“Les homicides d'hier et d'aujourd'hui”

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Les homicides dhier et daujourdhui

Maurice Cusson, Les homicides dhier et daujourdhui. (2000)2

Maurice CUSSON

Professeur lcole de Criminologie

Chercheur, Centre international de Criminologie compare,

Universit de Montral.(2000)

Les homicides dhieret daujourdhui

Un document produit en version numrique par Jean-Marie Tremblay, bnvole,

professeur de sociologie au Cgep de Chicoutimi

Courriel: jean-marie_tremblay@uqac.ca

Site web pdagogique: http://www.uqac.ca/jmt-sociologue/

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Fondateur et Prsident-directeur gnral,

LES CLASSIQUES DES SCIENCES SOCIALES.Cette dition lectronique a t ralise par Jean-Marie Tremblay, bnvole, professeur de sociologie au Cgep de Chicoutimi partir de:

Maurice CUSSON

Les homicides dhier et daujourdhui.

Un article publi dans louvrage sous la direction de Jean Baechler, Franois Chazel et Ramine Kamrane, Lacteur et ses raisons. Mlanges en lhonneur de Raymond Boudon, p. 43-58. Paris: Les Presses universitaires de France, 2000, 376 pp.M Cusson est professeur lcole de Criminologie, chercheur au Centre international de Criminologie compare de lUniversit de Montral., nous a accord le 29 mars 2012 son autorisation de diffuser cet article.

Courriel: maurice.cusson@umontreal.caPolices de caractres utilise:

Pour le texte: Times New Roman, 14 points.

Pour les citations: Times New Roman, 12 points.

Pour les notes de bas de page: Times New Roman, 12 points.

dition lectronique ralise avec le traitement de textes Microsoft Word 2008 pour Macintosh.

Mise en page sur papier format: LETTRE US, 8.5 x 11

dition numrique ralise le 2 avril 2014 Chicoutimi, Qubec.

Maurice Cusson (2000)

Les homicides dhier et daujourdhui.

Un article publi dans louvrage sous la direction de Jean Baechler, Franois Chazel et Ramine Kamrane, Lacteur et ses raisons. Mlanges en lhonneur de Raymond Boudon, p. 43-58. Paris: Les Presses universitaires de France, 2000, 376 pp.Table des matiresIntroductionI.Les homicides d'hierII.L'homicide d'aujourd'hui compar celui d'hierIII. Quelques traits permanents de l'homicideIV.La marginalisation de l'homicide et de son auteurRfrencesMaurice Cusson

[professeur lcole de Criminologie, chercheur au Centre internationalde Criminologie compare de lUniversit de Montral]

Les homicides dhier et daujourdhui.

Un article publi dans louvrage sous la direction de Jean Baechler, Franois Chazel et Ramine Kamrane, Lacteur et ses raisons. Mlanges en lhonneur de Raymond Boudon, p. 43-58. Paris: Les Presses universitaires de France, 2000, 376 pp.Introduction

Retour la table des matiresIl est dsormais acquis que, durant le Moyen ge et l'Ancien Rgime, les homicides taient beaucoup plus frquents qu'aujourd'hui. Les historiens en ont fait une dmonstration concluante en Angleterre o leurs travaux sur des archives judiciaires remarquablement conserves ont permis d'estimer des taux d'homicide partir de la fin du Moyen ge. Plusieurs chantillons datant du XIIIe sicle tablissent les taux d'homicides aux environs de 20 par 100000 habitants. Les taux passent 15 vers 1600 puis tombent 3 vers 1700. En 1996, en Angleterre et au pays de Galles, le taux n'est plus que de 1,4 par 100000 habitants (en France: 2,01; au Canada: 2,11). Il y a quatre sicles, les Anglais tuaient leur prochain dix fois plus souvent qu'aujourd'hui. Fait signaler, le recul de l'homicide tend aller de pair avec une diminution des dlits contre la proprit. Les historiens franais ne se sont pas hasards calculer des taux d'homicides mais le bilan de Chesnais (1981) et les travaux de Muchembled (1989), en Artois, justifient de penser que, dans ce pays, les homicides taient beaucoup plus frquents autrefois qu'aujourd'hui.

