l'Hémicycle - #440

download l'Hémicycle - #440

of 16

  • date post

    22-Mar-2016
  • Category

    Documents

  • view

    220
  • download

    1

Embed Size (px)

description

l'Hémicycle numéro 440 du mercredi 28 mars 2012 Au sommaire : - Trouble-fête par Bruno Jeudy >p. 5 - La résistance et le doute par Pascale Tournier >p. 5 - La sûreté nucléaire : une obsession au quotidien >p. 8 et 9

Transcript of l'Hémicycle - #440

  • On aimerait tellement que cetteexpression enfantine soit bienltat desprit de chacun aprs latra gique squence que la Francevient de vivre. Malheureusement ona quelques raisons den douter. Cesv nements risquent au contrairedavoir pour consquence de faireressurgir les peurs les plus enfouiesalimentes par un racisme et un

    antismitisme qui nont jamais cess de rder.Nombreux sont les tmoins qui rapportent que, dansbeaucoup de classes, les minutes de silence nont pastoujours t observes avec le recueillement lou unpeu rapidement par les dirigeants politiques. On a en-tendu pendant ces instants des propos antismitesou anti-arabes selon le lieu et lcole qui, lvidence,ne faisaient que reflter la mentalit des parents,des familles, du quartier et du milieu dans lesquelssont immergs ces enfants. Ne soyons pas nafs ouangliques : les peurs, le rejet, pour ne pas dire la hainede lautre, risquent dtre aliments consciemmentou inconsciemment par un certain nombre de ceuxqui ont vcu avec une angoisse lgitime intense lesv nements de Montauban et de Toulouse.Les dirigeants des communauts religieuses ont eu lesmots qui convenaient pour mettre en garde contre undchanement de passions dvastatrices. Le prsidentde la Rpublique tait dans son rle quand il a appelau rassemblement et lunion du pays. Et au-del despolmiques de campagne, constatons que la prsencedes diffrents candidats Montauban la semainedernire a rpondu comme un cho favorable aux pro-pos de Nicolas Sarkozy. Mais pour autant, personnenest dupe : trois semaines du premier tour, la cam-pagne prsidentielle a repris son rythme. Certeschange par les vnements, mais nchappant pas ce quest une campagne, cest--dire un affronte-ment sans nuances. Du coup, le risque est grand devoir ou dentendre tel ou tel candidat semparer desquestions naturelles que soulvent ces assassinatsinnom mables pour dvelopper ces peurs et ces haineset tenter de capitaliser dessus lectoralement.Si tel tait le cas, dans quel tat serait la France aulendemain du 6 mai ? Pour viter cette situationdaffrontement strile, les prtendants llysedoivent donner lexemple dune matrise de soi etdune tolrance qui permettra chaque Franaisde pouvoir affirmer haut et fort : mme pas peur ! couter les uns et les autres depuisquelques jours, on est loin du compte.Cest un jeu dangereux.

    Les rgions

    ditorialRobert Namias

    Grant-Directeur de la publication : Bruno Pelletier Directeur : Robert Namias

    LHM

    ICYC

    LE

    www.lhemicycle.com

    Limprvisible campagne

    Rien nest jou. Pour certains,ctait sans doute une formulede prcaution alors quils pen-saient secrtement que llection taitplie au profit du candidat socialiste.Et voil quaprs une entre en cam-pagne en demi-teinte, Nicolas Sarkozysemblait, au lendemain dune mis-sion tlvise et dun meeting Villepinte, se donner de nouvelleschances de lem porter. Du coup, il y adix jours peine, rien vraiment ntaitjou. Quen est-il aprs une semaine

    si tra gique que les Franais semblentaujourdhui encore avoir du mal sortir du cauchemar. qui aura profit cette horrible s -quence ? La question a t souventpose, elle a quelque chose dinconve -nant, pour ne pas dire dobscne,mme si elle nest pas totalement ill -gitime. Dautant quil ny a pas derponse certaine une interrogationde cette nature. Les vnements que laFrance a vcus la mi-mars nont rien voir avec les faits divers intervenus

    la veille des lections prcdenteset souvent voqus ces derniers jours.Une seule certitude : cela rend la prsi-dentielle encore plus imprvisible.Non seulement plus rien nest jou,mais dsormais tout peut arriver. Cer-tains promettent dnormes surprisesle 22 avril au terme dune campagneelle-mme aussi peu lisible quunepochette-surprise. Peut-tre auront-ilsraison. Reste savoir, dans cette hy-pothse, de quelle surprise il sagira ?

    Paul Fournier >Lire p. 2, 3 et 4

    NUMRO 440 MERCREDI 28 MARS 2012 2,15

    Mme pas peur

    JODY

    AM

    IET/

    AFP

    Aprs une vraie-fausse suspension de quelques jours,la campagne prsidentielle aborde la dernire ligne droite.La tragdie de Toulouse a replac au cur du dbat lesquestions de scurit et la lutte antiterroriste.

