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  • Louis Berlioz, pionnier de l'acupuncture *

    par le Dr Patrick TAILLEUX

    En 1776 naissait Louis Berlioz, auquel la postrit reconnat une double paternit : celle d'Hector Berlioz et celle, presque mconnue, de l'acupuncture en Occident. Aussi novateur d'esprit que rserv de carac-tre, le docteur Berlioz, le premier, appliqua l'acupuncture sa pratique quotidienne. Il fut, de ce fait, l'origine de l'immense mais phmre succs que connut l'acupuncture au XIXe sicle.

    Se contentant jusqu' prsent d'une modeste place dans l'histoire de la musique, il convenait de donner au docteur Berlioz celle laquelle il a droit dans l'histoire de la mdecine.

    Dans les ra res Histoires de la mdecine o figure le nom de Berlioz, il est invar iablement suivi de la ment ion : mdecin franais, p re du composi-teur , ce qui n 'est cer tes pas le moindre de ses mr i tes . Mais can tonner Louis Berlioz au rle d' i l lustre gniteur, c'est ignorer le rle fondamental qu'il exera, non seulement comme duca teur pour son fils, mais galement comme mdecin p rcurseur de l 'hydrothrapie et sur tou t de l ' acupuncture .

    Louis Berlioz, n en 1776, dans la pet i te ville dauphinoise de La Cte Saint-Andr est issu d 'une famille de bourgeois tablie dans le pays depuis prs de qua t r e sicles. Son pre , Louis Joseph Berlioz, h o m m e sanguin et plutt tyrannique, r iche propr i ta i re terr ien, avait fait for tune dans les tanneries dont il avait acquis le quasi-monopole dans la rgion de La Cte Saint-Andr. Auditeur la Chambre des Comptes du Dauphin, exemple du notable bourgeois de la fin de l'Ancien Rgime, il fit de surcro t ce

    * Communication prsente la sance du 22 fvrier 1986 de la Socit franaise d'histoire de la mdecine.

    ** 12, rue Dumont-d'Urville, 76000 Rouen.

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  • qu'il tai t convenu d 'appeler un bon mariage avec sa cousine Esprance Rober t . De cette union naqui t t rois ans plus t a rd Louis Berlioz, leur deuxime fils. Son frre an tait dj m o r t depuis un an, et cinq de ses frres cadets m o u r u r e n t en naissant .

    Le pet i t Louis, rescap de cette vri table hca tombe, n 'hr i ta pas pour au tan t la sant p resque provocante de son pre . Frle, pour ne pas dire maladif, d 'une t imidi t confinant au repl iement , Louis t raversa en les subis-sant les comba t s de son pre et les r emous de la Rvolution.

    A La Cte-Saint-Andr, celle-ci ne fut p o u r t a n t pas sanglante et si l 'oncle Claude Berlioz, cur de la paroisse, ne du t souvent son salut qu ' la fuite vers la Suisse, ce qui ail leurs fut une tou rmen te rvolut ionnaire ne fut dans cet te paisible bourgade dauphinoise qu 'un gros orage ; tout au plus La Cte-Saint-Andr fut-elle rebapt ise La Cte-Bonne-Eau.

    Pendant ce temps , le j eune Louis se nourr issa i t de Condillac et de Jean-Jacques Rousseau, lectures qui m a r q u r e n t profondment l 'adolescent rveur qu'il tai t devenu.

    C'est donc tout na ture l lement por t p a r l 'a l t ruisme de ces ma t res et de son carac t re qu'il aborde les tudes mdicales vers sa vingtime anne. Il se mar ia , encore officier de Sant, vingt-six ans, avec Mademoiselle Marmion, fille d 'un avocat du Par lement de Grenoble, demoiselle distingue et mondaine , mais de personnal i t rigide, despot ique et plutt exalte.

    En dcembre 1802, Louis Berlioz fit un aller et r e tour Paris, le t emps d ' t re reu mdecin le 26 Fr imaire an XI.

    Presque un an plus tard, Madame Berlioz mit au monde un garon qu 'on p r n o m m a Hector .

    Instal l La Cte-Sainte-Andr, le docteur Berlioz se consacre la clientle avec une a rdeur l imite. Sa for tune personnel le ajoute un manque relatif d 'ambit ion, font de lui un mdecin obligeant et chari table , dvou aux pauvres qu'il soigne, mais peu soucieux d 'accumuler les actes qu 'on lui paie pour t an t honorab lement (ainsi prenait-il deux francs pour une visite, ce qui pour l 'poque et la province tait fort convenable).

    Praticien honor , h o m m e cultiv, ouvert aux ides nouvelles, le docteur Berlioz assume seul l 'ducation de son fils. Peu actif, son indolence en imposerai t pour de la paresse . Sa t imidi t et son d tachement phi losophique, jo ints la prsence d 'une femme chaque jou r plus vindicative et irascible expliquent en fait cette a t t i tude .

    Laissons ce sujet par ler Hector Berlioz qui, dans ses Mmoires, le dpeint avec une certaine jus tesse :

    ...Mon pre tait mdecin. Il ne m'appartient pas d'apprcier son mrite. Je me bornerai dire de lui : il inspirait une trs grande confiance, non seulement dans notre petite ville, mais encore dans les villes voisines.

    ... Il a toujours honor ses fonctions en les remplissant de la faon la plus

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  • dsintresse, en bienfaiteur des pauvres et des paysans, plutt qu'en homme oblig de vivre de son tat.

