LUXEMBOURG CREATIVE 2015 2/2 : Création culturelle et tourisme

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    Photo 1

    Le Festival International des Arts de la Rue de Chassepierre ne peut tre considr de prime abord comme une attraction touristique et encore moins comme un vnementiel mais doit tre envisag plutt comme un acte culturel. Une manifestation culturelle qui depuis 42 ans unit traditionnellement les forces vives de tout un village, des artistes venus des 4 coins du monde et des bnvoles passionns qui viennent, eux, des 4 coins de la Belgique.

    Et puis Chassepierre, cest aussi un public (photo 2) de 25 30 000 personnes qui chaque anne, se dplacent dans ce village de 200 mes. Un public local, national et international qui bnficie des capacits daccueil de Florenville et de ses environs. Beaucoup profitent des jours davant ou daprs le festival pour dcouvrir les richesses naturelles et patrimoniales qui font la spcificit et lattrait de ce pays rural.

    Comme vous le voyez, la russite du culturel se rpercute largement sur le tourisme et lconomie de toute une rgion.

    Le Festival de Chassepierre runit ces diverses composantes dont la rencontre paraissait improbable, je veux parler des habitants, des artistes, des bnvoles et du public. Et toutes ces composantes se sont avres indispensables pour donner cette vraie manifestation culturelle lenvergure et le retentissement quelle a aujourdhui.

    Cette manifestation culturelle a de nombreuses particularits qui la distinguent de ses semblables. Elle sest fonde dans la dure puisque Chassepierre est le plus vieux festival des arts de la rue en Europe. Cette manifestation est galement devenue au fil des ans le plus important festival de rue de la Fdration Wallonie-Bruxelles. Et puis surtout, cette manifestation culturelle est unique en son genre puisquelle concerne une espce artistique en voie dapparition dans les annes 70, une espce artistique a priori urbaine mais qui dans ce petit village du bout de la Gaume a trouv lcrin naturel qui lui convient. Cette ampleur, cette dure, cette transposition dun art fait pour la ville dans la ruralit, a fait la fiert dun village. Mais son succs est d principalement lexistence dun esprit qui na dquivalent nulle part ailleurs.

    Cest un esprit dchange, de respect, de solidarit et daccueil qui trouve sa source dans les festivals folk du dbut des annes 70 comme Champs

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    la Rivire (photo 3), prs de Bastogne, ou le Temps des Cerises, labbaye de Floreffe, l o aujourdhui se droule le festival Esperanzah. A lpoque, Bernard Gillain, lanimateur radio, et des chanteurs comme Jofroi ou Julos Beaucarne ont ressenti le besoin dinscrire la posie dans le terroir. Ils avaient compris que ce public des campagnes est bien souvent relgu dans les oubliettes de la culture par les grands dcideurs mais quil est aussi trs demandeur.

    Cest prcisment cet esprit-l, cet esprit qui consiste mettre la culture porte de la ruralit que jai eu envie dimplanter dans la rgion quand, en 1976, jai t engag par le Foyer Culturel de la Moyenne Semois, qui sest agrandi aujourdhui pour devenir le Centre Culturel du Beau Canton. Il y avait dj Chassepierre. Je veux dire que le festival de Chassepierre existait dj depuis deux ans. Cest la potesse Marie Fizaine qui lavait cr. Ce ntait pas une manifestation dart de rue mais une runion de potes (photo 4 1re affiche). Il y avait entre autres Georges Linze, Francis Andr, Yvon Zondag ou encore Jean-Pierre Bissot, lactuel directeur du Gaume Jazz Festival. Le choix de Chassepierre stait impos Marie Fizaine presque logiquement. Le village, le charme de ce village, appelait sur lui la posie. Tout se droulait autour de lglise, cette belle glise du dbut du 18me sicle qui lui donne une bonne part de son identit. Il y avait des lectures de pomes, bien entendu, mais aussi la messe des artistes, le bal et le repas pris en commun. Figurez-vous qu cette occasion, il avait t prvu de rgaler les convives de 100 kg de riz complet. En fin de journe, il en restait 90 dans les casseroles en cuisine. Personne ne connaissait cette trange nourriture. Personne na donc voulu se risquer en consommer.

    Mais au-del de cette anecdote amusante, je voudrais vous faire comprendre que tout na pas t facile au dbut puisque la plupart des portes des villageois sont restes fermes devant larrive de cette poigne de potes. Lanne suivante dj beaucoup de portes vont souvrir. Deux ans plus tard, quand le premier artiste de rue va se produire Chassepierre, les habitants viendront sa rencontre.

