MÉDITATION D'UN CHEMIN DE CROIX À AUSCHWITZ-BIRKENAU

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    Fiche pdagogique n3.1

    MDITATION DUN CHEMIN DE CROIX AUSCHWITZ-BIRKENAU

    Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi mas-tu abandonn ? .

    Introduction

    Les mditations qui suivent se rattachent la tradition du Chemin de Croix de la paroisse polonaise de Brzezinka (en allemand : Birkenau). Par elles, nous voulons nous souvenir de ceux et celles qui furent assassins AuschwitzBirkenau par loccupant allemand.

    Croire Auschwitz, cest toujours aussi une lutte pour la foi. Notre foi en Dieu devient ici une recherche de Dieu, qui sans cesse se heurte la question : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi mastu abandonn ? Autrement, la prire Auschwitz nest pas du tout possible. Nous voulons comprendre cette mditation du Chemin de Croix comme une lutte : comme une recherche de Dieu et de ltre humain. Des phrases creuses seraient ici une offense aux victimes.

    Lorsque nous faisons le Chemin de Croix Auschwitz Birkenau, nous faisons spirituellement un double chemin : nous accompagnons des tres humains qui ont

    souffert ici et qui sont morts. Et nous accompagnons le chemin de souffrance et de mort de Jsus Christ, en croyant que le Christ a accompagn ici leur chemin dtres humains. Il nous guide sur le chemin vers les victimes, en solidarit avec elles : seuls, nous aurions probablement tendance fuir.

    Les stations du Chemin de Croix sont labores chaque fois de la manire suivante : dabord une citation biblique, suivie dun souvenir de la ralit du camp puis, en lien avec eux, quelques rflexions et une prire.

    Nous voulons commencer ce chemin spirituel avec le signe de la Croix : Au Nom du Pre...

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    1re STATION Jsus est condamn mort

    Comme ils se trouvaient runis en Galile, Jsus leur dit : Le Fils de lhomme va tre livr aux mains des hommes, et ils le tueront, et, le

    troisime jour, il ressuscitera. Et ils en furent tout consterns (Mt 17, 22sv).

    Souvenirs du camp : Le camp de concentration dAuschwitz a t cr en juin 1940, dabord pour des prisonniers de guerre

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    polonais, puis russes. Depuis 1942, le camp est devenu un lieu dextermination dtres humains, surtout de Juifs. Extermination massive, en srie, comme dans une usine. Ici ont t assassins environ 1 million de Juifs, 75 000 Polonais, 21 000 Sinti et Roms, 15 000 prisonniers de guerre, sovitiques ou autres. Celui qui arrivait Auschwitz ne savait en gnral pas ce qui lattendait. Les salutations daccueil du chef de camp Fritsch sont frquemment attestes : Vous ntes pas ici dans un sanatorium, mais dans un camp de concentration allemand do il ny a pas dautre issue que la chemine du crmatoire ! 1

    Mditation : Prions pour tous ceux et celles qui sont condamns mort, qui sont exclus de la socit, que personne ne veut accueillir, qui doivent tout simplement tre limins. Prions

    pour tous ceux qui doivent vivre et dont les rves de vie ont t dtruits : la situation politique ou les circonstances sociales les ont dpouills de leurs possibilits de vie, comme actuellement dans les rgions de guerre et de famine du monde.

    Prire : Seigneur JsusChrist, tu as dit : Dans la mesure o vous lavez fait lun de ces plus petits de mes frres, cest moi que vous lavez fait (Mt 25, 40). Dans la mesure o vous ne lavez pas fait lun de ces plus petits, moi non plus vous ne lavez pas fait (Mt 25, 45). Aidenous le comprendre toujours plus profondment.

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    1 Danuta Czech, Kalendarium der Ereignisse im Konzentrationslager AuschwitzBirkenau 19391945, Reinbek 1989, p. 36.

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    2me STATION Jsus est charg de sa Croix

    Et il sortit, portant sa Croix, et vint au lieu dit du Crne ce qui se dit en hbreu Golgotha (Jn 19, 17).

    Souvenirs du camp : Tadeusz Borowski tait, comme prisonnier, dans un dtachement qui devait trier les bagages larrive des convois de dtenus la rampe. Aprs la guerre, il dcrit ainsi la situation dans lune de ses nouvelles : Cependant sur le quai, la foule stait runie, bruyante. Les travailleurs de force staient partags les groupes [...]. Des motocyclettes amenaient des sousofficiers SS. [...] Ils se gratifiaient du salut gouvernemental, tendaient le bras la romaine, changeaient de chaleureux sourires, parlaient des lettres, des nouvelles de la maison [...].

    Voil le transport, fit quelquun, et tous se levrent. Derrire le virage apparurent des

    wagons de marchandise : le train avanait en marche arrire [...]. Par les petites lucarnes grillages, on apercevait des visages chiffonns, ples, mal rveills, bouriffs : des femmes effarouches, des hommes [...]. Cest alors que dans les wagons quelque chose dhumain commena gronder et rsonner contre les parois de bois.

    De leau ! De lair ! Des appels sourds et dsesprs partirent ... Les cris et les rles se

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    faisaient toujours plus forts. [...] Also los ! Au travail !

