PÉTROLE OFFSHORE EN ARCTIQUE : DOIT-ON GELER LES ...

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    PTROLE OFFSHORE EN ARCTIQUE : DOIT-ON GELER LES INVESTISSEMENTS ?

    Dans lhistoire de lexploration offshore, lArctique apparat aujourdhui comme la dernire frontire pour les compagnies ptrolires. Cependant, la zone demeure un dfi majeur plus dun gard. Sur le plan oprationnel, la tendance montre que les compagnies oprent dsormais dans des zones de plus en plus risques. Sur le plan environnemen-tal, la fuite de ptrole fait figure de cygne noir . Sil est impossible den prvoir loccurrence, il est

    certain que ses consquences, seraient drama-tiques. Sur le plan politique, lextrme sensibilit des parties prenantes entrane un durcissement de la contrainte rglementaire. Ces facteurs se conjuguent et viennent remettre en question la rentabilit conomique des projets. Pour les inves-tisseurs, des questions importantes demeurent quant au niveau des risques auxquels sexposent vritablement les ptroliers dans cette rgion.

    INTRODUCTION

    Cyrille VecchiAnalyste ISR

    Jean-Xavier HeckerAnalyste ISR

    SOMMAIRE

    Cyrille Vecchi

    1 I Des projets dexploration toujours plus risqus 762 I Mare noire ou cygne noir ? 773 I Une contrainte rglementaire de plus en plus exigeante 784 I La gestion des risques malmne la rentabilit des projets 835 I Russie : focus sur un partenaire risqu 856 I Conclusion : une dmarche dengagement ncessaire 90 Bibliographie 91

    Fvrier 2014

  • //////// Ptrole offshore en Arctique //////// tude ////////

    1

    1 I Des projets dexploration toujours plus risqus

    Un risque oprationnel lev li aux conditions climatiques de la rgion

    LArctique exacerbe par la rigueur de ses conditions clima-tiques les risques lis au forage offshore et ncessite le dveloppement dun quipement adapt et renforc, que ce soit pour les navires, les plates-formes de forage ou mme les infrastructures ctires. Parmi les lments qui accentuent la difficult des activits, on trouve notamment :

    des conditions de transport extrmes avec des tem-ptes exceptionnellement fortes (les vagues en mer dOkhotsk peuvent atteindre 19 m) ; lexistence dun brouillard pais qui peut durer plusieurs mois ; et des tempratures atteignant - 40 C en hiver ;

    des risques lis la glace, que ce soit la banquise (lorsquelle se reforme) ou les icebergs la drive sus-ceptibles de mettre en danger, en un temps record, une structure de forage.

    Nanmoins, il serait trompeur de penser quun mme niveau de risque sapplique lensemble des projets dexploration et dexploitation en Arctique.

    Il ny a pas un Arctique mais des Arctiques

    Ces risques oprationnels ne sont en effet pas uniformes pour tous les projets. Ils dpendent essentiellement de la localisation gographique des rserves.

    Statoil, producteur intgr norvgien, propose une grille danalyse des risques des projets offshore arctiques en croisant le niveau daccessibilit technique des zones mari-times et la profondeur des eaux au niveau du forage, les deux principaux facteurs de risques pour forer en Arctique selon le ptrolier. Ces deux lments sont extrmement importants dans lvaluation de la faisabilit de tels projets et conditionnent le niveau technologique ncessaire pour les mener bien.

    Sur la base de cette grille, nous avons cartographi (voir schma 1) lensemble des projets dexploration et de pro-duction raliss en offshore dans les eaux arctiques partir des donnes projets communiques par les ptroliers, de la cartographie de laccessibilit de la rgion arctique de lIFPEN (2010) et de la maturit du projet :

    Production : gnralement dans des eaux ouvertes, faible profondeur (< 2013).

    Validation : dont la production est programme dans les prochaines annes (production en 2014-2020).

    Exploration : consistant rechercher les gisements identifis. Seuls des forages dexploration, activits extrmement risques, permettent de valider le poten-tiel en hydrocarbures (production post 2020).

    Les futurs projets sont en Arctique extrme

    Nous remarquons que lensemble des projets entrs en phase de production sont situs en conditions arctiques ex-ploitables avec les technologies disponibles ( lexception de Sakhalin1).

    Cependant, si le forage offshore en Arctique nest pas une activit rcente, la tendance montre que les entreprises prospectent dans des conditions de plus en plus risques pour accder de nouvelles ressources : plus de la moiti des projets dexploration recenss a lieu dans des conditions arctiques atteignable et extrme, combinant des profondeurs suprieures 1 000 m (conditions de deep offshore) et une accessibilit technique difficile des zones maritimes.

