme virtuel, sont les piliers principaux du cadre thorique de la recherche. Le choix dune dmarche comprhensive visant analyser et interprter les activits individuelles et collectives ou pratiques sociales sur le portail, caractrisera cet outil technologique comme un rseau ou comme une communaut denseignants. Une dmarche de recherche-action traditionnelle permet didentifier les dimensions ou facteurs modifier, retravailler ou construire sur le portail pour que celui-ci corresponde mieux au dveloppement professionnel. Ensuite, elle permet de les analyser et de les interprter pour formuler ensuite des propositions dont on pourrait tenir compte. Lenjeu de ces interrogations a conduit mener dans un premier temps des entretiens semi-directifs pour assurer le bon choix des concepts, de leurs dimensions et de leurs indicateurs et dans un deuxime temps laborer un questionnaire en ligne avec laide du logiciel PHPSurveyor, le but tant dinterroger un nombre significatif denseignants (environ 3000).

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    A mes parents Daniela et Claudio, mes frres et surs Luis, Yoconda, Maria, Walter, Rossana, Ulises, Claudio, Julio, Yrma, Norma, Lenny et Miguel.

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    SOMMAIRE PREFACE ... 1 INTRODUCTION .... 7 PREMIERE PARTIE : CADRE CONCEPTUEL CHAPITRE I : RESEAU 1 Naissance du mot rseau ... 13 2 Rseaux sociaux .... 15 3 Dynamique des rseaux sociaux ... 21 4 Liens forts, liens faibles, liens potentiels .. 22 5 Rseau et communaut ..... 23 6 Rsum ..... 25 CHAPITRE II : COMMUNAUTES VIRTUELLES 1 Communaut virtuelle ou non ? 27 2 Diverses formes de communauts virtuelles 31 3 Processus participer 39 4 Echanges rciproques ........... 40 5 Communaut professionnelle des enseignants ..................... 40 6 Gestion des connaissances 41 7 Rsum ..... 42 CHAPITRE III : APPORTS DES ETUDES SUR LES APPRENTISSAGES 1 Le constructivisme 43 2 Le courant historico-culturel ... 43 3 La thorie de lapprentissage situ 44 4 La cognition distribue . 45 5 La collaboration ou apprentissage collaboratif . 46 6 Rsum . 48 CHAPITRE IV : DEVELOPPEMENT PROFESSIONNEL DES ENSEIGNANTS (DPE) 1 Le dveloppement professionnel vu comme un processus dapprentissage . 50 2 Le dveloppement professionnel par la recherche et par la rflexion .. 51 3 Rsum . 54 DEUXIEME PARTIE : TERRAIN DETUDE CHAPITRE V : LECOLE PRIMAIRE GENEVOISE, SES SITES PEDAGOGIQUES ET LE PORTAIL PETIT-BAZAR 1 Introduction ....... 57

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    3 Problmatique . 62 4 Questions de recherche 63 TROISIEME PARTIE : METHODOLOGIE CHAPITRE VI : POSTURE EPISTEMOLOGIQUE 1 Une dmarche comprhensive . 67

    CHAPITRE VII : TECHNIQUE DE PRODUCTION DES DONNEES

    1 Concept .... 69 2 Construction des concepts oprationnels . 69 3 Technique de production des donnes . 69

    CHAPITRE VIII : L'ENTRETIEN DE RECHERCHE SEMI-DIRECTIF 1 Production des donnes suscites laide du premier outil : l'entretien de recherche semi-directif .. 71 2 Sujets interviews et conditions des entretiens ......... 72 3 Guide d'entretien . 73 4 Traitement des donnes suscites ...... 74 CHAPITRE IX : LE QUESTIONNAIRE EN LIGNE 1 Production des donnes provoques laide du second outil : le questionnaire en ligne . 79 2 Echantillonnage ... 79 3 Elaboration du questionnaire en ligne . 80 4 Dpouillement des donnes du questionnaire en ligne 81

    QUATRIEME PARTIE : ANALYSE DES DONNEES CHAPITRE X: GRILLE D'ANALYSE POUR LES ENTRETIENS 1 Prsentation de la grille d'analyse pour les entretiens semi-directifs .. 85 CHAPITRE XI : ANALYSE DES ENTRETIENS A LAIDE DE LA GRILLE 1re dimension : Identit individuelle et collective ... 93 2e dimension : Longvit 93 3e dimension : Slection spontane ou regroupement des membres d'une communaut 95 4e dimension : Echanges rciproques ........ 99 5e dimension : Pratique partage ... 101 6e dimension : Gestion des connaissances . 103 7e dimension : Dveloppement professionnel 105 8e dimension : Rseau ou communaut ..... 108

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    CHAPITRE XII : SYNTHESE GENERALE DES ENTRETIENS 1 Synthse gnrale 111 CHAPITRE XIII : RESULTATS DU QUESTIONNAIRE EN LIGNE 1re dimension : Identit individuelle et collective 117 2e dimension : Engagement au Portail Petit-Bazar .. 120 3e dimension : Regroupement des membres du Portail Petit-Bazar 122 4e dimension : Echanges rciproques . 127 5e dimension : Dveloppement professionnel ... 132 6e dimension : Histoire du Portail Petit-Bazar 136 7e dimension : Rseau ou communaut .. 138 CHAPITRE XIV: ANALYSE DES RESULTATS DU QUESTIONNAIRE EN LIGNE 1re dimension : Identit individuelle et collective .. 141 2e dimension : Engagement au Portail Petit-Bazar ..... 141 3e dimension : Regroupement des membres du Portail Petit-Bazar ... 143 4e dimension : Echanges rciproques ... 144 5e dimension : Dveloppement professionnel ... 147 6e dimension : Histoire du Portail Petit-Bazar .... 148 7e dimension : Rseau ou communaut .... 149 CONCLUSION GENERALE ... 151 Bibliographie .. 155 Annexes .. 161

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    INTRODUCTION Dans le cadre de mes tudes pour lobtention du master en Sciences et Technologies de lApprentissage et de la Formation (STAF-TECFA) 1, jai effectu, auprs du Service Ecole-Mdias (SEM-Formation) du Dpartement de lInstruction Publique (DIP), un stage de quatre mois, avec un taux dactivit de trente pour cent. La Convention de stage tablie par le Directeur adjoint du SEM prcise que le stagiaire sera plac sous la responsabilit du Directeur adjoint du SEM et du Matre denseignement et de recherche de TECFA, Professeur Daniel Schneider, co-signataires du contrat tripartite de stage. Le cahier des charges ma fix un triple objectif (ce qui ncessite trois dossiers) : 1. Analyser dun point de vue ergonomique et pdagogique la communaut en ligne le

    Portail Petit-Bazar . 2. Proposer diverses amliorations envisageables et les implmenter en troite collaboration

    avec les formateurs du primaire responsables de la communaut. 3. Participer aux travaux courants ou ponctuels autour des diffrentes offres de formation du

    SEM-Formation et des outils technologiques utiliss.

    Lors du stage auprs des formateurs du SEM-Formation, je me suis efforce de mintgrer et de participer au maximum la vie du groupe de travail. Ma premire contribution a consist installer le logiciel phpESP sur le Portail Petit-Bazar . Ce logiciel constitue une application des techniques de sondage en ligne. Au sujet du troisime objectif, jai demand aux formateurs de pouvoir participer en qualit dassistante ou monitrice aux cours de formation quils dispensaient : - Outils collaboratifs du Portail Petit-Bazar (Petit-Bazar, Swikis, messagerie, ) - Programme Hot Potatoes - StarDraw, module de Dessin StarOffice 6/7 - Vido numrique au service de ltude de lenvironnement proche - Intgration de la technologie en classe - Connaissance des logiciels ducatifs Ces cours mont permis dentrer en contact avec un grand nombre de professeurs des coles primaires genevoises qui y participaient. Nous avons interagi sur des thmes tels que les apports du portail Petit-Bazar , les attentes des enseignants(es), la mise en commun de ressources pdagogiques, enfin la collaboration entre enseignants(es), Au cours de nos rencontres, jai pris conscience de la complexit et de lampleur du premier objectif du stage portant sur lanalyse dun point de vue ergonomique et pdagogique du Portail Petit-Bazar . Ainsi, ai-je propos au Directeur adjoint du Service Ecole-Mdias de le traiter comme une thmatique en soi, objet du prsent mmoire dans le cadre de lobtention du titre universitaire M Sc MALTT.

    1 Lintitul du titre est devenu : Master of Science in Learning and Teaching Technologies (M Sc MALTT).

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    La proposition accepte, je me suis immerge de manire plus approfondie dans la recherche de toutes les informations disponibles sur mon objet de recherche, le Portail Petit-Bazar . A cet effet, jai t amene concevoir un questionnaire en ligne pour le soumettre un panel de membres du portail. Sur la page daccueil du Portail Petit-Bazar , la rubrique CeFEP : informations et ressources pour les enseignant(e)s nouvellement engag(e)s (consult le 16/02/06), on peut lire qu ce jour, toutes les classes des divisions lmentaire, moyenne et spcialise du canton de Genve sont quipes d'un ordinateur. Chacun deux est connect Internet et par consquent, toutes les coles ont accs au Portail Petit-Bazar . Ce dernier est un espace dchanges pdagogiques (internet et intranet) destin en priorit aux enseignants(es) des coles primaires du canton qui se trouvent dissmins gographiquement, soit dans la mme cole, soit dans diffrentes. Avant de commencer dvelopper cette premire analyse, il nous a sembl pertinent de prciser un certain nombre de concepts et processus qui seront les piliers de la prsente tude. Ainsi, rseau, communaut et dveloppement professionnel mritent-ils dtre pralablement dfinis. Nous allons voir que si les termes de rseau et de communaut existent depuis longtemps dans notre vocabulaire courant, ils nont pas toujours t associs de la mme manire la profession enseignante. Aprs avoir prcis et reli ces termes au mot virtuel , nous tenterons de comprendre pour quelles raisons, ils ont t associs au mtier denseignant et quelles sont les questions que lassociation de ces termes suscite. Les clarifications conceptuelles vont galement nous permettre dviter de confondre la dimension sociale et relationnelle de la communaut avec lenvironnement virtuel (le portail) qui lui sert de base technologique. De plus, lappropriation sociale des technologies dans des environnements techniques comme celui du portail se concrtise sous de nouvelles formes de rassemblement et dinteraction humaine voues, entre autres, au dveloppement professionnel des enseignants. Notre travail sur le Portail Petit-Bazar comportera quatre parties sachevant par une conclusion gnrale. Les chapitres I et II de la premire partie, intitule : cadre conceptuel , prsentent en dtail les fondements de cette tude : rseau et communaut . Ces deux concepts vont nous aider donner rponse la premire question pose par les formateurs du SEM-Formation : Les membres du Portail Petit-Bazar prouvent-ils le sentiment dappartenir une communaut ou un rseau denseignants ? Le chapitre III abordera les concepts cls relatifs au rle des interactions sociales dans les processus dapprentissages, savoir le constructivisme , le courant historico-culturel , l apprentissage situ , la cognition distribue et la collaboration ou apprentissage collaboratif . Dans le chapitre IV, le processus dveloppement professionnel , troisime pilier fondateur de notre tude achvera cette partie conceptuelle. Nous y verrons les diffrents ancrages thoriques, ainsi que les deux dimensions qui la caractrisent, savoir, lapprentissage et la rflexion.