    Un concours ayant t ouvert en 1810 par la Socit de mdecine de Mont-pellier sur une question neuve et importante de l'art de gurir, mon pre crivit ce sujet un mmoire et obtint le prix. J'ajouterai que son livre fut imprim Paris et que plusieurs mdecins lui ont emprunt des ides sans le citer jamais. Ce dont mon pre, dans sa candeur, s'tonnait, en ajoutant seulement : Qu'importe, si la vrit triomphe ! .

    Pour t re pilles, les concept ions de Louis Berlioz le furent al lgrement. Pour tant , le premier , il eut l'ide d 'appl iquer l ' acupuncture ses p ropres checs thrapeut iques , r eprenan t les t ravaux de Ten-Rhyne, Kaempfer et Dujardin, des sicles prcdents .

    C'est en 1811 qu'i l publ ia le travail auquel Hector fait allusion et qui, di t Paris chez Croullebois en 1816, por te le t i t re de Mmoire sur les maladies chroniques, les vacuations sanguines et l'acupuncture.

    Cette tude , l 'poque taxe de fort t mra i re aborde le p rob lme des sympathies locales et spare l ' acupuncture de la saigne, Louis Berlioz prcisant : l 'Acupuncture n ' appar t ien t sous aucun r appor t aux vacuations sanguines ; elle peut seulement aider quelquefois en tabl ir les indications .

    Dans cet ouvrage de 343 pages, le docteur Berlioz, la page 149, formule en ces te rmes un nouvel aver t issement :

    La Socit de mdecine de Bordeaux proposa pour sujet d'un prix dcerner en 1809, la question suivante : Quels sont les effets particuliers des diffrentes espces d'vacuation sanguine artificielle, tant artrielle que veineuse ? . Le Mmoire que j'envoyai au concours fut couronn. En 1810, la Socit de mdecine de Paris ayant reproduit la mme question, mais avec plus de dveloppement, mon premier travail fut fondu dans celui que je destinais la solution du nouveau problme.

    Sept concurrents se prsentrent en 1812, parmi lesquels je fus distingu ; mais aucun n'ayant satisfait la Socit, elle a remis le prix en 1813. Le 21 juin 1814, le jugement a t prononc, et la palme acadmique a t adjuge aux doc-teurs Freteau et Lafond. Les rapporteurs de la Commission des prix, en donnant des loges mon Mmoire, et aprs l'avoir honorablement mentionn, dclarent qu'il est plutt un trait sur les avantages de la saigne, qu'une rponse aux ques-tions proposes.

    C'est donc sous les auspices de deux Socits savantes que je publie cet ouvrage ; et leur approbation m'autorise croire que la lecture en peut tre profitable. Vraisemblablement aussi, les expriences que j 'ai faites relativement l'acupuncture ne paratront pas dnues d'intrt. C'est un moyen curatif inusit jusqu'ici, non seulement en Europe, mais encore dans les autres parties du monde ; car les Chinois et les Japonais s'en servent d'une manire absolument empirique ; et leur pratique ne fournit aucun document qui puisse en rgulariser l'emploi.

    Suivent un certain nombre d 'observat ions.

    Le p remie r cas, qui semble galement t re la p remire sance d 'acupunc-ture jamais ralise en Occident sous contrle mdical relve de l'auto-

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  • punc ture , puisque c'est la pa t iente elle-mme qui introduis i t l 'aiguille. On ne sait si Berlioz, pr is de soudaine pusi l lanimit, n 'a pas os enfoncer l'aiguille. Dans son mmoire , Berlioz donne pour cet te p remire observat ion la descript ion suivante : une jeune personne de vingt-quatre p r in t emps , aussi in tressante p a r ses cha rmes extr ieurs que pa r les agrments de son espr i t et la bon t de son cur, maigre na ture l lement et ayant les cheveux blonds, prouvai t depuis deux ans une fivre nerveuse survenue l 'occasion d 'une frayeur vive et prolonge.

    Les accs se dclaraient en t re hui t et neuf heures du soir, soit qu'elle et mang ou non, cela n ' appor ta i t aucune diffrence. Ils taient caractr iss par le froid des extrmits infrieures, une scheresse t rs incommode de tout le corps, la couleur violette des joues, la douleur de t te ainsi que de l 'pigastre qui semblai t compr im .

    Les forces muscula i res prsenta ient alors un tel degr d'affaiblissement que la tte avait besoin d 'tre soutenue.. .

    Suit ce qui semble tre , d 'aprs la descr ipt ion de Berlioz, le tableau d 'une anorexie menta le .

    Et celui-ci d 'enchaner :

    ... Beaucoup de remdes avaient t employs parmi lesquels le quinquina avait paru nuisible et le sulfate de zinc n'avait produit aucun effet : les bains de sige froids avaient constamment soulag... Je songeai l'acupuncture, je la proposai, elle fut essaye. La malade se servit d'une aiguille coudre, enduite de cire d'Espagne vers son il ; elle l'introduisait elle-mme perpendiculairement d'abord et ensuite paralllement aux parois abdominales, pour viter la douleur. Ds la premire piqre, les accidents cessrent comme par enchantement, et le calme tait complet. L'opration n'eut pas besoin d'tre renouvele le mme jour ; bien loin de l, le lendemain et le surlendemain, l'accs tenta vainement de se reproduire ; une espce de souvenir de l'opration luttait avec avantage contre l'habitude mor-bide, ce qui engagea