Mark Fisher Parce Que c Etait Toi

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Extrait distribu par Livresquebecois.com

Extrait de la publication

Collection dirige par A n n e - M a r i e Vi l l e n e u v e

Du mme auteur chez Qubec AmriqueLa Femme rousse, 2006. Le Millionnaire, Tome 3 Le Monastre des millionnaires, 2005. Miami, 2005. Le Millionnaire, Tome 2 Un conte sur la Magie de lEsprit, 2004. Le Vendeur et le Millionnaire, 2003. Conseils un jeune romancier, 2000. Le Cadeau du millionnaire, 1998. Les Hommes du zoo, 1998. Le Millionnaire, Tome 1 Un conte sur les principes spirituels de la richesse, 1997. Le Livre de ma femme, 1997. Le Golfeur et le Millionnaire, 1996. Le Psychiatre, 1995.

Parce que ctait toiROMAN

Catalogage avant publication de Bibliothque et Archives nationales du Qubec et Bibliothque et Archives Canada Fisher, Marc, Parce que ctait toi (Tous continents) ISBN 978-2-7644-0735-6 I. Titre. II. Collection : Tous continents. PS8581.O24P37 2010 C843.54 C2009-942706-0 PS9581.O24P37 2010

Nous reconnaissons laide financire du gouvernement du Canada par lentremise du Fonds du livre du Canada pour nos activits ddition. Gouvernement du Qubec Programme de crdit dimpt pour ldition de livres Gestion SODEC. Les ditions Qubec Amrique bnficient du programme de subvention globale du Conseil des Arts du Canada. Elles tiennent galement remercier la SODEC pour son appui financier.

Qubec Amrique 329, rue de la Commune Ouest, 3e tage Montral (Qubec) Canada H2Y 2E1 Tlphone : 514 499-3000, tlcopieur : 514 499-3010 Dpt lgal : 1er trimestre 2010 Bibliothque nationale du Qubec Bibliothque nationale du Canada Projet dirig par Anne-Marie Villeneuve Rvision linguistique : Luc Baranger et Cline Bouchard Conception graphique : Nathalie Caron Montage : Karine Raymond Photographie de la couverture : Photocase Rimpression : mai 2010 Tous droits de traduction, de reproduction et dadaptation rservs 2010 ditions Qubec Amrique inc. www.quebec-amerique.com Imprim au Canada

MARC FISHER

Parce que ctait toiROMAN

QUBEC AMRIQUE

Un merci tout spcial tous ceux qui mont aid dans la confection de ce livre, et tout spcialement Anne-Marie Villeneuve, qui a t parfaite. Que dire de plus ?

Aux femmes de ma vie et la chance, qui ma toujours souri ! M.F.

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autres que moi en auraient peut-tre fait un roman, mais je nai pas ce talent. Aussi, ce que vous allez lire en ces pages que je dicte pour la plupart sur mon Panasonic RR-US395 miniature est-il le simple procs-verbal de ma vie conjugale, de mes erreurs et de leurs consquences. Je mappelle Albert Berlitz, je suis avocat, jai quarante-deux ans et je suis mari depuis huit ans Lydia Lester. Nous avons un petit garon de cinq ans, Jacques, que ma femme a eu sur le tard, comme cen est la mode aujourdhui : elle a le mme ge que moi. Lorsque je suis tomb follement amoureux delle, elle avait dj une fille dune premire union, Tatiana, qui aujourdhui avoue seize printemps. Voil, en bref, la composition de notre petite famille. Qui tait sur le point dclater. Pourtant, vu de lextrieur, notre mariage semblait parfait, et, jen suis sr, faisait envie la plupart de nos amis, car nous tions de lavis de tous un beau couple. Mais nous, les principaux intresss, nous savions. Nous savions la vrit sur notre couple : depuis un an, nous tions en chute libre. Ctait notre secret honteux.

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Car personne naime faire la publicit de son malheur, chacun prfre jouer le jeu le plus longtemps possible, pour sauver les apparences. Comment expliquer ce qui nous est arriv et qui arrive tant de couples ? Peut-tre la raison de notre infortune amoureuse est-elle toute simple, et bien banale : nous nous sommes maris trop vite, peine trois mois aprs notre rencontre, sans vraiment nous connatre Mais comment aurais-je pu rsister Lydia ? Elle avait tout pour me plaire. Magnifique blonde aux yeux bleus, mince, toujours lgante, elle tait brillante et drle, avec de surcrot de fort beaux seins : jtais combl. Car le seul dfaut que jaurais pu lui reprocher, jen tais moi-mme afflig : elle tait avocate ! Et puis elle tait libre comme lair, tout comme moi, enfin peuttre un peu moins que moi, car elle avait la garde de la petite Tatiana, qui avait huit ans. Et bien sr elle avait un ex. On en a tous, des ex, pour peu quon ait vingt ans, mais lex de Lydia tait moins son ex que je lavais dabord cru. a, jallais lapprendre aprs , comme il arrive souvent en amour : on ne pose pas assez de questions avant , ou on ne pose pas les bonnes peut-tre parce quon prfre ne pas connatre les rponses ! Est-ce langoisse insupportable de la solitude qui nous rend si tourdis ? La solitude que le mariage ne gurit pas toujours. Dans le prologue de LAntchrist, Nietzsche crit : Il faut, pour me comprendre [] une exprience des sept solitudes. Je nai pas retrouv ailleurs cette expression, les sept solitudes , ni sa signification, mais sa beaut mystrieuse ma frapp. Et je nai pas pu mempcher de penser que si le gnial philosophe avait t mari, il aurait peut-tre parl des huit solitudes. En tout cas, depuis un an, Lydia et moi nous nous sentions seuls, quand nous tions seuls ensemble.