    Cette cartographie interpelle tout particulirement sur le niveau de risques oprationnels des projets dexploration suivants :

    les licences de prospection Ajurak et Pokak dans la mer de Beaufort canadienne, par la joint-venture entre BP, Exxon et Imperial Oil, opres par Imperial Oil ;

    les licences de prospection dans les mers de Kara et de Laptev russes, dtenues par les joint-ventures entre Rosneft et Exxon. En fvrier, les deux parties ont ajout de nouveaux blocs arctiques leur accord global. Exxon et Rosneft dbutent leur partenariat en mer de Kara. La JV nouvellement cre, Karmorneftegaz (Exxon 33,3 % et Rosneft 66,6 % dintrt), est toujours au stade de lacquisition sismique et prvoit les premiers forages en 2014. Exxon assumera les cots dexploration initiaux. Les activits en mer de Laptev suivront, les arrange-ments de la JV doivent encore tre finaliss.

    La prise de risque croissante de ces projets questionne tout naturellement la capacit des compagnies faire face une mare noire, linstar de celle lie lexplosion de la plate-forme Deepwater dans le golfe du Mexique, dont lampleur en termes de dgts environnementaux et financiers est dsormais grave dans les mmoires.

    La tendance montre que les entreprises prospectent dans des conditions de plus en plus risques pour accder de nouvelles ressources.

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    2 I Mare noire ou cygne noir ?Si lon constate que les compagnies ptrolires oprent dsor-mais dans des zones de plus en plus risques, il est difficile de prvoir avec exactitude la probabilit doccurrence dun sinistre. En dpit de tous les efforts de mitigation ralisables, il demeure impossible pour les socits de garantir le risque zro fuite. Cest pourquoi les mares noires de lArctique peuvent tre considres comme des cygnes noirs (Taleb, 2008), cest--dire des vnements dont la probabilit ne peut tre estime et dont les consquences ont une porte dvastatrice.

    Un cosystme hypersensible

    LArctique compte lun des cosystmes les plus riches du monde, dont la capacit de rsilience face un sinistre est extrmement faible (Lloyds & Chatham House, 2012). titre de comparaison, rappelons que limpact environnemental de

    la catastrophe de lExxon Valdez dans le golfe de lAlaska (dont lenvironnement prsente des caractristiques similaires celles de lArctique) est encore perceptible. Plus de vingt ans aprs, on continue de trouver du ptrole dans lcosystme, et certaines populations animales, comme la loutre de mer ou les orques, ne parviennent pas se repeupler. La question de leur survie demeure en suspens (Arctic Council, 2011).

    Un risque dimage important pour les first movers

    Une mare noire en Arctique serait synonyme de larrt dfi-nitif de lexploitation ptrolire et constitue pour lentreprise qui en portera la responsabilit, un risque dimage extrme-ment lev.

    Shell et Eni sont un stade avanc des ngociations et devraient tt ou tard commencer percer les forages de production, respectivement en Alaska et en mer de Barents.

    Skrugard /Havis2019 E

    White Rose2005

    Sakhalin-12000

    Asgard1999

    500 1 000 2 0001 500

    Mikkel2003 Snhvit2001

    Goliat2014 E

    Ormen Lange1997

    Bonna&Salina

    Extrme La ralisation des projets ncessiteun investissement R&D sur le long-terme

    Atteignable les projets sont supposspouvoir tre mis en place avec uninvestissement R&D moyen / long-terme

    Exploitable Les projets peuvent tre menssur la base des technologies existantes

    Profondeur de l'eauCanada Norvge Danemark tats-Unis

    Production de Gaz Exploration

    Newfoundland

    1

    4 5 6 7

    10

    11

    122

    3

    Acce

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    ite

    Diffi

    cile

    Production de Ptrole

    Russie

    Schma 1 : Cartographie des projets offshore en Arctique

    Pays Actifs Location Oprateur

    1 Canada Parcel NL 11-02-01 Bassin du Flemish Pass Statoil

    2 Canada Ajurak - Pokak Mer de Beaufort Imperial Oil

    3 tats-Unis 93 Blocks Mer de Chukchi Repsol

    4 Danemark Sigguk Block Mer de Baffin Cairn

    5 Danemark Tooq block 9 Mer de Baffin Maersk Oil

    6 Danemark Pitu block Mer de Baffin Cairn

    7 Danemark Anu & Napu Mer de Baffin Shell

    8 Russie Ust Oleneskiy Mer de Laptev Exxon ou Rosneft

    9 Russie Ust Lensky Mer de Laptev Exxon ou Rosneft

    10 Russie Severo - Karsky Mer de Kara Exxon ou Rosneft

    11 Russie East Prinovozemelskiy -1, 2 and 3 Mer de Kara Exxon ou Rosneft

    12 Russie Anisinsko Novosirbirsky Mer de Laptev Exxon ou Rosneft

    Sources : Mirova / Statoil.

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    De leur succs dpend lacceptabilit sociale de lindustrie ptrolire en Arctique. La socit civile, dautant plus vigi-lante dans le contexte post-Macondo actuel, et les popula-tions locales (