    THO

    MAS

    SAM

    SON

    /AFP

    Jrme Jaffr P. 4Alain Duhamel P. 3Luc Ferry P. 2

    STP

    HAN

    E DE

    SAK

    UTI

    N/A

    FP

    MAR

    TIN

    BU

    REAU

    /AFP

    FRAN

    K PE

    RRY/

    AFP

    Ne la politique avec llection de Mitterrand,la porte-parole de Franois Hollande voue lancien prsident de la Rpublique uneadmiration qui la construite. >Lire ladmiroir dric Fottorino p. 15

    Delphine Batho,petite- fille de 1981 et de 1789

    Lapplication du Droit au logement opposable (Dalo) souffre dun manquede volont politique. Le comit de pilotage charg du suivi de la loi voteil y a cinq ans tire la sonnette dalarme. Pour pallier les dfaillances deltat, les collectivits locales tentent de prendre le relais sur le terrain.>Lire larticle de Ludovic Bellanger p. 10 et 11

    Le droit au logementse cherche un toitEt aussi

    Au sommaire Trouble-fte par Bruno Jeudy> p. 5 La rsistance et le doute par Pascale Tournier>p. 5 La sret nuclaire : une obsession au quotidien>p. 8 et 9

    H440_P01:L'HEMICYCLE 26/03/12 17:56 Page 1

  • Que peut dire, que peut fairele politique face un dramecomme les tueries de Toulouseet de Montauban ?tes-vous sr que cest dabordet avant tout aux politiques de faire le mnage ? Jen doute.Bien sr, ils ont un rle essentiel jouer et, en tant que chef desforces de lordre, il est clair que leprsident de la Rpublique doitdiligenter des enqutes suscepti-bles de dmanteler les rseaux delintgrisme. Il doit aussi prendreen compte le sentiment de misreet dhumiliation qui rgne dansles banlieues, y apporter enfindes solutions. Mais ma convic -tion est que cest dabord auxgrandes religions de sexprimeret de combattre les dviationsfondamentalistes dont aucunena t exempte dans lhistoire. Ilserait absurde et mme indignede confondre islam et islamismeradical. Hors une poigne de fousfurieux, les musulmans de Francesont, comme vous et moi, horrifispar le massacre de petits enfantsdans une cole juive. Mais celarenforce dautant ce que je dis :cest dabord aux religions de rap-peler ceux qui sont tents parle fanatisme la vrit de leur foi,de leur dire haut et fort quelle naaucun rapport avec ce quen fontles manipulateurs. quand unegrande marche des musulmans deFrance pour lislam des lumireset contre les folies intgristes ?

    Comment tirer une rexionglobale juste partir dun drameforcment singulier par soncaractre exceptionnel ?

    Ce drame est exceptionnel, vousavez factuellement raison, maissil frappe le monde entier, cestbien parce quil dit quelque chosede plus gnral et qui, hlas, peutse reproduire un peu partoutau jourdhui. Deux passions sontcapables de soulever des mon-tagnes ou plutt de creuser destombeaux : la soif de reconnais-sance et le besoin dabsolu. Je mesouviens que, dans les annes 1980,le monde entier fut choqu parla violence inimaginable des sup-porters anglais, les fameux hoo-ligans . Quest-ce qui poussaitces jeunes gens, parfois aussi desmoins jeunes, casser pour casser,

    tabasser pour tabasser, parfoisjusqu la mort ? Certains observa -teurs firent une hypothse : issusdu sous-proltariat, en voie de mar -ginalisation, privs de tout espoirde parvenir au centre du jeu m-diatique, les hooligans se firentconnatre par la violence. d-faut dtre aimables et reconnuscomme tels, ils faisaient peur, cequi nest pas rien. Transgressantles tabous les mieux ancrs dansles centres-villes, affichant claire-ment des slogans racistes et anti-smites, hostiles la dmocratieet aux droits de lhomme, bref, toute forme de civilit conve -nable , ils faisaient scandale. Mais,ft-ce ngativement, au moins on

    parlait deux. Ils existaient. Il y ade cela chez ces jeunes de banlieuequi ont le sentiment quen raisonde leur origine, de leur milieusocial, mais aussi du poids desprjugs, les voies royales de lareconnaissance leur sont dfini -tivement fermes. Oui, bien sr,certains peuvent aussi russir, de-venir clbres, accder aux pre-mires marches de la notorit,mais combien et quel prix ? Sivous ntes ni chanteur ni spor tif,si vous navez pas des allures demannequin, si vous vous conten-tez de travailler humblement ethonntement, o finirez-vous votrevie ? Au Smic, dans une usine,

    voire au chmage. Et qui parlerade vous ? Dans une socit quivalorise largent et la clbrit,quelle chance daccder lunou lautre ? Cest l que les fa-natiques religieux interviennent,quils prennent le relais de lhu-miliation et lui offrent une issue.

    Y a-t-il matire confrontationdmocratique sur les consquencesde cette attaque et les leons tirer pour notre pays ?La vrit, cest que tous nos can-didats, en tout cas les principaux,sont daccord sur lessentiel. Hol-lande a eu raison de marcher dansles pas de Sarkozy et il ny a aucunmotif de polmique cultiver,

    sauf pour des raisons lectoralesassez minables Quant aux le-ons, elles me semblent claires :un travail de police, un engage-ment plus fort des grandes reli-gions et, enfin, un vrai travail surles quartiers dont on a fait surtoutsemblant de soccuper sans rgleraucun problme sur le fond.

    Lidentit culturelle de la Franceest-elle aujourdhui une questionpolitique ?Pas mes yeux. On peut y rfl-chir en historien des ides, biensr, et cest un beau sujet. Mais dsque les politiques sen emparent,a tourne au pugilat. Il y a trop de

    sous-entendus, darrire-pensesplus ou moins avouables pour quecela devienne un thme de dbatserein dans lhmicycle

    La particularit de cesvnements est quils surviennent un mois du premier tour dellection prsidentielle. En quoidevraient-ils, ou, au contraire,ne doivent-ils pas, inuer surle droulement de la campagneet sur le comportementdes candidats ?La campagne ressemblait auconcours Lpine. On lanait desid