Nous ne nous parlions presque plus, et lorsque nous nous parlions, ctait la plupart du temps pour nous dire des banalits ou nous disputer. Pourtant, au dbut, nous pouvions bavarder pendant des heures. De nos projets, de nos rves, des enfants, des romans que nous lisions, parfois quatre mains, car nous sommes tous les deux fous de littrature. Cette priode idyllique me semble si lointaine, oui, si tristement lointaine. Aussi multipliions-nous les rceptions et ne refusions-nous presque aucune invitation, pour viter la solitude deux, pour nous tourdir avant la fin. Que nous sentions inluctable. Et mme l, nous trouvions le moyen de nous quereller. Prenez lautre jour, par exemple, un magnifique samedi ensoleill du mois davril. Nous nous prparions recevoir quelques amis. Lydia a dit, en dfaisant les sacs dpicerie que je venais de poser sur nos comptoirs de marbre aussi froids que notre mariage : Est-ce que tu as achet le jambon de Parme, je ne le trouve pas ? Le jambon de Parme ? Mais tu ne mavais pas demand den acheter. Je te lai mme rpt par deux fois pour tre sre que tu y penserais. Mais tu ne mas pas entendue, pas plus quil y a trois secondes quand je tai pos la mme question. Jai sourcill, mdus, et Lydia a aimablement ajout : On dirait que tu es sourd comme ton pre. Dailleurs je me demande si tu nas pas un vrai problme daudition, tu devrais te faire examiner. Pourquoi faut-il, dans un couple, en tout cas dans le mien, que lorsquon insulte lautre, on prenne presque toujours soin au passage dcorcher aussi ses amis, sa famille, son ex ? Quand on engueule un collgue, un employ, un ami, on ne lui dit pas : Tu es comme ton frre, ou ta mre ! Parfois jai limpression que ma femme cherche tous les prtextes pour me faire suer. On dirait que cest son plan A, son plan B tant de faire exactement la mme chose jusqu puisement des stocks de ma patience !

Jai failli me lancer dans une joute verbale, mais je me suis arrt, tourdi par mes propres penses. Et je me suis dit, a va durer combien de temps, comme a, je veux dire, cette guerre psychologique ? Quand se dit-on : cest fini, je tire ma rvrence, je ne peux plus, je ne veux plus, notre amour est mort, plus que mort, incinr, et ses cendres se sont depuis longtemps parpilles au vent des disputes et de lennui ? Cest quoi, la goutte qui fait dborder le vase, le point de nonretour au-del duquel on ne peut plus revenir en arrire ? Et nous, je veux dire bien sr Lydia et moi, notre persvrance, pour ne pas dire notre obstination amoureuse, nest-elle pas aussi absurde, aussi inutile court terme que lacharnement thrapeutique quon exerce sur les grands malades, qui finissent quand mme par mourir, seulement trois jours, trois semaines plus tard ? moins que ce soit juste une autre forme damour, comme une plante rare notre poque si presse de tout jeter. Oui, une autre forme damour, trange, ai-je envie de dire, mais relle, et en tout cas inconnue pour nous, Lydia et moi. En effet ni lun ni lautre navons eu prcdemment de relations qui ont dpass trois ou quatre ans Jai envie dajouter, cyniquement : et je comprends maintenant pourquoi ! Jai pris une grande respiration zen, et jai dit : Daccord, je vais retourner lpicerie. Comme un bon mari, je me suis docilement inform : Jen prends combien, des tranches de jambon ? Elle a rpondu : On a six invits, fais le calcul toi-mme ! Elle est charmante, quand elle fait un petit effort ! Dans la voiture, jai pens : ce quelle peut me fatiguer ! Mais tout de suite, je me suis dit, il faut tre lucide et juste, quand mme, cest normal, elle aussi est fatigue. De moi. De nous. Nous sommes quittes, en somme, et sur le point de nous quitter !

Il faudra un miracle, oui, un vritable miracle pour viter la sparation. la premire page du Quatuor dAlexandrie, Lawrence Durrel fait dire son admirable narrateur : [] je reviens vers la ville o nos vies se sont mles et dfaites, la ville qui se servit de nous, la ville dont nous tions la flore, la ville qui jeta en nous des conflits qui taient les siens et que nous imaginions tre les ntres ; bien aime Alexandrie ! [] Cest la ville qui doit tre juge ; mais cest nous, ses enfants, qui devons payer le prix. Outremont, o nous habitons depuis notre mariage, a des dfauts, certes toutes les villes en ont , mais on ne peut laccabler de ce vice. Enfin, je nai pas de statistiques ce sujet, mais il ne me semble pas quon y divorce plus quailleurs. Mais nest-il pas possible que, de mme quune ville peut instiller en ses habitants le germe fatal de la discorde conjugale, ce soit une poque, qui tienne ce rle dltre ? Chose certaine, cest lhcatombe autour de moi, presque tous les couples que je connais tombent. Et ceux qui ne tombent pas chancellent ou saccrochent par toutes sortes de thrapies drisoires dans lultime espoir