    Les verrous cliquetrent, on ouvrit les wagons. Une vague dair frais sabattit lintrieur, frappant les gens comme une bouffe de fume. Meurtris, comprims par une effroyable quantit de bagages, de valises, de mallettes, de malles, de sacs a dos, de ballots de tous genres (ils trainaient tout ce qui tait devenu leur ancienne existence et devait fonder la nouvelle) 2.

    Mditation : Nous voulons tourner notre regard vers ceux qui ont impos la croix aux autres, les auteurs. Le plus bouleversant Auschwitz, cest de concevoir, de comprendre combien ils taient souvent normaux. Trs peu seulement taient tout fait anormaux.

    De quoi alors une personne humaine normale estelle donc capable ?

    Prire : Prions pour les bourreaux, ceux dautrefois et ceux daujourdhui, pour ceux qui chargent les autres de la croix de leur gosme, de leur duret de cur, de leur injustice. Prions pour nousmmes. Combien vite sommesnous prts vouloir liminer de notre monde ceux que nous trouvons difficiles ; combien vite quelquun est mort pour nous. Combien indiffrents sommesnous face aux victimes du monde. Donnenous, Seigneur, la grce de la repentance. Seigneur, prends piti !

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    2 Tadeusz Borowski, Le Monde de Pierre, traduit du polonais par Erik Veaux, CalmannLevy 1964, p.103, 104, 105.

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    3me STATION Jsus tombe pour la premire fois

    Ravag, prostr, bout, tout le jour, en deuil, je magite. Le cur me bat, ma force mabandonne, et la lumire mme de mes yeux. Amis et compagnons scartent de ma plaie, mes plus proches se tiennent distance ; ils posent des piges, ceux qui traquent mon me, ils parlent de crime ceux qui cherchent mon malheur, tout le jour ils ruminent des trahisons (Ps 38, 7.1113).

    Souvenirs du camp : Dans la nouvelle de Tadeusz Borowski, un prisonnier, mort de fatigue par le travail et les vnements horribles la rampe, dit son ami :

    coute, Henri, sommesnous des hommes bons ?

    Pourquoi cette question idiote ?

    coute, mon vieux, il monte en moi une haine incomprhensible pour ces gens qui je dois dtre ici, et qui vont au crmatoire. Si la terre pouvait souvrir sous leurs pieds ! Mais je me jetterais sur eux les poings tendus. Cest pathologique, je crois, mais je ne peux pas comprendre.

    Au contraire, cest normal, prvu, calcul.3

    Mditation : Jsus tombe sous la Croix. Auschwitz, beaucoup sont tombs sous le poids de la croix qui, l, leur fut exige de

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    porter. La souffrance physique ntait pas le pire, mais bien la faillite humaine. Souvent la rivalit entre les dtenus dans la lutte pour la survie tait si grande, quil tait difficile de rester solidaire. Une survivante a dit : Avec une faim pareille, pour partager un morceau de pain, il fallait tre un saint. Ctait plus difficile que daller la chambre gaz. Mais de tels hommes, de telles femmes existrent .4

    Prire : Nous prions pour ceux et celles qui ont vcu cet enfer et qui se sont aussi effondrs moralement, qui commencrent, au dpend des autres, ne plus voir queux

    mmes, qui neurent pas assez de force pour rester humains. Pardonneleur, Seigneur, et pardonnenous aussi quand nous vivons la faillite de notre vie et perdons confiance en toi.

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    3 Tadeusz Borowski, Le Monde de Pierre, traduit du polonais par Erik Veaux, p. 110.

    4 Zofia Pohorecka. De mai 1943 janvier 1945, dtenue clans le camp des femmes ; elle a vcu ensuite Owicim o elle est dcde le 5 janvier 2005.

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    4me STATION Jsus rencontre sa mre

    Vous tous qui passez par le chemin, regardez et voyez sil est une douleur pareille la mienne, la douleur qui me tourmente, dont le Seigneur ma afflige (Lm 1, 12).

    quoi te comparer ? quoi te dire semblable, fille de Jrusalem ? Qui pourra te sauver et te consoler, vierge, fille de Sion ? Car il est grand comme la mer, ton brisement, qui donc va te gurir (Lm 2, 13).

    Souvenirs du camp : gauche du portail principal Auschwitz iI stendait, depuis 1942, le camp des femmes de diffrentes nationalits. Jusquen mai 1943, tous les enfants ns dans le camp taient tus de manire cruelle : la plupart du temps on les noyait dans un tonneau.

    Mditation : Une Polonaise, Elzbieta Piotrowska, a intitul son pome Linterrogatoire :

    Enfants, qui vous a assassins ? Des humains ! Quels humains taientils ? Avaientils des visages de fantmes ? Avaientils des yeux de btes ? Ctaient des tres humains

    ordinaires, des humains pareils aux autres, avec des yeux et des dents, tout ce quil y a de plus humain. Peuttre quun volcan les a fait natre ? Peuttre navaientils pas de mres ? Des mres humaines ont fait natre ces humains. Navaientils pas denfants ? Oui, ils avaient des enfants, ils leur ont crit des lettres. Ils leur ont envoy des paquets avec des petits souliers. Comment ces humains vous ontils tus ? Ils nous ont asphyxis avec du gaz, mis dans le feu, briss contre un mur