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    Dans la deuxime partie, nous examinerons en dtail notre objet dtude (chapitre V) : le Portail Petit-Bazar , son histoire, ses caractristiques, ses buts, ses membres. Nous prsenterons la problmatique de cette recherche, ainsi que les questions de recherche en lien avec lapproche disciplinaire et thorique retenue. La troisime partie sera consacre l aspect mthodologique . Nous exposerons nos intentions pistmologiques (chapitre VI), ainsi que la technique de production des donnes (chapitre VII). Dans cette partie, nous prsenterons galement les deux outils utiliss: les entretiens (chapitre VIII) et le questionnaire en ligne (chapitre IX). La quatrime partie fera lobjet de la prsentation de nos donnes , de notre grille danalyse pour les entretiens (chapitre X). L analyse de la grille des entretiens ainsi que leurs interprtations et nos premires synthses seront prsentes dans le chapitre XI. Nous aurons notamment recours aux contributions des participants que nous citerons frquemment afin de les commenter, en nous appuyant sur les concepts thoriques de cette recherche. Le chapitre XII fera lobjet dune synthse gnrale des entretiens . Dans le chapitre suivant (XIII) nous ferons part au lecteur des rsultats du questionnaire en ligne et du dpouillement des donnes . Nous aurons notamment recours des tableaux synoptiques et des graphiques afin dillustrer et faciliter la comprhension de ces rsultats. Puis, dans le chapitre XIV : analyse des rsultats du questionnaire en ligne , nous tenterons de les relier aux concepts thoriques qui ont fait lobjet de la premire partie. Dans notre conclusion gnrale , nous voquerons la porte de notre travail ainsi que ses limites. Nous proposerons galement quelques pistes de rflexion qui mriteraient dtre approfondies dans le cadre de recherches complmentaires. Le lecteur remarquera que cette analyse se construit selon une structure qui sapparente aux directives et conseils prns dans les manuels de mthodologie de recherches. Cette structure ne reflte cependant pas la chronologie de la dmarche suivie, ni lavancement de la recherche. Va-et-vient entre thorie et terrain, ainsi que rcritures multiples, sont la base de la constitution de notre travail et de la non-linarit des diffrentes tapes. La prsente recherche na pu tre mene bien que grce la participation et la disponibilit des cinq enseignantes interviewes, de tous ceux qui ont bien voulu rpondre au questionnaire en ligne, et lencadrement et ainsi quau soutien des formateurs du SEM-Formation et des membres du jury de ce mmoire. Que tous soient ici sincrement remercis. Notre gratitude va galement Vincent Pondicq et son pouse Bernadette avec qui les heures passes nous ont fait bnficier de leur immense connaissance de la langue franaise, de son sens grammatical et phontique de ce qui est juste.

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    PREMIERE PARTIE

    CADRE CONCEPTUEL

    CHAPITRE I : Rseau CHAPITRE II : Communauts virtuelles CHAPITRE III : Apports des tudes sur les apprentissages CHAPITRE IV : Dveloppement professionnel des

    enseignants (DPE)

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    CHAPITRE I RESEAU

    1 Naissance du mot Rseau Le terme rseau est aujourd'hui prsent partout ; tout semble tre ou faire rseau, au point que certains se demandent bien ce qui ne ferait pas rseau . Mais, si l'on rencontre de la difficult trouver un objet qui soit un non rseau , cela signifie-t-il que le concept de rseau recouvre n'importe quoi ? Ce premier chapitre va donc dbuter par un bref dcorticage du mot pour saisir son itinraire pratique et scientifique, de ses origines nos jours. Lclairage historico-gntique liminaire, entend participer d'une entreprise visant comprendre le sens du concept afin d'en faonner un objet et un outil de recherche pertinent, dans le cadre de notre problmatique. Les origines et usages du mot, son volution, ses reprsentations, participent, selon nous, la construction des mcanismes de fonctionnement et de pense du rseau technique, de son affirmation comme nouvel et incontournable espace d'action et de rflexion. C'est donc partir de cheminements intellectuels divers et varis, tmoignant en cela d'une forme d'universalit de la figure du rseau, que nous dvelopperons ce chapitre. Le concept nest ni nouveau, ni lapanage dune discipline scientifique. Son histoire est toujours lie une double rfrence fonctionnant en cho : l'organisme et la technique (Musso, 2001, p. 195). En rfrence aux travaux de l'historien des techniques Guillerme (1997), le mot rseau se construit au travers une longue filiation venant, d'une part des termes vieux franais de rsel (XIIe sicle), rseuil (XVe sicle) et rseul (XVIe sicle). Le mot actuel rsille dsigne une sorte de rets, de filet dont les femmes, la Renaissance, se coiffaient ou disposaient par-dessus leur chemise en guise de soutien-gorge. Il provient d'autre part du latin retiolus , diminutif de retis , petit filet , terme technique et populaire la fois (p. 7), qui selon Parrochia (1993) :

    dsigne primitivement un ensemble de lignes entrelaces. Par analogie avec limage dorigine, on appelle nuds du rseau toute intersection de ces lignes. Les lignes sont considres le plus souvent comme des chemins d'accs certains sites ou des voies de communication le long desquelles circulent, selon les cas, des lments vivants (des personnes pour le rseau de routes terrestres, par exemple), des sources d'nergie (ex : le rseau lectrique), des marchandises (toutes les voies de transport) et des informations (ex : le rseau tlphonique) (p. 5).

    Les reprsentations du rseau commencent avec la technique du filet et du tissage de fibres textiles ou vgtales qui le met en vidence (forme artisanale du rticulaire), ainsi quavec la fabrication du tissu dont les tisserands et les vanniers se servent. Le rseau demeure alors un maillage textile qui couvre le corps, lenserre et lorne de toute la symbolique vestimentaire. Aux XVIIIe et XIXe sicles, le rseau est toujours dfini comme un tissu vivant , fait de la circulation dans le corps humain, artres, veines, nerfs, qui transportent le sang et les humeurs liquides alimentaires ou nocifs (Musso, 2001, p. 201). Leurs enchevtrements formaient un rseuil qui tait la propre substance du corps. Puis, en mdecine, le filet (qui se dfinissait

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    lorigine comme tress et maill avec de la fibre vgtale, du fil) se compose, notamment avec Descartes, de tubes creux et lastiques : les veines ou petits tuyaux o circulent le sang. Cette reprsentation de la circulation fluide, voire immobilise dun flot lintrieur de ces tubes formant treillis, et parfois subdivis en plusieurs branches, a servi crer le modle dune machine hydraulique. Ainsi, un nouveau concept de rseau nat-il. Doutil artisanal, il devient machine industrielle conue par un gnie ou un ingnieur, et fabriqu lusine, nouveau lieu de production du rticulaire (rseau mcanique). Avec cette nouvelle reprsentation du rseau , se profile un nouvel usage du mot, celui de constructeur (Sfez, 2001, p. 95). Urbanisme, architecture, trac des chemins de fer, des routes (terrestres et maritimes), des voies ariennes, de distribution dnergie (oloducs et gazoducs, alimentation en eau, ), toutes ces techniques vont utiliser ses deux aspects, celui de la circulation (rseau de transport) et celui de la structure rticulaire du corps. Le rseau devient donc ici objet danalyse privilgie de lespace physique, de la gographie. Le terme est repris pour rendre compte de lignes, voiries, canaux, points, lieux, quipements, stations, ponts, interconnexions, propres un territoire, permettant le transport de matires, dinformations pour les acheminer d'une origine vers une destination. Ce sont alors l'organisation physique du rseau et l'inscription dans l'espace qui apparaissent en premier. Lespace est rinterprt, mesur, relev, dessin grce aux reprsentations et instruments rticuls comme la gomtrisation applique qui fait du rseau une reprsentation formalisable - un graphe (Musso, 2003, p. 27). Le mot rseau, dans son sens vraiment mathmatique, quivaut au terme de graphe : autrement dit, laspect topologique ou structurel lemporte sur laspect fonctionnel (la circulation le long des chemins) (Parrochia, 1993, p. 209). Les principaux problmes lis aux rseaux, dans leurs aspect topologiques (thorie des graphes), consistaient connatre le flot (dinformation, de matire) maximum qui scoule travers une trajectoire ainsi que le chemin le plus court ou le plus long pour le transporter. Par la suite, il importait de savoir et de trouver le temps le plus court dans lequel le flot sera transport vers une destination donne (Parrochia, 1993). En effet, aprs la conqute de lespace gographique par lexploration ou la matrise de la distance, cest la matrise de lespace temporel qui devient stratgique. Le rseau, comme notion ou concept, et non comme objet, merge progressivement dans l'histoire rcente en rendant compte d'une nouvelle organisation de l'espace et du temps. Il traduit bien certains types de rapports espace/temps/information/territoire, caractristiques des socits modernes (Dupuy, 1988, p. 286). Le terme de rseau devient ainsi intimement li au domaine des tlcommunications. De nombreux rseaux de communications surgissent : satellites, cbles, fibres optiques, messages tlmatiques, multifonctions de transmetteurs (dites multimdias), gestion distance (juste temps). Ces diverses innovations technologiques donnent une dimension plantaire au rseau avec, bien sr, la mise en place et l'extension, sans cesse croissante dInternet, ou net, contraction de network rseau en anglais. On constate donc, depuis quelques dcennies, un rinvestissement de la vieille mtaphore du rseau par la notion dinformation. Avec la toile 2, c'est l'image originelle, organiciste du rseau comme tissu, filet qui revient au-devant de la scne. Les mailles du net, s'tirant 2 On notera ce sujet qu'une des appellations en lien avec Internet tient au terme anglais web qui renvoie la toile d'araigne, au tissu.