Les historiens et les criminologues s'accordent pour traiter les taux d'homicides comme un indicateur de la violence d'une socit, plus prcisment de la violence intrieure prive (excluant les violences d'tat comme les guerres et les gnocides). De ce point de vue limit, la violence a considrablement recul entre le Moyen ge et le XXe sicle. Cette pacification de nos moeurs met mal l'ide reue en sociologie et en criminologie selon laquelle les communauts rurales d'antan taient des havres de paix et les villes modernes des coupe-gorge.

L'explication la mieux reue de ce recul de la violence prive puise son inspiration dans les travaux d'Elias sur la civilisation des moeurs. La noblesse guerrire et prdatrice qui donnait le ton au cours du Moyen ge a t peu peu soumise au monopole royal de la violence lgitime et force de contrler ses impulsions. Puis, dans les villes et les campagnes pacifies, les citadins et les paysans ont leur tour appris l'autocontrainte. Dans cette vision, le point de dpart du processus se situe au Moyen ge. Dans une Europe fragmente en d'innombrables seigneuries indpendantes du pouvoir royal, les seigneurs fodaux n'ont aucune raison de refrner leur violence parce qu'ils ne dpendent de personne et sont entours d'ennemis potentiels. Chacun d'eux est dans une situation analogue l'tat de nature; il est prt dployer toute la force dont il dispose pour faire face aux ennemis qui le menacent et convoitent ses terres. Et ce qui vaut pour les nobles n'est pas loin de valoir pour les paysans. Ils se regroupent en familles, clans et villages prts au combat au premier signe d'hostilit. Puis, au fil des sicles, le roi, peu peu, exproprie, centralise et monopolise la force lgitime: l'arme, la police et la justice. Il attire les nobles la cour, les oblige y rester et les domestique. Les barons qui jusque l avaient t de brutaux seigneurs de la guerre se transforment en courtisans raffins, polis et civils. Ils apprennent que l'autocontrainte, la matrise de soi, est une solution viable dans l'espace social pacifi par le pouvoir royal. En effet, se sachant l'abri des attaques, ils n'ont plus mobiliser tout instant leur agressivit. Au terme du processus, le monopole tatique de la violence finit par couvrir tout le champ social. Paralllement, la noblesse de cour sert de modle toutes les classes sociales. Le manant accepte d'autant mieux d'imiter la matrise de soi du gentilhomme de cour que la force publique a fait reculer la peur de l'autre. Plutt que se contrler mutuellement par l'intimidation, les hommes se contrlent eux-mmes.

Cette thse sonne juste, mais quand on sait que l'immense majorit des homicides du pass taient commis par des paysans, elle parat trop centre sur la noblesse. De plus, elle manque de spcificit, n'tant pas appuye sur une description prcise de la violence du pass.

Mon propos est d'aller voir de prs les homicides d'hier et de les comparer ceux d'aujourd'hui. L'entreprise est dornavant possible grce aux travaux d'historiens qui dcrivent minutieusement les homicides du pass cependant que les criminologues nous font connatre ceux d'aujourd'hui. Cet exercice de criminologie historique veut rpondre aux questions: Que reste-il de notre violence passe? Quels types d'homicides ont rgress? Pourquoi? Pouvons-nous mieux connatre la violence contemporaine en la comparant celle du pass et rciproquement?

I- Les homicides d'hier

Retour la table des matiresDeux types d'homicide se signalent par leur frquence au Moyen ge et sous l'Ancien Rgime: l'homicide querelleur et vindicatif qui est le pain quotidien des tribunaux du temps et le meurtre au cours d'oprations de brigandage, ce dont il est question dans les chroniques d'poque.1- L'homicide querelleur et vindicatif, appel aussi par les historiens la rixe-homicide est lacte de tuer au cours ou la suite d'une dispute accompagne d'injures et de coups. En gnral, les protagonistes de ces rixes se connaissent mais ne font pas partie de la mme famille. La mort est la consquence souvent imprvue d'une dispute mettant en jeu l'honneur des adversaires. Le drame se produit gnralement dans un lieu public, au vu et au su de tous. Il est entran dans un mouvement d'escalade par la colre, la haine ou par l'enchanement des ripostes et des reprsailles.

Dans sa monumentale thse sur le crime en France la fin du Moyen ge, Claude Gauvard (1991) four