    Ce premier artiste de rue sappelait Prosper (photo 5). Le Pre Prosper. Il parcourait les rues du village et haranguait les gens. Il bousculait leurs certitudes en leur parlant de manire humoristique de la royaut ou en critiquant le gouvernement, ce qui lpoque et dans ce milieu assez

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    conservateur tait une nouveaut. Ce ct piquant tait tempr par une grande gentillesse de lartiste. Le Festival a su conserver travers 4 dcennies cet aspect, je ne dirais pas provocateur, mais plutt cette fonction dinterpellation. Parce que lart, je le pense, est l pour muer les convictions en questions. A partir de ces premires annes, lesprit qui fait la particularit de Chassepierre a subsist, un esprit de famille et dchange qui se manifeste notamment tous les dimanches du festival par le verre de lamiti qui rassemble dans la prairie les habitants, leurs amis et tous les gens qui sont lis au Festival. Le Festival, travers toute son expansion, malgr les milliers de visiteurs et son succs prsent, ne sest donc jamais loign de ses racines. Elles sont son soutien et elles assurent la croissance de larbre aux ramures multiples quil est devenu.

    Tout na pas t simple, je vous lai dit. Le village ne sest pas ouvert demble des gens qui lui apparaissaient comme des trangers. Mais certaines personnes ont contribu cette ouverture. Des habitants dont la parole tait respecte et coute dans ce monde paysan aux usages encore trs traditionnels il y a une quarantaine dannes. Je pense ici au cur qui vendait son vin la table des artistes mais surtout cet homme que vous voyez sur cette photo aux cts du Pre Prosper. Il sappelait Hubert Antoine. Il tait la fois trsorier au Centre Culturel, vtrinaire et insminateur. Il avait donc accs aux intrieurs des fermes et aux esprits des agriculteurs. Dailleurs les gens laccueillaient comme sil faisait partie de leur famille. Ils lappelaient trs familirement et trs amicalement LHubert . Eh bien LHubert a fait fconder dans les esprits pas mal dides nouvelles qui ont littralement ouvert des portes ce qui jusque-l leur semblait original ou bizarre, ce qui aurait suffi tre un objet de rejet dans un village aussi isol que ltait Chassepierre lpoque. Cest grce de telles personnes, dvoues la culture et leur travail dans lacampagne, que le village a accueilli en son sein les diverses formes dexpression artistiques qui lui taient proposes, en particulier les arts de la rue, mais aussi les plasticiens et les artisans de cration.

    Ce type dartisanat, lartisanat de cration (photo 6), en tait ses dbuts. Alors que les marchs fermiers et les articles artisanaux sont trs la mode maintenant, Chassepierre a une fois de plus jou le rle de prcurseur. Les artisans slectionns (photo6) prsentaient des objets

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    confectionns partir de matires nobles et naturelles dans un souci dauthenticit.

    Oui, lauthenticit. Lauthenticit, cest une autre de ces valeurs qui ont fait du Festival de Chassepierre ce quil est. Lauthenticit, cest ce qui fait reposer tout ldifice de la manifestation sur les habitants du village. Ils ont dabord fond leur propre Comit des Ftes en 75-76, puis, en 1986, pour se rendre autonomes par rapport au Foyer Culturel local, ils se sont organiss en ASBL. Pour la prsider, le choix sest port sur Marc Poncin (photo 7). Il en est toujours le prsident aujourdhui, ce qui illustre bien cette continuit et cette fidlit dans ladaptation et dans lvolution qui font la force du Festival de Chassepierre.

    Aprs la dixime anne de ce qui sappelait la Foire aux Artistes et pas encore la Fte ni le Festival, il restait dans les caisses de la nouvelle association 11 000 francs belges, soit environ 275 (photo 8). Une somme drisoire bien sr. Mais ctait largent du village et plus celui dune autre structure. Ce montant maigrelet na pas empch le Comit de dcider de poursuivre lexprience et de voir o elle mnerait. Cette autonomie dans la gestion de la manifestation allait quant moi mobliger prendre une dcision trs importante. Aprs avoir dmissionn de mon emploi danimateur au Foyer Culturel pour me consacrer la direction du tout nouveau Centre dArt Contemporain du Luxembourg Belge que javais mis en place, le comit de Chassepierre ma demand de lpauler comme directeur artistique avec le statut dindpendant, ce que jai accept bien volontiers.

    (photos 9, 10, 11)

    Jaimerais en quelques mots voquer devant vous ce Centre dArt trs particulier. Le Centre dArt Contemporain existe maintenant depuis plus de trente ans avec pour mission, la diffusion et lintgration des arts plastiques contemporains en milieu rural. Pendant des annes, le centre a t nomade. Cest ainsi quil organisait ses manifestations dans diffrents sites patrimoniaux et touristiques de la province du Luxembourg. Labbaye dOrval ou encore le village du Livre de Redu par exemple.

    Il sest ensuite sdentaris. Il a trouv refuge dans un premier temps la Grange du Faing Jamoigne pour ensuite tre oblig de la quitter aprs une rorientation dans la politique culturelle locale. A la suite de certaines

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    dcisions communales, le centre sest senti indsirable.

    Cette incompatibilit a eu dheureuses consquences puisque, depuis 8 ans maintenant, le centre dart dveloppe ses activits sur un site qui allie lart, la nature et le patrimoine. Cest le site magnifique de Montauban, prs du village