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    travers tout le globe, constituent trs certainement une des reprsentations actuelles les plus fortes du rseau. Rseau des rseaux, Internet incarne les valeurs trs modernes d'instantanit et d'ubiquit. Il figure sans doute parmi les ralisations rcentes dont les consquences culturelles, conomiques, politiques, etc., marquent le plus nos socits contemporaines, au point que Castells (1998, p. 43), voquant une re de l'information, parle d'une socit en rseaux dans le sens o ces derniers constituent la nouvelle morphologie sociale de nos socits . Ces dveloppements techniques rapides de dlocalisation vont dstabiliser lunivers traditionnel. Cette dstabilisation va videmment interpeller les sciences sociales (psychologie et sociologie notamment) : nouvelles manires dinitialiser les contacts sociaux, dentretenir des relations sociales, de consommer, dhabiter, de se divertir, dapprendre et de travailler. Afin de comprendre les enjeux des rseaux sociaux pour les nouvelles technologies de linformation et de la communication, il convient de procder en deux temps. Tout dabord, nous tudierons le concept de rseau social , pour voquer ensuite les autres structures sociales mergentes. 2 Rseaux sociaux La sociologie des rseaux sociaux donne un sens particulier au mot rseau . Ce dernier se rattache, selon le gographe Bakis (1993), aux liens entre individus et de situation collective faite de connexions et dacteurs (p. 9-10). Selon le dictionnaire Le Petit Robert (1993) :

    Lien (du latin ligamen, de ligare lier) : ce qui relie, unit enchanement, relation, suite (par exemple, lien de cause effet). Il est aussi ce qui unit entre elles deux ou plusieurs personnes liaison, nud, relation (par exemple, lien de famille, de parent, de lamiti) et enfin constitue un lment affectif ou intellectuel qui attache lhomme aux choses affinit .

    Daprs Bakis, les liens entre deux ou plusieurs acteurs vont au-del de la simple liaison entre acteurs. Les liens sont crs par les changes entre eux ; ils deviennent donc porteurs dinteractions sociales. Pour la sociologie formelle allemande, dont Simmel (1858-1918) constitue la principale figure, les interactions sont la trame des liens sociaux et de la vie en socit. En ce sens, cet auteur ne s'intresse pas la socit (macrosociologie), ni l'individu en tant que tel (microsociologie), mais un niveau intermdiaire (msosociologie), qui rsulte de leurs interactions, et qu'il dsigne par le concept de formes sociales . Simmel en dduit que, ce nest pas le contenu, mais la forme des interactions qui importe, et quil sagit de prendre comme objet si lon veut comprendre lmergence, le maintien, les enjeux et les transformations des formes sociales (Merckl, 2004, p. 15). De plus, ces liens sociaux ne se construisent plus dans une socit formelle, officielle, dmocratique dans laquelle cohabitent, des normes, des institutions, des organismes ou des programmes labors par le groupe, lorganisation ou leur socit. Ils se construisent lintrieur dune organisation informelle, tant interpersonnelle quintergroupe, non codifie et

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    non institutionnelle, volontaire, ne des affinits personnelles. Ce sont surtout ces derniers liens sociaux, mais pas exclusivement, qui sont dsigns comme rseaux sociaux . A ce propos, le gographe, Bakis (1993) crit :

    Les usages de ce mot [rseau] sont aussi contradictoires : alors que lon parle de rseau hirarchis, le rseau est parfois compris comme permettant le maximum de libert dans un ensemble social aux contours mal dfinis, sans stabilit dans le temps et tant le contraire de toute structure organise ! (p. 5)

    En effet, Bakis fait rfrence, dans un premier temps, aux systmes de transport et de tlcommunication qui sont en gnral hirarchiss (rseaux ariens, ferroviaires, routiers, lectriques, postaux, ). Puis, il fait allusion au rseau social qui selon Parrochia (1993) est :

    faiblement maill et structur, quasi-amorphe et labile, le rseau social est toujours local : systme dinfluences et dinterventions ou ensemble de liens personnels (amicaux, idologiques, financiers, etc.). Plus structur, il tendra vers lorganisation (p. 71).

    Ce philosophe dfinit un rseau social non seulement comme structure au minimum un ensemble dlments lis les uns aux autres par des relations qui peuvent tre fort diverses (Degenne et Fors, 2004, p. 6) - mais aussi comme un systme un ensemble dlments qui interagissent entre eux et ventuellement avec le milieu extrieur (Figari, 1995, p. 51). De plus, ce type de rseau est faiblement organis, donc possde une structure peu hirarchis avec multiplication des liaisons transversales ou horizontales entre ses parties (Parrochia, 1993, p. 68-70). En dfinitive, nous retiendrons quun rseau constitue un ensemble dindividus (points nodaux) relis par un nombre plus ou moins grand de connexions dont les liens sont plus ou moins forts ou faibles (Lemieux, 1982). Analyse de rseaux sociaux Afin de comprendre comment la structure ou la forme dun rseau social influence le comportement des individus, tout en faisant merger des interactions, nous allons nous intresser la mthode structurale ou analyse des rseaux sociaux (Lazega, 1998, p. 6). Ainsi, ce chercheur nous dit que :

    La mthode dite structurale part de lobservation de relations et de labsence de relations entre les membres dun ensemble social. A partir de ces constats, elle cherche reconstituer un systme de relations et dcrire linfluence de ce systme de relations sur le comportement de ses membres (p. 3).

    Pour Wasserman et Faust (1994, cit par Merckl, 2004) comme pour de nombreux auteurs, lhistoire de lanalyse des rseaux sociaux ne dbuterait pas en ralit avec Simmel, mais avec Jacob Levy Moreno (1889-1974), fondateur de la sociomtrie. Cette dernire tudie les structures sociales la lumire des attractions et des rpulsions qui se sont manifestes au sein dun groupe (p. 18). Moreno est galement linventeur de linstrument qui reprsente graphiquement ces structures sociales : le sociogramme. Cet instrument se prte non

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    seulement au trac du dessin des relations interpersonnelles en groupes, mais aussi lusage analytique de ces structures sociales.

    Le sociogramme permet de figurer la position quoccupe chaque individu dans le groupe, et les relations de choix ou de rejet tablies entre les individus. Concrtement, dans un sociogramme, les individus sont figurs par des points dans un plan, et les relations de choix ou de rejet par des flches diriges de celui qui choisit ou rejette vers celui qui est choisi ou rejet (p. 18).

    Lanalyse des rseaux sociaux consiste donc prendre pour objet dtude non pas les attributs des individus (leur ge, leur profession, etc.), mais les relations ou liens entre les individus, et les rgularits quils prsentent, pour les dcrire, rendre compte de leur formation et de leurs transformations, analyser leurs effets sur les comportements individuels. Le propos est de restituer aux comportements individuels la complexit des systmes de relation sociale dans lesquels ils prennent sens et auxquels ils donnent sens. Les chercheurs de la sociologie des rseaux sociaux, comme Merckl (2004) soulignent que :

    Les relations entre les individus dsignent des formes dinteractions sociales qui peuvent tre elles aussi de natures extrmement diverses : il peut sagir de transactions montaires, de transferts de biens, ou dchanges de services, de transmissions dinformations, de perceptions ou dvaluations interindividuelles, dordres, de contacts physiques (de la poigne de main la relation sexuelle) et plus gnralement de toutes sortes dinteractions verbales ou gestuelles, ou encore de la participation commune un mme vnement, etc. (p. 4)

    Plusieurs sociologues considrent que la sociomtrie mornienne est la continuation logique de la gomtrie du monde social ambitionn par Simmel. A ce propos, Merckl (2004) crit :

    Merckl (2004, p. 34) continue en disant que la sociomtrie de Moreno relevait globalement dune analyse en termes de rseau complet3 ou whole network en anglais. Ce dernier consistait en lensemble des relations dans un groupe (une classe dlves, par exemple). En outre, Lazega (1998) signale que les acteurs mis en relation doivent appartenir une mme espce avec des units sociales de mme nature et de mme niveau danalyse comme, par exemple, tous les membres dune mme organisation, pour que lanalyse structurale ait toute sa signification (p. 19). Moreno voque aussi l atome social ou le rseau personnel . En anglais, on parle de personnal network ou d ego network. Ce dernier se dfinit comme lensemble form dun individu ainsi que des individus qui sont en relation directe avec lui, et des relations que ces individus entretiennent les uns avec les autres (Merckl, 2004, p. 35).

    3 Rseau complet : expression qui na pas le sens technique de graphe complet ou clique (Degenne et Fors, 2004, p. 28). Nous allons dfinir plus loin ce quest un graphe complet ou clique.

    Moreno lui-mme parlait de gographie psychologique pour dsigner cette forme de reprsentation graphique des interrelations qui unissent les membres et les groupes dune mme collectivit (p. 20).

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    Finalement, Degenne et Fors (2004) affirment qu un rseau complet nest jamais quun ensemble de rseaux personnels ou d toiles connectes les unes aux autres (p. 32). Selon Barnes (1972, cit par Merckl, 2004) :

    L toile dsigne lensemble des relations entre ego et ses contacts directs, et la zone dsigne lensemble des relations entre ego et ses contacts (ltoile), ainsi que lensemble des relations entre les contacts eux-mmes, dont la construction consiste soit dinterroger ego sur les relations entre ses contacts, soit dinterroger les contacts d ego (p. 35).

