Mettre un terme à l'économie de pouvoir, rétablir l'économie de marché

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  • Mettre un terme lconomie de pouvoir, rtablir lconomie de march

    UNION EUROPENNE

  • Mettre un terMe lconoMie de pouvoir, rtablir lconoMie de March 2

    propos de lauteur :

    Gerhard Schick est un conomiste et politicien allemand. Schick adhre au parti Alliance 90/Les verts de-

    puis 1996 et a t lu membre du parlement allemand, le Bundestag, en 2005. Depuis 2013, il est le vice-

    prsident de la commission des finances du Bundestag. En outre, il est membre de lorgane parlementaire

    en charge du contrle des marchs financiers depuis 2008. Gerhard Schick dtient un doctorat en finance

    de lUniversit de Fribourg (Allemagne).

    Le texte original a t publi sous le titre Machtwirtschaft Nein Danke! Fr eine Wirtschaft die uns allen dient (conomie de pouvoir, non merci ! Pour une conomie qui nous rend service tous) chez Campus Verlag (Francfort, 2014).

    Publi par la Green European Foundation grce au soutien financier du Parlement europen en Dcembre 2015.

    La Green European Foundation (GEF La Fondation verte europenne) est une fondation politique europenne dont la mission est danimer le dbat au sein de la sphre europenne et dencourager les citoyens simpliquer davantage dans la politique europenne. La GEF nourrit les dbats sur les politiques et les stratgies europennes parmi les Verts mais aussi au-del de leur famille politique. Cette fondation se veut un laboratoire dides nouvelles ; elle propose une duca-tion politique transnationale et se prsente galement comme une plateforme de coopration et dchanges au niveau europen.

    www.gef.eu

    Coordination : Fiona Costello et Carlotta WeberTraduction : Anne-Catherine Reynolds

    Production : Micheline Gutman

  • 3Mettre un terMe lconoMie de pouvoir, rtablir lconoMie de March

    table des matires

    1 rsum 4

    2 notre conomie de pouvoir 52.1 pouvoir conomique concentr dans diffrents domaines 5 2.1.1 Tendances de concentration sur les marchs financiers 5 2.1.2 Pouvoir sur nos donnes personnelles 6 2.1.3 Aux sources de notre richesse 8 2.1.4 Le pouvoir des gants de lagroalimentaire 9

    2.2 le rseau mondial des multinationales 10

    2.3 une conomie de pouvoir nos dpens 12

    3 et a nest pas tout 133.1 lgislation antitrust 133.2 partenariat transatlantique de commerce et dinvestissement 14

    4 Que peut-on faire ? 164.1 Structures concurrentielles dans les divers secteurs 164.2 rgles intersectorielles 184.3 le ttip pas de cette faon ! 20

    5 une europe progressiste afin de faire reculer le pouvoir des grandes entreprises 20

  • Mettre un terMe lconoMie de pouvoir, rtablir lconoMie de March 4

    1. rsum

    Lcosystme de lconomie a bascul au cours des der-

    nires annes. Limage dune conomie de march prdo-

    mine encore dans nos esprits. Elle est enseigne dans les

    manuels scolaires et dcrite dans les discours politiques.

    Dans une conomie de march, cest la demande des clients

    qui dtermine ce qui est produit, et la libert de choix de

    ces derniers limite le pouvoir des entreprises. Ltat fixe

    des rgles et les met galement en pratique afin que ne sur-

    viennent pas deffets ngatifs indsirables, que les marchs

    puissent somme toute fonctionner et nchouent pas en rai-

    son dasymtries dinformation.

    Mais cela reprsente-t-il encore la ralit ? Selon moi,

    cela nest pas le cas. Les crises climatique, financire et de la

    rpartition de ces dernires annes ainsi que de nouvelles

    structures conomiques nous le montrent trs clairement :

    quelque chose va fondamentalement de travers. Notre co-

    nomie ne nous est plus destine, nous individus. Les be-

    soins des habitants du monde ne jouent presque plus aucun

    rle. Ce qui compte, ce nest plus lindividu, mais le pouvoir

    et largent. Cest pourquoi jappelle cet ordre conomique

    conomie de pouvoir . Dans ce systme conomique, le

    contrle sur la socit est progressivement rcupr par un

    petit nombre de multinationales. Ce nest plus la demande

    de la clientle qui commande les entreprises, mais les en-

    treprises qui commandent de plus en plus la demande de

    la clientle. Ces dernires nous persuadent mme dacheter

    des produits qui ne prsentent aucune des caractristiques

    que nous souhaitions. Dans la concurrence que se livrent

    les grandes entreprises au sein de cette conomie de pou-

    voir, la prestation au client est bien moins importante que le

    profit financier et le pouvoir conomique.

    Dans une conomie au sein de laquelle un petit nombre

    de grands consortiums est aux commandes de loffre, aucune

    marge nest plus laisse la diversit des produits. Les pe-

    tites entreprises et les initiatives locales sont prises la gorge.