    Lanalyse structurelle des relations sociales est appele aussi mthode de contextualisation relationnelle de laction individuelle et collective, car elle permet de donner un sens sociologique aux comportements dun ensemble dacteurs en les situant dans leur contexte (Lazega, 1998, p. 14). Avec le dveloppement de linformatique entre 1950 et 1960, les sociogrammes morniens perdaient peu peu de leur prminence. On pouvait difficilement comparer l'il nu plusieurs sociogrammes sur des critres identiques sans risque d'erreur. Ceux-ci taient trompeurs. Ils pouvaient se ressembler graphiquement sans avoir la mme signification sociale, ou l'inverse contenir les mmes informations sous des formes graphiques diffrentes. A chaque fois, le lecteur tait induit en erreur car ces sociogrammes taient souvent trs enchevtrs. L'observation graphique ne permettait pas d'valuer l'intensit, l'amplitude ou la frquence d'une relation. A ce propos, Parrochia (1993) nonce :

    Quoique la nature des flux (ou flots) circulant sur un rseau soit trs importante, beaucoup de proprits des rseaux rels dpendent dabord uniquement de leur forme. Il est donc intressant de faire une thorie de la forme des rseaux , dbarrasss des fonctions darcs. Cest ce que fait la thorie des graphes , en ne retenant des rseaux concrets que la forme la plus pure, autrement dit, le nombre de leurs sommets et le nombre et la disposition de leurs arcs. Les graphes, qui peuvent tre ainsi considrs comme des abstractions de rseaux, sont donc des entits trs gnrales, dont lextrme pauvret des constituants na dgale que lamplitude des applications possibles des structures quils constituent (p. 215).

    En effet, la thorie des graphes qui s'affirme dans les annes soixante va permettre de formaliser graphiquement la structure ou la forme des relations entre individus. Lazega (1998) dfinit un graphe comme :

    un dessin constitu de points appels sommets, et de flches, appeles arcs, reliant certains de ces points. Dhabitude, les sommets reprsentent les acteurs sociaux, et les arcs, les relations entre eux (p. 39).

    Systmatiser et formaliser les diffrents aspects que prennent les rseaux sociaux sont un exercice complexe auquel Lemieux (1999), dans Les rseaux dacteurs sociaux sest livr avec concision et prcision en utilisant le langage des graphes. Lexploration des relations cres entre les acteurs sociaux individuels ou collectifs a permis Lemieux de thoriser la question de la mise en commun et de la mise en ordre de la varit des liens comme principes fondamentaux structurant les rseaux dacteurs sociaux.

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    Dans ses crits Lemieux (1999) a dfini la varit par le rapport entre les connexions qui sont effectives et les connexions qui sont possibles (p. 128). A titre dexemple, il dclare : Sil y a connexion dans un sens et dans lautre, cest--dire, biconnexion, entre A et B et entre A et C , mais absence de connexion entre B et C , seulement six des douze uniconnexions possibles sont effectives, pour une varit de .5 (p. 126). Lemieux dfinit les connexions comme des chemins dun acteur un autre et non comme de simples relations directes entre les acteurs (p. 12). Par ailleurs, Degenne et Fors (2004) dfinissent la notion de chemin comme :

    une suite darcs que lon parcourt dans le sens de leur orientation. Cette ide suggre que le long de ces chemins, il circule quelque chose. Ce peut tre de linformation ou des biens matriels. Mais lorientation peut aussi reprsenter un rapport social, une relation hirarchique par exemple ou une relation de dpendance (p. 83).

    Ainsi, sil y a biconnexion entre A et B , puis entre A et C , on dira quil y a des connexions de longueur 1, entre A et B ainsi quentre A et C , et des connexions de longueur 2 entre B et C ; B et C ntant pas connects entre eux. Par la suite, Lemieux (1999) nonce :

    Les rseaux avaient des finalits de mise en commun de la varit, [] La mise en commun suppose la propagation de la transmission des ressources lintrieur du rseau. Cette propagation tant dautant plus facilement consentie que ce qui est transmis nest pas perdu pour autant. Cest ce qui arrive quand des amis schangent de linformation (p. 11).

    A ceci lauteur ajoute que :

    La propagation de la transmission des ressources signifie que les connexions qui se produisent dans un rseau sont transitives et tendent se propager dans lensemble du rseau. Sil existe une connexion entre A et B et une connexion entre A et C , il y aura une connexion entre B et C (p. 128).

    Par ailleurs, Lemieux (1999) continue en disant que :

    Les appareils auraient plutt des finalits de mise en ordre de la varit, ce qui suppose que des contraintes soient apportes la transmission des ressources. A la diffrence de la propagation, la contrainte nest pas rendue plus facile du fait que les ressources sont conserves par ceux qui les transmettent (p. 11-12).

    Lemieux nous apprend galement que les relations entre les points (sommets) interconnects seront associes ce qui caractrise un rseau. Ces relations permettent de distinguer les rseaux et les appareils par lexistence ou non de frontires prcises, la spcialisation ou non des acteurs, le degr plus ou moins faible de redondance des connexions (Lemieux, 1982, p. 56). Il dit essentiellement que les frontires dun rseau sont floues. Cest--dire que le nombre de personnes qui sy connectent est indtermin et peut varier dans le temps. Les liens sociaux demeurent plutt lectifs que contraints. Ils se construisent sur la base daffinit entre des personnes ou entre une personne en lien avec une autre.

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    Les rseaux tendraient tre fortement redondants , cest--dire en forte connexit (une personne entretient des liens avec plusieurs autres dun mme rseau). A loppos les appareils tendraient plutt une connexit non redondante avec un centre, seul pouvoir rejoindre tous les acteurs comme les modles que lon retrouve dans une structure organisationnelle hirarchique (Lemieux, 1982, p. 56-57). Selon les distinctions apportes par Lemieux, on peut considrer que les liens crs dans un cadre institutionnel sont plutt obligatoires ou dicts par les fonctions, rles et responsabilits organisationnels. Ils nen sont pas lectifs, bien qu lintrieur de lorganisation des liens par affinits soient crs. Considrant que des rseaux peuvent se former lintrieur dun appareil (Lemieux, 1999, p. 130) et se structurer de faon plus formelle, Lemieux (1982) suggre que la connexit semi-forte reprsente une forme intermdiaire qui pourrait tre celle des rseaux aussi bien que des appareils (p. 57). Ces formes intermdiaires se nomment respectivement quasi-rseau et quasi-appareil (Lemieux, 1999, p. 21). Pour illustrer ces dfinitions, Lemieux (1999) prsente (voir figure n 1 ci-dessous) les formes lmentaires de rseau intgral, de quasi-rseau, de quasi-appareil et dappareil intgral. Ce chercheur souligne galement quun minimum des trois acteurs est requis pour quon puisse distinguer ces formes les unes des autres (p. 21). Degenne et Fors (2004) ajoutent : La triade est donc lunit de base des formes de linteraction sociale (p. 139).

    Figure n 1: Les formes lmentaires de rseau intgral, de quasi-rseau, de quasi-appareil et dappareil intgral

    Rseau intgral : Dans ce graphe, nous voyons quil y a une connexit forte entre les acteurs sociaux. Daprs, Degenne et Fors (2004) : La connexit forte se caractrise par le fait quentre deux sommets A et C , il existe toujours un chemin de A vers C et un chemin de C vers A (p. 87). Il y a donc une biconnexion directe dans chacune des paires dacteurs. Daprs, Merckl (2004) : Un graphe dont tous les arcs possibles sont raliss, est appel un graphe complet ou une clique (p. 27). Quasi-rseau : Les relations des acteurs dans ce graphe sont reprsentes comme peu fortement connexes. Ce type de connexit se nomme quasi-fort, car il suppose seulement que deux sommets B et C aient au moins un ascendant commun. Ce dernier est lextrmit initial dun arc. Dans ce cas, A est lascendant commun de larc AB et de larc AC (Degenne et Fors, 2004). Quasi-appareil : Dans ce graphe, les relations tisses apparaissent semi-fortement connexes ou si lon prfre, assez faiblement connexes. Daprs, Degenne et Fors (2004) : La

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    connexit semi-forte est telle quentre deux sommets B et C , existe toujours au moins un chemin orient, p. ex. de B vers A , ou de A vers C (p. 87). Appareil intgral : Les relations des acteurs sont reprsentes dans ce graphe comme trs faiblement connexes. A la diffrence des structures semi-fortement connexes, il y a des acteurs entre lesquels nexistent ni connexion ni mme relation. Il y a donc daprs Burt (1992, cit par Lemieux, 1999, p. 71) un trou structural entre eux. Cest le cas entre B et C . Cette absence de relation entre deux acteurs permet une tierce personne de se placer en intermdiaire. Cette dernire deviendra ainsi une sorte de pont, un point de passage oblig entre deux (ou plusieurs) contacts qui sont, ou ont eux-mmes, des accs des ressources diffrentes. Burt (op. cit.) nomme contact le point darrive dune connexion directe dun acteur un autre. Nous avons voqu jusquici les aspects statiques du rseau social (ses formes de connexit). Mais, ce qui caractrise un rseau social est son aspect dynamique, ses interactions, ses changes de ressources matrielles ou informationnelles portes par les relations ou connexions interpersonnelles. 3 Dynamique des rseaux sociaux Pour Burt et dautres auteurs qui ont trait la dynamique des rseaux dacteurs sociaux : les connexions des acteurs avec leurs contacts dfinissent leur capital social (Lemieux, 1999, p. 127). De plus, Burt (1992, cit par Lemieux, 1999) souligne que :

    Le capital social dun acteur consiste aussi dans la possibilit dexploiter son avantage les trous o se trouvent, par rapport lui, certains de ses contacts ou, la limite, tous ses contacts (p. 71).

    On peut remarquer que le capital social sinscrit dans un rseau de relations o les individus ou groupes peuvent trouver des ressources dans leurs connexions avec les autres individus ou groupes, selon la forme que prennent ces connexions. A ceci, Degenne et Fors (2004) ajoutent que :

    Il ne suffit pas quil y ait relation pour quil y ait cration de capital. Pour tre mobilise, encore faut-il que cette relation soit mobilisable. Par exemple, si un individu a besoin de laide de certains membres de son rseau pour atteindre un objectif, il faut bien sr que ces derniers dtiennent les ressources ncessaires, mais il faut surtout quils soient prts lui accorder leur aide (p. 123).

    Par ailleurs, Coleman (1988, cit par Lemieux, 2001, p. 83) pense que la grandeur du capital social dun acteur se mesure par le nombre de contacts quil possde. Et, le nombre de contacts varie beaucoup dune personne lautre ainsi que dun groupe ou dune organisation lautre, si bien que le capital social constitue une quantit variable. Burt cherche galement montrer la proximit existant entre ses travaux sur les trous structuraux , sur le capital social et sur la thorie de la force des liens faibles du sociologue Granovetter (1973) qui crit : Les individus avec qui on est faiblement li ont plus de chances dvoluer dans des cercles diffrents et ont donc accs des informations diffrentes de celles que lon reoit (Merckl, 2004, p. 60).

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    Autrement dit, les personnes avec lesquelles on est faiblement li possdent davantage de possibilits dtendre leur capital social, cest--dire leurs contacts et dchanger de linformation. En revanche, lintensit de leurs interactions sera moindre, ce qui se traduit gnralement par une confiance mutuelle plus restreinte entre les acteurs. Granovetter (1973, cit par Degenne et Forc, 2004) propose, lintrieur du rseau social, dtablir une catgorisation des liens interpersonnels dont la force rsulte de : - la dure de la relation (derrire ce critre, il y a une double ide ; dune part lanciennet de la

    relation, dautre part le temps pass ensemble), - lintensit motionnelle, - lintimit (la confiance mutuelle), - la multiplicit de la relation, cest--dire, la pluralit des contenus de lchange (p.127). En fonction de lintensit de la relation, Ferrary et Pesqueux (2004) soulignent que le lien interpersonnel sera qualifi de fort, faible ou absent (p. 164). 4 Liens forts, liens faibles, liens potentiels Ferrary et Pesqueux (2004) dfinissent un lien social fort comme un ensemble de relations sociales frquentes, durables, interpersonnelles avec un engagement motionnel fort. [] Lexistence de ces liens forts favorise lexistence de cliques (p. 164). Cela veut dire que les personnes unies par des liens forts ont tendance se ressembler, cest--dire, avoir des points en commun (habitudes, gots, ). Tout ceci incite penser que ce type de liens tend tre transitif. Au sens strict, Degenne et Fors (2004) disent qu une relation est transitive, si lorsque X est li Y et Y Z , alors X est li Z (p. 85). De ceci, on peut conclure que si des liens forts unissent A et B dune part, et A et C dautre part, il est fort probable que B et C seront relis eux aussi par un lien fort. De mme, ces chercheurs font la remarque inverse : Si A est li fortement B , mais faiblement C , il y a peu de chances que B et C se rencontrent. [] Le lien entre B et C pourra demeurer absent ou de faible intensit (p. 127). Ferrary et Pesqueux (2004) crivent galement que la principale caractristique des groupes sociaux unis par des liens forts est la forte redondance de linformation circulant entre ses membres (p. 164). Pour cette raison Lemieux (2001) considre que linformation qui y circule devient ainsi rptitive et manque doriginalit (p. 83). Merckl (2004) en dduit que:

    Une information qui ne circulerait que par des liens forts, risquerait fort de rester circonscrite lintrieur de cliques restreintes, et quau contraire ce sont les liens faibles qui lui permettent de circuler dans un rseau plus vaste, de clique en clique. Par consquent, ce sont leurs liens faibles qui procurent aux individus des informations qui ne sont pas disponibles dans leur cercle restreint (p. 60).

    Ferrary et Pesqueux (2004, p. 165) nous informent que selon Granovetter (1973) les liens faibles sont moins denses, moins motionnels, moins frquents, mais plus riches en contenu informationnel, la diffrence des liens forts qui sont plus pauvres en informations.

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    Dailleurs, ces chercheurs ajoutent que tout lien faible est un pont car :

    Chaque individu possde des contacts multiples, un pont entre deux individus A et B reprsente la seule route par laquelle une information, ou une influence, peut passer dun contact quelconque de A un contact quelconque de B et, par consquent, de nimporte quel individu li indirectement A , un autre individu li, lui, indirectement B Un lien fort nest jamais un pont les ponts sont toujours des liens faibles (p. 166).

    Ces chercheurs continuent en disant que labsence ou la destruction des liens faibles annihile la circulation de linformation (p. 166). A la catgorie des liens forts et faibles, sajoute lhypothse de lexistence du lien potentiel . Par lien potentiel, nous entendons celui qui stablit entre plusieurs personnes sans avoir ncessairement recours des interactions directes entre celles-ci. Lappartenance une association professionnelle confre des liens sociaux potentiels (Ferrary et Pesqueux, 2004, p. 168). Cette appartenance cre, sans avoir obligatoirement recours des interactions directes, un champ de liens faibles en devenir et prts tre activs. Thoriquement, les membres dune communaut, qui ne se connaissent pas directement, possdent au moins en commun le fait dappartenir cette communaut. Cette appartenance commune fonde, en creux, un premier cadre interactionnel et, en consquence, un premier lien potentiel pouvant faciliter les changes. Il sagit, en loccurrence, dun lien nomm aussi virtuel , au sens premier du terme, cest--dire, un lien qui nest pas encore effectu. Enfin, Merckl (2004) souligne que le capital social dun individu, loin de dpendre seulement du nombre et des ressources de ses relations, dpend en ralit des caractristiques structurales du rseau quelles forment autour de lui et entre elles, en tenant compte y compris des relations indirectes (les ressources dtenues par les connaissances damis et les amis de connaissances ). En rflchissant sur la nature du capital social et les processus par lesquels il produit ses effets, Granovetter (op. cit.) avec sa thorie de la force des liens faibles et Burt (op. cit.) avec sa thorie des trous structuraux ont montr que la mobilisation de linformation et des ressources sopre de manire efficace au travers de rseaux relativement lches et sporadiques. A ce propos, Degenne et Fors (1994, cit par Ferrary et Pesqueux, 2004) conseillent qu un comportement doptimisation dans les rseaux sociaux consiste moins maximiser les trous structuraux qu trouver un quilibre entre des relations redondantes gnratrices des liens forts et des relations non redondantes construites sur des liens faibles (p. 171). Or, la richesse dun capital social rside dans un dosage adquat de liens forts et de liens faibles. Car le comportement des acteurs au sein dun rseau social consiste crer des liens interpersonnels porteurs dopportunits riches en revenus de toutes sortes (conomique, social, psychologique et notamment en information). 5 Rseau et Communaut Ferrary et Pesqueux (2004) signalent que le rapprochement souvent intuitif de la notion de rseau social et celle de communaut dtermine lintensit dinteractions interpersonnelles

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    (p. 163). De ce fait, Bos-Ciussi (2007) considre qu une communaut peut tre reprsente comme la continuation dun rseau. Car le rseau dsignerait essentiellement le caractre social o de linformation et des ressources circuleraient.

    Figure n 2 : Emergence des communauts selon Bos-Ciussi (2007, p. 330) Wellman (2000) crit que defining community as networks of interpersonal ties that provide sociability, support, information, a sense of belonging, norms, and a social identity (en ligne). Ce sociologue dmontre ainsi que les termes rseau et communaut ne sopposent pas. Le premier reprsente linfrastructure du second. Dautre part, le travail danalyse de Choplin ( paratre) porte sur quatre types de collectifs : rseaux dentraide, rseaux, communauts dapprentissage et communauts de pratique. Choplin a mis en exergue la porosit existant entre les frontires de ces quatre types de collectifs (groupes, rseaux ou communauts dacteurs). Pour cette raison, un collectif peut voluer vers un autre. Ainsi, un rseau dentraide peut-il devenir une communaut dapprentissage, cette dernire peut devenir une communaut de pratique, ou peut connatre des moments ou des composantes de rseaux, et dans dautres moments, de (micro)communauts de pratique. Metzger et Delalonde (2005) dsignent la micro-communaut comme un collectif de petite taille prsentant les traits dune communaut (p. 29). Choplin, Craipeau, Cortsi-Grou et Perrier (2005, p. 13) parlent des ambiguts ou des tensions irrductibles existant entre une communaut et un rseau . Nous avons vu quun rseau est un ensemble dindividus relis ou connects par un nombre plus ou moins grand de connexions. Dans un rseau les interactions entre individus possdent une certaine dure, tout en conservant une souplesse de constitution (on entre et on sort aisment du rseau), une absence (ou une faiblesse) de hirarchie (pas de contrle des changes) et du fait que lengagement des membres est limit la transmission de linformation et des ressources, sans grand investissement affectif. En revanche, nous allons voir que dans une communaut, les interactions entre individus visent plutt lchange et la cration de connaissances, dapprentissages voire de dveloppement professionnel. De plus, Henri et Pudelko (2006) crivent que toutes les communauts virtuelles (CV) sont des communauts dapprentissage car leurs membres apprennent en participant leur activit (p. 108). Nous nous interrogerons par la suite sur les caractristiques structurantes des communauts virtuelles ou non.

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    Rsum Rseau - Un rseau est un ensemble de lignes entrelaces. - Lintersection de ces lignes sappelle un nud . - Dans ces lignes circulent des sources dnergie, des marchandises, des informations, etc. Les rseaux sociaux - Un rseau social est un ensemble de liens personnels (amicaux, financiers, etc.) porteurs

    dinteractions sociales, Bakis (1993). - Cest une organisation informelle, non institutionnelle, volontaire, ne daffinits

    personnelles. Analyse de rseaux sociaux - Elle dcrit linfluence des relations ou non, entre les membres sur leur comportement. - Les membres doivent appartenir une mme espce avec des units sociales de mme

    nature et de mme niveau danalyse (p. ex. les enseignants de lcole primaire genevoise). - Un graphe est constitu de points appels sommets qui reprsentent les acteurs

    sociaux, et de flches, appeles arcs , qui unissent les relations entre elles (Lazega, 1998).

    Formes lmentaires du rseau - Le rseau intgral tendrait tre fortement redondant . Cest le cas lorsquune personne

    entretient des liens avec plusieurs autres dun mme rseau. - Quasi-rseau et quasi-appareil sont des formes intermdiaires de rseau et dappareil. - Lappareil intgral tendrait tre non redondant avec un centre qui est le seul

    pouvoir rejoindre tous les acteurs, mme si certains nont aucun lien entre eux. Il y a donc absence de relation, ce que Burt (1992) dnomme un : trou structural .

    Dynamique des rseaux sociaux - Le capital social correspond lensemble des connexions des acteurs avec leurs contacts. - La grandeur du capital social dun acteur se mesure au nombre de contacts quil possde. - Les individus avec qui on est faiblement li ont plus de chances dtendre leurs contacts et

    dchanger de linformation. En revanche, lintensit de leurs interactions sera moindre, et la confiance mutuelle entre les acteurs, plus restreinte.