    Juste quelques entreprises exclusivement axes sur le rende-

    ment empchent le dveloppement durable de tous.

    Que pouvons-nous donc faire ? En tant quindividus,

    nous ne sommes gure en mesure de nous opposer cette

    tendance en nous tournant vers de plus petits fournisseurs.

    Mme si nous le voulions, nous ne pourrions nous seuls

    pas vraiment faire face aux multinationales. Cependant,

    nous pouvons crer de nouvelles conditions favorisant

    lconomie de march lchelon politique. Les grands

    consortiums ont bien entendu peur de la concurrence.

    Sil ne tenait qu eux, ils feraient constamment en sorte

    quelle reste limite. Des rgles nationales et une politique

    efficace en matire de comptitivit doivent ainsi faire en

    sorte quun changement ait lieu. Nous avons de nouveau

    besoin dune vraie conomie de march afin de faire face

    aux consquences ngatives de lconomie de pouvoir.

    LEurope est le meilleur cadre pour cela. Pris isolment,

    les tats membres sont trop petits et compte tenu du mar-

    ch unique europen, ils ne sont absolument plus en me-

    sure non plus dagir dgal gal avec les multinationales.

    lchelon mondial, les interdpendances au niveau de la

    finance et de la production crent des systmes et des im-

    brications que les tats seuls ne peuvent plus rsoudre. Si le

    cadre juridique reste national, tandis que les consortiums

    transnationaux agissent au-del de toutes les frontires, les

    intrts de nous autres citoyennes et citoyens se retrouvent

    la trane. Une souverainet relle dans les questions rela-

    tives la politique conomique ne peut tre obtenue que

    si nous russissons mettre en uvre des rgles lchelle

    europenne contre lconomie de pouvoir.

    Cela est galement important pour des raisons co-

    logiques : lorsque de grosses socits de capitaux, dont la

    principale proccupation consiste accrotre la fortune

    des actionnaires, dtiennent le pouvoir, les questions co-

    logiques nont aucune chance dtre prises en considra-

    tion. Au contraire, toute offensive destine instaurer des

    garde-fous cologiques dans lconomie chouera face

    des lobbies tout-puissants. Toute tentative de gestion co-

    nomique alternative par de petites entreprises rgionales

    ou dans un esprit dconomie solidaire est rejete. Les so-

    lutions cologiques innovantes ne pourront gure simpo-

    ser si les dcisions relatives lavenir du march sont prises

    par les quelques directeurs des achats de grandes marques

    de commerce ou au niveau de plates-formes commerciales

    mondiales au pouvoir illimit. Le seul moyen de progres-

    ser vers une socit cologique pour le bien-tre de tous

  • 5Mettre un terMe lconoMie de pouvoir, rtablir lconoMie de March

    1 Voir Gischer, H., und Richter, T. (2011). Global Player im Bankenwesen: konomisch sinnvoll oder problembehaftet? Universitt Magdeburg, Faculty of Economics and Management, p. 3, http://www.fww.ovgu.de/fww_media/femm/ femm_2011/2011_12.pdf (1.10.2013).

    2 Haldane, Andrew und Robert May. (2011). Systemic Risks in Banking Ecosystems , Nature, Vol. 269, pp. 351-355. 3 European Central Bank. (2013). Banking Structures Report.

    http://www.ecb.europa.eu/pub/pdf/other/bankingstructuresreport201311en.pdf (14.11.2014).4 Riecke, T., Maisch, M., & Benders, R. (2010). Die Macht der Banken im Visier, dans : Handelsblatt Online, 8.4.,

    http://www.handelsblatt.com/unternehmen/banken/oligopole-strukturen-die-macht-der-banken-im-visier/3407126.html (1.10.2013).5 Fiorentino, E., & Herrmann, H. (2009). Effizienz und Wettbewerb im deutschen Bankensektor , Vierteljahrshefte zur Wirtschaftsforschung,

    78(1), pp. 114-126. Berger, A. N., & Hannan, T. H. (1998). The Efficiency Cost of Market Power in the Nanking Industry: A Test of the Quiet Life and Related Hypotheses . Review of Economics and Statistics, 80(3), pp. 454-465.

    2 notre conomie de pouvoir

    Nombreux sont ceux qui partent du principe que nous

    vivons videmment dans une conomie de march. On

    simagine que les marchs se fondent sur une intelligence

    collective . Ils rsument les dcisions de centaines de mil-

    liers dacteurs qui offrent, achtent et vendent diffrents pro-

    duits ou services sans se coordonner les uns avec les autres.

    Loffre et la demande dterminent les prix et la production

    par le biais de lagrgation dune multitude dinformations.

    La condition pour cela serait quaucun partenaire ne

    soit puissant au point de pouvoir drober leur libert de d-

    cision aux autres acteurs du march. Ds lors quun petit

    nombre dacteurs se concerte ou se retrouve par ses propres

    moyens en mesure dacqurir des avantages aux dpens

    dautres, cette reprsentation idale est viole. Lorsque, par

    exemple, un nombre restreint de gra