    Liens forts, liens faibles, liens potentiels - Les liens sociaux forts sont frquents, durables, avec un engagement motionnel fort. - Les liens faibles sont des liens moins denses, moins motionnels, moins frquents, que les

    liens sociaux forts, mais plus riches en contenu informationnel. - Les liens potentiels stablissent entre plusieurs personnes sans quelles interagissent de

    manire directe. On les nomme aussi virtuels, car ce sont des liens en devenir, prts sactiver.

    Rseau et communaut Ces deux concepts serviront de cadre pour construire notre grille danalyse.

    - Dans un rseau, lengagement des membres se limite la transmission de linformation et des ressources, sans grand investissement affectif.

    - Dans une communaut, les interactions entre individus visent plutt lchange et la cration de connaissances, dapprentissages voire de dveloppement professionnel.

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    CHAPITRE II COMMUNAUTES VIRTUELLES

    1 Communaut virtuelle ou non ? Le dbat autour du concept de communaut et de son mode dorganisation se complexifie avec lapport des nouvelles technologies de linformation et de la communication (TIC). Wellman (1996) dmontre comment les gens, plutt que de rencontrer leurs voisins dans des espaces publics, au caf, ou sur la place du village, utilisent tlphone et courriel pour communiquer. Ces technologies permettent ainsi de rester en contact, par la mise en uvre de relations de compagnonnage, daide motionnelle et de petits services rciproques, sans ncessiter de proximit gographique. Dailleurs, Hampton et Wellman (2002) ont effectu rcemment des tudes sur la question de lusage des TIC dans un contexte de proximit spatiale. Ces tudes montrent que lutilisation dInternet encourage de manire significative les visites, la reconnaissance du voisinage. Les TIC favorisent galement les actions collectives4 et le maintien des relations sociales de proximit, mais gnre dans le mme temps des effets plus ambivalents comme, par exemple, un accroissement de la surveillance mutuelle. Lensemble des tudes va plus loin et montre comment, selon lauteur, les TIC encouragent la formation de lesprit dune communaut locale spcifique. Ainsi, daprs une analyse comparative avec dautres quartiers similaires, il ressort que les habitants de Netville (quartier de la banlieue de Toronto, Canada) connaissent trois fois plus de rsidents de leur quartier, parlent deux fois plus avec leurs voisins, se rendent visite deux fois plus frquemment et se tlphonent quatre fois plus souvent. En fait, Netville demeure un quartier comme un autre, confront des problmes classiques. Mais ici, les TIC jouent principalement un rle fdrateur et acclrateur, En ce sens, lusage des TIC ne produit rien de nouveau en terme sociologique, il facilite simplement la coordination dactivits qui composent le paysage normal de nimporte quel quartier. Ce type dtude montre que les TIC, pour autant quelles rpondent un besoin social, peuvent trs bien renforcer les liens de proximit. On doit avouer que, paradoxalement, les mmes technologies qui renforcent le lien social local pourraient conjointement tre la cause dun renforcement de lexclusion. Ces chercheurs soutiennent que les changes dans lintimit dun domicile tendent remplacer la sociabilit dans un lieu public (on va moins au restaurant : on se fait davantage livrer de pizzas chez soi) (Wellman et al., cit par Baron et Bruillard, 2006, p. 179). A cet effet, on peut citer les analyses dOldenburg (1991) sur la perte de sens de lespace public en tant que lieu communautaire. Selon lui cet espace est ncessaire la sant des communauts, son absence implique une dgradation de la qualit des liens unissant les membres dune communaut.

    4 Ces actions collectives sont de nature trs diverses : de loisirs (organisation de picnics), pragmatiques ou organisationnelles (baby-sitting), politiques (actions de mobilisation et de protestation contre le constructeur).

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    Par ailleurs, Marcotte (2003) souligne que la dynamique des interactions avec les mdias lectroniques diffre de celle des interactions prsentielles. Il note que pour interagir avec dautres personnes via ces mdias, lindividu doit dabord en comprendre le fonctionnement, avant damorcer un change avec lautre : Ce nest quune fois ces habilits techniques acquises que lindividu peut entrevoir la possibilit de participer une interaction viable avec autrui (en ligne). Selon le dictionnaire Le Petit-Robert :

    Le mdia est un moyen de diffusion, de distribution ou de transmission de signaux porteurs de messages crits, sonores, visuels (presse, cinma, radiodiffusion, tldiffusion, vidographie, tldistribution, tlmatique, tlcommunication, etc.)

    Ds quune personne a acquis les habilits techniques, elle devra comprendre les rgles, normes et valeurs tablies dans ce nouveau systme social afin de sy intgrer. Lvolution rapide, et parfois divergente des technologies qui servent dinfrastructure cette dynamique des interactions entre individus, est une raison majeure qui a contribu brouiller la lecture du concept de communaut , virtuelle ou non. Pour Dillenbourg, Poirier et Carles (2003) une communaut est un type de groupement dindividus qui partagent un intrt ou un but commun, non impos de lextrieur. Les membres y adhrent de manire volontaire, les affinits personnelles y jouent un rle important et lintensit motionnelle est assez leve (p. 3-4). Ces chercheurs observent que le fait de nommer galement communaut un simple groupe de copains qui se rencontrent pour le plaisir de leurs compagnies mutuelles, ne garantit en rien une dynamique forte dinteraction au sein du groupe. En revanche, ce type de groupe peut voluer et fonctionner comme une communaut, si par exemple, celui-ci sorganise plus formellement en vue dun objectif spcifique, tel que lorganisation dun vnement important (p. 4). Pour leur part, Baron et Bruillard (2006) crivent que :

    Les communauts ne sont pas des groupes immuables, mais sont soumises des processus et des tensions permettant leur constitution, leur dveloppement ou conduisant au contraire leur fractionnement et leur disparition (p. 179).

    Dilllenbourg et al., (2003) ainsi que Preece et Maloney-Krichmar (2003) partagent lavis qu une communaut nest pas une entit ou un objet, mais bien un processus dynamique qui doit tre tudi en tant que tel (Charlier et Daele, 2006, p. 89). Dillenbourg et al., (2003) ont dgag certaines rgles de fonctionnement et dapprentissage. Les changes prennent souvent une forme narrative et ouverte ; les participants utilisent leur savoir culturel pour infrer en fonction des informations donnes ; il y a co-construction de sens ; enfin lapprentissage se droule partir de problmes concrets poss par un des membres, auxquels les autres se doivent de rpondre, rapidement sils le peuvent (p. 10-11). A partir de leurs tudes, ces chercheurs noncent la philosophie des communauts :

    Elles sont libres, ont une hirarchie plate, encouragent la collaboration et la participation, favorisent des formes de transmission de linformation qui sont contextualises et sont ouvertes linterprtation collective (p. 11).

  • 29

    Dautre part, Dillenbourg et al., (2003) recommandent une utilisation parcimonieuse du terme communaut :

    Un groupe dtudiants qui interagit par courriel ne constitue pas automatiquement une communaut au sens fort du terme. Or, aucun mdia na pour effet intrinsque de transformer automatiquement un groupe dutilisateurs en une communaut (p. 12).

    Les mdias modernes utilisant les rseaux informatiques (comme le courriel, le forum, le chat,) sont dsormais devenus relativement courants. Ils permettent dtablir aisment des communications soit entre deux personnes distantes, soit, plus gnralement, au sein de groupes humains gographiquement dissmins. Une part non ngligeable de la littrature traitant des CV sattarde sur lusage des TIC dans un contexte de proximit spatiale (p. ex. Hampton et Wellman (2002) cits prcdemment). A un autre niveau, se situe la question de savoir si les communauts virtuelles sont de vraies communauts, ou si ce terme ne constitue pas plutt une usurpation. Dillenbourg et al., (2003) rpondent que :

    Les CV sont bien relles : elles comprennent de vraies personnes, des enjeux importants et de vritables sentiments et motions. [] Le terme virtuel indique simplement quune partie importante des communications reposent sur des outils de communication lectronique (p. 11-12).

    Le caractre minemment paradoxal du terme virtuel a t glos par de nombreux auteurs, notamment Quau (1993) dont on peut citer cette dfinition :

    Le mot virtuel vient du latin virtus , qui signifie force, nergie, impulsion initiale. Les mots vis , la force, et vir , lhomme, lui sont apparents. () [La virtus] est la fois la cause initiale en vertu de laquelle leffet existe mais aussi ce par quoi la cause continue dexister prsente virtuellement dans leffet. Le virtuel nest donc ni irrel ni potentiel : le virtuel est de lordre du rel (p. 23).

    Dillengbourg et al., (2003, p. 11) estiment que ladjectif virtuelle est souvent maladroitement adjoint au terme communaut . En fait, cet adjectif se rfre plutt un mode de communication de la communaut. Le terme de communaut virtuelle est apparu pour la premire fois en 1995, dans louvrage de Rheingold, qui sintitule dailleurs Les communauts virtuelles (en ligne) :

    Les communauts virtuelles sont des regroupements socioculturels qui mergent du rseau lorsquun nombre suffisant dindividus participent ces discussions publiques pendant assez de temps en y mettant suffisamment de cur pour que des rseaux de relations humaines se tissent au sein du cyberespace5.

    5 Le cyberespace, mot forg par William Gibson dans son fameux roman de science-fiction Neuromancien, est le nom que certains donnent cet espace conceptuel o des mots, des liens affectifs, des donnes, de l'information et du pouvoir sont produits par ceux qui utilisent la tlmatique (Levy, 1995, p. 119).

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    Elles apparaissent alors comme des rseaux de relations humaines avec des interactions aussi riches motionnellement que celles dune communaut physique. Les CV mergent du rseau ; ce dernier devient, mtaphoriquement, le lieu partir duquel se construit la CV. Encore faut-il, selon Rheingold, que les changes se dploient pendant une dure suffisamment longue. Cette condition est remplie si la CV savre capable de produire sa propre histoire. Les conditions de production de cette histoire commune ne sont voques par Rheingold que lorsquil fait allusion lespace public de discussion. Limportance de laffectif au sein des CV fera lobjet de discussions, notamment de la part des partisans de leur utilisation professionnelle. En effet, pour ces derniers, la proximit des membres de la communaut passe davantage par le partage de lintrt mutuel que par lexpression de sentiments. Elles sont galement appeles communauts en ligne (online community) car se dispersent travers le monde et communiquent par les mdias lectroniques : salles de runions virtuelles, tlconfrence, courrier lectronique, forums de discussion, clavardage (chat) et outils ddition partage. Les communauts physiques (offline community), par opposition aux virtuelles sous-entendent gnralement que les activits de la communaut se ralisent lintrieur dun espace contigu non mdiatis et quelles sont temporellement synchronises. Caractristiques des communauts virtuelles ou non A la suite de Dillenbourg et al., (2003, p. 6), nous allons prciser maintenant quelques caractristiques (non systmatiquement prsentes dans toutes les communauts) : Interdpendance et implication

    - Le but ou lintrt commun acqurir et partager nest pas impos de lextrieur. - Les membres y adhrent de manire volontaire. Les affinits personnelles y jouent un rle

    important et lintensit motionnelle demeure assez leve. - Leurs connaissances intellectuelles et pratiques sont diffuses et reposent sur le vcu

    individuel. - Le degr dimplication ou participation dans la CV nest pas homogne. Chaque membre

    apporte son exprience personnelle afin de favoriser des formes de transmission informelle de linformation contextualises et ouvertes linterprtation collective.

    Micro-culture

    - Ds que les habilits techniques ncessaires sont acquises, lindividu tente de comprendre les rgles (conversationnelles et de comportement), codes (abrviations, symboles, icnes, ) et valeurs (activits de soutien, entraide, ) de la communaut pour obtenir lacceptation au sein de celle-ci. Puis, il interagit avec les membres pour construire une exprience commune. De cette co-construction merge une identit particulire partage. Pour Marcotte (2003) : Lidentit est un ensemble de reprsentations quun individu a de lui-mme, et de lui-mme parmi les autres (en ligne).

    Organisation sociale

    - Les communauts possdent une organisation sociale relativement informelle. Leur structure est relativement plate, encourageant la collaboration et la participation. En terme de participation et selon la technique du graphe, certains membres adoptent une position

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    plus ou moins centrale dans la communaut, car ils simpliquent davantage consacrer plus du temps rendre service dautres membres. Ces derniers seront placs la priphrie du graphe (membres moins impliqus).

    Slection spontane

    - Les communauts se construisent autour de projets ou dintrts communs, les membres se regroupent de faon spontane et informelle selon leurs intrts, leurs implications, leurs comptences ainsi que selon leur adquation avec lthique et lesprit dquipe.

    Longvit

    - Les interactions se dploient pendant une dure suffisamment longue. Si la dure de vie dune CV est longue, la communaut savre capable de produire sa propre histoire.

    - Les communauts ne constituent pas des groupes immuables. Elles possdent des cycles de vie (constitution, croissance) qui peuvent aller jusqu leur disparation ou la transformation des relations entre membres.

    Espace

    - Il est le lieu dans lequel se droulent des interactions motionnellement charges, entre membres qui adaptent leurs modes dinteraction ce contexte.

    - Lespace dinteraction et de partage dune communaut peut tre un lieu physique ou virtuel ; ce dernier tant constitu par les mdias.

    - Il permet de rifier les frontires de la communaut (les limites pour distinguer ceux qui sont extrieurs la communaut, de ceux placs lintrieur).

    2 Diverses formes de communauts virtuelles Le concept de communaut virtuelle nest toutefois pas homogne. Il existe une infinit de communauts, chacune diffrente par son but, son niveau de formalit et sa longvit. Sans prtendre lexhaustivit, nous prsentons selon leurs formes dorganisation sociale, trois exemples qui ne constituent pas une taxonomie. Selon lopinion de Wenger (2005), Wenger, Mc Dermott et Snyder (2002), nous entendrons, dans la suite de ce mmoire, par communaut dintrt, communaut dapprentissage ou communaut de pratique, des ensembles dfinis par leurs pratiques et leurs intrts, mais dont le mode de communication nutilise pas forcment les TIC. A linverse, nous dsignerons par communaut virtuelle (dintrt, dapprentissage ou de pratique) un type particulier de communaut dont le mode de communication et dcriture se fonde essentiellement sur lutilisation de ces technologies. Communaut dintrt Daprs, Henri et Pudelko (2006):

    Une communaut dintrt est un regroupement de personnes qui se rassemblent autour dun sujet dintrt commun. Ses membres participent la communaut en vue dchanger des informations, dobtenir des rponses des questions ou des problmes personnels, de mieux comprendre un sujet, de partager des passions communes ou de jouer (p. 112).

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    Caractristiques dune communaut dintrt Henry et Pudelko (2002, p. 112) ont prcis plusieurs points :

    - Les membres partagent des connaissances et collaborent occasionnellement. - La participation est sporadique. - Lappartenance au groupe reste phmre, lengagement individuel. - Le degr dengagement la communaut est conditionn par ladhsion du participant

    dautres communauts, ou la ramification de communauts de taille plus petite sur la base de sujets dintrt (nomadisme virtuel).

    Dillenbourg et al., (2003, p. 4) ajoutent : - Les membres cherchent des solutions pratiques leurs problmes quotidiens. - La communaut dintrt ne sinscrit pas dans une dmarche de productions collectives, ni

    vers un usage collectif des artefacts communs. Par consquent, la rsolution des problmes est plus personnelle ( laide de rfrences prcises ou de la documentation recueillie).

    Communaut dapprentissage Pour Dillenbourg et al., (2003) une communaut dapprentissage est un groupe de personnes qui se rassemblent pour acqurir des connaissances (p. 5). Ces chercheurs montrent, laide dun exemple, quun groupe dtudiants (des immigrants chinois) lUniversit de Californie (Berkeley) russit mieux dans ses tudes, car ces tudiants trouvent dans leur communaut un support non seulement intellectuel, mais galement moral et interprtatif de ce que le professeur et linstitution attendent deux. En fait, le groupe a appris ensemble la profession dtudiant (matrise de connaissances, dhabilits) et les rgles de participation cette communaut universitaire amricaine ainsi que la culture de celle-ci (matrise dattitudes, de comportements, ). Les communauts d'apprentissage sont donc formes dlves et denseignants ou tuteurs. Elles rpondent des besoins bien dfinis et des buts solidement tablis (objectifs pdagogiques dans les programmes scolaires officiels et tapes de travail visant confronter les apprenants aux situations du monde rel professionnel, voire de vritables communauts de pratique). Lorsque les contenus dapprentissage deviennent des objets partags (comme projets collaboratifs) partir desquels des hypothses, des ides, des questions, des dbats et des rflexions sont changes, elles constituent aussi une voie d'innovation. En ce sens, le processus de co-construction des connaissances doit tre dvelopp si lon dsire transformer une classe en communaut d'apprentissage6. Cette dialectique individu/groupe varie entre autres facteurs selon la taille de la communaut. Il est videmment plus facile dinteragir avec un groupe de dix tudiants quavec lensemble des tudiants dune facult. Lexistence de ce type de communaut reste limite dans le temps. Elle nat, crot et meurt au rythme des tapes et des thmatiques tablies dans un programme dtudes. 6 Nous naborderons pas directement cette problmatique du dveloppement des communauts dapprentissage dans notre tude, car nous ne nous situons pas dans un cadre de formation acadmique. Cependant, nous reviendrons plus loin sur lintrt de la co-construction de connaissances par le dveloppement des apprentissages.

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    Communaut de pratique (CoP) Dans son ouvrage La thorie des communauts de pratique Wenger (2005), dveloppe le concept de communauts de pratique comme un groupe de personnes qui travaillent ensemble et qui sont en fait conduites inventer constamment des solutions locales aux problmes rencontrs dans leurs pratiques professionnelles (ides, cadres de rfrence, outils, langage, histoires partages, documents, savoirs ). Aprs un certain temps et au fur et mesure que ces personnes partagent leurs connaissances, leurs expertises, elles apprennent ensemble. Cet apprentissage collectif informel produit des pratiques sociales refltant la fois lvolution de la rsolution des problmes et les relations interpersonnelles qui sensuivent. Il semble ncessaire de dfinir le concept de pratique selon Wenger (2005) :

    Le concept de pratique est associ faire, mais pas strictement en tant que tel. Cest faire dans un contexte historique et social qui donne une structure et une signification ce quon accomplit. En ce sens, une pratique est toujours sociale. (p. 53)

    Lapprentissage est le moteur des communauts : il sopre dans et par la pratique ainsi que dans la confrontation des points de vue entre les membres (Wenger, 2005, p. 107). Wenger fonde son approche sociale de la pratique sur lobservation des changes quotidiens interpersonnels. Face un problme, il note que les individus ont plutt tendance sadresser leurs collgues ou des connaissances pour savoir sils ont dj t confronts au mme type de situation. Cest en dsespoir de cause que devant les difficults rencontres dans leurs pratiques professionnelles ils sautorisent consulter nimporte quelle banque de donnes. Ces pratiques rendent donc acceptable, pour les personnes ou individus, le travail plutt monotone et routinier en dveloppant une atmosphre agrable faite de rituels, dhabitudes, dhistoires partages (Chanal, 2000, p. 3). Lmergence dune CoP Contrairement un groupe de travail formel qui connat un dbut et une fin dexistence, un but assign bien prcis, une CoP na ni commencement ni fin nettement marqus. Son projet est dapprendre, dune manire gnrale, au moyen de la pratique. Il faut un certain temps avant quelle ne se forme. La CoP peut perdurer longtemps encore aprs la dissolution du groupe officiel qui la forme. Or, une CoP merge lorsquil y a volont des participants dapprendre ensemble et elle se dveloppe uniquement si cet apprentissage informel reste actif. Aussi, Wenger (2005, p. 107) dclare-t-il : Affirmer que lapprentissage est ce qui donne naissance aux communauts de pratique revient dire que lapprentissage est une source de structuration sociale . Pour dcrire lentre et la participation dun individu dans une communaut de pratique, Lave et Wenger (1991) proposent le concept de Participation Priphrique Lgitime (PPL) (Legitimate Peripheral Participation). De manire bien comprendre le modle de PPL, ces chercheurs ont reprsent graphiquement le processus par lequel les membres en priphrie voluent vers le centre (noyau de la communaut) en suivant une trajectoire dintgration.

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    Figure n 3 : Les degrs de participation dans la communaut, daprs Wenger et al., 2002

    Selon, Lave et Wenger (1991), la PPL se compose de trois lments essentiels interdpendants : - La Lgitimation : les membres de la communaut acceptent la participation du novice

    (nouveau) en tant que membre potentiel de la communaut. - La Priphrie : le novice observe les membres les plus expriments, excuter des tches

    et rsoudre des problmes. Il dbute, en priphrie, avec des tches moins stratgiques et en excute progressivement de plus importantes.

    - La Participation : le novice volue de la priphrie vers le centre (noyau de la communaut). Il devient expert dans le domaine.

    Daprs la figure n 3, lapprentissage dbute par une participation priphrique lgitime la CoP et augmente graduellement par lengagement et la complexit des tches accomplies. Lapprentissage comprend aussi les rgles, normes et valeurs construites par les membres qui composent la CoP (Thorie de lapprentissage situ, qui sera traite plus loin). Ainsi, plutt que de dfinir lapprentissage comme une assimilation de savoirs, Lave et Wenger (1991) lont situ lintrieur dune participation sociale et active au sein dune CoP. Il sagit donc ici dun double processus dapprentissage et dacculturation. Caractristiques dune communaut de pratique (CoP) Pour Dillenbourg et al., (2003, p. 5) : - Une CoP est constitue par un groupe demploys ou professionnels dissmins

    gographiquement. - Une CoP virtuelle possde des outils dinformation et de collaboration (courriel, forums,

    CSCW, etc.). - La participation y est volontaire. - La participation et la non-participation (PPL) sont sources dapprentissage. - Les membres partagent des proccupations et des intrts communs, centrs sur la

    problmatique de leur travail quotidien (apprentissage situ). - Le but consiste enrichir la pratique professionnelle et dvelopper les comptences

    (perspective sociale de lapprentissage).

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    - Les partages et changes informels de connaissances complmentaires permettent chaque membre dexpliciter sa pratique, de lamliorer et mme de la transformer (apprentissage dappropriation).

    - Les procdures de fonctionnement interne se dcident collectivement et restent indpendantes des rseaux officiels.

    - Ds rsolution du problme, les membres se dispersent ou se regroupent pour garder le contact entre pairs et partager leurs expertises.

    Henry et Pudelko (2002, p. 117) ajoutent: - Une CoP varie en dure de vie (selon la tche accomplir), en taille (dune poigne de

    membres plusieurs milliers), en dispersion gographique (rgions ou pays diffrents). - Une CoP na pas un projet unique qui canalise son nergie. - Elle connat une volution lente et possde une grande capacit daccueil de nouveaux

    membres. - Ses membres ont la capacit de grer les dissensions et de les rendre productives. - Le sentiment dappartenance et didentit la communaut se renforce par la rification. Selon Wenger (2005, p. 64), la rification est un processus qui consiste donner forme lexprience en produisant des objets-frontires. Ces derniers aident distinguer ceux qui se situent lintrieur de la communaut, de ceux qui restent lextrieur. Il peut sagir dobjets concrets (supports matriels, documents, habits, ) ou symboliques (mots, symboles, histoires, ). Les lments constitutifs dune communaut de pratique Wenger et al., (2002) soulignent que toute CoP se compose de trois lments : le domaine de connaissances, la communaut des participants et la pratique partage.

    A community of practice is a unique combination of three fundamental elements: a domain of knowledge, which defines a set of issues; a community of people who care about this domain; and the shared practice that they are developing to be effective in their domain (p. 27).

    Le domaine de connaissances Cest le domaine de connaissances qui distingue l entreprise commune des individus de la communaut. Une entreprise commune ne se limite pas atteindre un objectif ou raliser un projet pralablement tabli, mais recouvre davantage les actions collectives dans ce quelles ont dimmdiat comme la ngociation, la rvision, la confrontation des positions, lapprentissage pour avancer dans la constitution dun produit commun, la faon de faire ensemble, de vivre avec les diffrences et de coordonner les ambitions respectives. Mieux il est dfini, plus fortement il inspire les membres et donne un sens leurs actions. Au cours du cycle de vie de la communaut, lentreprise commune voluera en fonction des enjeux nouveaux qui se prsentent, et des problmes ou sujets indits qui surgissent. La communaut des participants La communaut des participants se caractrise par lengagement mutuel de tous ses membres. Cet engagement se fonde sur la complmentarit des comptences, et sur la capacit de chaque membre mettre en lien ses connaissances avec celles des autres. Les

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    membres de cette communaut sont amens saider mutuellement, et la comptence qui consiste savoir aider et se faire aider est en ralit plus importante que le fait dtre capable de rpondre soi-mme toutes les questions. Les relations de cette structure sociale reposent sur la rciprocit, la confiance et louverture. La pratique partage Il sagit de llaboration des ressources qui constituent la base pour laction, la communication, la rsolution des problmes, la performance et la responsabilit. Chaque profession, chaque groupe, chaque communaut gnre des mots, des outils, des procdures, des gestes, des symboles, des concepts, des routines, des sentiments, du jargon, , ainsi que des valeurs et des rgles de fonctionnement que la communaut se propose de respecter. Ces artefacts rsultent de la pratique sociale, ils renforcent le sentiment dappartenance des membres, facilitent la constitution de lidentit de la communaut, gnrent des connaissances nouvelles et coordonnent lactivit. Dans un milieu de travail, lapprentissage dcoule de la participation la pratique sociale qui sy produit (Wenger 2005). Or, la pratique partage de Wenger (2005) est lorigine de la cration dune microculture de groupe qui constitue une base pour la ngociation de sens au sein dune communaut. A ce propos, citons Dillenbourg et al., (2003) selon lesquels : Le terme culture prend ici une connotation plus fonctionnelle quhistorique, en tant quadaptation du groupe une tche ou une mission (p. 15). CoP dcentralise ou dlocalise Wenger et al., (2002, p. 115) parlent de communaut de pratique distribue ou dlocalise lorsque les membres ne travaillent pas tous dans le mme lieu, nappartiennent pas ncessairement la mme administration, mais possdent comme fil conducteur, une mme pratique, une mme motivation ou encore expertise , qui est stratgique pour lorganisation prive ou publique. Wenger et al., (2002) crivent :

    Les CoP distribues ont besoin dun environnement diffrent de celui des autres communauts de pratique. Leur conception doit permettre lexpression de cultures, langages, organisations, modes de travail diffrents sans pour autant gner la cohsion et les changes dans lensemble de la communaut. Pour concevoir un environnement qui assure la fois la diversit locale et les changes globaux, on doit viter de traiter la communaut globale de manire monolithique. La communaut globale est forme de sous-communauts ou cellules. Une manire de se reprsenter les communauts distribues est de penser une structure fractale. La communaut globale a de nombreuses incarnations locales. Les membres dune communaut, avant dappartenir la communaut globale, font partie dune communaut locale. Il nest pas possible davoir une exprience directe de la communaut dans un groupe dune centaine de personnes. Par contre, si vous tes dans un groupe plus petit, cette sous-communaut vous permet dchanger avec dautres sous-communauts tout autant quavec la communaut globale (p. 125).

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    Nous allons reprsenter graphiquement, selon Wenger et ses collgues (2002, p. 127), la structure dune telle communaut ainsi dfinie.

    Figure n 4 : Structure dune communaut de pratique distribue Ds lors que les acteurs sont clats gographiquement, tous les changes, les interactions dans la communaut, les relations entre eux, passent par des artefacts dont les ordinateurs connects en rseau constituent les supports. Ce pont mdiatique (Peraya, 1994) est incontournable dans la situation distance, non seulement pour vhiculer linformation, mais aussi pour garantir la coordination et la production des ressources dans la communaut. Comprhension des facteurs dterminant le succs ou lchec dune CoP virtuelle

    Dans un article sur la participation une CoP virtuelle, Ardichvili, Page, et Wentling (2003) ont constat que le succs du bon fonctionnement de ce type de communaut nest possible quavec la participation dune grande partie de ses membres. Ces derniers doivent se sentir laise dans lutilisation du mdia choisi pour communiquer (forum, vidoconfrence, chat, ). De plus, ils ne doivent pas limiter leur participation lire, diter ou poster de linformation, du message, du document. Ils doivent galement savoir changer, poser des questions, demander de laide, de linformation, des ressources, prendre part aux activits proposes, , dans lespace communautaire virtuel.

    Dans ce mme article, les auteurs ont tudi les raisons qui motivent les membres participer la CoP virtuelle et les raisons qui empchent certains dentre eux dy participer. Ils ont tent de rpondre quatre questions (Ardichvili et al., 2003, p. 66) : 1. Quelles raisons motivent les membres dune CoP virtuelle partager leurs savoirs, leurs

    ressources ?

    2. Quels obstacles empchent les membres dune CoP virtuelle de collaborer ? 3. Pour quelles raisons les CoP virtuelles seraient-elles utilises comme source de gnration

    de nouvelles informations, de connaissances et de nouveaux savoirs ? 4. Quels obstacles empchent les membres dune CoP virtuelle de lutiliser comme source de

    nouvelles informations, de nouvelles connaissances et de nouveaux savoirs ?

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    A la suite de leurs recherches, Ardichvili et al., (2003, p. 69-71) sont arrivs aux conclusions suivantes:

    1. A la premire question, ces chercheurs rpondent que lenvironnement de la CoP virtuelle doit ncessairement faire sentir que les biens changs sont publics, appartiennent la communaut dans sa totalit, et ne constituent pas des biens individuels. Ensuite, sont confirmes les conclusions des travaux sur les CV de McLure et Faraj (2000, cit par Ardichvili et al., 2003, p. 69), selon lesquelles lchange est motiv par une obligation morale et par un intrt communautaire. Il ne se rduit pas un intrt individuel. Les membres chevronns ont besoin de se prouver quils sont devenus experts dans leur mtier. Lorsquun membre estime possder cette qualit, il ressentira avoir atteint une tape dans sa vie, et quest arriv le moment de donner en retour : partager son expertise, devenir mentor, etc.

    2. A la deuxime question, ils ont rpondu que, gnralement, certaines personnes ont peur que dautres peroivent comme non pertinents leurs changes, leurs participations. Se met en place llment peur de perdre la face 7 et crainte de ne pas rpondre aux attentes de ses collgues. Les individus ne matrisent pas toujours clairement les types dinformation changer. Ils ont besoin de savoir si les autres vont accepter leurs contributions. De plus, les nouveaux arrivants se sentent souvent intimids et considrent navoir pas encore obtenu